‹ Le génie du christianisme (volume 5)Chapitre 75 sur 81 · IMITATION DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

IMITATION DE VOLTAIRE

vToi sur qui mon tyran prodif^ue ses bienfaits

Soleil! astre de feu, jour heureux que je hais,

Jour qui fais mon supplice, et dont mes yeux s'étonnent

Toi qui semblés le dieu des cieux qui t'environnent,

Devant qui tout éclat disparoit et s'enfuit,

Qui fais pâlir le front des astres de la nuit;

Iinafje du Très-Haut qui ré)![la ta carrière.

Hélas! j'eusse autrefois éclipsé ta lumière!

Sur la voùle des cieux élevé plus que toi,

Le trône où lu t'assieds s'abaissoit devant moi;

Je suis tombé : l'orjjueil m'a plongé dans l'abîme.

Hélas! je suis infjrat, c'est là mon plus rfrand crime;

J'osai me révolter contre mon Ci'éateur :

C'est peu de me créer, il fui mon bienfaiteur.

Il m'aimoit; j'ai forcé sa justice éternelle

D'appesantir son bras sur ma lèle rebelle

Je l'ai rendu barbare en sa sévérité;

Il punit à jamais, et je l'ai mérité.

Mais si le repentir pouvoil obtenir {jràcei...

Non. rien ne fléchira ma haine et mon audace;

Kon , je déteste un maître, et sans doute il vaut mieuv

Régner dans les enfers qu'obéir dans les cieux.

Note F, page 160.

Le Dante a répandu quelques beaux traits dans son P///aratoire; mais son Imaiji nation, si féconde dans les tourments de l'Enfer, n'a plus la même abondance quand il faut peindre des peines mêlées de quelques joies. Cependant cette aurore qu'il trouve au sortir du ïartare, cette lumière qu'il voit passer rapidement sur la mer. ont du vajïue et de la fraîcheur :

Dolce color d' oriental zaffiro

Che s' aceojiflieva nel sereno aspetto

Dell' aer puro infino al primo {jiro,

Aj'îli occlii inif'i ricoiiiinciô diletto Tosto oh' io usci' fiior dell' aura morta Che m' avea contristati gli occlii è '1 petto

Lo bel pianefa ch' ad amar conforta

Faceva fiitfo rider 1' oriente,

Velando i pesci ch' erano in sua scorta.

Io mi voisi a man destra e posi mente Air altro polo, e vidi quattro stelle Non viste mai fuor ch' alla prima ffento

Goder pareva '1 ciel di lor fiammelle.

0 seticnirional vedovo silo, 1 Poi che prlvato se' di mirar quelle!

Com' io da loro sj^uardo fui partito Un poco me volffendo ail' altro pol Là onde '1 Carro ffià era spariio ;

Vidi presso di me un vej^lio solo Defjno di tanta reverenza in vista, Che più non dee a padre alcun fi^rliuolo

Lunffa la barba e di pçI bianco mista Porlava a' suoi capegli simijifliante De' quai oadcv'i al petto doppia lista.

Li ragf^i delle quattro luci santé

Fregiavan si la sua faccia di lume

Cil' io '1 vedea come '1 sol fosse davante.

Venimmo poi in sul lito diserto Che mai non vide navicar sue acque Jom che di ritornar sia pcscia sperto.

Già era il sole ail' orizzonte {jiunto Lo cui meridian cerchio coverchia Gerusalem col suo più alto punto;

E la notte, ch' cpposita a lui cerchia

Uscia di Gange tuor con le bilance

Che le caggion di man quando soverchia;

Si che le blanche c le vermiglie guance Là, dov' io era, délia beila Aurora Per troppa etade divenivan rance,

Noî eravam lunghesso '1 mare ancora Come gente che pensa a suo cammino, Che va col cuore e col corpo dimora :

Ed ecco, quai su M presso del mattino Per li grossi vapor ]\Iarte rosseggia Giù nei poncnte sopra '1 suol marine,

Cotai m' apparve, s' io ancor lo veggia.

Un lume per lo mar venir si ralto

Che 'I muover suo nessua volar pareggia ;

Dal quai com' lo un poco ebbi ritratto L' occhio perdimandar lo duca mio, Rividil più lucente e maggior fatlo.

Purgalotio cli Dantk, canlo i c lî.

Note G, page 171.

Fragment du sennon de Bossuet sur le bonheur du ciel

Si l'apôtre saint Paul a dit^ que les fidèles sont un s|>o< tacle au monde, aux anges et aux hommes, nous pouvo; ;; encore ajouter qu'ils sont un spectacle à Dieu même. ^or,;. apprenons de Moïse que ce grand et sage architecte , diligent contemplateur de son propre ouvrage, à mesure qu'il bàtissoit ce bel édifice du monde, en admiroit toutes le* [jarlies^: Fidit Dcas Inccin qiiod cssel bona .-«Dieu vit que la «lumière étoit bonne ;» qu'en ayant composé le tout, parce qu'en effet la beauté de l'architecture paroît dans le tout, et dans l'assemblage plus encore que dans les parties détachées, il avoit encore enchéri et l'avoit li onvé parfaitement beau*^: Et cranl vaUle bona : et enfin, qu'il s étoit contenté lui-même en considérant dans ses créatures les traits de sa sagesse et l'effusion de sa bonté. Mais comme le juste et l'homme de bien est le miracle de sa grâce et le chef-d'teuvre de sa main puissante, il est aussi le spectacle le plus agréable à ses yeux 4 : Ocidi Dum'tni sitjier Juslos : aLes yeux de Dieu, dit le saint psalmiste, sont attachés sur les justes,» non-seulement parce qu'il veille sur eux pour les protéger, mais encore parce qu'il aime à les regai'deidu plus haut des cieux comme le plus cher objet de ses complaisances •\ « N'ave/.-vous point vu, dil-il, mon sei'vi- «teur Job, comme il est droit et juste, et craignant Dieu . «comme il évite le mal avec soin, et n'a point son semublable sur la terre?»

Que le soldat est heureux qui combat ainsi sous les yeux de son capitaine et de son roi, à qui sa valeur invincible prépare un si beau spectacle! Oue si les justes sont le spectacle de Dieu, il veut aussi à sou tour être leur spectacle :

' Cor., IV, a

' Gai., I, •^. > /(/., 1, 3!

^ Psaiiu., xxxni. 15. 5 Jpn, i , S

ET ECLAlHCiSSEMENTS. 333

comme il se plaît à les voir, il veut aussi qu'ils le voient : i! les ravit par la claire vue de son éternelle beauté, et leur montre à découvert sa vérilé même dans une lumière si pure qu'elle dissipe toutes les ténèbres et tous les nuages.

Mais, mes frères, ce n'est pas à moi de publier ces merveilles, pendant que le Saint-Esprit nous représente si vivement la joie triomphante de la céleste Jérusalem par !a boiicbe du prophète Isaie. «Je créerai, dit le Seigneur aUD nouveau ciel et une nouvelle terre, et toutes les an- «gnisses seront oubliées, et ne reviendront jamais : mais «vous vous réjouirez, et votre âme nagera dans la joie «durant toute l'éternité dans les choses que je crée pour «votre bonheur : car je ferai que Jérusalem sera toute «transportée d'allégresse, et que son peuple sera dans le «ravissement: et moi-même je me réjouirai en Jérusalem, «et je triompherai de joie dans la félicité de mon peuple ^))

Voilà de quelle manière le Saint-Esprit nous représente les joies de ses enfants bienheureux. Puis, se tournant à ce\ix qui sont sur la terre, à î'figlise militante, il les invile, en ces termes, à prendre part aux transports de la sainte et triomphante Jérusalem. « Réjouissez-vous, dit-il, avec «elle, ô vous qui l'aimez! réjouissez-vous avec elle d'une «grande joie, et sucez avec elle par une foi vive la mamelle «de ses consolations divines, afin que vous abondiez en «délices spirituelles, parce que le Seigneur a dit : Je ferai «couler sur elle un Heuve de paix : et ce torrent se débor- «dera avec abondance: toutes les nations de la terre y «auront part; et avec la même tendresse qu'une mère ca- «resseson enfant, ainsi je vous consolerai, dit le Seigneur 2.»

' OLIivioni tradifr" siint angtistire priores, et non asocndent super cor. Ciudebitis et ex,".lt.Tbitis usqne in scmpiternum , iu his qu.ne cgn creo. Quia ecce ego creo Jeiiisaiein exiiltationern, et populum eju^ gaudium. F.t exaltabo in Jérusalem , et gaudebo in populo ineo.

( Is. , Lxiii , 17 et SUIT. )

• LaRtamini cum Jérusalem, et exultate in ea omnes qui dilifçitis *am : gaudete cum sa ^audio .. Ut siiffatis et repieamini ab ubere

S34 rsOTES

Ouel cœur seroit insensible à ses divines teudrosses? Aspirons à ces joies célestes qui seront d'autant plus louchantes qu'elles seront acconipa^jnées d'un parfait repos, parce que nous ne les [k. Vivons jamais perdre. ( Sermons de Bossuetj lom. m.) , (Aote de l'Editeur.

Note H, page 180.

On sera bien aise de trouver ici le beau morceau de Bossuet sur saint Paul... « Afin que vous compreniez quel est donc ce piédicaleur, destiné par la Providence pour confondre la sagesse humaine, écoulez la description que j'en ai tirée de lui-même dans la première épilre aux Corinllii.'us.

« Trois choses contribuent ordinairement à rendre un orateur agréable et efficace : la personne de celui qui parle, la beauté des choses qu'il traite, la manière nigénieuse dont il les explique : et la raison en est évidente ; car l'estime de l'orateur prépare une attention favorable, les belles choses nourrissent l'esprit, et l'adresse de les explir[uer d'une manière qui plaise les fail doucement entrer dans le cœur; mais de la manière que.se représente le prédicateur dont je parle , il est bien aisé de juger qu'il n'a aucun de ces avanlag; ;,.

«Et j)remièrement, chrétiens, si vous regardez son extérieur, il avoue lui-même que sa mine n'est pas relevée ' : Prcesentia corporis i/ijlrmn ; et si vous considérez sa condition, il est méprisable, et réduit à gajyner sa vie par l'exercice d'un art mécanique. De là vient qu'il dit aux Corinthiens «J'ai été au milieu de vous avec beaucoup de craiuteeld'in-

consolalionis ejus; lU ninlfroalis et dcliciis affltiHlIs nh omnimoda {^oria ejus. Qnia liac dicit Doininus : Kcce e|yo diclinaho siip<>r eatn quasi fluvium pacis, cl quasi lorronti'm inundantt'm {rloriani jjenliuni... Ouoniodo si oui mater blandiatur, ita rfjo consuiabor

vos. ' ]. ■ ,-, •>■) „, <iùv.)

' Cor. X, 10.

ET ËGLAiaCiSSEMENTS. 333

Bnrjité ' -, » à'oh \\ est aisé de comprendre combien sa personne éloit méprisaMe. Chrétiens, quel prédicateur pour convertir tant de nations!

M Mais peut être que sa doctrine sera si plausible et s belle, qu'elle donnera du crédit à cet homme si méprisé Non, il n'en est pas de la sorte: « il ne sait, dit-il, autr chose que son maître crnci?ié ^:y) Non judica fi me scire aliqukl inter vos, nisi Jcsian Chriiituni, et hune cruc-ijîxum, c'està-dire qu'il ne sait rien que ce qui choque, que ce qui scandalise, que ce qui paroit folie et extrava^jance. Comment donc peut-il espérer que ses auditeurs soient persuadés? Mais, [jrand Paul! si la doctrine que vous annoncez est si étrange et si difficile, cherchez dii moins des termes polis, couvrez des lîeurs de la rhétorique cette face hideuse de votre Évangile, et adoucissez son austérité par les charmes de votre éloquence. A Dieu ne plaise, répond ce grand homme, (pie je mêle la sagesse humaine à la sagesse du Fils de Dieu; c'est la volonté de mon maiîre, que mes paroles ne soient p ;. moins rudes que ma doctrine paroit incrovabîe^: Non iapersuasibilibus humanœ saplentiœverbis,. Saint Paul rejette tous les artifices de la rhétorique. Son discours, bien loin <le couler avec cette douceur agréable, avec cette égalité tempérée que nous admirons dnns les orateurs, paroît inégal et sans suite à ceux qui ne l'ont pas assez pénétré; et les délicats de la terre, qui ont, disentils, les oreilles fines, sont offensés de la dureté de son style irrégulier. Mais, mes frères, n'en rougissons pas. Le discours de l'apôtre est simple, mais ses pensées sont toutes divines. S'il ignore la rhétorique, s'il méprise la philosophie, .lésus - Christ lui lient lieu de tout; et son nom, qu'il a toujours à la bouche, ses mystères, qu'il traite si divinement , rendront sa simplicité toute-puissante. 11 ira cet ignorant dans l'art de bien dire,av«:-c cette locution

' Et ego in infirmitate, et timoré ot trernore cnuito fui apud vos

(i Cor., 2, ?.. } ■^Cor. II. ^Ibid.y iv.

■^Se NOTES

rude, aw ceUe phrase qui sent l'étranijer, il ira en celle Grèce [)olie, la mère des philosophes et des orateurs : et maljjré la résistance du monde, il y élahlira plus d'éj^lises (jue Platon n'y a {^aj^iié de disciples par cette éloquence (ju'on a crue divine. Il prêchera Jésus dans Athènes, et le plus savant de ses sénateurs j)assera de TAréopajje en l'école de ce barhare. Il poussera encore plus loin ses conquêtes, il abattra aux pieds du Sauveur la majesté de faisceaux romains en la personne d'un proconsul, et il fer;; trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels on le cite. Rome même entendra sa voix ; et un jour cette ville maîtresse se tiendra bien plus honorée d'une lettre du style de Paul adressée à ses citoyens, que de tant de fameuses harangues qu'elle a entendues de son Cicérou.

f< Et d'où vient cela, chrétiens? c'est que Paul a des moyens pour persuader, que la Grèce n'enseigne pas, et que Uonie n'a pas appris. Une puissance surnaturelle, qui se plaît de relever ce que les superbes méprisent , s'est répandue et mêlée dans l'augusle simplicité de ses paroles. De là vient que nous admirons dans ses admirables épîtres une certaine vertu plus quliumaine, qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant qu'elle captive les entendements, qui ne Hatte pas les oreilles, mais qui porte ses coups droit au cœur. De nième qu'on voit un grand Heuve qui retient encore, coulant dans la plaine, cette Fniee violente et impétueuse qu'il avoit acquise aux montagnes don il lire son origine ; ainsi cette vertu céleste, qui est contenue dans les écrits de saint Paul, même dans cette simplicité de style, conserve toute la vigueur (jii'elle apporte du ciel, d'où elle descend.

«C'est parcelle vertu divine que la simplicité de l'apôtre a assujetti toutes choses. Elle a renversé les idoles, établi la croix de Jésus, persuadé à un million d'hommes de mourir pour en défendre la gloire : enlin, dans ses admirables êpîlres elle a expliqué de si grands secrets, qu'on a vu les plus sublimes esprits, après s'être exercés lonfjtemps dans les plus hautes s])éculations où pouvoit aller

ET ÉGLAlRCISSfciiViiiNÏS. 337

la philosophie, descendre de cette vaine hauteur où ils se croyoient élevés, pour apprendre à béfjayer humblemeni dans l'école de Jésus-Christ, sous la discipline de Paul...

NOTEl,pa^es 112et218.

Voici le catalogue de Pline :

Peintres des trois grandes Écoles, Ionique, Sicilienne et Attique.

Polygnote de Thasos peignit un Guerrier avec son bouclier. Il peignit, de plus, le temple de Delphes, et le portique d'Athènes, en concurrence avec Mylon.

Jpollodore d'Athènes :\]u Prêtre en adoration; Ajax tout endammé des feux de la foudre.

Zeuxis : Une Alcmène; un dieu Pan ; une Pénélope; un Jupiter assis sur son trône, et entouré des dieux, qui sont debout; Hercule enfant, étouffant deux serpents, en présence d'Amphitryon et d'Alcmène, qui pâlit d'effroi ; Junon Lacinienne; leTableau des Raisins; une Hélène et un Marsyas.

Pnrrliasius : Le Rideau; le peuple d'Athènes personnifié; le Thésée; Méléagre; Hercule et Persée ; le Grand-Prêtre deCybèle; une Nourrice crétoise avec son enfant; un Philoctète; un dieu Bacchus; deux Enfants accompagnés de la Vertu; un Pontife assisté d'un jeune garçon qui tient une boîte d'encens, et qui a une couronne de fleurs sur la tête ; un Coureur armé, courant dans la lice ; un autre Coureur armé, déposant ses armes à la fin de !a course; un Enée: un Achille; un Agamemnon; un Ulysse; un Ajax disputant à Ulysse l'armure d'Achille.

Tiinnnihe : Sacrifice d'iphigénie ; Polyphèrae endormi , dont de petits satyres mesurent le pouce avec un thyrse.

Pnmphile : Un Combat devant la ville de Phllus ; une Victoire des Athéniens ; Ulysse dans son vaisseau.

Éc/iion : Un Bacchus ; la Tragédie et la Comédie person- ;.i liées ; une Sémiramis ; une Vieille qui porte <teiix iai^ipes

vant iioe nouvelle Manés',

aàsiM nv ctiia-vr.. r. a. 22

JlpeUcs : Canipasjje nue , sous les traits tje Vc.iis Auadyomène ; le roi AnJ^igODe ; Alexandre tenant un foutlre; la Pompe de Méjjabyse , pontife de Diane j-Clitus partant pour la guerre , et prenant sou casque des mains de son écuyer; un Habron , ou homme efféminé ; uu Ménandre , roi de Carie ; un Ancée ; un Gorgoslhènes le tragédien ; les Dioscures; Alexandre et la Victoire; Bellone enchaînée au char d'Alexandre; un Héros nu; un Cheval; un Néoptolème combattant à cheval contre les Perses ; Archéloiis avec sa femme et sa fdle; .Antigonus armé; Diane dansant avec de jeunes filles; les trois tableaux connus sous les noms de V Éclair j du Tonnerre, de la Foudre.

Aristide de Tlicbcs : Une Ville prise d'assaut, et pour sujet une Mère blessée et mourante: Bataille contre les Perses ; des Quadriges en course ; un Suppliant ; des Chasseurs avec leur gibier; le Portrait du peintre Léontion; Biblis; Bacchus et Ariane ; un Tragédien accompagné d'un jeune garçon ; un Vieillard qui montre à un enfant à jouer de la lyre; un Malade.

Protogcne • LeLialyssus: un Satyi-e mourant d'amoiu^; un Cydippe; unTlépolème; un Philisqwe méditant; un Athlète; le Roi Antigonus; la Mère d'Aristote; un Alexandre; un Pan.

J scUpiodore : Les douze grands Dieux.

iV/com«</«c .• L'Enlèvement de Proserpine; une Victoire s'élevant dans les airs sur un char: un Ulysse; un Apollon; une Diane; une Cybèle assise sur un lion ; des Bacchantes et des Satyres ; la Scylla.

Philoxène d'Érélrie : La Bataille d'Alexandre contre Darius; trois Silènes.

Genre grotesque et peinture à fresque.

Ici Pline parle dePyréicus, qui peignit, dans une grande perfection, des boutiques de barbiers, de cordonniers, des ânes, etc. C'est l'École flamande. Il dit ensuite qu'Auguste fit représenter sur les murs des palais et des temples des paysages et des marines. Parmi les peintures à fresque dece genre, la plus célèbre «'toit connue sons le nom do

Marachers. C'étoieût des paysans à rentrée d'im village. Faisant prix avec des feraraes pour les porter sur leur épaules à travers une mare, etc. Ce sont les seuls paysages dont 11 soit fait mention dans l'antiquité, et encore n'éloit ce que des peintures à l'resque. Nous reviendrons dans mie autre note sur ce sujet.

Peinture encaustique.

Pausanias deSicyone: L'Hémérésios,ou l'Enfant; GIvcère assise et couronnée de fleurs; une Hécatombe.

Eupliranor : Un Combat équestre; les douze Dieux ; Thé sée;ua Ulysse contrefaisant l'insensé: un Guerrier remettant sou épée dans le fourreau.

Crdias : Les Argonautes.

Jndc/otas : Le Champion armé du bouclier; le Lutteur et le .loueur de llùte.

Nicias .athénien : Une Forêt; Némée personnifiée; ua Eaccluis; l'Fîyacinlhe; une Diane : le Tombeau de Mégabyze: la Nécromancie d'Homère; Çalypso, lo et Andromède; Alexandre; Calypso assise.

Athénion : Un Pliilarque; un Syngénicon ; un Achille désjtiisé en fille; un Palefrenier avec un cheval.

I.inumaque de lijzance: Ajax ; Médée; Qreste ; l])liigéaie en Tauride; un Lécylhion, ou maître à voltiger; une Famille liohlc; luie Gorgone.

Arislolnu'! : Un Épaminoudas; un Périclès ; une i\Iédée ; la Vertu: Thésée; le Peuple Athéniea personnifié; une Hécatombe.

Sorrate : Les Filles (rKscula})e , Higie, Églé , Panacée, Laso ; OEnos, on le C(»rdier fainéant.

/Intiphde : b'Knfaiit souillant le Feu; les Fileuses au Fu-« seau ; la Chasse du roi Plolémée, et le Satyre aux aguets.

Aristophon : Ancée blessé par le sanglier de Cajydon; ua tableau allégorique de Priam et d'Ulysse.

Artemon : Danaé et les Corsaires; la reine Stratoaice; Hercule et Déjanire ; Hercule au mont Oéta ; Laomédon.

Pline continue à nommer environ une quarantaine db

\)eintres inférieurs, dont il ne cite que quelques tableaux.

( Pi-iNE, iiv. 35.) Nous n'avons à opposer à ce calalojjue que celui que Idus les lecteurs peuvent se procurer au 3Iuséum. Nous observerons seulement que la plupart de ces tableaux antiques sont des portraits ou des tableaux d'histoire; et que , pour être impartial, il ne faut mettre en parallèle avec des sujets chrétiens que des sujets mythologiques.

Note K, page 220.

Le catalogue que Pline nous a laissé des tableaux de l'antiquité n'offre pas un seul tableau de paysage, si l'ou en excepte les peintures à fresque. Il se peut faire que quelques-uns des tableaux des grarids maîtres eussent un arbre, un rocher, un coin de vallon ou de forêt, un courant d'eau dans le second ou troisième plan; mais cela ne constitue pas le paysage ])ropremfnt dit, et tel que nous l'ont donne les Lori-aiu et les Berghem.

Dans les antiquités d'Herculanum on n'a rien trouvé qui pût porter à croire que l'ancienne ficole de peinture eût des paysagistes. Ou voit seulenu'nl, dans le Télé plie , une femme assise, couronnée de guirlandes, appuyée sur \m panier rempli d'épis, de fruits et de fleurs. Hercule i-s vu par le dos, debout devant elle , et une biche allaite u enfant à ses pieds. Un Faune joue de la flûte dans l'éloigi-i' ment, et une femme ailée fait le fond de la figure d'Hercule. Cette composition est gracieuse; mais ce n'esl pas là encore le véritable paysage, le paysage nu, représentant seulement un accident de la nature.

Quoique Vitruve prétende qu'Anaxagore et Démocrite avoient parlé de la perspective en traitant de la seèn«' grecque, on peut encore douter que les anciens connussent •cette partie de l'art, sans laquelle toutefois il ne peut y yavoir de paysage. Le dessin des stijrts d'Herculanum est sec , et tient braueoup de la sculpture et des bas-reliefs. Le^ omlires , <i'iui rouge mêlé -^I' noir, sont égaJen->ejir

(•paisses depuis le haut jusqu'au bas de la figure, et conséquemmeut ne font point fuir les objets. Les fruits raênie, les fleurs et les vases mauqueat de perspective, et le contour supérieur de ces derniers ne répond pas au même horizon que leur base. Enfin, tous ces sujets , tirés de la fable, que l'on trouve dans les ruines d'Herculanum, prouvent que la mythologie déroboit aux peintres le vrai paysage, comme elle eachoit aux poëtes la vraie nature.

Les voûtes des thermes de Titus, dont Raphaël étudia les peintures, ne représentoient que des personnages.

Quelques empereurs iconoclastes avoient permis de dessiner des /leurs et des oiseaux sur les murs des églises de Constantinople. Les Égyptiens, qui avoient la mythologie grecque et latine, avec beaucoup d'autres divinités, n'ont point su rendre la nature. Quelques-unes de leurs peintures, que l'on voit encore sur les murailles de leurs temples , ne s'élèvent guère, pour la composition, au-delà dix faire des Chinois.

Le père Sicard, parlant d'un petit temple situé au milieu des grottes de la Thébaïde, dit : «La voûte, les murailles, le dedans , le dehors . tout est pein t , mais avec des couleurs si brillantes et si douces , qu'il faut les avoir vues pour le croire.

«Au côté droit, on voit un homme debout, avec une canne de chaque main, appuyé sur un crocodile, et une fille auprès de lui , ayant une canne à la main.

«On voit, à gauche de la porte, un homme pareillement debout, et appuyé sur un crocodile , tenant une épée de la main droite , et de la gauche une torche allumée. Au dedans du temple des fleurs de toutes couleurs, des instruments de différents arts, et d'aiUres figures grotesques et emblématiques, y sont dépeints. On y voit aussi d'un autre côté une chasse, où tous les oiseaux qui aiment le Nil sont pris d'un seul coup de rets ; et de l'autre on y voit une pèche où les poissons de cette rivière sont enveloppés dans un «eul filet, etc.» (Lett, édif., lom. V, pag. 144.)

Pour trouv.-; des paysages chez les p.nciens, il fau<lroit

342 AOTKS

avoir recours aux mosaïques; encore ces paysaj^es sonl-ils tous historiés. La fameuse rftosaïque du palais des princes Barberins à Palestrine représente dans sa partie supérieure uû pays de montagnes , avec des chasseurs el des animaux ; dans la partie inférieure , le Nil qui serpente autour de plusieurs petites îles. Des Éffvptiens poursuivent des crocodiles ; des Égyptiennes sont couchées sous des berceaux ; une femme offre une palme à un guêFrier , etc.

Il y a bien loin dé tout cela aul pâysrtges dé Claude le Lorrain.

Noté L, page 234.

L'abbé Barthélémy trouva le prélat Baïardi occupé à répondre à des moines de Calabre, qui l'avoient consulté sur le système de Copernic. «Le prélat répondoit longuement et savamment à leurs questions, exposoit les lois de la gr;ivîtation, s'élevoit contre l'iraposlure de nos sens, et finissoit par conseiller aux moines de ne pas troubler les cendres de Copernic.» ( Voyage en Italie.)

Note M, page 264.

On se refuse presque à croire que quelques-unes de ces notes soient de Voltaire, tant elles sont au-dessous de lui. Mais on ne peut s'empêcher d'être révolté à chaque instant de la mauvaise foi des éditeurs , et des louanges qu'ils se donnent entre eux. Qui croiroit, à moins de l'avoir vu imprimé, que dans une notide, faite sur une note , on appelle le commentateur, le Secrétaire de Marc-Aurèle , et Pascal, le Secrétaire de Port-Royal ? Dans cent autres endroits oh force les idées de Pascal, pour le faire passer pour athée. Par exemple, lorsqu'il dit que la raison de l'homme seule ne peut arriver à une démonstration parfaite de l'existence de Dieu, on triomphe, on s'écrie qu'il est beati de voir Voltaire prendre le parti de Dieu contre Paseal. En vérité, c'est bien se jouer dû sens commun, et cofiipter sur la boiihomic du lecteur.

N'est-il pas évident que Pascal raisonne en chrétien qSi veut presser l'argument de la nécessité d'une révélation ? Il y a d'ailleurs quelque chose de pis que tout cela dans cette édition commentée. Il ne nous est pas démontré que lés Pensées nouvelles qu'on y a ajoutées ne soient pas au moins dénaturées , pour ne rien dire de plus. Ce qui autorise à le croire , c'est qu'on s'est permis de retrancher plusieurs des anciennes , et qu'on a souvent divisé les autres , sous prétexte que le premier ordre éloit arbitraire , de manière à ce qu'elles ne donnent plus le même sens. On conçoit combien il est aisé d'altérer un passage en rompant la chaîne des idées , et en séparant deux membres de phrase, pour en faire deux sens complets. Il y a une adresse, une ruse, une intention cachée dans cette édition, qui l'auroient rendue dangereuse , si les notes n'avoient heureusement détruit tout le fruit qu'on s'en étoit promis.

Note N , page 268.

Outre les projets de réforme et d'amélioration qui sont venus à la connoissance du public, on prétend que l'on a trouvé depuis la révolution , dans les ancietis papiers du ministère, une foule de projets proposés dans le conseil de Louis XIV, entre autres celui de reculer les frontières de la France jusqu'au Rhin, et de s'emparer de l'Egypte. Ouant aux monuments et aux travaux pour l'embellissement de Paris , ils paroissent avoir tous été discutés. Oh vouloit achever le Louvre, faire venir des eaux, découvrir les quais de la Cité , etc., etc.

Des raisons d'économie ou quelque autre motif arrêtèrent apparemment les entreprises. Ce siècle avoit tant fait , qu'il falloit bien qu'il laissât quelque chose à faire à l'avenir.

Note 0 , page 286.

Je répondrai par un seul fait à toutes les objections qu'oc peut me faire contre l'artnenne censure. N'est-ce pas cq

344 NOTFS

France que tous les ouvrages contre la religion ont été composés, vendus et puMiés , et souvent même imprimés? et les grands eux-mêmes n'éloient-ils pas les premiers à les faire valoir et à les protéger? Dansée cas, la censure n'étoitdonc qu'une mesure dérisoire, puisqu'elle n'a jamai» pu empêcher un livre de paroître , ni un auteur d'écrire librement sa pensée sur toute espèce de sujets : après tout, le pins grand mal qui pouvoit arriver à un écrivain, étoit d'aller passer quelques mois à la Bastille . d'oià il sorloit bientôt avec les honneurs d'une persécution , qui quelquefois étoit son seul titre à la célébrité.

Note P , page 295.

L'auteur du Génie de i homme , M. de Chènedollé, a reproduit en très beaux vers quelques traits de ce chapitre, dans un des plus brillants morceaux de ses Etudes poétiques, intitulé BossuET.

Ainsi quand, (ïéFenseur d'Athène,

Au plus redoutable des rois, Jadis l'impétueux et lil)re Démosthène Lançoit, brûlant d'éclairs, les foudres de sa voix :

Ou quand, par l'art de la vengeance.

Armé d'une double puissance, Il réclamoit le prix de la couronne d'or. Et pressant son rival du poids de son géni»»

Sous son éloquence infinie,

L'accabloit plus terrible encor ;

Bouillant de verve et de pensée ,

Et fort de ses expressions, L'orateur, sur la foule autour de lui pressée. Promenoit à son gré toutes les passions.

A la Grèce entière assemblée,

Muette, et ravie et troublée, Ue sa foudre il faisoit sentir les traits vainqueurs •. El de l'art agrandi redoublant les miracles.

Tonnoit , renversoit les obstacles .

Et triomphoil de tous le» cœurs.

ET ECLAIRCISSEMENTS. 34o

Tel, et plus éloquent encore,

Kossuel parut parmi nous, Quand, s'annonçant au nom du grand Dieu qu'il adore. De sa paroie aux rois il fit sentir les coups.

Dès qu'à la Iribune sacrée,

De ses vieux défauts épurée.

Il mor.'ifc eiincelant de génie et d'ardeur; Des grands talents soudain la palme ceint sa tète ,

Et l'art dont il fait sa conquête

Luit d'une plus vive splendeur.

Toujours sublime et magnifique.

Soit que, plein de nobles douleurs, 11 nous montre un abîme oii fut un trône antique, El d'une grande reine étale les malheurs; ,

Soit lorsqu'entr'ouvrant le ciel même.

Il peint le monarque suprême Courbant tous les Etats sous d'immuables lois; Et de sa main teriible ébranlant les couronnes,

Secouant et bi-isant les trônes ,

Et donnant des leçons aux rois!

Mais de quelle mélancolie

Il frap[)e et saisit tous les cœurs, Lorsqu'atlrislant notre âme et sombre et recueillie. Au cercueil d'Henriette il invoque nos pleurs!

Et comme il peint cette princesse:

Riche de grâce et de jeunesse.

Tout à coup arrêtée au sein du plus beau sort, ht des sommets riants d'une gloire croissante

Et d'une santé florissante ,

Tombant dans les bras de la mort!

Voyez, à ce coup de tonnerre ',

Gomme il méprise nos grandeurs.

De ce qu'on crut pompeux sur notre triste terre Comme il voit en pitié les trompeuses splendeurs!

Du plus haut des cieux élancée

Sa vaste et sublime pensée Redescend et s'assied sur les bords d'un cercueil: Et là , dans la muette et commune poussiers

D'une voix redoutable et fière

Des rois il terrasse l'orgueil

Expression même d« Bossuet-

Castillan si fier de tèi armés ,

Quoi ! tu fuis aux champs de Rocrcii!

Tbïi intrépide cœur, étranger aux alarmes. Vient donc aussi d'apprendre à connoltre l'effroî!

Quel précoce amant de la {rloire,

Dans ses yeux portant la victoire, Rompt tes vieux bataillons jusrjiralors si vaillants, Et de tant de soldats, en ce combat funeste,

Laisse à peine échapper un reste

Qu'il promet aux plaines de Lens ' ?

C'est Condé qui, dans la carrière

Entre pour la première fois ; C'est lui dont Bossuct peint la fou{^ue jjucrriêi"ej Couronné à vinjrt ans par les plus hauts exploits.

Oh! comme l'orateur s'enflamme!

Du jeune Enf^hien à la grande âme Comme il Suit fous les pas, de carnage fiimants! Ce n'est plus un fablcau , c'est la bataille même,

Bossuet , dont ton art suprêmf

Reproduit tous les mouvements!

Comme une aigle aux ailes immenses

Agile habitante des cieux , Franchit en un instant les plus vastes distances, Parcourt tout de son vol et voit tout de ses yeux ,

Tel à son gré changeant de place ,

Bossuet à notre œil retrace Sparte, Athènes, Memphis aux destins éclatants, Tel il passe, escorté de leurs grandes images,

Avec la majesté des âges

Et la rapidité du temps *.

Oui , s'il parut jamais sublime ,

C'est lorsqu'armé de son flambeau, Interprète inspiré des siècles qu'il ranime, Des États écroulés il sonde le tombeau ;

C'est lorsqu'en sa douleur profonde

Pour fermer le convoi du monde , Il scelle le cercueil de l'cnripirc romain , Et qu'il élève alors ses accents prophétiques

A travers les débris antiques

El la foudre du genre humain !

{A'ote de l'Éditeur.]

' Ornisnil funèbre du grand ConJé.

» Vtsc. sur l'/Jist. unii:, 3" piirtip, inlitulép !es Emi>'ires.

ET ÉCLÂÎÉCiSSEMENTS. 347

Note Q, page 3J0.

On jugera de l'éloquence de saint Chrysostome par ces deux morceaux traduits ou extraits par Rollin , dans son Traité des Études , tom. il, ch, ii, pag. 493.

Extrait du discours de saint Chrysostome , sur la disgrâce d' Eutrope.

Eutrope étoit un favori tout-puisSànt auprès de l'empereur Arcade, et qui gouvernbit absoluiiaeht l'esprit de son maître. Ce prince, aussi foible à soutenir ses ministres qu'imprudent à les élever, Se vit oîiligé malgré lui d'abandonner son favori. Eh un tiioment Eùti-bpè torhbâ du comble de la grandeur dans l'extrémité de là misère. Il ne trouva de ressource qiie dans la pieuse générosité de saint Jean Chrysostome , qu'il àvoit souvent maltraité , et flans l'asile sacré des autels, qu'il s'étoit effbi'cé d'abolir par diverses lois , et où il se réfugia dans son malheur. Le lendemain , jour destiné à la célébration des saints mystères , le peuple accourut en foule à l'église pour y voir dans Eutrope une image éclatante de la foiblessè des hommes , et du néant des grandeurs humaines. Le saint évêque parla sur ce sujet d'une manière si vive et si touchante , qu'il changea la haine et l'aversion qu'il avoit pour Eutrope en compassion, et fit fondre en larrnes tout son auditoire. Il faut se souvenir que le caractère de Saint Chrysbstoriie étoit de parler aux grands et aux puissants , même dahs le teiiips de leur plus grande prospérité, avec uiié forcé è4, tiné liberté vraiment épiscopales.

«Si l'on a dii jamais s'ébriei* : Vanité des vanités , et tout <i7i'esî que vanité , ceriainémerit c'est daiis la cbiijôncture «présente. Oti est maintenant cet éclat dés plus hautes di- «gnités ? Oîi sont ces mài-tiuès d'Kbriheur et de distinction ? «Qu'est deveiiù cet appareil des festins et des jours de ré- «jôtlissances ? Où Se sotit terminées ces acclamations si

«fréquentes et ces flatteries si outrées de tout un peuple «asscinblé dans le Cirque pour assister au spectacle? L'n «seul COU]) de vent a dépouillé cet arbre superbe de toutes <(ses feuilles, et, après l'avoir ébranlé jusque dans ses ra- «cines , Va. arraché en un moment de la terre. Où sont ces «faux amis, ces vils adulateurs, ces parasites si empressés «à faire leur cour, et à témoigner par leurs actions et leurs «paroles un servile dévouement? Tout cela a disparu et «s'est évanoui comme un songe, comme une fleur, comme «une ombre. Nous ne pouvons donc trop répéter cette sen- «tence du Saint-Esprit : Vanilc des vanités, et tout n'est que vvanité. Elle devroit être écrite en caractères éclatants «dans toutes les places publiques , aux portes des maisons, «dans toutes nos chambres : mais elle devroit encore bien «plus èire gravée dans nos cœurs, et faire le continuel «sujet de nos entretiens.

«N'avois-je pas raison, dit saint Chrysostome en s'adres- «sant à Eutrope, de vous représenter l'inconslauce et la «fragilité de vos richesses ? Vous connoissez , maintenant , «par votre expérience, que comme des esclaves fugitifs «elles vous ont abandonné, et qu'elles sont même, en «quelque sorte, devenues perfides et homicides à votre «égard, puisqu'elles sont la principale cause de votre dé- «sastre. Je vous répétols souvent que vous deviez faire «plus de cas de mes reproches , quelque amers qu'ils vous «parussent , que de ces fades louanges dont vos flatteurs ne «cessolent de vous accabler , parce que les blessures que fait <( celui qui aime valent mieux que les baisers trompeurs de celui «qui hait. Avois-je lorl de vous parler ainsi? ^)^^e sont de- «venus tous ces courtisans ? Us se sont retirés : ils ont re- «Qoncé à votre amitié ; ils ne songent qu'à leur sûreté, h «leurs intérêts , aux dépens même des vôtres. Il n'en esl «pas ainsi de nous. Nous avons souffert vos emportements «dans votre élévation; et, dans votre chute, nous vous «soutenons de tout notre pouvoir. L'Église, à qui vous «avez fait la guerre , ouvre son sein pour vous recevoir; et «les théâtres, objet éternel de vos complaisances . qui nous

«ont si souvent attiré votre indigaatioa , vous ont aban- <( donné et trahi.

«Je ne parle pas ainsi pour insulter au malheur de celui ïqui est tombé, ni pour rouvrir et aigrir des plaies encore (toutes sanglantes, mais pour soutenir ceux qui sont de- «bout, et leur faire éviter de pareils maux. Et le moyen de «les éviter, c'est de se bien convaincre de la fragilité et de «la vanité des grandeurs humaines. De les appeler une «fleur, une herbe, une fumée, un songe, ce n'est pas en- «core en dire assez, puisqu'elles sont au-dessous même du «néant. Nous en avons une preuve bien sensible devant les «yeux. Oui jamais est parvenu à une plus haute élévation? «N'avoit-il pas des biens immenses ? Lui manquoit-il quel- «que dignité? N'éioit-il pas craint et redouté de tout l'Era- «pire? Et maintenant, plus abandonné et plus tremblant «que les derniers des malheureux , que les plus vils escla- «ves, que les prisonniers enfermés dans de noirs cachots , «n'ayant devant les yeux que les épées préparées contre «lui, que les tourments et les bourreaux, privé de la lu- «mière du jour au milieu du jour même, il attend à chaque «moment la mort, et ne la perd point de vue.

«Vous fûtes témoins, hier, quand ou vint du palais pour «le tirer d'ici par force, comment il courut aux vases sa- '.(crés, tremblant de tout le corps, le visage pâle et défait» ;< faisant à peine entendre une foible voix entrecoupée de :<sanglots, et plus mort que vif. .le le répète encore, ce «n'est point pour insulter à sa chute que je dis tout ceci, «mais pour vous attendrir sur ses maux , et pour vous ins- «pirer des sentiments de clémence et de compassion à son « égard.

«Mais, disent quelques personnes dures et impitoyables, «qui même nous savent mauvais gré de lui avoir ouvert «l'asile de l'Église, n'est-ce pas cet homme-là qui en a été «le plus cruel ennemi, et qui a fermé cet asile sacré par «diverses lois? Cela est vrai, rép'ond saint Chrysostome; «etcf doit être pour nous unmotif bien pressant de glorifier «Dieu de ce qu'il obhg^" -u enaemi si formidable de venir

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