‹ Le génie du christianisme (volume 5)Chapitre 55 sur 81 · MÉTAPHYSICIENS · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSICIENS

Les exemples viennent à l'appui des principes; et une religion qui réclame Bacon, Newton, Bayle, Clarke, Leibnitz, ^rotius, Pascal, Arnauld, Nicole, Malebranche, La Bruyère (sans parler des Pères de

• Plat. , de Le:;., lib. V.

rÉ^iflise, ni de Bossuct-, ni de Fénelon^ ni de Massillon, ni de Bourdaloiie, que nous voulons bien ne compter ici que c nme orateurs), une telle religion peut se vanlti d'être favorable à la philosophie.

Bacon doit sa célébrité à son traité, on tlw Advancement of learning , et à son Nonim organiim scientiarum. Dans le premier il examine le cercle des sciences, classant chaque objet sous sa faculté; facultés dont il reconnoît quatre : Vàme, ou la sensation, la ménwire, \ imagination, \ entendement. Les sciciices s'y trouvent réduites à trois : la poésie, V histoire , la philosophie.

Dans le second ouvra^re ^ il rejette la manière He raisonner par syllogisme, et propose la piiysique expérimentale pour seul guide dans la nature. On aime encore à lire la professibu de foi de l'illustre chancelier d'Angleterre, et la prière qu'il avoit coutume de dire avant de se mettre au travail. Cette naïveté chrétienne, dans u:i grand horame^ est bien touchante. Quand Nëw^tôn et Bossuet découvroient avec simplicité leurs tètes augustes, en prononçant le nom de Dieu, ils étoieni; poiit-otre plus admirables dans ce moment, que lorsque ie premier pesoit ces mondes, dont l'autre enseignoit à mépriser la poussière.

Claïke, dans son Traité de l'existence de Dieu Leibnitz, dans sa Théodicée, Malebranche, dans sa Hecherche de la vérité , se sont élevés si l]aut en métaphysique, qu'ils n'ont rien laissé à faire après eux.

Il est assez sin'giilier que notre siècle se soit cru supérieur en métaphysique et en dialectique au siècle qui Va précédé. Les faits déposent contre nous : certainement Condillac, qui n'a rien dit de nouveau, ne peut seu] balancer Locke, Descartes, Malebranche et Leibnitz. Il ne fait que démembrer le premier, et il s'égare toutes les fois qu'il marelle sans lui. Au reste, la métaphysique du joVurt^iffière de celle de l'antiquité, en ce qu'elle sépare, autant qu'il est possible, l'imagination des perceptions abstraites. Nous avons isolé les facultés de notre entendement, réservant la pensée poui* telle matière , le raisonnement pour telle autre, etc. D où il résulte que nos ouvrages n'ont plus d'ensemble, et que notre esprit, ainsi divisé par chapitres, offre les inconvénient:, de ces histoires où chaque sujet est traité à part. Tandis qu'on recommence un notivel article, le précédent nOus échappe; nous cessons de voir les liaisons que les faits ont entre eux; nous retombons dans la confusion à force de méthode, et la multitude des conciusioiis particulières nous empêche d'arriver à la conclusion générale.

Quand il s'agit, comme dans l'ouvrage de Clarlce, d'attaquer des hommes qui se piquent de raisonnement, et auxquels il est nécessaire de prouver qu'on raisonne aussi bien qu'eux, on fait merveilleusement d'employer la manière ferme et serrée du docteur anglois; mais, danë tout autre cas, pourquoi préférer cette sécheresse à un style clair,'quoiqiie animé ? Pourquoi ne pas mettre son cœur dans an ouvrage sérieux , conmie dans un livre purement

agréable ? On lit encore la métaphysique de Platon , parce qu'elle est colorée par une imagination brillante. Nos derniers idéologues sont tombés dans une grande erreur, en séparant l'histoire de l'esprit humain de l'histoire des choses divines, en soutenant que la dernière ne mène à rien de positif, et qu'il n'y a que la première qui soit d'un usage immédiat. Où est donc la nécessité de connoître les opérations de la pensée de l'homme , si ce n'est pour les rapporter à Dieu ? Que me revient-il de savoir que je reçois ou non mes idées par les sens? Condillac s'écrie : « Les métaphysiciens mes devanciers se sont perdus dans les mondes chimériques , moi seul j'ai trouvé ievrai; ma science est de la plus grande utilité. Je vais vous dire ce que c'est que la conscience, l'attention , la réminiscence. » Et à quoi cela me conduira-t-il? Une chose n'est bonne, une chose n'est positive qu'autant qu'elle renferme une intention morale; or, toute métaphysique qui n'est pas théo' logie , comme celle des anciens et des chrétiens, toute métaphysique qui creuse un abîme entre l'homme et Dieu , qui prétend que le dernier n'étant que ténèbres, on ne doit pas s'en occuper, cette métaphysique est futile et dangereuse , parce qu'elle manque de but.

L'autre, au contraire, en m'associant à la Divinité , en me donnant une noble idée de ma grandeur et de la perfection de mon être, me dispose à bien penser et à bien agir. Les fins morales viennent par cet anneau se rattacher à cette m«Haphysiquo , qui n'est alors qu'un chemin plus sublime pour

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arriver à la verlu. C'est ce que Platon appeloît par exceilence la science des dieux, et Pytha^ore fa géométrie diK'ine. Hors de là, la métaphysique n'esL qu'un microscope qui nous découvre curieusement quelques petits objets que n'auroit pu saisir la vue simple, mais qu'on peut ignorer ou connoître, sans qu'ils Forment ou qu'ils remplissent un vide dans l'existence.

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