‹ Le génie du christianisme (volume 5)Chapitre 29 sur 81 · DES SAINTS · texte numérisé non relu

DES SAINTS

H est certain que les poètes n'ont pas su tirer du merveilleux chrétien tout ce qu'il peut fournir aux muscs. On se moque des saints et des anges; mais les anciens eux-mêmes n'avoient-iis pas leur.-î demi-

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dieux ? Py thagore , Platon , Socratfe , recommandent le culte de ces hommes qu'ils appellent des héros. Honore les héros pleins de bonté et de lumière, dit le premier dans ses Fers Dorés. Et , pour qu on ne se méprenne pas à ce nom de héros, Hiéroclès l'interprète exactement comme le christianisme explique le nom de saint. « Ces héros pleins de bonté « et de lumière pensent toujours à leur Créateur, « et sont tout éclatants de la lumière qui rejaillit « de la félicité dont ils jouissent en lui. » — Et plus loin, « héros vient d'un mot grec qui signifie amour, « pour marquer que, pleins d'amour pour Dieu, les « héros ne cherchent qu'à nous aider à passer de «celte vie terrestre à une vie divine, et à devenii- « citoyens du ciel K » Les Pères de l'Église appellent à leur tour les saints des héros : c'est ainsi qu'ils disent que le baptême est le sacerdoce des laïques, et qu'il fait de tous les chrétiens des rois et des prêtres de Dieu ^.

Et sans doute ce sont des héros , ces martyrs , qui. domptant les passions de leurs cœurs et bravant la méchanceté des hommes , ont mérité par ces travaux de monter au rang des puissances célestes. Sous le polythéisme, des sophistes ont paru quelquefois plus moraux que la religion do leur patrie; mais parmi nous jamais un philosophe, si sage qu'il ait été^ n'a pu s'élever au-dessus de la morale chrétienne. Tandis que Socrate honoroit la mémoire des justes , le paganisme offroit à la

• tfîEnocL. , Comm. in Pyth.; trad. de Dac , toiu. Ji,. p. 29. » HiERON., Dial. c. Lucif., i. n , j) ;3(;. ,

..; .fE DU Ca.-.IST. T. 11. ^

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vénération des peuples des brigands donl la force corporelle étoit la seule vertu, et qui s'étoient souillés de tous les crimes. Si quelquefois on accordoit l'apothéose aux bons cois , Tibère et Néron avoient aussi leurs prêtres et leurs temples. Sacrés mortels, que l'Eglise de Jésus -Christ nous commande d'honorer, vous n'étiez ni des forts , ni des puissants entre les hommes ! Nés souvent dans la cabane du pauvre , vous n'avez étalé aux yeux du monde que d'humbles jours et d'obscurs malheurs! N'entendra-t-on jamais que des blasphèmes contre une religion qui, déiHant l'indigence, l'infortune, la simplicité et la vertu , a fait tomber à leurs pieds la richesse, le bonheur, la grandeur et le vice ?

Et qu'ont donc de si odieux à la poésie ces solitaires de la Thébaïde , avec leur bâton blanc et leur habit de feuilles de palmier ? Les oiseaux du ciel les nourrissent*, les lions portent leurs messages ou creusent leurs tombeaux^; en commerce familier avec les anges, ils remplissent de miracles les déserts où fut Memphis ^ Iloreb et Sinaï, le Carmel et le Liban , le torrent de Cédron et la vallée de Josaphat, redisent encore la gloire de l'habitant de la cellule et de l'anachorète du rocher. Les muses aiment à rêver dans ces monastères remplis des ombres d'Antoine, de Pacôme, de Benoît, de Basile. Les premiers apôtres préchant l'Evangile aux pre-

• HiERON. , in rit. Paul. » TuEOD. , Hist. ici , cap. vi. 3 HiiRON. , m Fit. Paul.

< Nous passerons rapidement sui- ces solitaires , parce que nous •a parlerons ailleurs.

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mier ; fiflèies dans les catacombes ou sous le dattier de Béthanie , n'ont pas paru à Michel-Ange et à Rapliaël des sujets si peu favorables au génie.

Nous tairons à présent, parce que nous en parlerons dans la suite, ces bienfaiteurs de l'humanité qui fondèrent les hôpitaux et se vouèrent à la pauvreté , à la peste , à l'esclavage , pour secourir des hommes; nous nous renfermerons dans \e\ seules Ecritures, de peur de nous égarer dans un sujet si vaste et si intéressant. Josué , Elie , îsaïe , Jérémie, Daniel, tous ces prophètes enfin qui vivent d'une éternelle vie ne pourroient-ils pas faire entendre dans un poëme leurs sublimes lamentations ? L'urne de Jérusalem ne se peut-elle encore remplir de leurs larmes ? N'y a-t-il plus de saules de Babylone pour y suspendre les harpes détendues ? Pour nous, qui à la vérité ne sommes pas poëte, il nous semble que ces enfants de la vision feroient d'assez beaux groupes sur les nuées : nous les peindrions avec une tête flamboyante ; une barbe argentée descendroit sur leur poitrine immortelle, et l'esprit divin éclateroit dans leurs regards.

Mais quel essaim de vénérables ombres , à la voix d'une muse chrétienne, se réveille dans la caverne d'ô Mambré ? Abraham, Isaac, Jacob, Rebecca,et vous tous, enfants de l'Orient, rois, patriarches, aïeux de Jésus-Christ , chantez l'antique alliance de Dieu et des hommes 1 Redites -nous cette histoire chère au ciel, l'histoire de Joseph et de ses frères. Le chœur des saints rois, David à leur tête ; l'armée des confesoeurs.et des martyrs vêtus de robes écîa-

tantes nous offriroient aussi leur merveilleux. Ces derniers présentent au pinceau le genre tragique flans sa plus grande élévation ; après la peinture !e leurs tourments, nous dirions ce que Dieu lit pour CCS victimes , et le don des miracles dont i' iionora leurs tombeaux.

Nous placerions auprès de ces illustres chœurs les chœurs des vierges célestes, les Geneviève de Brabant, les Pulchérie, les Rosalie, les Cécile, les Lucile , les Isabelle, les Eulaiie. ha merveilleux à\i christianisme est plein de concoidance ou de contrastes gracieux. On sait comment ISeptune,

S'élevant sur la mer ,

D'un mot calme les flots

Nos dogmes fournissent un autre genre de poésie Un vaisseau est prêt à périr: l'aumônier, par des paroles qui délient les âmes, remet à chacun la peine de ses fautes ; il adresse au ciel la prière qui , dans un tourbillon , envoie l'esprit du naufragé au Dieu des orages. Déjà l'Océan se creuse pour engloutir les matelots; déjà les vagues, élevant leur triste voix entre les rochers, semblent commencer les chants funèbres; tout à coup un trait de lumière perce la tempête : V Etoile des mers , Marie , patronne des mariniers , paroît au milieu de la nue. Elle tient son enfant dans les bras , et calme les flots par un sourire : charmante religion , qui oppose à ce que la nature a de plus teriible ce que le ciel a de plus doux 1 aux tempêtes de l'Océan, un petit ciiriuit et une tendre mère!

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