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CHAPITRE V

Les associations verbo-sensitives.

Nous avons dit, en parlant du génie musical et du génie mathématique, que les conditions du phénomène pouvaient être inhérentes à la situation, dans le temps, du développement de la fonction spéciale par rapport à l'individu. Le mathématicien et le musicien sont précisément des êtres chez lesquels l'anomalie consiste en l'exagération du développement d'une fonction, alors que les autres sont encore incomplètes, encore en voie d'évolution. Selon que l'ensemble des facultés se développe ensuite d'une façon plus ou moins parfaite, on aura, en musique, le virtuose qui ne sera pas nécessairement un compositeur, ou le musicien supérieur qui sera les deux ; en mathématique, le simple calculateur, le mathématicien, dont la piété mondaine qualifiera l'insuffisance moyenne d'originalité, ou l'homme dont le génie ne sera pas un obstacle à sa vie sociale.

La valeur phénoménale, monstrueuse, de l'hyperdéveloppement d'un groupe fonctionnel aura donc un caractère transitoire ou un caractère définitif, suivant l'époque de son apparition et suivant le parallélisme plus ou moins éloigné, plus ou moins insuffisant du développement des

autres organes. Qu'il nous suffise d'avoir montré que ces diverses combinaisons étaient possibles, et maintenant que nous connaissons les éléments du problème, nous pouvons aborder l'analyse des anomalies apparentes du fonctionnement cérébral dans les manifestations du génie littéraire.

Les anomalies les plus simples seront dues à l'imbrication des réactions sensitivo-sensorielles chez un cerveau d'ailleurs normalement constitué. Nous faisons allusion ici aux cas dans lesquels à l'image fournie par l'excitation exogène d'un centre, du centre auditif par exemple, viennent s'ajouter des images secondaires qui semblent indiquer le retentissement de la cause excitante sur un certain nombre d'autres groupements sensoriels. A l'origine, si nous envisageons le centre visuel, nous nous rappellerons que l'enfant qui copie sollicite l'aide de son centre auditif et de son centre moteur verbal en épelant à voix basse ce qu'il a sous les yeux. Réciproquement, la notion de la signification verbale du signe graphique n'a été acquise que par la collaboration des centres auditif et visuel dans l'étude de l'alphabet; c'est ainsi que l'image auditive et l'image visuelle s'associent constamment au début.

Lorsque le dressage est fait, les deux centres pourront acquérir, vis-à-vis l'un de l'autre, une indépendance complète ou relative, mais qui, pour être réellement complète, supposerait chez eux une équivalence d'éducation parfaite. Si les deux centres possèdent des qualités telles qu'ils réagissent de la même manière et opposent la même inertie à l'excitation, il n'y aura pas de raison pour que l'ébranlement de l'un éveille dans l'autre un phénomène secondaire quelconque. Mais cette équivalence est purement théorique et, en réalité, il y a toujours une voie plus largement

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