‹ Le génie du christianisme (volume 5)Chapitre 59 sur 81 · DU CHRISTIANISME DANS LA MANIERE D'ÉCRIRE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DU CHRISTIANISME DANS LA MANIERE D'ÉCRIRE L'HISTOIRE

'f\S^^' le christianisme a fait faire tant de prow^or/Cjj^^igros aux idées pliilosophiques , il doit être nécessairement f; ivorable au génie de l'histoii-e , puisque celle-ci n'est (ju'une br.inclie de la philosophie morale et politi*(ue. Quicosujue rejette les notions suhlimes (jue la religion nous don-ie de la nature et de son auteur, se prive volontairement d'un moyen fécond d'images et de ptMisées.

En eiî'et, celui-là coinioitra mieux les hommes qui ama long- temps médité les desseins de la Piovidence; celui-là pouira dém.is(juer la sngesse humaine, f|ni .lura pénétré les ruse de la s 'gesse di\ine. Les d sseins (U\s rois, les nhominations des cités, les voix ini([ues et d(Moinné(>s de la politi([ue , le remuement des coems pai- le fil secret des passions, ces inquiétudes qui siisissMit pai fois les peuples, ces transmutations de puissince du roi au sujet, du nohie au plébéien, du riche au pauvre : tous ces ressorts resteront inexplicables pour vous, si vous n'avez, pour ainsi dire, assisté

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au conseil du Très-Haut, avec ces d>ers esprits de force, de prudence, de folblesse et d'erreur qu'il envoie aux nations qu'il veut ou sauver ou

perdre.

Mettons donc l'éternité au fond de l'histoire des temps; rapportons tout à Dieu, comme à la cause universelle. Qu'on vante tant qu'on voudra celui qui, démêlant les secrets de nos cœurs, fait sortir les plus grands événements des source.^ les plus misérables : Dieu attentif aux royaumes, dcs hommes; l'impiété, c'est-à-dire l'absence des vertus morales, devenant la raison immédiate des malheurs des peuples : voilà, ce nous semble, une base historique bien plus noble, et aussi bien plu8 certaine que la première.

Et pour en montrer un exemple dans notre révolution, qu'on nous dise si ce furent dés causes ordinaires qui, dans le cours de quelques années , dénaturèrent nos affections et affeclèrent parmi nous la simplicité et la grandeur particulières au cœur de l'homme. L'esprit de Dieu s'étant retiré du milieu du peuple, il ne resta de force que dan* la tache originelle qui reprit son empire, comme au jour de Cam et de sa race. Quiconque voii!o;l être raisonnable sentoit en lui je ne sais quelle mv puissance du bien; quiconque étendoit une mai,: pacifique voyoit cetle main luibitement séchée : le (jÎ! «pcaiî rouge Boit aux remparLs des cités ; la guerre est déclarv-^ au : jations : alors s'accomplissent les paroL. du prophète : Les os des rois de Juda, /ci os des préires, les es des hau/iaus d:

Jérusalem seront jetés hors de leur sépulcre^. Coupable envers les souvenirs , on foule aux pieds les. institutions antiques ; coupable envers les espérances, on ne fonde rien pour la postérité : les tombeaux et les enfants sont également profanés. Dans cette ligne de vie qui nous fut transmise par nos ancêtres, et que nous devons prolonger au-delà de nous, on ne saisit que le point présent; et chacun, se consacrant à sa propre corruption, comme un sacerdoce abominable , vit tel que si rien ne l'eût précédé , et que rien ne le dût suivre.

Tandis que cet esprit de perte dévore intérieurement la France, un esprit de salut la défend iru dehors. Elle n'a de prudence et de grandeur que sur sa frontière; au dedans tout est abattu, à l'extérieur tout triomphe. La patrie n'est plus dans ses foyers, elle est dans un camp sur le Rhin, comme au temps de la race de Mérovée; on croit voir le peuple juif chassé de la terre de Gessen et domptant les nations barbares dans le désert.

Une telle combinaison de choses n'a point de principe naturel dans les événements humains. L'écrivain religieux peut seul découvrir ici un profond conseil du Très-Haut : si les puissances coalisées ii'avoient voulu que faire cesser les violences de la révolution, et laisser ensuite la France réparer ses maux et ses erreurs, peut-être eussent-elles réussi. Mais Dieu vit l'iniquité des cours, et il dit au soldat étranger : Je briserai le glaive dans ta main, et tu ne détruiras poi!^? le peuple de saint Louis.

Ainsi la reîijCjion semble conduire à l'explication des faits les plus incompréhensibles de Hiistoire. De plus il y a dans le nom de Dieu quelcj^ue chose de superbe , qui sert à donner au style une certaine emphase merveilleuse, en sorte que l'écrivain le plus religieux est presque toujours le plus éloquent. Sans religion on peut avoir de l'esprit; mais il est difficile d'avoir du génie. Ajoutez qu'on sent dans l'historien de foi un ton, nous dirions presque un goût d'honnête homme, qui fait qu'on est disposé à croire ce qu'il raconte. On se défie au contraire de l'historien sophiste; car, représentant presque toujours la société sous un jour odieux, on est incliné à le regarder lui-même comme un méchant et un trompeur.

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