La Muse historique, lettre du 19 juillet
dans les jardins de Vaux, devant le roi. La reine, qui était grosse, ne put accompagner son époux. Mais une foule de seigneurs et de princes. Monsieur, Madame et la reine mère assistaient à cette fête. Molière raconte lui-même, dans son Avertissement, que, « d'abord que la toile fut levée, il parut sur le théâtre en habit de ville et, s'adressant au roi avec le visage d'un homme surpris, fit des excuses sur ce qu'il se trouvoit là seul et manquoit de temps et d'acteurs pour donner à Sa Majesté le divertissement qu'elle sèmbloit attendre ». En même temps, du milieu de vingt jets d'eau naturels, un rocher se changea en coquille d'où sortit la Béjart en naïade. Elle fut trouvée charmante et l'on en fît des chansons.
/ Peut-on voir nymphe plus gentille
Qu'étoit Béjart, l'autre jour?
Lorsqu'on vit ouvrir sa coquille, Tout le monde disoit à l'entour, Lorsqu'on vit ouvrir sa coquille :
Voici la mère d'amour.
Cette nymphe, cette Vénus avait, en sa vie mortelle, quarante-trois ans. Elle récita le prologue de Pellisson. Puis les Fâcheux furent rendus avec un parfait ensemble et reçurent de fréquentes marques d'approbation. Le roi fut ravi, paraît-il, de voir moqués dans cette pièce
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ses courtisans venus avec lui et qui applaudissaient leur naturel contrefait sans s'y reconnaître.
La Fontaine, qui assistait à ces fêtes de Vaux, écrivait cinq jours après à son ami Maucroix une lettre mêlée de prose et de vers où Molière est estimé à son prix :
Cet écrivain par sa manière
Charme à présent toute la cour.
De la façon dont son nom court,
Il doit être par delà Rome.
J'en suis ravi, car c'est mon homme.
Te souvient-il bien qu'autrefois
Nous avons conclu d'une voix
Qu'il alloit ramener en France
Le bon goût et l'air de Térence?
Plaute n'est plus qu'un plat bouffon,
Et jamais il ne fit si bon
Se trouver à la comédie;
Car ne pense pas qu'on y rie
De maint trait jadis admiré
Et bon in illo tempore.
Nous avons changé de méthode,
Jodelet n'est plus à la mode,
Et maintenant il ne faut pas
Quitter la nature d'un pas.
Le roi avait indiqué au poète un original dont le portrait manquait à la galerie des Fâcheuxi le terrible chasseur. C'était, dit-on, M. de Soyecourt, maître de la garde-robe. Molière ne manqua pas de travailler sur les avis d'un si
grand prince, et Louis, le 25 août, jour de sa fête, revit avec plaisir, à Fontainebleau, les Fâcheux enrichis du portrait qu'il avait tracé.
La ville attendit assez longtemps les Fâcheux, après l'arrestation du surintendant. Ainsi le conseillaient les convenances. Une autre cause de retard, c'était qu'il n'était pas facile démonter, au Palais-Royal, une pièce comme celle-là, avec c ballets, violons, musique et machines* ». Les Fâcheux furent donnés à la ville le 4 novembre et firent pendant trois mois de très grosses recettes.
Le Registre de La Grange nous apprend, par une toute petite note, que « M. de Molière épousa Armande-Glaire-Elisabeth-Gresinde Béjart, le mardi gras de 1662 ^ ».
Le père de Molière signa au contrat.
Quelques-uns ont pris plaisir à remarquer que, pendant les fiançailles, Molière se faisait applaudir dans Y Ecole des Maris. L'accordée avait environ vingt ans, et le mari un peu plus de quarante.
Sur cette Armande Béjart on ne sait rien de certain, et les actes publics qui se rapportent à elle, contrat de mariage, acte de décès, loin de