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«rendre lui-mêpie fjonima^e , et à la puissanee de l'Éj^Uçe , «et à sa clémence : à sa puissance, puisque c'est la guerre «qu'il lu} a faife qui ' 'i ^ attiré sa dis.gràce; à sa clé- «mençe, puisque, iijk^ij - toys les nj^ux qu'elle en a reçus, «oubliant tout le passé, elle lui ouvre son sein , elle le «cache sous ses aileç, elle le couvre de sa protection comnie «d'un l^oucUer, et {e reçoit dans l'asile sacré des autels, que «lui-piême avoit plusieurs fois entrepris d'aLolir. Il n'y a «point de victoires, point de trophées, qui pussent faire «taiit d'honneur à l'Église. Une telle générosité, dont elle «seule est capable, couvre de honte et les .luifs et les in- « lidèles. Accorder hautement sa protection à un ennemi «ilér-kiré, tombé dans la disgrâce, abandonné de louj ^ « devenu l'objet du mépris et de la haine publique ; montrer «à son égard une tendresse plus que maternelle ; s'opposer «en même temps et à la colère du prince et à l'aveugle fu- .«reur du peuple : voilà ce qui fait la gloire de notre sainte « religion.
«Vous dites avec indignation qu'il a fermé cet asile par «diverses lois. O homme, qui que vous soyez, vous est-il « donc permis de yoi|S souvenir des injures qu'on vous a «faites ? Ne sommes-nous pas les serviteurs d'un Dieu çru- « cilié, qui dit en exj)ij"ant : Mon père, pardonnez-leur, car ils <(ne savent ce qu'ils font P Et cet homme , prosterné au pied «des autels , et exposé en spectacle à^ tout l'univers, ne «vient-il pas lui-même abroger ses lois, et en reconnoître «l'injustice? Quel honneur pour cej, autel, et combien est-il «Revenu terrible et respectable, depuis qu'à nos yeux il ( tient ce lion enchaîné ! C'est ainsi qne ce qui Rehausse '< l'éclat et l'image d'un prince n'est pas ([u'il soit assis sur un trône, reyè^u de pourpre et ceint du diadème; pais «qu'il foule aux pieds les barbares vaincus et captifs
«Je vois dans notre temple nue assemblée aussi nom- «breuse qu'à la grande fête de Pâques. Ouelle leçon pogr «tous que le spectacle qyi vous occvipe maiutenaat, et «combien le silence piqmc de cet homme, réduit en l'état «où vous le voyez, ',nl-l! plus éloquent que tous nos dis-
«cours! Le riche, ea entrant ici , n'a qu'à ouvrir les yeux «pour recoanoître la vérité de cette parole : Toute chair « n'est que de l'herbe , et toute sa gloire est comme la Jleur des u champs. L'herbe s'est scchée , la fleur est tombée , parce que aie Seigneur l'a frappée de son souffle. Et le pauvre apprend «ici à juger de son état tout autrement qu'il ne fait, et, «loin de se plaindre , à savoir même bon ^ré à sa pauvreté, «qui lui tient lieu d'asile, de port, de citadelle, en le niet- «lant en repos et en sûreté, et le délivrant des craintes et «des alarmes dont il voit que les richesses sont la cause «et l'oriijine.»
î^e but qu'avoit saint Chrysostome en tenant tout ce discours n'étoit pas seulement d'instruire son peuple , mais de l'attendrir par le récit des maux dont il lui faisoit une peinture si vive. Aussi eut-il la consolation, comme je l'ai dit, de faire fondre en larmes tout son auditoire, quelque aversion qu'on eût pour Eulrope , qu'on regardoit avec raison comme l'a-teur de tous les maux publics et particuliers. Quand il s'en aperçut il continua ainsi : «Ai-je «calmé vos esprits? Ai-je chassé la colère? Ai-je éteint «l'inhumanité? Ai-je eicité la compassion? Oui, sans «doute ; et l'état où je^vous vois, et ces larmes qui coulent «de vos yeux en sont de bons garants. Puisque vos cœurs «sont attendris , et qu'une ardente charité en a fondu la «glace et amolli la dureté, allons donc tous ensemble nous «jeter aux pieds de l'Empereur; ou plutôt prions le Dieu «de miséricorde de l'adoucir, en sorte qu'il nous accorde «la grâce entière.»
Ce discours eut son effet, et saint Chrysostonrie sauva la vie à Eutrope. Mais quelques jours après , ayant eu l'imprudence de sortir de l'église pour se sauver , il fut pris et banni en Chypre, d'où on le lira dans la suite pour lui faire son procès à Chaicédoine, et il fut décapité.
Extrait tiré du premier livre du Sacerdoce.
Saint Chrysostome avolt un ami inlime , nommé Basile, qui lui avoil persuadé de quilter la maison de sa mère pour mener avec lui une vie solitaire et retirée. «Dès que cette mère désolée eut appris cette nouvelle, elle me prit la main , dit saint Chrysostome, me mena dans sa chambre ; et m'ayant fait asseoir auprès d'elle sur le même lit où elle m'avoit mis au monde , elle commença à pleurer, et à me parler en des termes qui me donnèrent encore plus de pitié que ses larmes. «Mon fils, me dit-elle, Dieu»n'a pas «voulu que je jouisse long-temps de la vertu de votre père. «Sa mort, qui suivit de près les douleurs que j'avois en- «durées pour vous mettre au monde , vous rendit orphe- «liu , et me laissa veuve plus lot qu'il n'eût été utile à l'un «et à l'autre. J'ai soul'Iert toutes les peines et toutes les «incommodités du veuvage , lesquelles , certes , ne peuvent «être comprises par les personnes qui ne les ont point «éprouvées. Il n'y a point de discours qui puisse repré- «senter le trouble et l'orage où se voit une jeune femme «qui ne vient que de sortir de la maison de son père, qui «ne sait point les affaires, et qiù, étant plongée dans l'afHic- «tion, doit prendre de nouveaux soins, dont la foihlesse de- «son âge et celle de son sexe sont peu capal-les. Il faut «qu'elle supplée à la négligence de ses serviteurs , et se «garde de leui- malice; qu'elle se défende des mauvais desttseins de ses proches ; qu'elle souffre constamment les in- «jures des |)artisans , et l'insolence et la barbarie qu'ils p «exercent dans la levée des impôts. ;*
«Quand un père en mourant laisse des enfants, si c'est «une f\!h' , je sais que c'est beaucoup de peine et de soin 'a pour une veuve : ce soin néanmoins est supportable , en «ce qu'il n'est pas mêlé de crainte ni de .dépense. Mais si «c'est un fils , l'éducation en est bien plus difficile, et c'esr «un sujet continuel d'appréhensions et df soins, sans «parler de ce qu'il coûte pour le faire bien instruire. Tous
«ces maux pourtant ne m'ont point portée à me remarier, «.le suis demeurée ferme parmi ces orages et ces tempêtes : «et, me confiaot surtout en la grâce de Dieu, je me suis « résolue de souffrir tous ces troubles que le veuvage ap- » porte avec soi.
«Mais ma seule consolation dans ces misères a été de «vous voir sans cesse, et de contempler dans votre visage «l'image vivante et le portrait fidèle de mon mari mort: «consolation qui a commencé dès votre enfance, lorsque «vous ne saviez pas encore parler, qui est le temps où les .'«père» et les mères reçoiveut plus de plaisirs de leurs en zfaDts.
«Je ne vous ai point aussi Jonné sujet de me dire que. «à la vérité, j'ai soutenu avec courage les maux de nv.; «condition présente, mais aussi que j'ai diminué le bien c «votre père pour me tirer de ces incommodités , qui est im «malheur que je sais arriver souvent aux pupilles ; car je «vous ai conseivé tout ce qu'il vous a laissé, quoique j • «n'aie rien épargné de tout ce qui vous a été nécessairt' «pour votre éducation, .l'ai pris ces dépenses sur mon obieu, et sur ce que j'ai eu de mon père en mariage : ce «que je ne vous dis pas, mon fils, dans la vue de vous «reprocher les obligations que vous m'avez. Pour tout cela «je ne vous demande qu'une grâce : ne me rendez pas «veuve une seconde fois. jNe rouvrez pas une plaie qui «commençoit à se fermer. Attendez au moms le jour dénia «mort; peut-être n'est-il pas éloigpé. Ceux qui sont jeunes «peuvent espérer de vieillir ; mais , à mon âge, je n'ai plus «que la mort à attendre. Quand vous m'aurez ensevelit- «dans le tombeau de votre père, et que vous aurez réuni «mes os à ses cendres, entreprenez alors d'aussi longs rt voyages , et naviguez sur telle mer que vous voudrez , per- «sonne ne vous en empêchera. Mais, pendant que je rcs- «pire encore, supportez ma présence, et ne vous ennuyez «point de vivre avec moi. N'attirez pas sur voais l'indigna- «tion de Dieu , en causant une douleur si sensible à unu « mère qui ne Ta point méritée. Si je songe h vous engager
GÉXIP ÎH' f.l'l' -ï T. il -■'
«clans les soins du monde, et que je veuille vntis obliger «de piendre la conduite de mes affaires, qui bjul les vô- «1res, u'ayez plus d'éjjard , j'y consens, ni aux lois de la «nature, ni aux |)cines que j'ai essuyées pour vous élever, «ni au respect que vous devez à une mère, ni à aucun «autre motif pareil : fuyez-moi comme l'enneihi de votre «repos, comme une personne qui vous tend des j)iéges «dangereux. Mais si je fais tout ce qui déj)end de moi afin «que vous puissiez vivre dans une parfaite tranquillité, «que cette considération pour le moins vous retienne, si «toutes les autres sont inutiles. Quelque grand nombre «d'amis que vous ayez , nul ne vous laissera vivre avec au- «taut de liberlé que je fais. Aussi n'y en a-l-il point qui «ait la même passion que moi pour votre avancement et «pour votre bien.»
Saint Clirysostome ne ])ut résister à un discours si touchant; et quelque sollicitation que Basile son ami continuât toujours à lui faire, il ne put se résoudre à quitter une mère si pleine de tendresse pour lui, et si digne d'être aimée.
L'antiquité païenne peut-elle nous fournir un discours plus beau, plus vif, plus tendre, plus éloquent que celuici, mais de celle éloquence simple et naturelle, qui passe iuKniment tout ce que l'art le plus étudié j)ourroit avoir de plus brillant? Y a-l-il dans tout ce discours aucune ncnsée recherchée , aucun tour extraordinaire ou affecté? Ne voit-on pas que tout y coule de source, et que c'est la nature même qui l'a dicté? Mais ce que j'admire le plus, c'est la retenue inconcevable d'une mère afiligée à l'excès , et pénétrée de douleur, à qui , dans un étal si violent, il n'échajjpe pas un seul mot ni (remporlenn'ul , ni même de plainte contre l'auteur de ses peines et de ses alarmes, soit par rc\s|)cct pour la vertu de Basile, soit par la crainte d'irril^r son fils , qu'elle ne songeoit qu'à gagner et H attendrir.
Note R, page 317.
«C'est au grand talent, dit M. de La Harpe, qu'il est doDoé de réveiller la froideur et de peindre l'indifférence; et lorsque l'exemple s'y joint (heureusement encore tous nos prédicateurs illustres ont eu cet avantage) , il est certain que le ministère de la parole n'a nulle part plus de puissance et de dignité que dans la chaire. Partout ailleurs, c'est un homme qui parle à des hommes : ici, c'est Uû être d'une autre espèce : élevé entre le ciel et la terre , c'est un médiateur qu& Dieu place entre la créature et lui. Indépendant des considérations du siècle, il annonce les oracles de l'éternité. Le lieu même d'où il parle, celui où on l'é" coûte , confond et fait disparoltre toutes les grandeurs pour ne laisser sentir que la sienne. Les rois s'humilient comme le peuple devant son tribunal, et n'y viennent que pour être instruits. Tout ce qui l'environne ajoute un nouveau poids à sa parole : sa voix retentit dans l'étendue d'une enceinte sacrée, et dans le silence d'un recueillement universel. S'il atteste Dieu, Dieu est présent sur les autels; s'il annonce le néant de la vie, la mort est auprès de lui pour lui rendre témoignage , et montre à ceux qui l'écoutent qu'ils sont assis sur des tombeaux.
«Ne doutons pas que les objets extérieurs, l'appareil des temples et des cérémonies , n'influent beaucoup sur les hommes, et n'agissent sur eux avant l'orateur, pourvu qu'il n'en détruise pas l'effet. Représentons-nous Massillon dans la chaire , prêt à faire l'oraison funèbre de' Louis XIY, jetant d'abord les yeux autour de lui , les fixant quelque temps sur cette pompe lugubre et imposante qui suit les rois jusque dans ces asiles de mort où il n'y a que des cer cueils et des cendres , les baissant ensuite un moment avec l'air de la méditation, puis les relevant vers le ciel, et prononçant ces mots d'une voix ferme et grave : Dieu seul est grand, mes frères ! Quel exorde renfermé dans une seule
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parok" accompagnée de celle actioa! couimc- elle devient sublime par le s^ieclacle qui entoure l'orateur ! comme ce seul mol anéantit tout ce qui n'est pas Dieu !»
L'auteur dune Épttre à M. de Chateaubriand , publiée en 1809, avoit placé dans ses vers un tableau du siècle de Louis-le-Grand, où l'on reconnoîtra une imitation de ce passage : Comme on voit le soleil, disoii-il ,
Comme on voit io soleil, ce monarque des mondes, A l'approche du soir s'incliner vers les ondes, Desforèls et des monts colorer le penchant , Et de ses feux encore embraser le couchant ; Tel Louis, atteignant la vieillesse {placée, Conservoit les débris de sa gloire passée , Et de la royauté déposant le fardeau , Grand ])ar ses souvenirs, descondoii an uimifeau. Turenne n'étoit plus; mais, rival de sa gloire, Villars, sous nos drapeaux, ramenoit la victoire. Et Deiiain avoit vu du haut de ses remparts L'Anglois épouvanté s'enfuir de toutes parts. Corneille avoit fini sa brillante carrière, Melpomène aux douleurs se livroit tout entière. Mais Rousseau, n'écoutant que ses nobles transports, Enfantoil chaque jour de plus brillants accords, Et savoit allier, dans son heureuse audace, La harpe de David et la lyre d'Horace. Fénelon , s,igo aimable, et rival de Nestor, Instruisoit Télcmaque aux leçons de Mentor; Bossuet adressoit, dans sa mâle éloquence, A l'ombre de Condé les regrets de la France, Et dans nos temples saints sa redoutable voix, Au nom seul du Seigneur faisoit trembler les rois : Fléchier, moins énergique et non moins plein de charme*, Sur Turenne au tombeau faisoit verser des larmes; Et lorsqu'en des instants de regrets et de deuil. Les chrétiens de I^ouis entouroient le cercueil , Quand la nef des lieux saints répétoit leurs cantiques, Massillon écoutoit ces chœurs mélancoliques, Et sa voix s'animant à ce lugubre chant, Faisoit tonner ces mots: Chrétiens! Dieu seul est grand!
(I^oie dt l'Éditeur.)