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LES ASSOCIATIONS VERBO-SENSITIVES

dépister une simulation de la surdité, vous n'avez qu'à faire jeûner le soi-disant sourd et lui faire entendre brusquement, en dehors de tout contrôle possible de la vue, le bruit d'une table qu'on dresse. L'excitation du centre du goût se traduira par une salivation abondante (salive psychique de Pawlow). La vue provoquera des phénomènes analogues. Nous citerions la salivation du chien, auquel on présente de la viande, si ici le centre olfactif ne jouait pas un rôle prépondérant.

De là à comprendre que l'excitation auditive puisse produire un phénomène gustatif d'un ordre plus élevé, il n'y a même pas une étape à franchir ; elle s'exprime dans la locution populaire : goûter un bon morceau de musique ou de poésie.

L'hérédité intervient pour une part dans la facilité avec laquelle certaines images étrangères viennent accompagner une sensation dans le champ de la conscience ; nous insistons sur ce mot image pour bien distinguer ce phénomène de celui de l'association des idées, car c'est précisément par la voie de l'association des idées que les gens, qui trouvent quelque élégance à détourner de leur signification normale les données de leur sensibilité, arrivent à créer chez eux le phénomène qui nous occupe sous une forme plus intense.

Le sujet cherche à quelle image colorée correspondra l'image auditive; celle-ci pénètre isolément dans le champ de la conscience et y rencontre l'idée d'une couleur qui lui est plus ou moins volontairement associée. Mais cette idée de la couleur détermine secondairement un phénomène d'ordre visuel par voie hallucinatoire, et l'on arrive alors aux précisions quasi pathologiques ou tout au moins auto-suggestives, comme chez JulesHirtz,ckez lequel l'au-

dition colorée ne s'était pas imposée à l'esprit avant que des lectures faites à ce sujet n'aient développé l'auto-observation ou l'auto-suggestion.

La même influence suggestive, associée à l'influence héréditaire, peut servir à comprendre les faits relatés par Laignel-Lavastine, d'audition colorée familiale. (Revue neurologique, 1902.)

Cette recherche de l'image secondaire, superposée à l'image normale correspondant au centre excité, n'a pas été sans déterminer, au point de vue littéraire, des déformations artistiques. La recherche de la sensation étrangère à l'idée associée au mot, mais provoquée par le rythme du mot, a fini par être le but des efforts de toute une école littéraire, à la tête de laquelle se sont placés Mallarmé et René Ghil. Ces auteurs éprouvant le phénomène de la pseudochromesthésie, décrit par Chabalier, qui en était lui-même atteint, ont rédigé une méthode dans laquelle les lettres et les mots doivent être placés d'après les sensations visuelles qu'ils nous donnent.

«. On donne le nom de pseudo-chromesthésie (<J/êu8ï)ç, faux; -/popa, couleur; atdtyaig, sensation) à une anomalie de la perception des impressions visuelles qui, à la lecture, fait voir les voyelles comme possédant chacune une coloration spéciale. Il existerait ainsi dans chaque mot une véritable palette de couleurs. Parfois les voyelles sont perçues avec leur couleur noire, mais aussitôt cette perception suscite l'idée d'une couleur, rouge pour l'A par exemple, rose pour l'E, blanche pourl'I, etc1.

À la pseudo-chromesthésie, il faut ajouter l'audition colorée dont nous avons déjà parlé, et comme phénomène con-

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