VERSAILLES
î^a piiinture, l'architecture, la poésie et la grande éloquence ont toujours dégénéré dans les siècles philosophiques. C'est que l'esprit raisonneur, en détruisant l'imagination, sape les fondements des beaux arts. On croit être plus habile parce qu'on redresse quelques erreurs de physique (qu'on remplace par toutes les erreurs de la raison); et l'on rétrograde en effet , puisqu'on perd une des plus belles facultés de l'esprit.
C'est dans Versailles que les pompes de l'âge religieux de la France s'étoient réunies. Un siècle s'est à peine écoulé, et ces bosquets, qui retentis- 'soient du bruit des fêtes , ne sont plus animés que par la voix de la cigale et du rossignol. Ce palais, qui lui seul est comme une grande ville, ces escaliers de marbre, qui semblent monter dansles nues, ces statues, ces bassins, ces bois, sont maintenant ou croulants, ou couverts de mousse, ou desséchés, ou abattus, et pourtant cette demeure des rois n'a jamais paru m plus pompeuse, ni moins solitaire. Tout étoit vide autrefois dans ces lieux; la petitesse ('e la dernière cour (avant que cette cour eût pour elle la grandeur de son infortune) sembloit trop à l'aise dans les vastes réduits de Louis XiV.
CÉHIE DU CHRIST. T. U. ijl
Quand le temps a por(é un coup aux empires, quelque grand nom s'attache à leurs débris et les couvre. Si la noble misère du guerrier succède aujourd'hui dansVersailles à la magnlficencedescours si des tableaux de miracles et de martyres y rem placent de profanes peintures, pourquoi l'ombre de Louis XIV s'en ofFenseroit-elle? Il rendit illustres la religion , les arts et l'armée : il eyt beau que les ruines de son palais servent d'abri aux ruines de l'armée, des arts et de la religion.