‹ Le génie latinChapitre 45 sur 59 · La Coupe enchantée scène xviii · texte numérisé non relu

La Coupe enchantée scène xviii

se continuèrent durant six ou sept ans. M. de Tonnerre gâta tout. Il fut aimé; c'était un poltron et un escroc, grand faiseur de niches et de brocards et mauvais compagnon. Racine, bien près de réformer sa vie, lui céda la place ; et l'on dit de la belle que le Tonnerre l'avait déracinée.

Quand la suite des années eut amené d'irréparables changements, alors que la Champmeslé se mourait à Auteuil dans sa cinquante-quatrième année, le poète chrétien écrivait à son fils que « le plus affligeant étoit l'obstination avec laquelle cette pauvre malheureuse refusoit de renoncer à la comédie». Il écrivit encore, après que celle qui avait entendu tant de paroles de tendresse et de louange eut été mise au cercueil: « Je vous dirai en passant que je dois réparation à la mémoire de la Champmeslé, qui mourut dans d'assez bons sentiments,... très repentante de sa vie passée et surtout fort affligée de mourir. » On ne peut douter que celui qui s'exprimait de la sorte n'eût tué en lui le vieil homme.

Nous avons dit qu'en 1670 Racine travaillait à Bérénice. Le sujet de cette tragédie avait été choisi par la jeune duchesse d'Orléans^ qui l'avait donné en même temps à Corneille et à Racine. Elle s'occupait des choses de l'esprit ; elle avait honoré d'une de ses larmes la pre-

mière représentation d'Andj^omaque; elle aimait la muse de Racine, jeune comme elle et fraîche comme ses plus anciens souvenirs.

Henriette voulait que la poésie consacrât la mémoire, délicatement voilée, du temps où elle avait porté à Fontainebleau « la joie et les plaisirs^ », de ces bains dont elle revenait à cheval, accompagnée du roi et suivie de toutes les dames « habillées galamment, avec mille plumes sur la tête », de ces promenades de nuit en calèche, autour du canal, au bruit des violons. Le roi avait alors commencé de l'aimer, et « elle eût été bien aise qu'il eût conservé pour elle une sorte d'attachement qui, sans avoir la violence de l'amour, en eût la complaisance et l'agrément ^ ».

Il lui plaisait de faire revivre dans un ouvrage de théâtre ces beaux sentiments et ces aventures innocentes. Ou du moins elle voulait que ce roi, que bien jeune elle avait dû épouser et qui plus tard avait touché son cœur, fût représenté par les poètes sous un aspect amoureux et héroïque ; et ce fut peut-être par un sentiment, fort rare, à la vérité, en pensant à Marie Mancini, son amie, qu'elle choisit Bérénice pour l'héroïne du poème . Car cette nièce de Mazarin, que Louis XIV sacrifia aux intérêts de l'État, fait

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