L'ORDINAIRE DE LA MESSE
Ce n'est que depuis peu d'années qu'on peut s'exprimer là-dessus avec confiance (24). Tous les manuscrits qui importent réellement à la connaissance de l'ancien missel romain ont été examinés, et il est aisé désormais de dire quels sont au juste les limites et le contenu des deux documents fonciers dont notre missel actuel représente la fusion, de dire aussi d'une manière approximative,^ mais d'ailleurs suffisante, comment la fusion de ces deux documents s'est opérée graduellement (25).
L'un d'eux peut être regardé comme purement romain, sans mélange d'éléments étrangers (26). L'autre est romain aussi pour le fond, disons même pour l'ensemble ; mais il a été modifié considérablement par des mains gallicanes (27). De plus, au cours de leur fusionnement, divers autres éléments non romains leur furent adjoints. Cette élaboration se poursuivit durant tout le neuvième siècle dans l'empire franc. A quelle date le recueil ainsi établi fut-il adopté par l'Église de Rome ? Nous l'ignorons complètement. Ce qui est bien certain, c'est que le missel maintenant en usage
est une œuvre composite, et il n'est pas moins prouvé que sa compilation n'eut pas lieu à Rome, mais que Rome se contenta de l'adopter, une fois le travail terminé (28).
Il est donc devenu possible, dans cet ensemble complexe qu'est le Missel Romain, d'atteindre et de dégager les authentiques éléments romains. Seuls, ceux-ci nous permettent d'apprécier l'apport du génie romain dans la liturgie de l'Église d'Occident, et c'est ce que nous allons voir maintenant au moyen d'un exemple particulier.
Prenons le texte le plus familier à chacun de nous, celui de VOrcUnaire de la messe solennelle, tel qu'il est donné au Missel Romain, et, laissant de côté les parties d'origine étrangère, appliquons-nous à considérer ce qui, dans sa contexture, est pur produit romain.
Les éléments étrangers sont, dans une large mesure, français et n'ont fait leur apparition, pour la plupart, dans la messe romaine qu'au cours de la deuxième partie du moyen âge. Enumérons-les.
L'ORDINAIRE DE LA MESSE 3i
1) h' Asperges^ le psaume Jndica^ le Confiteor et les versets qui suivent, les prières que récite le prêtre en montant à l'autel, — tout ce début est non romain et n'a été admis que relativem.enttard (29).
2) Le Kyrie eleison remonte à une époque beaucoup plus ancienne, à savoir à la seconde moitié du V® siècle ; il fut alors importé d'Orient, et, par suite, ne compte pas parmi les éléments originaux de la m.esse (30).
3) Le Gloria in excelsis et le Credo sont, l'un et l'autre, dans le même cas ; le premier peut avoir été introduit dans la messe romaine au VP siècle, le second au XP (31).
4) Les prières qui accompagnent les cérémonies de l'offertoire et l'encensement de l'autel, le psaume récité pendant le « Lavabo », le Susciye sancta Trinitas sont tous de basse époque et proviennent encore de ce qu'on est convenu d'appeler l'usage français (32).
5) Les origines de VAgnns Dei sont obscures, et l'on ne voit pas clairement s'il a été réel-
lement usité à Rome avant la fin du VIP siècle 2.
6) Enfin, les trois prières récitées avant la communion, avec tout ce qui suit la dernière collecte ou Postcommunion, — Vite missa est excepté, — sont également récentes et venues d'ailleurs (34).
Il est aisé de compter maintenant les éléments purement romains de VOrdinaire de la messe. Ce sont les suivants : la Collecte, l'Epître, la bénédiction avant la lecture de l'Evangile, l'Évangile, VOrate fratres et la Collecte appelée Secrète, puis toute la suite jusqu'au baiser de paix (Préface, Canon, Oraison Dominicale), enfin la Postcommunion et \lte missa est.
A cela il faut ajouter quatre pièces de chant : l'Introït, le Graduel, l'Offertoire et la Communion. Ces antiennes, il est vrai, ne sont pas romaines, en ce sens que Rome serait leur lieu d'origine et que de là elles auraient été reçues
2. Sur YAgnus Dei et le pape Sergius, voir dans Liturgica Historica, p. 137 ss., l'étude sur la Litanie des Saints du Missel de Stowe. [Note ajoutée dans l'édition anglaise de 1918) — (33).