‹ Le génie du christianisme (volume 5)Chapitre 51 sur 81 · DES ÉGLISES GOTHIQUES · texte numérisé non relu

DES ÉGLISES GOTHIQUES

Choque chose doit être mise en son lieu , vérité triviale à force d'être ré|>étéc , mais sans laquelle, après tout, il ne peut y avoir rien de parfiïit Les Grecs n'auroienl pas plus aimé un temple égyjHieu à Athènes que les Egy[)tien8 un temple grec à Memphis. Ces deux monuments, changés d<» place, auroient perdu leur principale beauté , «'est-à-dire leurs rapports avec les insiitulions et les habitudes des peuples. Celle réflexion s'appliqut pour nous aux anciens monuments du christianisme. 11 est même curieux de remarquer que, dans ce siècle incrédule, les poètes et les romanciers, par un retour naturel vers les mœiu's de nos aïeux, se plaieent à introduire dans leura fictions des souterrains, tics faijtômes, deschàtea"X, des temples gothiques;

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'.dYit ont de charmes les souvenirs qui se lient à la religion et à l'histoire de la patrie! les nations ae jettent pas à l'écart leurs antiques naœurs comnae on se dépouille d'un vieil habit. On leur en peut arracher quelques parties , mais il en reste des lambeaux qui forment avec les nouveaux vêtements une effroyable bigarrure.

On aura beau bâtir des temples grecs bien élégants , bien éclairés , pour rassembler le bon peuple de saint Louis, et lui faire adorer un Dieu meta' phijsirfue, il regrettera toujours ce§ Notre-Dame de Reiras et de Paris, ces basiliques toutes moussiies, toutes remplies des générations des décédés et des âmes de ses pères; il regrettera toujours la tombe de quelques messieurs de Montmorency, sur laquelle il souloit se mettre à genoux durant la messe, sans oublier les sacrées fontaines où il fut porié à sa naissance. C'est que tout cela est essentielletnenl lié à nos mœurs; c'est qu'un monument n'est vénérable qu'autant qu'une longue histoire du passé est pour ainsi dire empreinte sous ces voûtes toutes noires de siècles. Voilà pourqv.oi il n'y a riea de merveilleux dans un temple qu'on a vu bâtir, et dont les échos et les dômes se sont formés sous nos yeux. Dieu est la loi éternelle; son origine et tout ce qui tient à son culte doit se perdre dans la nuit des temps.

On ne pouvoit entrer dans une église gothiqiuî sans éprouver une sorte de frissonnement et un sentiment vague de la Divinité. On se trouvoit tout; à coup reporté à ces temps où des cénobites, après

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avoir médité clans ]es bois de leurs monastères se venoient prosterner à l'autel, et chanter les louanges du Seijifnenr dans le calme et le silence de la nuit. L'ancienne France sembloit revivre : on croyoil voir ces costumes singuliers, <"e peuple si différent de ce qu'il est aujourd'hui; on se rappeloit et les révolutions de ce peuple, et ses travaux, et SOS arts. Plus ces temps étoient éloignés de nous, plus ils nous paroissoient magiques, plus ils nous remplissoient de ces pensées qui finissent toujours par une réflexion sur le néant de l'homme et la rapidité de la vie.

L'ordre gothique, au milieu de ces proportion» barbaies, a toutefois une beauté qui lui est particulière *.

Les forêts ont été les premiers temples de la Divinité, et les hommes ont pris dans les forêts la première idée de l'architecture. Ccl art a donc dû varier selon les climats. Les Grecs ont tourné l'élégante colonne corinthienne avec son chapiteau de feuilles sur le modèle du palmier ^. Les énormes piliers du vieux style égyptien représentent 1c sycomore, le figuier oriental, le bananier, et la plupart des arbres gigantesques de l'Afrique cl de l'Asie.

' On pense qu'il iiou» vient des Arabes, ainsi que la scu'pture (!u irôine siyle. ."on affiniié avec les nionuinent.s de l'Kgypte nous por- Ifroiî •îlulôt. à croire qu'il nous a éi;; Iiansmis par h s premiers chrétiens d'Orient; mais n: lis aimons micrx encore rapporter son orisitic

la naLiirc.

" Virr.vt; raconte a'.iriiTient riiive;ilic:i du cii;)|iiteau; mais cela le dcîrnii p.is rr j^rinci;-.r {'/i\évs\, qne l'-iic') ! ((i;re 'Si néeiians 1rs b?:s-

Les forêts des Gaules ont passé à leur tour dans les temples de nos pères, et nos bois de chênes ont aussi maintenu leur origine sacrée. Ces voûtes ciselées en feuillages, ces jambages qui appuient les murs et finissent brusquement comme des troncs brisés, la fraîcheur des voûtes, les ténèbres du sanctuaire , les ailes obscures , les passages secrets, les portes abaissées, tout retrace les labyrinthes des bois dans l'église gothique; tout en fait sentir la religieuse horreur, les mystères et la divinité. Les deux tours hautaines plantées à l'entrée de l'édiilce surmontent les ormes et les ifs du cimetière , et font un effet pittoresque sur l'azur du ciei. Tantôt le joi.r naissant illumine leurs têîes jumelles; tantôt elles paroissent couronnées d'un ci)apiteau de nuages, ou grossies dans une atmosphère vaporeuse. Les oiseaux eux-mêmes semblent s'y tnépi endre et les adopter pour les arbres de leurs forêts : des corneilles voltigent autour de leurs faîtes et se per chent sur leurs galeries. Mais tout à coup des rumeurs confuses s'échappent de la cime de ces tours et en chassent les oiseaux effrayés. L'architecte chrétien, non content de bâtir des forêts, a voulu, pour ainsi dire, en imiter les murmures; et, au moyen de l'orgue et du bronze suspendu, il a attaché au temple j>othiciae jusqu'au bruit des vents

On peut seulement «'étonuei- qu'on n'ait pas, d'après ia variété des arbres, mis plus de variété dans la colonne. Nous concevons, p.ir exemple, une colonne qu'on pourroit appeler pa/mj^fe, et qui .se. oi'. la représentation naturelle du palmier. Un orbe de feuilles un peu recourbées, cl sculp^'cs au lia'it d'u:i léger iui de marbre, feroit, ce nouj seujble, un effet charmant dans uu porllc^ue

sk GÉNIE

et des tonnerres, qui roulent dans la profondeur des bois. Les siècles, évoqués parées sonsreliirieux, font sortir leurs antiques voix du sein des pierres, et soupirent dans la vaste basilique : le sanctuaire' nnigit comme l'anlre de l'ancienne Sybini'; et tan dis que l'airain se balance avec fracas siJr votre tête, les souterrains voûtés de la mort se laisenl profondément sous vos pieds.

LIYliE DEUXIÈME.

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