‹ Le gentilhomme campagnard (volume 4)Chapitre 12 sur 29 · UNE CONFIDENCE · texte numérisé non relu

UNE CONFIDENCE

En quittant l'avocat Froidevaux le baron de Vaudrey s'était dirigé vers le pont du bourg. Après l'avoir traversé, il suivit à gauche une étroite levée, espèce de quai garni pour tout parapet d'une rangée d'ormes, et arriva bientôt près d'une grande porte voisine du chenal de l'écluse; cette porte donnait accès à une cour qu'entouraient de I. 10

tous côtés les bâtiments de la forge de M. Grandperrin.

Le baron se fraya un chemin à travers les amas de houille, les dépôts de minerai, les entassements de fer en gueuse qui encombraient une partie de ce vaste terrain, passa sous une voûte basse et sombre, et se trouva alors dans un grand jardin planté à l'anglaise, au bout duquel on apercevait un pavillon de construction moderne qui servait d'habitation au propriétaire de l'établissement.

Au lieu de traverser une pelouse, par laquelle il eût pu arriver directement à la maison, M. de Vaudrey prit un sentier qui après quelques détours, le conduisit à l'entrée d'une longue allée de marronniers, bordée d'un côté par des massifs et de l'autre par la rive gauche de la rivière. D'un coup d'œil le baron explora ce promenoir dont l'aspect seul invitait à la rêverie, et il aperçut aussitôt à l'autre extrémité la femme qui le lui avait assigné pour lieu de rendez-vous.

Madame Grandperrin avait cet âge intéressant que regardaient comme la maturité accomplie les anciens romanciers épris uniquement des héroïnes de pensionnat, mais qu'ont à l'envi réhabilité depuis quelque temps des écrivains moins exclusifs ou plus impartiaux : trente ans environ, peut-être quelque chose de plus. Elle était grande et bien faite; la démarche souple, l'air aisé, le maintien noble; gracieuse et fière à la lois dans ses moindres gestes. Ses cheveux couleur de jais à reflets bleuâtres, son teint pèle qu'un rayon de soleil semblait avoir caressé d'un peu trop près, ses grands yeux à larges prunelles, étincelant conune deux diamants noirs, tout en elle annonçait une de ces organisations passionnées jusqu'à la violence, ceinture incendiaire dont le ciel parfois se plaît à étreindre la vertu des femmes, sans doute pour en rehausser le mérite.

En ce moment, madame Grandperrin était vêtue d'une robe noire en damas de soie, qui, à part la beauté de l'étoffe, offrait une sévérité presque monastique et se trouvait

en harmonie avec l'expression orageuse et sombre de son visage. D'une main elle tenait un mouchoir où avait coulé plus d'une larme, et de l'autre un flacon de sels qu'elle respirait à chaque instant, comme si ses forces eussent été sur le point de l'abandonner.

— Enfin vous voici ! dit-elle en serrant convulsivement la main de M. de Vaudrey.

— Du courage, mon enfant ! répondit le baron avec un accent de tendre compassion : du courage ! hier vous m'avez promis d'en avoir.

— Où voyez-vous que je manque à ma promesse ? reprit la jeune femme en souriant amèrement.

— Vous avez encore pleuré ; je le vois.

— Qu'importe ?

— Qu'importe que vous pleuriez ?

— Oui ; c'est attacher trop d'importance aux larmes d'une femme que d'en chercher la trace. Une larme, c'est si peu de chose, et si peu de chose, une femme ! aussi ne vous ai-je pas prié de venir pour vous rendre témoin d'un de ces accès de folle douleur dont je rougis quand je suis seule, et dont je rougirais mille fois plus encore devant vous. Ce que j'ai à vous demander...

La jeune femme hésita.

— Ce que vous avez à me demander est fait d'avance, dit M. de Vaudrey d'un ton de bienveillance paternelle; quelque changement qui soit survenu dans votre vie, je n'ai point oublié le passé. Madame Grandperrin est toujours pour moi Clarisse de la Gennetière, la fille de mon meilleur ami... mort trop tôt, hélas !... pour vous surtout, mon enfant.

— Oh oui! pour moi surtout, répéta énergiquement madame Grandperrin; si mon père avait vécu, je ne me serais pas trouvée à vingt ans abandonnée à la direction d'une parente... Je ne l'aecuse pas, mais sa faiblesse, sa dé-

j/ï .ECvttKS bC CH. bÉ istiRNARi».

plorable indulgence, son aveuglement, en un mot. m'ont {'.lit bien du mal... que Dieu le lui pardonne !

— Pourquoi réveiller ces tristes souvenirs ? Vous avez, disiez-vous quelque chose à me demander ?

La jeune femme baissa la tête et regarda un instant la terre avant de répondre.

— C'est aujourd'hui qu'il arrive, dit-elle enfin en relevant sur le baron un morne regard.

— C'est aujourd'hui ; mais plus tôt ou plus tard, ce retour était inévitable.

— Sans doute; et de quel droit me plaindrais-je ? Depuis deux ans qu'il est parti, n'ai-je pas eu le temps de me préparer à l'épreuve de le revoir ?

— Qui vous force à la subir?

— Oh ! enseignez-moi un moyen de m'y soustraire, et, fallût-il me condamner à une réclusion perpétuelle, fallût- il m'enterrer vivante, je suis prête.

— Ces exagérations ne sont pas nécessaires ; laissez les choses suivre leur cours naturel , et l'épreuve que vous redoutez se trouvera suffisamment écartée. Jamais votre mari et mon neveu n'ont été liés; des discussions d'intérêts se sont même élevées entre eux depuis quelque temps. Comment supposer alors que l'un ou l'autre puisse désirer et provoquer un rapprochement ?

— Lui, non ; du moins je veux le croire ; car, à moins délie aussi cruel qu'il s'est montré ingrat, à moins de se promettre un barbare plaisir des angoisses où me plongerait sa présence, comment penserait-il à me revoir ? Mais M. Crandperrin, savez-vous à quelle démarche folle, ridicule , odieuse peut îe pousser son incurable vanité ? Pour l'honneur de se voir admis sur un pied d'intimité au château de M. le marquis de Chàteaugiron, il est capable de sacrifier ses intérêts même; et quel sacrifice plus grand pourrait-il faire ?

— Mais maintenant il y a entre lui et Héraclius plus qu'un

commencement de procès, il y a rivalité politique. Devezvous craindre alors qu'ils ne soient pas forcément séparés par une chose qui d'ordinaire brouille les meilleurs amis ?

— Vous ne connaissez pas M. Grandperrin ; qu'il lui vienne du château la moindre prévenance, la plus légère marque de politesse, une de ces invitations comme on en envoie au premier venu, dans l'enivrement où le jettera cette précieuse faveur, il est homme à tout abandonner, sa candidature aussi bien que ses intérêts.

— Je sais que la noblesse exerce sur votre mari une fascination un peu passée de mode aujourd'hui, et dans laquelle, au fond, vil entre peut-être autant d'envie que d'éblouissement...

— Vous le peignez en deux mots : envieux et ébloui.

Encouragé sans doute par la dédaigneuse ironie avec laquelle madame Grandperrin parlait de son mari, le baron reprit en souriant :

— Peut-être même serait-il possible d'être encore plus concis et de le peindre en un seul mot.

— Parvenu, répondit sans hésiter d'un air de magnifique mépris la jeune femme qui, en épousant un plébéien, était loin d'avoir oublié qu'elle-même était née patricienne.

— Un excellent homme, du reste, dit M. de Vaudrey, comme pour atténuer sa critique ; droit, honnête et justement estimé.

— Savez-vous ce qu'il m'a dit ce matin ? reprit madame Grandperrin, sans s'associer par le moindre signe d'approbation à cette palinodie. t

— Gomment pourrais-je le savoir ?

— M. Grandperrin m'a déclaré qu'à la campagne il était indispensable de vivre en paix avec ses voisins, et qu'en conséquence, quoiqu'il eût sujet de se plaindre de M. de Châteaugiron, il était prêt à le voir pour peu que "celui-ci s'y montrât disposé. — « Il me semble, a-t-il ajouté, que l'arrivée de la marquise nous offre une occasion toute naturelle

to.

de rapprochement. » Et comme je me récriais : — « Le.? discussions d'intérêts, a-t-il repris, n'ont rien à voir dans une question de savoir-vivre et de politesse ; je trouve donc convenable que nous allions faire une visite au château, dans le cas où madame de Châteaugiron ne se croirait pas obligée de vous prévenir. » — Voilà ce que m'a dit ce matin même M. Grand perrin.

— 0 aveuglement ! es-tu donc un des principes constitutifs du tempérament marital ? se dit M. de Vaudrey en levant les yeux vers la cime des marronniers.

— Voilà où nous en sommes, poursuivit madame Grandperrin avec une émotion concentrée ; c'est l'homme dont le premier devoir est de me protéger contre tous, qui expose, — je ne dis pas mon cœur, il est mort, — mais mon repos, mais ma réputation, mais mon honneur à un danger contre lequel je me trouve sans défense.

— Sans défense ! répéta le baron qui examina la jeune femme attentivement ; sans défense ! et vous dites que votre cœur est mort !

— Mort, je vous le répète, dit Clarisse d'une voix sourde ; aussi n'est-ce pas de cet indigne cœur qu'il s'agit. Je suis sûre désormais de son insensibilité et de sa froideur autant qu'on peut l'être de la froideur et de l'insensibilité d'un cadavre. Non, ce n'est pas l'avenir qui m'effraie, c'est le passé.

— Le passé ? mais votre mari, mais tout le monde excepté moi, ignore qu'Héraclius vous a aimée, et que vousmême...

— De grâce, pas un mot de plus; ne me rappelez pas ma honte, puisque, dites-vous, tout le monde l'ignore.

— Mais enfin que craignez-vous?

— Ce que je crains? Depuis deux ans cette terreur est assise à mon chevet. Ce que je crains? c'est que cet homme n'achève son ouvrage ; c'est qu'il ne soit lâche après avoir été cruel ; c'est que, peu content d'avoir tué l'âme, il ne

lui prenne maintenant fantaisie de tuer l'honneur.., et il \o. peut.

— Il le peut ?

— Il a mon portrait; il a des lettres; il a tous les gages que peut accorder la folie d'une femme.

Après avoir longtemps reculé devant cet aveu, madame Grandperrin le prononça d'une voix brusque ; puis, relevant fièrement la tête, elle fixa sur le baron des yeux ardents comme pour lire au fond de son âme.

En voyant aboutir à une appréhension d'une nature assez vulgaire les souffrances d'amour auxquelles il avait sincèrement compati jusqu'alors, M. de Vaudrey éprouva une surprise mêlée de désappointement. L'éclat de la poétique auréole dont la passion couronne parfois ses victimes lui parut s'amortir quelque peu au front de madame Grandperrin. Pendant un instant, au lieu d'Ariane gémissante ou de Didon désespérée, il crut avoir sous les yeux quelqu'une de ces prévoyantes héroïnes qui, pratiquant en amour la maxime professée au sujet de l'amitié par un moraliste cruel, pensent aux trahisons de l'avenir au milieu des séductions du présent, se gardent de l'abandon dans le péché bien mieux que du péché lui-même, et se montrent enfin plus avares de billets que de baisers, parce que la trace des uns peut rester, tandis que celle des autres s'efface.

— Ce qu'elle se reproche, se dit-il, ce n'est pas sa faiblesse, c'est son imprudence. Ce qui l'occupe, ce n'est pas le chagrin de n'être plus aimée, c'est la crainte d'être com promise.

La physionomie du baron trahit sans doute l'impression dont il n'avait pu se défendre, car la jeune femme, voyant qu'il la regardait au lieu de lui répondre, reprit tout à coup, une sorte de ricanement sardonique :

— Vous êtes révolté, n'est-ce pas ? Confesser ma faute, a ouer que je tremble en voyant ma réputation, c'est-à-dire l'honneur de l'homme rlont je porte le nom, à la merci de

celui qui a détruit le repos de ma vie, c'est odieux en effet, et je suis une bien indigne créature !

Déjà M. de Vaudrey était revenu aux sentiments indulgents que développe l'expérience de la vie dans les cœurs naturellement généreux.

— Pourquoi la blâmer? se dit-il; après avoir trop pensé à lui, est-elle si coupable de penser un peu à elle-même maintenant? De quel droit d'ailleurs l'homme, cet animal égoïste, exigerait-il dans la femme l'abnégation sublime dont il est si loin de lui donner l'exemple, et que ne comporte peut-être pas la nature humaine?

— Vous ne me dites rien, reprit madame Grandperrin, dont les traits exprimaient un sarcasme mêlé d'inquiétude ; vous êtes scandalisé, je le vois, et c'est l'indignation qui vous ôte la parole?

— Ma chère enfant, dit le baron avec un léger sourire, un soldat ne se scandalise guère, et, par malheur, j'ai passé l'âge où l'on s'indigne contre les femmes.

— Pourquoi donc tant tarder à me répondre?

— Je réfléchissais à ce que vous venez de m'apprendre.

— Une chose horrible, n'est-il pas vrai ?

— Fâcheuse seulement; mais c'est assez pour qu'il faille y porter remède sur-le-champ. Ce que vous avez à me demander se lie sans doute à l'aveu que vous venez de me faire. Vous voulez que je parle à Héraclius?

— Le ferez-vous? dit madame Grandperrin avec une sorte d'explosion.

— Dès demain. Mon intention était d'attendre sa visite, mais ceci change mon projet. S'il ne vient pas, je le préviendrai.

— Combien j'avais raison de compter sur votre amitié.'

— En douter, c'eût été m'offenser.

— Puissiez-vous réussir ! *

— De deux choses l'une : ou vos lettres ont été brûlées, et en ce cas le danger (pie vous semblez craindre n'exiàt«

plu.- . ; oo il les a conservées, et alors i! me les remettra, j'en répond?.

li ne les a pas brûlées, s'écria impétueusement la jeune femme.

— Je comprends qu'un pareil sacrifice vous paraisse difficile, reprit M. de Vaudrey d'un ton de galanterie : mais pourtant il n'est pas de jour, où, en se mariant, on n'en accomplisse de semblables.

— Il n'a rien brûlé, vous dis-je; et s'il le prétend, c'est qu'il cherchera à vous tromper.

— Je n'ai jamais excusé les torts d'Héraclius; ainsi vous pouvez me croire quand je vous assure qu'on peut ajouter foi à sa parole.

— Sa parole !

— D'homme à homme, du moins. S'il me jure qu'il a détruit les gages qu'il tient de vous, je le croirai; et je compte que sur ma garantie vous en ferez autant.

Clarisse ne répondit rien, mais sa physionomie soucieuse annonça quelle irréparable atteinte avait porté l'expérience de l'amour à ses dispositions naturelles à la confiance.

En ce moment les cloches de l'église commencèrent à faire entendre leur sonnerie.

— Le voilà ! s'écria la femme abandonnée, avec un tressaillement nerveux.

Le baron lui prit les deux mains et les garda quelque temps serrées dans les siennes.

— Voici le moment de l'épreuve, lui dit-il d'un ton ae sincère sympathie; ne cherchez pas à contenir votre peine, épanchez-la au contraire tandis que nous sommes seuls. Dans quelques instants vous serez entourée, il faudra veiller sur vos moindres gestes et imposer à votre visage un masque impénétrable. Maintenant, vous êtes libre encore, libre de souffrir. Pleurez donc, mon enfant, et ne craignez pas de me laisser voir vos larmes : les chagrins du cœur sont bieti loin de moi, sans doute, mais enfin je les ai cou-

nus comme un autre, et quoique exempt désormais do ^^^ ressentir, je n'ai pas pour cela cessé de les respecter.

Tandis que M. de Vaudrey s'exprimait ainsi, avec cette espèce de mélancolie qu'inspire aux caractères les plus fortement trempés l'approche du déclin, et qui leur sied comme un pâle rayon de soleil à un paysage d'automne, la figure de madame Grandperrin avait passé graduellement de l'abattement le plus morne à la plus hautaine fierté.

— Pleurer encore ! s'écria-t-elle brusquement, pleurer toujours ! et c'est vous qui m'y encouragez ! Ah ! je le sais, l'œil d'une femme contient beaucoup de larmes; mais il arrive enfin un moment où elles tarissent, et, grâce au ciel, je crois ce moment venu pour moi. Pour entrer dans la douleur il est bien des portes ; pour en sortir il n'en est qu'une peut-être, qu'importe ! pourvu qu'elle existe en effet ! et j'en suis sûre, car en cet instant même je la vois s'ouvrir devant moi : cette porte, c'est le mépris.

— Le mépris ?

— Ou plutôt le dégoût. A part vous, mon vieil ami, dont le cœur est aussi noble que l'esprit est généreux, tout ce qui m'entoure est si petit, si lâche, si bas, qu'au lieu de m'indigner follement, ou de me désespérer plus follement encore, je finirai par n'opposer à ces ignominies que le plus calme dédain.

— Mais à quel propos...

— Entendez-vous ces cloches?

— Oui; ce sont celles de l'église.

— Ce prêtre ! . . . depuis qu'il est ici, ma maison a été la sienne ; il a mis à s'y introduire, à s'y établir, à s'y impatroniser une adresse et un artifice dignes de Tartufe, et maintenant le voilà rangé parmi mes ennemis.

— Le curé Dommartin?

— Il y a trois semaines que je ne l'ai vu, lui qui pendant près d'un an n'est pas resté un seul jour sans venir ici. Alors, il est vrai, le château n'était pas habité; maintenant

qu'il va l'être, M. Dommartin, comptant sans doute y trouver un patronage plus puissant que celui qu'il avait cherché à la forge, s'éloigne de moi sans motif ni prétexte, insolemment, brutalement...

— Que voulez-vous, ma chère Clarisse? Dommartin, ainsi qu'une partie de ses confrères, n'est au fond qu'un paysan. Sa blouse s'est allongée en robe et a passé du bleu au noir ; voilà tout le fruit qu'en fait d'éducation il a retiré du séminaire. Comment alors attendre de lui la conduite d'un homme bien élevé, ou du moins les procédés parlésquels les gens qui se piquent de savoir-vivre préparent et pallient une rupture ?

— Un homme comblé par M. Grandperrin et par moi !

— Il est ambitieux, et tout ambitieux est ingrat.

— L'ingratitude ne devrait plus me surprendre, ei cependant je ne puis m'y habituer. Un homme qui, il y a un mois encore, manœuvrait tortueusement pour capter ma confiance !

— J'espère qu'il n'a pas réussi !

— Heureusement non, quoique à cette époque je ne pusse prévoir sa trahison d'aujourd'hui. Vous allez me trouver d'une faiblesse bien puérile. Ces cloches me font mal.

— S'il a ordonné de les sonner en l'honneur de mon neveu, c'est qu'il espère que leur écho arrivera jusqu'aux oreilles de notre cousin l'évêque d'Autun, de qui dépend son avancement. L'honnête curé a envie d'être vicaire général : voilà en deux mots l'histoire de ce que vous nommez sa trahison.

La détonation des boîtes d'artifice se mêla en cet instant au son des cloches.

— Mais c'est un jour de fête dans toutes les règles, s'écria madame Grandperrin avec un rire convulsif ; je ne sais en vérité pourquoi nous restons dans cette sombre allée à échanger de tristes et vaines paroles, au lieu de nous réjouir comme tous les autres. Voyez, ajouta-t-elle en montrant

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le la main lu partie du bourg située de l'autre côté de la rivière, là-bas le soleil étincelle et le bonheur éclate; que n'allons-nous prendre notre part de l'un et de l'autre ?

— Calmez-vous! dit M. de Vaudrey, qui accompagna ces paroles d'un clin d'oeil expressif; nous ne sommes pins seuls.

Madame Grandperrin tourna la tête du côté que lui désignait le regard du baron.

— Victorine! dit-elle avec un accent d'impatience ; que vient-elle faire ici?

La belle-fille de madame Grandperrin venait en effet de paraître à l'entrée de l'un des sentiers qui aboutissaient à l'allée des marronniers.

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