LES ASSOCIATIONS VERBO-5ENSITIVES
Nous retrouvons A rouge chez le Dr Hirtz; mais, pour celui-ci I devient blanc. Ceci revient à dire, par la polychromie des exemples, qu'il ne s'agit que d'un phénomène tout à fait secondaire et dont l'intérêt est beaucoup plus dans le retentissement qu'il prouve des centres sensoriels les uns sur les autres que dans l'attribution que l'on peut faire d'une couleur à une lettre.
C'est pourquoi nous ne pouvons nous associer à la conception de M. Rossigneux1, qui confond l'image évoquée par le son avec l'image évoquée par le mot dans une analyse d'un certain nombre de vers anciens ou modernes, analyse dans laquelle il cherche à démontrer que les harmonies imitatives réalisées par les poètes tiendraient plus aux lettres qui rentrent dans leurs vers qu'aux mots dont ces vers sont composés. Dire que R évoque le rouge dans le vers suivant :
Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant
(Hérédia.)
c'est vraiment vouloir tirer de grosses conclusions d'un petit phénomène, les mots de pourpre et rutilant évoquant beaucoup plus facilement l'idée de rouge quelR de airain. Dans certaines affections nerveuses comme le tabès, une piqûre de la peau passe inaperçue. Si on la répète plusieurs fois au même point, elle finit par déterminer un phénomène douloureux qui n'est en rapport ni avec l'intensité de la piqûre ni avec le nombre de ces répétitions. C'est ce qu'on appelle la sommation des sensations. Il semble que l'ébranlement nerveux éveille la cellule d'une façon disproportionnée à la cause ou au total des causes.
1. llossigneux, Essai sur l'audition colorée et sa valeur esthe'tique («/. de PsychoL, 1005). F. Alcan, édit.
Les bruits que nous apercevons sont composés d'une série de vibrations élémentaires que nous n'apercevons pas isolément.
Il faut n vibrations par seconde pour que nous entendions la corde qui vibre ; an — 1, nous n'entendons rien, pas plus qu'à une vibration par seconde. L'aperception d'une sensation résulte donc à la fois de l'intensité de la cause extérieure et de la sensibilité de l'organe qui aperçoit. A un organe très développé correspondront des aperceptions plus intenses, le subconscient ou les centres voisins ébranlés entoureront l'image du moment d'une foule d'images secondaires, qui feront pour ainsi dire boule de neige, et c'est ainsi qu'à une aperception auditive viendront s'associer les images secondaires visuelles dont nous venons de parler.
En sens inverse, la vue d'une notation musicale déterminera l'audition interne de sons correspondants; nous avons connu un jeune homme qui, après avoir chantonné à voix très basse la musique qu'il lisait, était arrivé à une véritable audition interne sous l'influence de l'excitation visuelle spéciale et prétendait entendre ce qu'il lisait.
D'une façon moins spéciale, on peut, en voyant, enlisant les mots, percevoir, se superposant à l'image visuelle, une image auditive atténuée : vision audit i ce.
L'association des phénomènes d'audition aux phénomènes gustatifs [audition gustative) se comprend d'abord d'une Façon très simple par l'excitation de la corde du tympan, qui fait que certains bruits provoquent une sensation buccale désagréable; mais l'image gustative sera évoquée d'une façon beaucoup plus nette lorsque le centre du goût aura été placé dans des conditions, si l'on veut expérimentales, qui impliquent une excitabilité particulière. Si vous voulez