‹ Le génie latinChapitre 21 sur 59 · Ala p. XIII · texte numérisé non relu

Ala p. XIII

ensuite à Orléans, non pas pour étudier, puisqu'on s'y rendait ordinairement pendant les vacances, mais pour prendre ses lettres de licence en l'un et l'autre droit. Là encore, l'essentiel était de payer, et l'on était toujours assez savant quand on acquittait les droits. Le jeune licencié revenait à Paris pour s'y faire recevoir avocat.

Poquelin suivit, dit-on, le prince de Conti dans toutes ses classes. Mais les mœurs d'alors ne permettaient pas qu'ils fussent camarades. Le fils du tapissier se lia au contraire très intimement avec son condisciple Chapelle. Chapelle était fils naturel du maître des comptes Luillier, à qui ses contemporains trouvaient l'air qu'on donne à Rabelais, et chez qui Gassendi descendait dans ses voyages à Paris. Le bon prêtre finit même par se loger dans cette maison opulente et libérale. Si Poquelin, comme on le croit, fréquenta chez le maître des comptes Luillier, il y vit sans doute, avec Gassendi, Bernier, Cyrano, Henault, esprits un peu ou beaucoup libertins, et il y devint gassendiste et épicurien. C'est à cette époque qu'il commença, à ce qu'on dit, une traduction en vers du poème de Lucrèce, dont il subsiste un fragment intercalé dans le Misanthrope.

Il est admis par les premiers biographes de

Molière qu'il suivit les écoles de Droit et se fît recevoir avocat. Le Boulanger de Chalussay fait dire à Molière dans Élomire :

... En quarante ou quelque peu devant, Je sortis du collège, et j'en sortis savant; Puis, venu d'Orléans où je pris mes licences, Je me fis avocat au retour des vacances. Je suivis le barreau pendant cinq ou six mois, Où j'appris à plein fond l'ordonnance et les lois. Mais quelque temps après, me voyant sans pratique, Je quittai là Gujas et je lui fis la nique ^,

Faut-il en croire Grimarest lorsqu'il dit qu'après avoir achevé ses études Molière fut obligé, à cause du grand âge de son père, d'exercer pendant quelque temps la charge de tapissier ordinaire de Sa Majesté et fît le voyage de Narbonne à la suite de Louis XIII? Le biographe a tort de parler du grand âge de Poquelin père, qui n'avait pas plus de quarante-sept ans alors. Mais, comme on a par ailleurs la preuve qu'en 1642, lors du voyage du roi Louis XIII dans le midi de la France, Jean Poquelin ne quitta point Paris, on peut croire que son fils, qui avait la survivance de sa charge, fît le voyage à sa place. Et c'est peut-être dans ce voyage que Molière, aux environs de Nîmes, dans une

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