XI. Système nerveux
A. Disposition générale du système nerveux chez le vivant.
La partie antérieure du segment céphalique est séparée du reste du corps par un profond sillon, oblique d'avant en arrière et de bas en haut, sillon qui ne comporte que la région moyenne, sans intéresser les faces latérales. (C’est dans cette portion antérieure que se trouve logée la masse cérébroïde. On peut tres bien distinguer à celle-ci, sur le frais, deux lobes antérieurs, arrondis en avant, arqués en arrière. De ces deux lobes part un cordon qui forme l’axe des tentacules. Une seconde masse nerveuse se moule sur la face postérieure des premiers; elle est arrondie en avant et faiblement bilobée en arriere. Cette partie est un peu plus volumineuse que les lobes antérieurs. Deux cordons cylindriques partent latéralement de la face postérieure de cette derniere. Ils cheminent dans l'épaisseur de l’épiderme en contournant l’oesophage et ils gagnent progressivement la face ventrale du ver en se rapprochant de plus en plus l’un de l’autre. Ils sont presque contigus un peu en avant du premier segment du tronc (pl. 4, fig. 1), où ils se confondent avec la moelle ventrale. Celle-ci se présente sous forme d’une bande médio-ventrale, courant dans la profondeur de l’épiderme, depuis le premier segment du tronc jusqu'au niveau de la couronne glandulaire du dernier anneau. Cette bande parait divisée en deux faisceaux parallèles limités en dedans par deux lignes très rapprochées l’une de l’autre et teintées en jaune säle. On reconnaît très bien à la moelle ventrale une structure fibrillaire. Il n’est pas possible de distinguer des cellules gang-
lionnaires sur l’animal vivant, pas plus que des nerfs périphériques. ,
B. Structure du Système nerveux central.
Chez l'adulte, après l’action des réactifs, on ne voit guëre mieux la constitution du systeme nerveux central, quand l'individu est entier. Nous allons donc étudier sa structure intime à l’aide de coupes longitudinales et transversales.
Examinons d’abord une section à la fois longitudinale et horizontale pour gagner une idée générale des ganglions cérébroïdes; puis voyons une coupe à la fois longitudinale et verticale, faite à travers le segment céphalique.
Considérons la premiere (pl. 6, fig. 9). Elle est faite vers la limite du tiers supérieur du corps. Elle intéresse la base des tentacules, les fossettes vibratiles, la paroi antérieure et la voûte de la cavité buccale. Nous voyons, encore ici, que toute la masse nerveuse céphalique est enkystée dans l’épaisseur de l’épiderme et fait corps avec lui. Les cellules de cet épaississement de l’ectoderme sont mal définies. On ne voit pas de limite entre leur corps protoplasmique. Celui-ci est finement granuleux, aussi bien dans les cellules de la profondeur que dans celles de la surface. Les noyaux ovalaires ou sphériques ont tous les mêmes caractères: contours nets, intérieur contenant des corpuscules réfringents. À peine peut-on dire
que les noyaux des couches profondes sont un peu plus volumineux. Encore trouve-t-on
30 1° Partie. Anatomie, histologie et physiologie.
toutes les transitions entre les uns et les autres. Les cellules de la surface sont des cellules de revêtement, des éléments épidermiques de revêtement; tandis que celles de la profondeur sont des cellules ganglionnaires nerveuses. En certains points de la coupe, ïl serait impossible de pouvoir dire où s'arrêtent les cellules épidermiques ordinaires, où commencent les cellules ganglionnaires, si celles-ci n'avaient pris un groupement particulier. Je dis: en certains points; car, dans la plus grande partie de la section, il est facile de reconnaître ce qui est élément nerveux de ce qui ne l’est pas, grâce à l’existence d’une mince membrane cellulaire qui isole la masse ganglionnaire du reste de l’épiderme. On voit dans l'épaisseur de cette membrane, de distance en distance, un petit noyau aplati, fusiforme. Les éléments constitutifs du cerveau sont ordonnés en un certain nombre de lobes que l’on peut appeler: ganglions antérieurs, ganglion moyen et ganglions postérieurs. La premiere partie est constituée de deux lobes coniques à sommet antérieur, à base postérieure. Ces deux ganglions sont accolés l’un à l’autre, quelquefois légerement écartés. Ils remplissent toute la région antérieure du lobe frontal. On peut reconnaître, en certains points, la membrane qui les sépare du ganglion médian et des cellules épidermiques proprement dites. Ils sont exclusivement formés de cellules ganglionnaires unipolaires, à noyaux ovalaires ou fusiformes dont le grand axe converge vers le sommet du cône. De ces deux masses de cellules émerge un faisceau de fibrilles nerveuses (#) formant un gros nerf qui constitue l'axe de chaque tentacule (#. Le ganglion moyen (g. #) représente la partie la plus volumineuse du cerveau. On y voit deux sortes d'éléments nerveux: 1° en avant et sur les côtés, une couche de cellules ganglionnaires qui paraissent unipolaires et dont les noyaux sont arrondis; 2° au centre et en arriere, une masse finement ponctuée et fibrillaire (substance ponctuée de LeyniG). On peut aussi remarquer des fragments de la membrane qui isole ce ganglion des cellules épidermiques superficielles et qui le sépare des ganglions antérieurs et postérieurs. Il n'existe pas une gaine propre à chaque ganglion, mais la portion de la membrane qui isole les ganglions les uns des autres est unique, est simple. Il n’y a qu'une couche de cellules plates entre les ganglions antérieurs et le moyen, entre celui-ci et les postérieurs. Les ganglions postérieurs (g. #*) constituent deux lobes latéraux situés un peu en avant des fossettes vibratiles. Les cellules ganglionnaires qui entrent dans leur composition, ont les mémes caractères que les précédentes. Elles ont ordinairement des noyaux arrondis. Entre ces deux ganglions, se trouve une bande de cellules ganglionnaires. Je ne sais s’il faut rapporter celle-ci au ganglion moyen ou bien la considérer comme un ganglion spécial qui serait peutètre en rapport avec l'organe de sens existant au milieu de la lèvre antérieure du ver. Dans cette coupe, l'épiderme superficiel est formé en avant par une seule assise de cellules; en arriere des ganglions antérieurs et sur les côtés du ganglion moyen, il est épaissi. Les cellules de la surface possèdent un noyau ovale; celles des couches profondes ont le noyau arrondi, qui gagne tous les caracteres des noyaux des cellules ganglionnaires sous-jacentes. Les cellules épithéliales des fossettes vibratiles sont très allongées. En arriere de celles-ci l’épiderme
n'est plus formé que par une seule assise de cellules mal délimitées entre elles, peu épaisses,