‹ Le gentilhomme campagnard (volume 5)Chapitre 9 sur 9 · VI · texte numérisé non relu

VI

Un Gautherot, plus vil encore, qui, lorsqu'on va chez lui chercher quelque morceau, met à votre nez les plus belles pièces de côté en disant effrontément : C'est retenu pour le château! Un Picardet, que je croyais pur et incorruptible comme moi-même, qui, depuis que les intrigues de ce vieux gueux de Bobilier l'ont fait nommer lieutenant, ne jure plus que par le château. Le château ! ils n'ont que ce mot-là à la bouche , les lâches esclaves qu'ils sont 1 Vois-tu , Yermot , si je ne me retenais , je ferais une Saint- Barthélémy à moi tout seul.

— Il est sur que d'assister à dépareilles infamies, cela vous fait prendre la vie en dégoût ; il n'y a plus de patrie , mon vieux Toussaint Gilles, il n'y en a plus !

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— Qu'est-ce que j'aperçois là-bas ? dit tout à coup l'aubergiste, des uniformes !

— Ce sont les officiers des pompiers , répondit Yermot.

Le Capitaine Amoudru , le lieutenant Picardet et les deux sous-lieutenants 'qui n'étaient autres que Laverdun et Gautherot, venaient de paraître à l'un des bouts de la rue ; ils étaient en grande tenue et marchaient deux à deux d'un air important et martial. En passant devant l'auberge du Cheval patriote , Amoudru laissa tomber un regard assez dédaigneux sur les deux démocrates ; mais lenrs anciens amis politiques , soit remords de conscience , soit éblouisse-

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ment de prospérité, évitèrent de les regarder.

— Hé ! Laverdun ! dit Toussaint Gilles en s'adressant à celui des quatre officiers qu'il supposait le moins en état de soutenir énerj]iquement une querelle , vous êtes bien fier aujourd'hui, que vous ne dites pas même bonjour à vos anciens amis.

^ Je ne vous avais pas vus , répondit l'épicier en se retournant malgré lui.

— Où allez-vous donc comme ça si crânement?

— Au château, dit Laverdun avec une certaine emphase.

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— Il y a donc une mascarade au château ? dit l'ex-greffier d'un air railleur.

— Pourquoi dites-vous ça?

— Parce que vous voilà tous en costume de carnaval.

— Il ne s'agit ni de carnaval ni de mascarade , reprit l'épicier d'un air de dignité offensée ; M. Bobilier vient de nous faire prévenir, ainsi qu'il l'avait promis, que madame la marquise est sur le point d'accoucher, et nous allons en corps chez M. le marquis , car nous voulons être les premiers à lui offrir nos félicitations.

— La lâcheté humaine peut-elle aller jus-

que-là! s'écria Toussaint Gilles en enfonçant son menton dans sa cravate , tandis qu'il se croisait les bras par un geste farouche.

— Il me semble que je viens d'entendre le mot de lâcheté , dit Philippe Amoudru qui revint sur ses pas ainsi que ses deux autres compagnons , et regarda son ancien capitaine d'un air provocant.

— Et puis après? demanda brusquement l'aubergiste.

— Si je croyais que le mot s'applique à moi, je vous prierais d'aller chercher votre sabre , puisque j'ai le mien , et nous irions nous expliquer dans les carrières du pré

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Gibaud , entendez-vous ça , monsieur Toussaint Gilles ?

— Ce n'est pas de vous que je parlais, ainsi , fichez-raoi la paix.

— Est-ce de moi, par hasard? demanda Gautherot qui prit une pose de capitan.

— Pas davantage.

— En ce cas , qui sait ? c'est peut-être de moi ? dit à son tour le lieutenant Picardet en appuyant fièrement la main sur le pommeau de son sabre.

— Je parlais à Laverdun, dit Toussaint Gilles , qui connaissait l'épicier pour le plus

débonnaire des quatre de beaucoup , et s'il n'est pas content, il n'a qu'à le dire.

— Vous entendez, sous-lieutenant? dit Philippe Amoudru en voyant que son inférieur gardait le silence.

— J'entends fort bien.

— Et vous ne répondez pas ?

— Qu'est-ce que vous voulez que je réponde? Toussaint Gilles est de mauvaise humeur, voilà tout, et quand on est de mauvaise humeur...

— En ce cas, dit le capitaine avec un sourire méprisant, c'est moi qui vais répondre

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pour VOUS. Monsieur Toussaint Gilles, poursuivit-il en regardant en face l'aubergiste, vous avez commandé la compagnie et vous ne la commandez plus; vous êtes vexé de vous voir dégommé; c'est tout naturel, mais ça ne vous autorise pas à tenir des propos sur mon compte et sur celui des autres officiers ; je vous préviens donc que la première fois qu'il vous arrivera...

— Messieurs, Messieurs, interrompit vivement Laverdun , voilà M. Bobilier qui sort du château, et à la manière dont il gesticule en marchant, il paraît qu'il y a de grandes nouvelles ; il n'est pas question de se disputer, allons au-devant de lui.

Le juge de paix venait en effet de traverser

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le terre-plein qui séparait la cour de la place, et il s'avançait rapidement en agitant son chapeau avec l'action désordonnée d'un homme qu'une émotion excessive met hors de lui-même.

— Un garçon! cria-t-il d'une voix suffoquée lorsqu'il fut arrivé à portée d'être entendu.

— Qu'est-ce qu'il dit? demanda Picarde t à son capitaine.

— Un garçon ! . Mesdames, un garçon ! reprit le vieillard en s'adressant aux femmes, qui, de la fenêtre du salon de madame Estèveny, le regardaient avec une curiosité avide; je n'ai pas le temps de monter pour

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VOUS embrasser toutes, mais il faudra qu'avant ce soir vous en passiez par là.

— D'après ce que vient de dire M. le juge de paix, dit Laverdun avec l'emphase sérieuse qui caractérisait son langage, je parierais que madame la marquise vient d'accoucher d'un garçon.

<♦ Le magistrat, ivre de joie, n'avait pas ralenti sa marche, et il venait d'arriver près du groupe arrêté devant l'auberge.

— Messieurs , dit-il avec un accent de triomphe, nuntio vobis gaudium magnum; il vient de nous naître un comte de Chàteaugiron! Comprenez-vous, Messieurs, la grandeur de cet événement? Ainsi voilà un reje-

ton mâle qui sort de la vieille souche , et maintenant, je l'espère, l'illustre nom de Châteaugiron aura autant d'avenir qu'il a déjà de passé : c'est lui promettre une assez longue carrière. Un garçon! j'en perdrai la tête.

— Monsieur le juge de paix, dit Philippe Amoudru en prenant la parole au nom de ses collègues , nous partageons votre satisfaction, et, si vous voulez nous permettre de vous donner une poignée de main...

— Une poignée de main quand il vient de nous naître un comte de Châteaugiron! on s'embrasse, ventrebiche ! on s'embrasse !

M. Bobilier se précipita dans les bras du

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capitaine, puis dans ceux du lieutenant, puis dans ceux des deux sous-lieutenants ; enfin, arrivé devant Toussaint Gilles, il fit un mouvement machinal comme pour continuer la tournée jusqu'au bout, mais l'aubergiste républicain se rejeta brusquement en arrière de l'air le plus renfrogné.

— Dieu me pardonne, dit le vieillard avec un rire de bonne humeur, car il était trop heureux pour ne pas prendre tout gaîment, s'il m'avait laissé faire, je crois que j'allais aussi l'embrasser. Il faut que la joie m'ait rendu fou !

^- Monsieur le juge de paix, reprit le capitaine des pompiers, vous voyez que nous y mettons de l'empressement. Aussitôt avertis,

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aussitôt sous les armes. Pensez-vous que nous pouvons maintenant aller offrir nos félicitations à M. le marquis?

— Bien certainement ; il sera charmé de vous voir, et je vous présenterai moi-même. Mais c'est M. de Vaudrey qui se fait attendre. On est allé le prévenir cependant, et il devrait déjà être ici. Dans mon impatience de lui annoncer la grande nouvelle, j'étais sorti pour aller au-devant de lui, et si vous vouliez m'attendre un instant...

—M. de Vaudrey? interrompit Gautherot, justement le voici.

En ce moment, en effet, le gentilhomme campagnard, marchant d'un pas à faire deux

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lieues à l'heure, venait de sortir d'un sentier qui était le chemin le plus direct pour aller à Châteaugiron-le-Vieil et aboutissait à la grande rue. Le fidèle Sultan l'accompagnait; quant au domestique qui était allé le prévenir, ne pouvant soutenir le train dont le baron s'était mis en route, il avait pris philosophiquement le parti de rester en arrière.

— M. de Vaudrey a son chien avec lui , dit Picardet en regardant d'un air railleur son collègue Laverdun.

A la vue du dogue colossal qui lui avait donné naguère une si rude accolade , l'honnête épicier, peu confiant dans le sabre qu'il portait au côté , sentit courir un frisson dans

ses veines , mais il finit par se rassurer après avoir fait cette réflexion judicieuse :

— Je suis en uniforme , il ne me reconnaîtra pas.

Tandis que M. Bobilier , dont l'allégresse avait paru redoubler en apercevant le baron de Vaudrey, s'empressait d'aller à sa rencontre , Toussaint Gilles poussa Vermot du bras et lui dit à demi-voix :

— Rentrons ; la joie insolente de ces aristocrates me donne envie de les pulvériser tous , et je finirais par n'être plus maître de moi; ainsi rentrons, c'est plus prudent.

— Oui, rentrons , car moi-même j'ai peine

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à me contenir, répondit l'ex-jïreffier , non moins courroucé que son ami politique; allons boire une bouteille à leur confusion.

— Ils triomphent avec leur bambin qui vient de naître, comme si un pareil embryon valait la peine qu'on s'occupât de lui !

— Qu'ils triomphent! un jour peut-être notre tour reviendra !

— Vermot, j'en accepte l'augure; oui, peut-être un jour noue aurons la république , et alors...

Toussaint Gilles n'acheva pas sa phrase , mais son poing levé vers le château sembla le vouer, lui et ses halûtants, le cas prévu

échéant , à Textermination la plus impitoyable.

Les deux clubistes , on pourrait dire le club tout entier, puisqu'ils le composaient à eux seuls désormais , entrèrent dans l'auberge d'un pas tragique et en refermèrent la porte avec fracas.

-— Ça aboie , mais ça ne mord pas , dit Philippe Amoudru , qui salua leur retraite par un éclat de rire ironique.

En remarquant la pantomime désordonnée du juge de paix, dont le chapeau continuait de remplir l'office de télégraphe, M. de Yaudrey avait pressé le pas.

— Pends-toi! Crillon ^ lui cria M. Bobilier lorsqu'ils furent assez près l'un de l'autre pour pouvoir s'entendre.

— Et pourquoi diable faut-il que je me ^ pende? demanda le baron , dont la physionomie annonçait une curiosité mêlée de quelque inquiétude.

— Parce qu'il nous est né un garçon , «t que vous n'étiez pas là, reprit le vieillard d'une voix éclatante ; un gros garçon ! un superbe garçon! ! un magnifique garçon ! ! 1

— Un garçon!... Alors, vive le Roi!.... Ah î qu'est-ce que je dis donc là? poursui^dt l'incorrigible carliste en se reprenant; on aurait pu m'entendre et croire que je me rai-

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liais au gouvernement. C'est vive le comte de Châteaup,iron ! que je voulais dire.

— Oui , vive le comte de Ghàteaugion ! s'écria M. Bobilier en agitant son chapeau avec un redoublement d'enthousiasme.

— Vive le comte de Châteaugiron ! répétèrent en chœur les officiers des pompiers.

— Vive le comte de Châteaugiron ! cria à son tour madame Giraud, de la fenêtre qu'elle n'avait pas quittée.

Dans le salon de madame Estèveny, mademoiselle Bergeret et mademoiselle Ursule Chavelet protestèrent par un hargneux murmure contre ces acclamations répétées, et

en même temps , du fond de l'auberge où ils s'étaient retirés , Toussaint Gilles et Vermot entonnèrent, protestation plus discordante encore , le refrain de la Marseillaise.

— Monsieur le baron , dit le vieux juge de paix, ému jusqu'aux larmes en voyant que le vœu qu'il venait de former pour la longue vie du nouveau-né avait trouvé plus d'un écho , j'ai une faveur à vous demander.

— Tout ce que vous voudrez, mon cher Bobilier; aujourd'hui , ce n'est plus comme le jour de l'arrivée d'Héraclius ; je n'ai rien à vous refuser.

— Permettez-moi de vous embrasser.

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— De tout mon cœur, mordieu ! dit le baron en se baissant avec empressement pour recevoir l'accolade du vieillard. Allons, mon ami , il ne s'agit pas de pleurer, mais d'être joyeux.

— Mais c'est à force d'être joyeux qu'il me vient des larmes dans les yeux , répondit M. Bobilier qui s'efforçait en vain de maîtriser son attendrissement ; dernièrement je croyais m'apercevoir que je vieillissais, mais en ce moment il me semble que je viens de signer un nouveau bail.

— Et ce sera, je l'espère , un bail emphytéotique... Ainsi tout s'est bien passé !

— A merveille ! Monsieur le baron.

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— Ma nièce va bien ?

— Aussi bien qu'on peut le désirer; et heureuse d'avoir un fils ! heureuse ! Mais si c'est possible M. le marquis est encore plus content.

— Il melarde de les embrasser tous deux; allons au château.

Après avoir reçu les félicitations des officiers de pompiers et les avoir invités à venir avec lui, M. de Vaudrey, toujours accompagné du j uge de paix, se dirigea vers le château ; mais lorsqu'il fut arrivé à l'endroit de la place d'où l'on pouvait voir Châteaugironle-Vieil, il s'arrêta. Ses compagnons l'imitèrent, et, dirigeant les yeux à son exemple

vers la terrasse de sa maison, ils y aperçurent un groupe au milieu duquel ils reconnurent facilement à sa taille presque gigantesque le maire Rabusson, qui, armé d'une longuevue, semblait suivre tous les mouvements du baron.

M. de Vaudrey mit son chapeau au bout de sa canne, qu'il leva verticalement par un geste semblable à celui qu'exécute un officier supérieur pour ordonner aux tambours de son bataillon de battre un ban.

Le groupe auquel était destiné ce signe télégraphique se rompit à l'instant en deux fractions qui se précipitèrent avec une égaie promptitude vers les coins de la terrasse, d'où s'élevèrent presque aussitôt deux nua-

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ges de fumée. Une seconde après, une double détonation retentit bruyamment, répétée au loin par les échos des collines ; c'étaient Jean-Fracasse et Réveille-Matin qui commençaient de célébrer à leur manière la naissance du comte de Chàteaugiron.

— Pourvu que ces coups de canon ne fassent pas peur à madame la marquise? dit M. Bobilier avec mie légère inquiétude .

— Allons donc ! les marquises de Châteaugiron sont toujours braves; c'est connu depuis longtemps.

— C'est vrai, reprit le juge de paix; je me rappelle même qu'en octante-trois, lorsque feu M. le prince de Condé vint dîner et cou-

Tî"

cher à Cliâteaugiron, lors de son voyage en Bourgogne, madame la marquise Rengarde donna le signal des salves en mettant de sa propre main le feu à Jean-Fracasse.

— Vous voyez donc bien qu'il n'y a pas le moindre danger. D'ailleurs , ma nièce est prévenue : douze coups pour une fille, cent et un pour un garçon.

— Cent et un ?

— Tout autant ; n'est-ce pas notre dauphin, à nous ?

— C'est trop juste. Monsieur le baron ; mais comment sauront-ils là-haut s'ils doi-

vent tirer cent et un coups ou seulement douze ?

— Et le chapeau que j'ai mis au bout de ma canne ?

— Cela voulait donc dire : Un garçon ?

— Précisément. La canne seule, une fille ; la canne et le chapeau, un garçon.

M. de Vaudrey et ses compagnons avaient continué leur marche vers le château ; au moment d'entrer dans la cour, le juge de paix dit au baron en souriant avec malice :

— Nous allons avoir un beau baptême ;

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mais je connais une personne qui y joindrait volontiers un mariage.

— Qui ça, mauvaise langue ? demanda le gentilhomme campagnard, qui à son tour ne put s'empêcher de sourire.

— Votre future commère , monsieur le haron.

— Madame Bonvalot?

— Tout le monde s'aperçoit qu'elle meurt d'envie de devenir baronne de Vaudrey, et il est certain que vous n'auriez qu'un mot à prononcer...

— Peut-être, mais du diable si je le pro-

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nonce jamais. Je puis dire cela à vous, mou cher Bobilier, car vous êtes le plus fidèle ami de notre famille ; si je fais un petit doigt de cour à l'aimable douairière, ce n'est pas, je vous prie de le croire, que j'y prenne le moindre plaisir, mais c'est parce que je ne verrais pas sans regret sa fortune échapper aux enfants d'Héraclius. C'est une vraie colombe, cette chère grand'mère, le cœur tendre et l'aile inquiète; or, comme je n'ai pas envie qu'elle s'envoie un beau matin et s'aille faire croquer, elle et ses millions, par quelque épervier du genre de maître Pichot, je lui ai attaché à la patte un fil qu'elle ne rompra pas, dût le diable s'en mêler. Lui plaire, fort bien; mais l'épouser, allons donc !

M. de Vaudrey et le juge de paix, toujours suivis des quatre officiers de pompiers, entrèrent en riant au château ; mais nous ne les y suivrons pas, car que nous reste-t-il à raconter? une scène de bonheur sans mélange. Or si le bonheur est doux à éprouver, chacun convient qu'il est assez fade à décrire. Heureux, a-t-on dit, les peuples dont l'histoire est ennuyeuse ! Puissent les lecteurs de notre ouvrage ne pas parodier cet axiome en disant : « Ennuyeux les romans < dont le dénoûment est heureux ! >

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