‹ Le gentilhomme campagnard (volume 3)Chapitre 39 sur 39 · CBUVBSd DB CH. DB BBBNARD · texte numérisé non relu

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cria mademoisella Chavelet d'une voix tremblante de cour* roux; que parlez-vous de chronique? Est-ce à pioi^par hasard^ que vous prétendez appliquer une pareille expression? Si je croyais.,.

. — Mesdames, mesdames, interrompit vivement ma^ dame Perron qui depuis quelques instantss'é^tait approchée d'une fenêtre d'où Ton apercevait la place, le château^ Tauberge du Cheval-Patriote et une partie de la granderue, venez donc, il parait qu'il y a du nouveau.

— Quoi donc? demanda madame Estèveny en se levant aussitôt, dans l'intention de prévenir, par un changement de conversation, la querelle près de s'engager entre la vieille dévote et la cousine du juge de paix.

— Tout à l'heure, répondit madame Perron, plusieurs domestiques sont sortis du château et ont couru dans différentes directions comme s'il s'agissait de quelque chose de très-pressé; maintenant en voici un qui revient, et derrière lui j'aperçois H. Froidevaux et sa femme qui mai^ chent aussi vite que le permet la grossesse de celle-ci.

— Madame la marquise va sans doute accoucher, dit madame Giraudavec un accent d'intérêt; mon cousin Bobilier me disait encore ce matin qu'on s'y attendait de jour en jour.

-— Et puis après? dit d'un air hargneux la vieille dévote; parce que cette marquise est grosse, est-ce une raison pour mettre le pays sens dessus dessous ? L'autre jour, encore le premier accouQJbeur de Paris qui arrive en poste conmie un ouragan, si bien que je n'ai eu que le temps. cl^ me jeter dans la boutique de Laverdun, et que Pyra^ a failli avoir une patte écrasée par une des ropes ; il en a été malade de peur pendant deux jours, le pauvre cbémbin 1 Si vous croyez qa'oa peut voir de sang-froid dç pareilles choses! . ,

Au lieu d'écouter les doléances de la^ maîtresse de Pyrame, toutes les autres femmes s'étaient groupées ainç

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fenêtres pour voir passer le couple dont madame Perron venait de signaler rapproche.

Froid^aux et !sa femme venaient d'arriver à Tailgle de la place^ vis-à-vis de Tauberge du Cheval-Patriote, devant laquelle Toussaint Gilleâ et Vertrièt se trouvaient eii ce moment. L'ex-capitswie de pompiers et Pex-greffier de la justice de paix (nous expliqueroiis tout à Theuré cette double mésaventure) leur adressèrent d'un air sombré un salut que le gendre de JI. Grandperrm accueillît froidement par \m léger signe de tête. Qubilqd'dlé se trouvât éHe-même assez près du terme qu'allait sans doute atteindre madame de Châteaugiron^ Victorine, tendrement appuyée sur le bras de son mari; marchait avec une légèreté gracieuse que madame Giraud; 'de la fenêtre où elle s'était mise à l'affût ainsi que ses compagnes, ne put s'empêchlBr de faire remarquer.

— Il est impossible, dit-elle, de voir une plus belle grossesse. '*

— Comme si une grossesse pouvait jamais être belle ! répondit Ursule Chavelet avec l'acre jalousie qu'inspire aux filles vieillissantes l'aspect d'une jeune et charmante maternité ; pour moi, je ne trouve rien de si disgracieux à voir qu'une feoune en cet état.

— Ce n'est toujours pas notre chère baronne qui est disgracieuse à voir ; jamais elle ne m'a paru si jolie,

— Baronne 1 dit la majeure en souriant comme une autre eût grincé des dents.

— Oui, baronne ! répéta m iame Giraud qui appuya empliatiquemerit sur ce mot ; to.«t ce qu'il y a de plus baronne, et il faut qtie vous en preniez votre parti.

— Mon parti ! Est-ce que vous croyez par hasard que je suis envieuse de madame Froidevaux ? reprit Ursule d'un air de dédain qui cachait mal son amer dépit.

— Si vous êtes envieuse de la baronne de Vaudrey-Froi- (levaux ! répondit la parente du juge de paix avec une ironie que n'eût pas laissé soupçonner la bonté naturelle de son

caractère^ et dont elle ne faisait usage que lorsqu'il s'agissait de défendre les gens qu'elle ainiait contre des attacjues injustes et^haineuses ; mais cela est peint dans vos yeux, sur votre physionomie et dans vos moindres gestes ; vous lui enviez tout ce qu'elle possède, entendez-vous bien, ma chère demoiselle, tout, sans exception ; son titre, son nom, sa fortune, sa jeunesse, sa beauté, Tenfant qu'elle aura bientôt, et par-dessus tout le reste, son mari.

Foudroyée par cette véhémente sortie, mademoiselle Ursule Chavelet ne trouva pas un mot à répondre ; mais au fond de son cœur dévoré déjà de jalousie et de rancune, elle jura une haine éternelle à la femme qui venait d'y lire si bien.

Pendant ce temps, Toussaint Gilles et Vermot, toujours arrêtés devant la porte de l'auberge, échangeaient quelques paroles dont on comprendra mieux la portée lorsqu'on connaîtra le changement survenu depuis près d'un an dans la position des deux membres du club patriotique de Châteaugiron.

xxxin

CONCLUSION (sditb)..

Le jour même où, grâce à l'habile coup de main de M. de Vaudrey, la douairière de Bonvalot était revenue au château, madame de Châteaugiron, heureuse du retour inespéré de sa mère, avait résolu de le célébrer par un acte d'amnistie. Sur ses instances, M. Bobilier avait dû jeter au feu le procès-verbal dressé par lui contre les instigateurs de l'émeute. Ce n'était pas sans regret que l'irascible juge de paix s'était résigné k un sacrifice qui devait le priver du

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plaisir de la vengeance ; mais comme après tout il lui restait pour fiche de consolation l'instruction judiciaire qu'il venait de commencer contre lés auteurs présumés 'de Tiucendie du château^ il avait fini par consentir à se montrer clément ; encore y avait-il mis la même restriction mentale que la femme de Sganarelle.

— Soit^ je leur pardonne^ s'était-il dit^ mais ils me le paieront^ Toussaint Gille»et Yermot du moitis^ cartons les autres sont uft tas d'imbéciles^ indignes de ma colère.

Quelques jours après^ sur la demande formelle et dûment motivée de son supérieur^ le greffier Yermot fut révoqué de ses fonctions, et un peu plus tard, lors de la nouvelle élection des officiers des pompiers, Toussaint 6illes/à son tour, grâce à la puissante opposition organisée par le vieux magistrat au sein de la compagnie, perdit à la fois ses deux épaulettes, dont hérita Philippe Âmoudru.

Animé par ce double triomphe, H. Bobilier alors prit rhéroîque «résolution d'en remporter un troisième plus éclatant et plus décisif encore ; cette fois, il ne s'agissait de rien moins que de mettre à mal le club patriotique luimême ; au lieu de )e briser en faisceau, le vieillard, confoi^ mément au précepte d'Esope, le saisit dard à dard, et réussit ainsi à le rompre. Un achat assez considérable de sucre et de bougie, et la promesse qu'une pareille occasion de bénéfices se renouvellerait souvent, déterminèrent sans peine l'épicier Laverdun à renoncer aux honneurs improductifs de sa vice-présidence. Le boucher Gautherot ne résista pas davantage à l'assurance d'être le fournisseur en titre du château ; et Picardet enfin, plus vaniteux qu'intéressé, devint un des plus chauds partisaps du marquis dès quA l'influence du juge de paix l'eut fait nommer lieutenant des pompiers en remplacement de Philippe Amoudru, élevé lui-même au grade supérieur.

Au moment dont nous parlons, le club patriotique se trouvait donc dissous de fait, et les seuls membres qui fus-

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sent restés fidèles à ses principes, peut-élre pake qii'oii n avait rien fait pour les en détacher^ Toussaint Gilles et Vermot, deux grands débris debout au milieu de cette ruine, en étment réduits à se consoler entré eux. '

^ Nous sommes les derniers des Romains de Ghftteaugiron, disait d'un ton d/amertume Tex-gréffier, qui, comme on a pu le voir, se piquait à'érUdition littërairë.^

— Hs triomphent, les brigands f repoiidait f éx-ei^tiàiiie avec une rage concentrée ; niais, patience, nous aimnos peut-être un jour la république \ '

En cette occasion, la froide inclination de téie par la^ quelle Georges Froidevaux venait dé répondre à leur salut, donna un aliment nouveau à Hiîimettr morose et atrabilaire des deux compagnons id^infortune. -

— Il n'était pas si fier quand ii: venait plaider devant moi^ dit Vermot en essayant de ricaner. > . .: .

— C'est sa baronnie et sa fortuné qui hn ont tourné la tête, répondit l'aubergiste du même ton. ' • ' ^

— J'^i toujours dit que ce n'était pas là un vrai patriote ;

il a suffi de quelques écus et d'un peU de fumée nobiliaire ' pour lui faire oublier ses anciens amis politiquesl

— Les \Tais patriotes ! dit Toussaint Gilles en souriant amèrement, à part nôuâ deux, où sont^ils t

— U n'y en a plus, c'est vrai J et j'ai raison de le dire, "l nous sommes les derniers de^ Romains.' ^

— Quand je vois la servUîté de tous ceirbrigaiids4ài qui dans le temps criaient plus haut que nous, il me prend des envies de décrocher^ mon sabre (car on m'a enlevé mes épaulettes, mais on ne m'a pas pris mon ^bre) et de tout mettre à feu et à sang. Un Laverdun, qui, après avoir eu l'honneur d'être vice-président de notre club, a mainfenail la bassesse de porter lui-même au château les pains de sucre qu'on lui achète ! Un Gautherot, plus vil encore, qui; lorsqu'on va chez lui chercher quelque morceau, met à votre nez les plus belles pièces de côté en disant effrontément;

C'est retenu pour le château ! Un Pîcardet^ que je croyais pur et incorruptible comme moi-même^ qui^ depuis que leà intrigues de ce vieux gueux de Bobilier Fdnt fait nommer lieutenant^ ne jure plus que par le château. Le château ! ils n'ont que ce mot-là à la bouche^ les «lâches esclaves qu'ils sont I Vois-tu^ Vermot, si je ne me retenais^ je ferais une Saint-Barthélémy à moi tout seul.

— Il est sûr que d'assister à de pareilles infamies^ cela vous fait prendre la vie en dégoût ; il n'y a plus de patrie^ mon vieux Toussaint Gilles^ il n'y en a plus I , .

— Qu'est-ce que j'aperçois là-bas ? dit tout à coup l'aubei^iste^ des uniformes I

— Ce sont les officiers des pompiers^ répondit Vermot. Le capitaine Amoudru^ le lieutenant Picardet et les deux

sous-lieutenants qui n'étaient autres que Laverdun et Gautherot^ venaient de paraître à l'un des bouts de la rue ; ils étaient en grande tenue et marchaient deux à deux /l'un air important et martial. En passant devant l'auberge du Cheval-Patriote. Amoudru laissa tomber un regard assez dédaigneux sur les deux démocrates ; mais leurs anciens amis politiques/ soit remords de conscience^ soit éblouissement de prospérité, évitèrent de les regarder:

— Hé ! Laverdun ! dit Toussaint Gilles en s'adressant à celui des quatre officiers qu'il supposait le moins en état de soutenir éne^iquement une querelle, vous êtes bien fier aujourd'hui, que vous ne dites pas même bonjouii à vos anciens amis.

— Je ne vous avai^ pas vus, répondit l'épicier en se retournant malgré lui.

— Où allez-vous donc comme ça si crânement ?

— Au château, dit Laverdun avec une certaine emphase.

— Il y a donc une mascarade au château ? dit Tex-gref* fier d'un air railleur. ^

— Pourquoi dites-vous ça î • v

— Parce que vous voilà tous en costume de carnaval.

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— Il ne s'agit ni de carnaval ni de mascarade^ reprit Tépicier d\x\\ air de dignité offensée ; M. Bobilier vient de nous faire prévenir, ainsi qu'il l'avait promis, que madame lamarquise est sur le point d'accoucher, et nous allons en corps chez M. le marquis, car nous voulons être les premiers à lui offrir nos félicitations.

— La lâcheté humaine peut-elle aller jusque-là ? s'écria Toussaint Gilles en enfonçant son menton dans sa cravate, tandis qu'il se croisait les bras par un geste farouche.

«— Il me semble que je viens d'entendre le mot de lâcheté, dit Philippe Amoudru qui revint sur ses pas ainsi que ses deux autres compagnons, et regarda son ancien capitaine d'un ah* provocant.

— Et puis après ? demanda brusquement l'aubergiste.

— Si jfi croyais que le mot s'appliquât 'à moi, je vous prierais d'aller chercher votre sabre, puisque j'ai le mien, et nous irions nous expliquer dans les carrières du pré Gîbaud, entendez-vous ça, monsieur Toussaint Gilles ?

. — Ce n'est pas de vous que je parlais ; ainsi, fichez-moi la paix.

— Est-ce de moi, par hasard? demanda Gautherot qui IH*it une pose de capitan.

— Pas davantage.

— En ce cas, qui sait ! c'est, peut-être de moi ? dit à son tour le lieutenant Picardet en appuyant fièrement la main sur le pommeau de son sabre.

— Je parlais à Laverdun, dit Toussaint Gilles, qui connaissait l'épicier pour le plus débonnaire des quatre de beaucoup, et s'il n'est pas content, il n'a qu'à le dire.

— Vous entendez, sous-lieutenant ? dit Philippe Amoudru en voyant que son inférieur gardait le silence.

— J'entends fort bien.

— Et vous ne répondez pas?

— Qu'est-ce que vous voulez que je réponde? Toussaint

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Gilles est de mauvaise humeur^ voilà tout^ et quand on est de mauvaise humeur...

— Eln ce cas, dit le capitaine avec un sourire méprisant, c'est moi qui vais répondre pour vous. Monsieur Toussaint Gilles, poursuivit-il en regardant en face Taubergiste, vous avez commandé la compagnie et vous ne la commandez plus; vous êtes vexé de vous voir rfe^omme; c'est tout naturel, mais ça ne vous autorise pas à tenir des propos sur mon compte et sur celui des autres officiers; je vous pré-

^ viens donc que la première fois qu'il vous arrivera... — Messieurs, messieurs, interrompit vivement Laverdun, voilà M. Bobilier qui sort du château, et à la manière dont il gesticule en marchant, il paraît qu'il y a de grandes nou-

, velles; il n'est pas question de se disputer, allons au-devant de lui.

Le juge de paix venait en eflFet de traverser le terrepljBin qui séparait la cour de la place, et il s'avançait rapidement en agitant son chapeau avec l'action désordonnée d'un homme qu'une émotion excessive met hors de luimôme.

— Un garçon ! cria-t-il d'une voix suffoquée lorsqu'il fut arrivé à portée d'être entendu.

— Qu'est-ce qu'il dit? demanda Picardet à son, capitaine.

— Un garçon ! mesdames, un garçon î reprit le vieillard en s'adressant aux femmes qui, de la fenêtre du salon de madame Estèveny, le regardaient avec une curiosité avide; je n'ai pas le temps de monter pour vous embrasser toutes, mais il faudra qu'avant ce soir vous en passiez par là. •

— D'après ce que vient de dire M. le juge dp paix, dit Laverdun.avec l'emphase sérieuse qui caractérisait son langage, je parierais que madame la marquise vient d'accoucher d'un garçon.

Le magistrat, ivre de joie, n'avait pas ralenti sa marche, et U venait d'arriver près du groupe#arrôté devant l'auberge. , ,

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— Messieurs^ dit-il avec un accent de triomphe^ nuntio vokis gmidium magnum; il vient de nous naître un comte de Cb&teaugiron! Comprenez-vous^ messieurs^ la grandeur de cet événement ? Ainsi voilà un rejeton mâle qui sort de la vieille souche^ et maintenant^ je Tespère, Tillustre nom de Chàteaugiron aura autant d'avenir qu'il a déjà de passé : c'est lui promettre une assez longue carrière. Un garçon ! j'en perdrai la tête.

— Monsieur le juge de paix, dit Philippe Amoudru en prenant la parole au nom de ses<x)llègues^ nous partageons votre satisfaction, et, si vous voulez nous permettre de vous donner une poignée de main...

— Une poignée de main quand il vie^nt de nous naître un comte de Chàteaugiron! on s'embrasse, ventrebichel on s'embrasse 1

M. Bobilier se précifMta dans les bras du capitaine, puis dans ceux du lieutenant, puis dans ceux des deux souslieutenants ; enfin arrivé devant Toiissaint Gilles, il fit un mouvement machinal comme pour continuer la tournée jusqu'au bout> mais l'aubergiste républicaiase rejeta brusquement en arrière de l'air le plus renfrogné.

— Dieu mè pardonne, dit le vieillard i^veo un rire de bonne humeur, car il était trop heureux pour ne pas prendre tout gaiement, s'il m'avait laissé faire, je crois que j'allais aussi l'embrasser. 11 faut que la joie m'ait rendu fou !

— Monsieur le juge de paix, reprit le capitaii^ des pompiers, vous voyez que nous y mettons de l'empressement. Aussitôt avertis, aussitôt sous les armes. Pensez-vous que nous pouvons maintenant aller oflrir nos félicitations à M. le marquis?

-«- Bien certainement; il sera charmé de vous voir, et je vous présenterai moi-même. Mais c'est M. de Vaudrey qui se fait attendre. Oh est allé le prévenir cependant, et il devrait déjà être ici. Dans mon impatience de lui annoncer

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la grande nouvelle^ j'étais $<M*ti pour alter au-^devant de lui, et si vous vouliez m'attendre un instant. . • ^ "— M. de Vaudrey î ikiterrompit*Gautberot^ justement le vôicî. -•-■'—•'••-.• ' j >... .

En celnoment^ en effet, lé gentilhomme campagnard, mairchànt'd'im pasàfairedeux lieflGresàrheurevvèniût de sortir d'un sentier qui était le chemin le phis direct pour aller à Ghâteangu*oih-le^Vieil et aboutissmt à la grmide-rue. Le fidèle Sultan raccompagnait; quant au dome^ique qui était adé le prévenir, ne pouvant soutenir le traindont le baron s'était mis en toute, il avait pris philosophiquement le parti deirester en lEurière.

' -^ M. de Vaudrey a âon diten avec lui, dit Picardet en regardant d'un air isiHeur son <eollègue L^v^uni ' À la vue du dogue colossal qui lui avait donné naguère unesinidè accolade^ l'honnête ^icim*,- pieu confiant dans le sabre qu'il portait au côté, sentit courir un frisson dans ses véinefi(, mais il finît par se rassurer après avoir faitcette réflexion judicieuse :

— Je éuis en uniforme^ il ne me reconnaîtra pas.

Tandici que H. Bobilier , dont Tallégresse avait paru redoubler en apercevant le baron de Vaudrey, s'empressait d'afler à sa rencontre, Toussaint GiUes poussa Vermot du bras et hii dit à demi-'voix :

— Rentrons; la joie insolente de ces aristocrates me donne envie de les pulvériser tous> et je finirais par n'être plus maître de moi; ainsi rentrons, C'est plus prudent.

— Oui, rentrons, car moi*méme j'ai peine à me contenir, répondit l'ex-greffier, non moins courroucé que son ami politique ; allons boire une bouteille à leur confusion.

^ — i Ils triomphent avec leur bambin qm vient de naître, comme si un pareil embryon valait la peine qu'on s'occupât delui!

— Qu'ils triomphent I un jour peut-être notre tour re* viendra!

s 1 6 CBCTRSa DB CH. DS BKRNARD.

•— Yennot, j'en accepte Taugure; oui^ peutrétre un jour nous aurons la répu];>Uque^ et alors.. •

Toussaint Gilles n^acheva pas sa phrase, mais son poing levé vers le chÀteau sembla le vouer, lui et ses habitants, le cas prévu échéant, à Textermination la plus impitoyable.

Les deux clubistes, on pourrait dire le club tout entier, puisqu'ils le composaient à eux seuls désormais, entrèrent dans l'auberge d'un pas tragique et en refermèrent la porte avec fracas.

— Ça aboie, mais ça ne mord pas, dit Philippe Âmoudru, qui salua leur retraite par un éclat de rire ironique.

En remarquant la pantomime désordonnée du juge de paix, dont le chapeau continuait de remplir FofSce de télégraphe, M. de Vaudrey avait pressé le pas.

— - PendS'toi l Crillon, lui cria H. Bobilier lorsqu'ils furent assez près Tun de l'autre pour pouvoir s'entendre.

— Et pourquoi diable faut-il que je me pende? demanda le baron, dont la physionomie annonçait une curiosité mêlée de quelque inquiétude.

— Parce qu'il nous est né un garçon, et que vous n'étiez pas là, reprit le vieillard d'une voix éclatante; un gros garçon ! un superbe garçon! ! un magnifique garçon !!!

— Un garçon!... Alors, vivele roi!... Ah! qu'est-ce que je dis donc là? poursuivit l'incorrigible carliste en se reprenant; on aurait pu m'entendre et croire que je me ralliais au gouvernement. C'est vive le comte de Châteaugiron ! que je voulais dire.

— Oui, vive le comte de Chàteaugiron ! s'écria M. Bobilier en agitant son chapeau avec un redoublement d'^thousiasme.

— Vive le comte de Chàteaugiron ! répétèrent en chœur les officiers des pompiers.

— Vive le comte de Chàteaugiron! cria à son tour madame Giraud, de la fenêtre qu'elle n'avait pas quittée.

Dans le salon de madame Estèveny, mademoiselle Ber-

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geret et mademoiselle Ursule Chavelet protestèrent par ua hargneux murmure contre ces acclamations répétées^ et en même temps, du fond de l'auberge où ils s'étaient retirés, Toussaint Gilles et Vermot entonnèrent, protestation plus discordante encore, le refrain de la Marseillaise.

-— Monsieur le baron, dit le vieux juge de paix, ému jusqu'aux larmes en voyant que le vœu qu'il venait de former pour la longue vie du nouveau-né avait trouvé plus d'un écho, j'ai une faveur à vous demander.

— Tout ce que vous voudrez, mon cher Bobilier ; aujourd'hui, ce n'est plus comme le jour de l'arrivée d'Héraclius ; je n'ai rien à vous refuser.

— Permettez-moi de vous embrasser.

, — De tout mon cœur, mordieu ! dit le baron en se baissant avec empressement pour recevoir l'accolade du vieillard. Allons, mon ami, il ne s'agit pas de pleurer, mais d'être joyeux.

— Mais c'est à force d'être joyeux qu'il me vient des larmes dans les yeux, répondit M. Bobilier qui s'efforçait en vain de maîtriser son attendrissement; dernièrement je croyais m'apercevoir que je vieillissais, mais en ce moment il me semble que je viens de signer un' nouveau bail.

— Et ce sera, je l'espère, un bail emphytéotique. .. Ainsi tout s'est bien passé ?

— A n^erveille! monsieur le baron.

— Ha nièce va bien ?

— Aussi bien qu'on peut le désirer; et heureuse d'avoir un fils! heureuse ! Mais si c'est possible, M. lé marquis est encore plus content.

— • U me tarde de les embrasser tous deux; allons au château.

• Après avoir reçu les félicitations des officiers des pompiers et les avoir invités à venir avec lui, M. de Vaudrey, toujours accompagné du juge de paix, se dirigea vers le çhftte'aq; inai$ lorsqu'il fqt arrivé à l'endroit de la place

118 (SUYRBS DB GH. DE BEHRARD.

d'oii Pon pouvait voir Châteaugiron-le-Vieil^ il s'arrêta- Ses compagnons l'imitèrent^ et/dirigeant les yeux à 8()a:'.xemple vers la terrasse de sa maison^ il^ y aperçurent un groupe an milieu duquel ils reconjaurent facilement à sa taîUe presque gigantesque le maire Rabusson^ qui^ armé d'une longuevue^ semblait suivre tous les mouvements du baron.

M. de Vaudrey mit son chapeau au bout de sa canne^ qu'il leva verticalement par un geste semblable à celui qu'exécute un officier supérieur pour ordonner aux tambours de son bataillon de battre un ban.

Le groupe auquel était destiné ce signe télégraphique se rompit à l'instant en deux fractions qui se précipitèrent avec une égale promptitude vers les coips de la terrasse, d'où s'élevèrent presque aussitôt deux nuages de fumée. Une seconde après^ une double détonation retentit bruyamment, répétée au loin par les échos des collines; c'étaient Jean- Fracasse et Réveille-Matin qui commençaient de célébrer à leur manière la naissance du comte de Châteaugiron.

— Pourvu que ces coups de canpn ne fassent pas peur à madame la marquise? dit M. Bobilier avec une légère inquiétude.

-* Allons aoncl les marquises dç Châteaugiron sont toujours braves; c'est connu depuis iQngtemps., ,

— C'est vrai, reprit le juge de paix; je me rappelle même qu'en octante-trois, lorsque feu M. le prince de.Gondé vint dîner et coucher à Châteaugiron, lors de son voyage en Bourgogne, madame la marquise Rengarde donna le signal des salves en mettant de sa propre main le feu à Jean- Fracasse, . .

. — Vous voyez donc bien qu'il n'y a pas le moindre danger. D'ailleurs, ma nièce est prévenue : douze coups pour

une fille, cent et un pour un garçon. • r

— Cent et un?

— Tout autant; n'est-ce pas notre dauphin, à nous?

— C'est trop juste, monsieur le baron; mais comment

LS OENTILHOUMB CAIIPA6NARD. SI 9

sauTOht-ils là«-baut s^ils doivent Urei! cent et tiii coups ou seulement douze) • . > .. . i.. :: . .

— Et le chapeau qde f ai mî$ atf bout cte tn« ^canae?

— Cela voulait donc dire : Un garçon î i

— Précisément. La canne seule^ uûeime; la camie et le chapeau^ un garçon.

M. de Vaudrey et ses compagnons avaient continué leur marche vers le château; au moment d'entrer dans la cour^ le jtige de paix dit au baron en souriant avec malice :

— Nous allons avoir un beau baptême ; mais je connais une personne qui y joindrait volontiers un mariage.

— Qui ça, mauvaise langue? demanda le gentilhomme campagnard, qui à son tour ne put s'empêcher de sourire.

— Votre future commère, monsieur le baron.

— Madame de Bonvalot?

— Tout le monde s'aperçoit qu'elle meurt d'envie de devenir baronne de Vaudrey, et il est certain que vous n'auriez qu'un mot à prononcer. . .

, — Peut-être, mais du diable si je le prononce jamais. Je puis dire cela à vous, mon cher Bobilier, car vous êtes le plus fidèle ami de notre famille; si je fais un petit doigt de cour à l'aimable douairière, ce n'est pas, je vous prie de le croire, que j'y prenne le moindre plaisir, mais c'est parce que j^e ne verrais pas sans regret sa fortune échapper aux enfants d'Héraclius. C'est une vraie colombe, cette chère grand'mère, le cœur tendre et l'aile inquiète; or, conmie je n'ai pas envie qu'elle s'envole un beau m^^tin et s'aille faiï'e croquer, elle et ses milUons, par quelque épervier du genre de maître Pichot, je lui ai attaché à la patte un fil qu'elle ne rompra pas,^dût le diable s'en mêler. Lui plaire, fort bien; mais l'épouser, allons donci

M. de Vaudrey et le juge de paix, toujours suivis des quatre ofiSciers des pompiers, entrèrent en riant au château; mais nous ne les y suivrons pas, car que nous reste-t-il à raconter? une scène de bonheur sans mélange. Or si le bon^

OEUTRBS DI GH. DE BBBNARD.

haïr est doux à éprouver^ chacun convient quil est assez fade à décrire. Heureux^ a-t-on dit^ les peuples dont Thistoire est ennuyeuse ! Puissent les lecteurs de notre ouvrage ne pas parodier cet axiome en disant : « Ennuyeux les « romans dont le dénoûment est heureux ! i>

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