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veraines d'un homme qui sait tout dire. Il connut trop bien l'art dangereux de les irriter. Il raillait avec finesse et piquait adroitement. Les hommes les plus tendres ne sont pas les moins moqueurs : la même sensibilité neryeuse qui excite à pleurer de beaucoup de choses provoque à rire de beaucoup d'autres. Il fallut que l'auteur d'Alexandre s'engageât dans un^ querelle qui devait être suivie d'un fervent repentir et de larmes pénitentes. Nicole, en 1666, dans les Visionnaires, avait traité les poètes de théâtre d'empoisonneurs publics. Ils ne furent guère plus ménagés à quelques années de là par Bossuet, qui n'était pas janséniste. On ne va pas à la comédie pour faire son salut, et ce que disait Nicole était d'un docteur. Racine, qui était poète et chrétien, avait grand intérêt à ce que Port-Royal n'eut pas dit vrai. Il oublia que Nicole avait été son ancien maître, il oublia le saint Désert. Il prit la défense du théâtre en deux petites lettres qui sont les Provinciales de la poétique. Racine dispute et raille avec autant de force et de grâce que Pascal, Boileau, après avoir lu le manuscrit de la seconde lettre contre Port-Royal alors persécuté, dit à son ami : « Cela est fort joliment écrit, mais vous ne songez pas que vous écrivez contre les plus honnêtes gens du monde. » Racine ne fit point
imprimer cette seconde lettre. Il obéissait dans la conduite de la vie à Boileau, qui agissait d'après des maximes fortes et simples. Boileau avait aussi sur lui une grande influence dans les choses de la poésie. Boileau ne possédait qu'un petit nombre d'idées, mais très nettes et d'une application facile. C'est là un grand avantage pour conduire les esprits. Les hommes d'une intelligence très vaste s'embarrassent dans des complexités infinies, se perdent et se retrouvent, hésitent : ils ont appris à douter. Ils suivent à certains moments les esprits moins vastes qui ne se sont jamais troublés.
Andromaque fut représentée pour la première fois à l'hôtel de Bourgogne, en novembre 1667. iVIadame jde Sévigné, qui n'aimait pas Racine, pleura. Le poète recueillit comme une perle inestimable une larme tombée des beaux yeux d'Henriette d'Angleterre, Le public fut attentif à cette tragédie. « Cuisinier, cocher, palefrenier, laquais et jusqu'à la porteuse d'eau, il n'y eut personne qui ne voulût discourir à' Andromaque^. »
A cette époque Racine fréquentait encore le Mouton Blanc. C'est du cabaret de la place du cimetière Saint- Jean que sortirent les Plaideurs,