‹ Le génie du christianisme (volume 5)Chapitre 30 sur 81 · DES ANGES · texte numérisé non relu

DES ANGES

Tel est le merveilleux qu'on peut tirer de nos saints, sans parler des diverses histoires de leur vie. On découvre ensuite dans la hiérarchie des r/«^e^, doctrine aussi ancienne que le monde, mille tableaux pour le poëte. INon-seulement les messager» du Très-Haut portent ses décrets d'un bout de l'univers à l'autre; non-seulement ils sont les invisibles gardiens des hommes, ou prennent pour se manifester à eux les formes les plus aimables; mais encore la religion nous permet d'attacher des anges protecteurs à la belle nature, ainsi qu'aux sentiments vertueux. Quelle innombrable troupe de divinités vient donc tout à coup peupler les mondes !

Chez les Grecs le ciel finissoit au sommet de l'Olympe, et leurs dieux ne s'élevoient pas plus liaut que les vapeurs de la terre. Le merveilleux chrétien , d'accord avec la raison, les sciences et l'expansion de notre âme , s'enfonce de monde en monde, d'univers en univers, dans des espaces où l'imagination effrayée frissonne et recule. En vain les télescopes fouillent tous les coins du ciel, en vain ils poursuivent la comète au-delà de notre système, la comète enfin leur échappe; mais elle n'échappe pas à Varchan^e qui la roule à son pôle inconnu, et qir au siècle marqué, la ramènera

par de» voies myslérieiises jusque dans le foyer de

notre soleil.

Le poëte chrétien est le seul initié au secret de ces merveilles. De globes en globes, de soleils en soleils, SYCC les Séraphins , les Trônes , les Ardeurs qui gouvernent les mondes, l'imagination fatiguée redescend enfin sur la terre comme un fleuve qui, par une cascade magnifique, épanche ses flots d'or à l'aspect d'un couchant radieux. On passe aloi's de la grandeur à la douceur des images : sous l'oni brage des forêts on parcourt l'empire de YJnge de la solitude; on retrouve dans la clarté de la lune le Génie des rêveries du cœur; on entend ses soupirs dans le frémissement des bois et dans les plaintes de Philomèle. Les roses de l'aurore ne sont que la chevelure de Y Juge du matin. VJnge de la nuit repose au milieu des cieux, où il ressemble à la lune endormie sur un nuage; ses yeux sont couverts d'un bandeau d'étoiles; ses talons et son front sont un peu rougis de la pourpre de l'aurore et de celle du crépuscule ; VAnge du silence le précède , et celui du mystère le suit. Ne faisons pas l'injure aux poètes de penser qu'ils regardent XJnge des mers y VAnge des tempêtes, Y Ange du temps , Y Ange de la mort, comme des génies désagréables aux muses. C'est Y Ange des saintes amours qui donne aux vierges un regard céleste , et c'est Y Ange des harmonies qui leur fait présent des grâces : l'honnête homme doit son cœur à Y Ange de la vertu, et ses lèvres à celui de la persuasion. Rien n'empêche 4'accorder à ces esprits bienfaisants des marques

distînctives de leurs pouvoirs et de leurs offices : \Ange de l'amitié , par exemple, pourroit porter une écliarpe merveilleuse où l'on verroit fondus, par un travail divin , les consolations de l'âme , les dévouements sublimes, les paroles secrètes du cœur, les joies innocentes, les chastes embrassements, la religion , le charme des tombeaux et l'immortelle espérance.

Page 1