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L'ORDINAIRE DE LA MESSE

ailleurs. Mais, à parler généralement, elles furent admises à Rome aussitôt qu'elles firent leur apparition et que Tusage commença de s'en répandre (35).

Rien ne peut donc se concevoir de plus simple que la composition de l'ancienne messe romaine, disons vers le milieu du V^ siècle ; et qu'on prenne bien garde qu'il ne s'agit pour le moment que des prières, non pas des cérémonies.

Le chœur commence par chanter l'Introït, tandis que le clergé fait son entrée. Le célébrant dit une prière ou Collecte. Suivent les lectures de la Bible, séparées par un psaume que chante le chœur et que nous nommons Graduel. Les offrandes de pain et de vin sont recvieillies des mains des fidèles, cependant que le chœur chante un nouveau psaume, notre Offertoire. Ensuite le célébrant dit une seconde collecte se rapportant aux dons qui viennent d'être offerts ; c'est notre Secrète. Alors vient, servant d'introduction à la grande action du sacrifice, la prière que nous appelons Préface,

dite par le célébrant et suivie du chant solennel de louange, le Sanctus, Puis c'est l'acte même du sacrifice avec la consécration ; cette prière centrale se nomme le Canon. En préparation à la commvmion du prêtre et des fidèles, le célébrant récite l'Oraison Dominicale et ajoute quelques mots qui sont, pour ainsi dire, un écho de cette prière sainte entre toutes et qui correspondent à notre Libéra nos quaesurmis. Pendant la communion des fidèles, le chœur chante un dernier psaume, que nous appelons la Communion. Finalement, le célébrant dit une troisième collecte, notre Postcommunion, et l'assistance est invitée à se retirer.

Il est notable que les trois collectes sont extrêmement courtes.

Encore une fois, quoi de plus simple ? C'est la messe réduite en effet à sa plus simple expression. Pas un élément qui n'y soit essentiel, à moins qu'on ne veuille tenir pour superflus les lectures, la Préface suivie du Sanctus et le chant des psaumes.

Ce caractère de simplicité distingue pareillement les cérémonies qui forment le cadre des éléments constitutifs de l'ancienne messe romaine.

Il est vrai que les ouvrages qui nous renseignent à ce sujet ne remontent pas, tels que nous les avons encore, au delà des dernières années du VHP siècle, et qu'ils diffèrent entre eux assez souvent sur certains points de détail (36) ; mais ils rapportent certainement des usages observés deux ou trois siècles auparavant. La date tardive de ces cérémoniaux ou Ordines^ comme on les appelle, ne diminue en rien leur valeur. A supposer même qu'ils n'aient été rédigés qu'au VHP siècle, un point demeure assuré : ils ne nous offrent pas une

forme simplifiée d'un cérémonial plus développé en visage à une date plus ancienne ; mais, autant que des changements se produisirent, ils ne sauraient représenter que le développement d'un rituel plus simple. Néanmoins, il reste loisible d'admettre qu'à part certains détails, qu'on peut avoir des raisons précises d'écarter, ces ordines nous restituent, dans l'ensemble, le cérémonial de la messe romaine au VP, voire au V^ siècle.

Ce n'est peut-être pas chose très aisée aujourd'hui d'atteindre la réalité de ce cérémonial. Une longue habitude, en effet, nous attache à nombre d'actes, qui paraissent désormais la forme normale du culte divin. Par exemple, nous nous rendons difficilement compte de tout ce qui a été surajouté à la solennité du cérémonial par l'introduction, aux XIP et XIIP siècles (37), du seul acte de l'élévation de l'hostie et du calice, avec son accompagnement de lumières et de torches, d'encensements et de sonneries, d'inclinations et de génuflexions. En outre, l'encensement de l'autel, des éléments du sacrifice et des

personnes procède d'idées étrangères au rît romain primitif ; il y est venu d'ailleurs au €Ours des siècles (38).

En nous efforçant d'imaginer le véritable et pur cérémonial romain de la messe ^, nous devons prendre garde que la pompe liturgique s'y manifeste en deux occasions seulement : d'abord lors de l'entrée du célébrant dans l'église et de sa marche jusqu'à l'autel ; puis, au moment du chant de l'Évangile.

On notera aussi que les descriptions dont nous disposons visent un jour de grande fête et se rapportent à la messe papale ou, ce qui revient au même, épiscopale. Mais le caractère général et les proportions du cérémonial ne sont pas affectés pour cela d'une manière importante. A cette date, ce n'était pas tant la dignité du célébrant qui était en cause, que celle du service religieux.

3. La présente esquisse laisse de côté certains actes purement rituels, tel que l'offrande des dons par le célébrant, la fraction, la commixtion ; ces détails n'appartiennent pas, à proprement parler, au cérémonial de la messe et ne sont pas de nature à frapper les regards du spectateur.

La procession formée par le célébrant et ses ministres se rendant à l'autel devait être fort imposante aux jours de grande fête. Le cortège du pontife comprenait sept acolytes porteurs de flambeaux, sept diacres, sept sous-diacres ; l'un de ceux-ci tenait un encensoir fumant. Tous, du pape aux acolytes, étaient revêtus de planctae., comme disaient les Romains pour désigner le vêtement que nous appelons chasuble (39).

Le chœur des chantres avait déjà pris place dans le presbyterium^ en deux groupes, faisant face à l'autel de chaque côté du sanctuaire. Il entonne l'introït au moment où la procession entre dans l'église.

En avançant dans lepresbyteriicui^ les acolytes se rangent, quatre d'un côté, trois de l'autre, pour laisser passer le cortège au milieu d'eux. Les sous-diacres à leur tour font de même. Le célébrant arrive au pied de l'autel et s'incline profondément, puis, debout, prie en silence un instant, donne le baiser de paix à ses assistants et prie de nouveau pendant quelques moments.

tandis que s'achève le chant de rintroït ^. Durant ce temps, les diacres gravissent, deux par deux, les degrés de Fautel et vont en baiser les extrémités (40), Fvm d'un côté, l'autre de l'autre. Ils reviennent ensuite près du célébrant qui monte lui-même à l'autel et baise le livre des Evangiles posé sur l'autel, puis l'autel même. Ceci fait, le pontife se rend à son siège et, debout, salue l'assistance de ces mots : Pax vohis^ « la paix soit avec vous » ^ ; après la réponse des fidèles, il ajoute aussitôt : Or émus « Prions », et récite la Collecte. Il s'assied alors pour écouter la lecture de l'Épître et tous les ministres s'assoient également, à l'exception des sous-diacres qui demeurent debout de chaque côté de l'autel (41). Le sous-diacre chargé de lire l'Epître se dirige vers la chaire ou ambon, tout seul et sans plus de cérémonies, et lit l'Epître du jour.

4. L'addition successive — du V^ au XI° siècle — des chants du Kyrie, du Gloria, de \ Agnus Dei et du Credo, n'affecta pas le cérémonial de la messe.

5. Si le célébrant était un simple prêtre, il disait probablement : « Dominus \>ohiscum ».

Les cérémonies qui suivent, pour la lecture de rÉvangile, avec Taccompagnement des flambeaux et l'encensement du livre, diffèrent à peine de celles qui sont maintenant en usage. L'Évangile était chanté du haut d'une chaire, comme cela se voit encore en certaines églises. La lecture achevée, toutes les personnes présentés dans le sanctuaire baisaient le livre.

A ce moment où le sacrifice va commencer, on peut dire que la partie « cérémonielle » de ancienne messe romaine est terminée.

Le premier acte du sacrifice consiste à déployer le corporal, comme marquent nos rubriques. En réalité, et qu'on ne veuille pas s'en choquer, l'expression qui correspond le mieux à la prescription de l'ancienne rubrique romaine est celle du langage courant : mettre la nappe. A cette époque, un corporal était un linge assez vaste pour couvrir l'autel. Un acolyte, debout, soutenait le calice avec le corporal posé dessus ; il remettait le corporal à un diacre, lequel, en compagnie d'un second diacre, montait à l'autel, et chacun d'eux se

plaçait à une extrémité ; le diacre qui portait le corporal commençait à le déplier, jetait un pan à son collègue, et tous deux ensemble étendaient le linge sur Fautel (42). Nous ne procédons pas autrement dans la vie journalière, et c'est pourquoi il valait la peine d'y insister et de décrire la scène, en termes nets, dans sa réalité. — Scène bien familière, fera-t-on peutêtre remarquer. A vrai dire, il semble plutôt que la « familiarité » soit la dernière chose dont on ait jamais le droit de parler à propos du rit authentique de Rome. Le Romain, le vrai Romain n'est capable, en aucun cas, d'oublier sa dignité ; il est seulement pratique et il l'est simplement. Dans l'espèce, il s'agissait de couvrir l'autel ; on l'a fait exactement et simplement, et de la façon la plus pratique. Il est des rits et des âges où l'on aurait chargé cet acte de symbolisme, où l'on se serait plu à l'envelopper de mystère. Le mystère n'a jamais fleuri sous le ciel clair de Rome, ni le symbolisme n'a été enfanté par le tempérament religieux de Rome. Il faut en convenir en effet: le symbolisme chrétien n'est pas né sur le sol

romain et ne procède pas directement de l'esprit romain.

L'autel étant préparé, le célébrant va recevoir les offrandes de pain et de vin des mains des fidèles, ou du moins des principaux d'entre eux, cependant qu'on chante le psaume d'offertoire. Les anciens livres entrent dans le détail, non sans longueur, touchant la manière de recueillir ces offrandes. Il importe toutefois d'observer que ces indications ne concernent pas le cérémonial. Comme tout à l'heure au sujet du corporal, elles sont purement et simplement d'ordre pratique ; elles ont pour fin d'assurer le bon accomplissement de la fonction et de prévenir les bévues.

Après avoir reçu les offrandes, le célébrant retourne à son siège et se lave les mains, tandis que les diacres disposent le pain et le vin sur l'autel. Lorsque tout est prêt, il se rend à l'autel, le baise au milieu et dit la Secrète. Pendant ce temps, les différents ministres prennent position. Les prêtres et les diacres se rangent derrière le pontife, la tête profondément inclinée ; les sous-diacres, au contraire,

vont derrière rautel et demeurent debout face au célébrant, afin de répondre au Per omnia saecula saeculorum qui termine la Secrète, ainsi qu'à Siirsum corda et à Gratias agamus. Mais lorsqu'on commence le chant du Sanctus^ les sous-diacres s'inclinent, et de même le célébrant. Celui-ci se redresse, le Sanctus une fois terminé, et seul de l'assistance debout et la tête droite, tout le monde sauf lui se tenant incliné, il commence le Canon au milieu d'un profond silence ^.

Rien ne vient interrompre ce silence jusqu'au moment où il hausse la voix pour dire Nobis quoque peccatoribus. A ces mots, les sousdiacres se sont redressés. A Per quem haec omnia^ le premier diacre élève le calice sur l'autel, pour permettre au célébrant de toucher

6. On peut se demander, il est vrai, si la coutume de réciter le Canon à voix basse remonte, à Rome, au delà du VII® siècle, et si elle ne fut pas introduite sous l'influence du rit byzantin (voir là-dessus l'Appendice à la traduction anglaise des Homélies Liturgiques de Narsès, p. 121-126). Mais nous ne sommes pas en mesure d'exprimer présentement, à ce sujet, autre chose qu'une opinion ou une suggestion. [Note ajoutée dans l'édition anglaise de 1918).

les bords du vase avec la sainte Hostie, en disant la doxologie finale du Canon {Per ipsum et cum ipso).

On peut se demander à quel moment avait lieu le baiser de paix dans l'ancienne messe romaine, saint Grégoire ayant déplacé le Pater pour le mettre où nous l'avons aujourd'hui (43). Il semble toutefois plus probable, eu égard à vme indication du pape saint Innocent I, que la Paix prenait place aussitôt après la conclusion du Canon (44). Le baiser était donné par le célébrant au premier dignitaire ecclésiastique, puis il était passé successivement à tout le clergé et aux fidèles.

Pendant ce temps, le célébrant revenait à son siège pour dire, en préparation à la communion, l'Oraison Dominicale et une courte prière analogue au Libéra nos quaesumus de notre Missel.

Les ministres enlèvent maintenant de l'autel le calice et les hosties consacrées. Comme pour l'offertoire, les anciens ordines donnent des indications minutieuses sur la manière de rompre les hosties en vue de la communion.

Ici encore, rien n'est dit qui soit purement cérémoniel. Néanmoins, la communion générale des ministres de l'autel, dans le sanctuaire, devait être solennelle et impressionnante au suprême degré. La communion des fidèles suivait, et l'on chantait pendant ce temps le psaum.e de communion. Après quoi, le célébrant allait à l'autel et disait la dernière collecte ou Postcommunion Puis un diacre chantait : Ite missa est^ «retirezvous, c'est le renvoi ». L'assistance répondait : Deo gratins^ a Grâces soient rendues à Dieu » ; et le clergé retournait à la sacristie processionnelîement.

Nombre d'auteurs modernes ont noté des faiblesses ou des défauts dans le simple développement de la messe romaine, tel que nosplus anciens livres le font connaître ; on a pensé découvrir ça et là des lacunes et imaginé les remèdes cori'espondants par comparaison avec d'autres rits et avec les usages postérieurs ''.

7. On peut admeUre comme très vraisemblable que l'oraison Super sindonem du Missel Ambrosi«n faisait

L'exposé qui précède a délibérément négligé ces remarques, pour cette seule raison que les documents originaux, pris comme ils sont, fournissenl, indépendamment des suggestions et conjectures émises, une relation parfaitement cohérente et satisfaisante. Peut-être ne donnentils rien en sus de ce qui constitue l'essentiel d'une messe ; mais encore donnent-ils tout l'essentiel (46).

* Et si maintenant, après avoir examiné l'Ordinaire de la messe, l'on passait à l'étude de notre rit romain dans son ensemble, on aurait lieu de constater que la même règle vaut toujours : l'élément qui se laisse reconnaître pour authentiquement romain est simple, et c'est l'élément greffé sur la franche souche native qui atteste l'élaboration. Tels sont, par exemple, les cérémonies du Dimanche des Rameaux, les Impropères du Vendredi saint, le rituel compliqué de la Dédicace des églises, des ordinations, de la consécration épiscopale.

anciennement partie de la messe romaine. Il ne ««mble pas possible d'en dire autant des autres détails dont on suppose la disparition (45).

En fait, il ne serait pas inexact de prétendre que c'est précisément ce que Ton considère comme Télément pittoresque, attrayant, pieux, affectif, du culte catholique et, pour le dire en un mot, ce qui en est l'élément le plus « intéressant » (47), ce qu'en Angleterre, assez curieusement, le préjugé populaire tient pour entaché de « romanisme » et ce qui, au total, constitue au sens de certaines gens le « sensualisme » de la religion catholique romaine, — que c'est cela même qui n'a rien de romain, quant à ses origines, mais a été emprunté, importé et adopté successivement par Rome au cours des âges. Il serait sans doute fort long de présenter le tableau complet de ces emprunts et de produire, pour chaque cas en particulier, le témoignage de l'histoire. Il n'en reste pas moins que la position est, d'une manière générale, inattaquable ; que le génie du rit romain, de l'authentique rit romain, est fait de simplicité et de sens pratique, de sobriété et de discipline, de gravité et de dignité, — et de rien d'autre.

Aussi bien, c'est là ce qu'on attend de Rome. Nous aurions tort, à ce point de vue, d'établir

une séparation idéale entre la Rome antique et la Rome chrétienne. Au fond, dans ses instincts, ses capacités, ses limitations, Rome est toujours Rome. On a fait remarquer avec raison que le Romain était doué d'une imagination réceptive plutôt que créatrice. N'est-ce pas Newman qui déclare que, hors le cas de quelques grands papes, Rome n'a jamais fait preuve de beaucoup d'originalité (48) ? Si nous avons égard au tempérament romain, tel qu'il s'est manifesté dans le cours d'une longue histoire, nous nous rendons bien compte que ce n'est pas de luimême, de sa constitution native, que procèdent « le cilice et les cendres et les prêtres, ministres du Seigneur, qui pleurent entre le porche et l'autel (49) », ni non plus les bruyants Hosannahs au Fils de David « qui s'avance plein de douceur, assis sur l'âne, tandis que la foule étend des vêtements par terre devant lui (50). » Mais c'est au contraire en sa simplicité, son tour pratique, sa gravité, en son manque de poésie, de cette touche que l'on entend définir par le qualificatif d' « intéressant » et, pour tout dire, de ce que nos amis appellent

« sensualisme », c'est en cela précisément que consistent la valeur et l'importance du rit romain de Rome pour l'histoire du culte chrétien dans les pays d'Occident.

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