‹ Le gentilhomme compagnard (volume 2)Chapitre 2 sur 11 · I OEUVRES DE CD. DE BEHHABD · texte numérisé non relu

I OEUVRES DE CD. DE BEHHABD

jours appuyée sur son bras ; Langeracj son loi^on maii^ teeu dans l'orbite de l'œil gauche par une coatracliuu qui rebnussait encore l'expression assez impertinente de sa phyuonomie, semblait assister k une première représentation, plus disposé à sifller qu'à applaudir ; madame de Bonvaiot (cette fois la minauderie n'y était pour rien) respirait un flacon de sels, et paraissait pâle malgré son rouge ; enfin le vieux juge de p^x, les lèvres serrées et le net démeeurément rapproché du menton, dissimulait avec peine son dépit ou pIutAt sa colère.

— Si Amoudru avait fait couper cet affreux manche k balai, ainsi que je le lui demandms encore hier, tout cela ne serait pas arrivé, finit par dire ce dernier en ayant l'air de se parler à lui-même.

— Quel manche à balaiT demanda le marquis.

— Leur arbre de la liberté.

— Hais il me semble, mon cher Bobilier, reprit Ch&teangiron, que vous, mon fondé de pouvoir, et vous savez si votre mûtdat est absolu, vous n'aviez pas besoin de la permission du maire de la commune pour faire couper un arbre planté sur mon terrain.

— Vous avez raison, monsieur le marquis, dit le vieillard un peu embarrassé ; vous avez parfaitement raison. 11 est certain que ce maudit peuplier est planté sur votre terTain, quoique ces faiseurs d'embarras du conseil municipal soutiennent le contraire.

— Comment I prétendraienl-ils que le terre-plein qui est devant ma grille fait partie de la place T

— Précisément, monâeurle marquis.

— Mais c'est absurde !

— Arcbi-absurde ! Évidemment le terre-piein qui ae trouve dans l'alignement des fossés appartient au cbâteaa comme les fossés eux-mêmes ; voilà ce que je leur ai dit vingt fois ; mais le moyen de faire entendre raison à une réuDiim de palans entêtés comme des K«tons, chicaneura

I CAMPAGHAU). t

OMnme des Normands, à des boui^eois de Chfttaaugîron en un mot, et c'est tout dire I

— Ainsi le conseil municipal, abusant de la condescen* danc«^, tranchons le niot, de la faiblesse qu'a montrée mon père lors de la révolution de juillet en laissant planter cet arbre devant la porte de son ch&teau, le conseil municipal soutient aujourd'hui que le sol même du terre-plein appartient à la commune T E^ vérité, la prétention me semble ausû impertinente que bouffonne, et je ne sais qui me retient que je ne fasse abatbv ce manche à balai {car l'wpression est Tort juste) à l'instant même.

— Y pensez-vous, marqnisT s'écria la douairière alat^ mée ; avez-vous envie que ces homnjes hideux mettent tsi [àèces ceux de vos gens que vous chargeriez de cette mi»sion, et nous-mêmes peutrétre ensuite î

— Je trouve que madame de Bonvalot a raison, dit Lange* ntc; non que ces braves gens me semblent aussi redoutables et aussi féroces qu'elle paraît le croire ; quelques coups de cravache bien appliqués mettraient à la raison, je n'en doute pas, ceusqui crient le plus hauten ce moment; mais réfléchis que couper l'arbre, ce serait abattre le drapeau; et que deviendrait ta popularité si tu te permettais une pareille irrévérence t

— C'est juste, répondit le marquis en s'efTorçant de sourire; je suis candidat, et dès lors je dois m'imposer... jusqu'à mon élection du moins, les vertus du métier : Affabilité, modestie, douceur...

— Patience, surtout, interrompit le vicomte.

— Patience, soit ; mais à mon tour je dis : Patience I Une fois député, je me promets de faire chanter à ces messieurs les boui^Êois de ChAteaugiron une toute autre gamme que celle dont ils nous assourdissent depuis une demi-heure.

— Ah ! mon Dieu 1 s'écria madame de Bonvalot, qui daai KHI anxiété croissante ne quittait pas des yeux le r.

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)• <E(tTRE6 DK <a. M. BBUtABD.

blfflusnt, les voiU niiùnten&Dt qui démolisaeiit. l'a», de triomphe 1

Par un mouvement dont il ne fut. pas maltre,.et qui eontrustait avec sa. civilité habituelle, H. Bobilier s'avançAi bnisquetnent entre Ifi^mErquiee et sa mare, derrière lesquelles. il as trouviùt déj ji pUcÀ depuis un instant, et qui, vu l'exir gulté de sa tailla, l'eupôchaioit de voir C8: qfii se passait. SUE le tcire^leifi..

Ainsi (fia U doiairiàre s'eiLétaitaperQae avuiLtout aalier le: second acta de l'émeuta étdt coBimencé.

— Maintenant que nous avon» régénéré l'aiiue de la Ubaté, s'était écrié le capitaine Toussaint Gilles après avoir obtenu,.non sans peine, un instant de silence, il nous reste UD autre devoir civique à accomplir. Notre œuvre serait-dls complète si nous laissions debout ce monument élevé à l'orgueil par la servilitéT Non, citojens, nous ne devons pas souffiiir que les armoiries d'un ci-devant insultent plus longtemps noire glorieux drapeau I A bas l'œuvre des arî&tocratesl

Tamerlan ordonnant la désiructibn de Smyme ou dé Bagdad n'avait pas été plus promptement obéi que ne le fât en ce moment te chef du club démocratique de Ghftteaugiron; en quelques secondes l'arc de triomphe se trouva escaladé par une demi-douzaine de démolisseurs ni' moins lestes ni moins bouillants que letsrillandiéF Picardrt,^ et^dontlft Biùnte tireur patriotique s'assouvit d'abord impi^ toyablement sur le tableau où se trouvaient peintes les ar» moiries du marquis de Ch&teaugiron.

En f oyant l^œuvre- qui lui' avait coAté qninzr jours de travail iniae en'lasobeaux.et. ssatrittea débris Isscés' dérisoiremeot dans teates' let directitm^ comme autrefois ob; jetait au vent les cendres dm criminels morts sur le bûcher, H. Bbbilter seidilije'cbanger en une véritable fureur U sourde coLëre qa'il:s'était efforcé de contenir jusqu'alors. Ouvrant vidraunent la tmèu», au risque, de blesser la

LE QKUTILHOUHE ClMPAGIfABD. 1 tt

marqaàac et sa màre^ qui enreat & prine le temp» de w iDetire>à'réeavt;AsepeDeh8endehQn> etiL'une voix natureUeoDent aiguâ, nais t^ement étranglée en oe momeiit par Vmàismdàon qu'on eût dit d'iule trooqwtte k sourdine :

— Gradm»! s'éccia-UI, bogaodsl soélératsl canaîllet dejaoobin&l attenâw-moi; je' suis à tous!.

il œsmotà, amotiqoe sea voiàaa atopéfsib eussent pu faâe DU nuiuv«meBt' pour le nienir, H. Bf^lian s'élança hors de la sdh.'^ manger, et seul de sa pcesomie, sanaaihtres' armes que SM oonage et sa oft^K^ H Aumt sus à Véi

Josqne-làles partisans de Toussaint-Gîlés avaient exécuté ses'OTdresetsemson ressentiment sans qne personne eftt essayé de mettre on terme à leurs tumultueux ébats.

Sur la place, un grand nombre de curieux, parmi lesquels les femmes et lès enfants se trouvaient comme ée contnme en minorité, assistaient, lesyeux écarquillésetta boucbe béante, &i ïtt destruction de l'arc de triomphe et semblaient en générai plus disposés à approuver les démolisseurs et à les aider au besoin, qu'à leur porter obstacle; car le peuple est partout le même, prompt ïae passionner, mais volage dans ses affections, et- toujours prêt à jeter au feu, le soir, l'idole qu'il kj adorée te malin.

li'inconstance dont faisaient preuve, en cette occasion, ceuT des habitants do boui^f qui avaient montré le plus d'empressement à iêter l'arrivée du marquis de Ch&teaugiron, n'a donc rien qui doive surpcendre, quoique nous soyons forcés de convenir qne chez qoeiques-nns elle aUa jusqu'à ringratilude; uDsi par exemple; mt nombre dei

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It (BUVBIU D8 CB. DE BERNARD.

Ipectateurs, se trouvaient plusieun des pompiers qui, ht veille, avaient unsnimement juré un BtUchement éternel au noble amphitryon dont la géDérosité venait de leur donner tm J bon repas, mais pAs un seul ne fit mine ne s'opposer, ne fdt-ce qu'en paroles , à la scène de désordre organisée par le club démocratique, et qui menaçait de se terminer par l'envahissement du château : it faut dire, pour la justification de ces dignes citoyens, qu'en ce moment ils avaient complètement digéré le dîner du marqus.

Si l'attitude neutre, pour ne pas dire approbatrice, que gardèrent les boui^oisde Ch&teaugironen face des perturbateurs, s'explique facilement par la nature bien connue du tempérament populaire, en revanche, il est nécessaire de faire connaître au lecteur pour quelles raisons tes fonotionnaires spécialement chargés de veiller au maintien de l'ordre avaient laissé jusqu'alors le champ libre à l'émeute.

Le bourg de Ch&teauglron n'ayant pas l'insigne honneur de posséder une brigade de gendarmerie, la force publique s'y réduisait, en temps ordinabe, au garde champêtre ; or, quel que pût être sonzëte, Jérôme Chambard n'avait pas le don de l'ubiquité, et en ce moment it se trouvait sur un des pointe les plus éloignés de la commune.

Les pompiers, il est vrai, formaient un corps assez consi- ' dérable, qui eût suffi et au delà pour dissiper le rassemblement ; maïs quoique la veille, la plupart, attendris jusqu'aux lannes par des libations réitérées, eussent déclaré au marquis de Chàteaugiron, qu'entre lui et eux ce serait déso^ mais à la vie et à la mort, bien peu paraissaient avoir conservé la mémoire de cet engagement sacré, et la bonne volonté de ceux qui eussent été disposés à y faire honneur, ■e trouvait paralysée par un concours de circonstancesaussi propres à enhardir les tapageurs qu'à décourager les anus de la paix. D'im côté, Toussaint Gilles, le chef de la compagnie, se trouvait à la tête de l'émeut* ; de l'autre, le lieutenant Amoudru, le seul qui ebt pu balancer l'influence de

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ut SBmEHOMMB CAHFAGIfUD. It

■on supérieur^ était parti dès le niatin pour CbiroUes OÙ Faisait une affaire d'intérêt, et en son absrace. aucun des offtcien subidternei n'eût osé a&onter le courroux du Fedoutable capitiùne en donnant l'ordre de battre Ib rapptJ.

Ceux des pompiers qui se trouvaient sur la place conlempluient donc, les bras croisés, la démolition de l'arc de triomphe; et ai quelque spectateur paraissùt s'étonner de leur ineftie, ils se croyaient sufBsanunent justifiés lorsqu'ils lui avaient i^ndu :

— Nous n'avons pas reçu l'ordre de prendre les artnes.

Quant aux autorités du bourg, plus particulièrement re^ ponsables des atteintes portées à la paix publique, void quelle était leur situation au moment dont nous parlons :

Dès le premier couplet de l&Maneiilaite, Amoudm s'^ tût enfermé à double tour dans la salle de la mairie, prêt à s'esquiver par une porte de derrière, si le danger deveDQit plus pressant; l'honnête nuire de Chftteau^^ron apparte- Dait i cette classe d'administrateurs dont la fermeté n'égale pas la [vudence, et qui, lorsque l'émeute descend dans la rue, descendent eux-^némes dans leur cave, pour nous serrir de la locution consacrée en pareil cas.

L'adjoint restait également dans l'inaction, m^ par un autre motif; cousin de Toussaint Gilles et presque aussi démocrate que l'aubei^ste lui-même, il favorisait en secret le parti républicain.

D n'entrait pas légalement dans les fonctions du curé Dommartin d'ordonner aux perturbateurs de se disperser ; mais le caractère sacré dont il était revêtu lui donnait une influence morale qui peut-être n'eût pas été inefficace, s'il l'eût mise au service de la tranquillité publique; par malheur en ce moment le curé Dommartin dînait ; et pour que ta gouvernante se permit de le déranger au milieu d'une ocoipation si importante, il aurait fallu que le feu eût pris au'^ quatre coins du bourg.

M. Bobitierse tiouvait donc, ainsi que nous l'avons dit,

M (HDVIKB DS CH. H BIMUAD^

râduit aux seules ressources que lui offraient soa intrégidiU^ DHturellaet aB.e(Jàr6;.l'uiie:et iCautraétaieiitgEaaelA&, iledi vrai, maÎB Biiffiraiicntrdle& pour imposée aux, émeutioB ? C'est ce 'Wnt parut doularje nultiU' dadiAteau; car dëei qu'il fut revens delatsurpriseofi l'avait, jeté la bnisque sortifidu JHge<lepaix,.lL8'élaafa<»iiiw&paa poulie eetanir,, de peur sans dot^ que, dans soa indipution, il>De commit) quelque iiofaaâBiica pluft. propre à aoaroUre le désordU! qu'à le calmer.

La craiutâ da masquls était dïautast mieux fondas que déjà, rappamtioii fihi bouillant vieiUaEd&lii fenâtre amit produit sur laifoule Bmeuté&uaeSet. «MBparable au sMblèvemeid dea vagufia,qufi ^eatdafoMatteeuBOAupd&vEak, imprévu- Si l'altâcathutda la ToixtdB>difiia magi^rat, jointe àJa distanBe„n'ar&it pa» parmiaà seaiuta^tdlatiousmeiBiF çsites d'arrivoc à lauf adrâae, sapaidoiainifi, en revwctie, s'était fait Glaiceiiu«it>oomprendee;mai^ loin de paraltiB; inlùiaidés pac leageates>eitenuiaaleurH que leur prodiguaïli la Iffemier magistral duiC&ntoB, Ifisémeuliersy avaienirâirpondu. par oaépouM&ntaUacsBorat^âs^QeH' dfthuéesât de rugissements, quelquesrUiia mdoiÊ par d«sttamoux> oatt»dernière Eaisoa de: la.popuiUee.

Au momentoà CbAteangiocn. sartaità son tour de la saU» à.maiig^,.le bruit d'eue vitseï oassé», suivie aussitôt d'mti double cri de terreur, lui fit tourner la tête. Une pierrO' ansai grasse qu.'um bisa^a achevaik.d» rouler sur le parquet; madame de Glifttauif^iion,p&lad'^roi,j^aGdattavco inquiétude sa naire'qui^.CBal fois<pllii& épouvaubéei enooK,. venait dft le laistsr tombera deiùmorlâ eni appansace^. eotJ» laabraaduweAmlei,

Héraclius.8e rapproohanifiïdsment del» Eenâtm, ettaut ea, aidant Langenic àt aoutenie la douairière qui semblaitmenacée d'une attaque de Qisâ, sémuse eatte fois, il. s'efforça de rassurer sa femme par les.parDlfls les pbu affec» tutuses..

ut GBimLBOHIIB OAWAMiUt. |fc

— Surtûot ne lae quittez, pas, dit Uathîlâe en lui stiûi* ■aatle braaxOKuae pour s'opposer à:ca<|u'iil tentUdenour TBau de s'éloigner.

— Cette l&cbe criaille te bit dono peorT. demanda la marquis dont le visage exprimait un mélange de dédain, desallicitude et de colère.

— Une peur affreuse I reprit la jeune femme ea se serrant: caBtsB son mari pac un moavemant involontaire j. moi qui auuaais ma mers de fa^Ie&se et qui me ccojwa-diLCOurage t.

— Madame deBonvalotatout à fait perdu eoBnaiEaaaoe>. et pevt^tie . suait-il prudent de la porter dana aa chamlne-,. dit LangeraCj qui, depuis un instant, palpait du beut dû doi^i^avecuna. sorte d'iaipiiétude, aa> joue gauche,, snrlaqudJe Euisseiaienl q^elqpËS gouttes de sang.

— Tu es blessé? lui dit Châteaugiron.

— Meurtri seutemMit, répondit le vicomta'atwe uii»affè(^ tatiOD^'insou£iBiice,que.démeQtait.la p&leur de son.viaage,.

— Estroe. que co pwé t'a aUciot î i«prit H^rncUus^ eU' montrant la pLuTBqiifl.venBitdo. ramasser un des domeali*ques.

— Fort beweusMMBtj cas ù je ne m'ébus. pas-jeté ea KfuA au moment où il abrisé la.fenètra^ madamedeBoa» valot aurait pu être blessée.

En dépit de l'émotion dont.il n'avait pu ae défendre, Langfme alt^ût sùigulièi«nenb la v^té ; d'abord, il n» s'étaitpaa j(^ eu< avant, mata bioa en arrière ; «isBÎte, Tur nique cause doa cinq ou six gouttes de sang ipii' mouchataiflut son vis^e était uu éclat de la vitre bnséepar l&oaillQn^ et a£ffii le oailloa lui-aiéme. Bidèle au-plan de aéduction ipt'll avait organisé cualre le cœur de la riche ab sensUile douûrière^ l'ex-oleva dlavcmé tnMVttiti<tebûnDfl'pfltitique d'exagér» la danger qu'il avaitpu courireide tirer de l'^iatignura la>plus involontaîra le:[wo&t,qu'aurait{iuluira|iporterune bkâttirc aérieusc-f^llsefùt attirée pat un excès de ddiwier

]« (KDTRIS DI CO. D8 BEHIfAM».

Le mensoDge intéressé du vicomte produisit l'effet qu'il en attendait. Madame de Bonv&lot interrompit ses conlor» noDs nerveuses pour ouvrir un œil laDguissant qu'elle fixa sur son soi-disant sauveur avec une expression de tendre gratitude.

— Blessé. .. pour moi I ... milïmura't-eUe en même temps é'uae voix éteinte.

— Ha mère, vous êtes mal ici, allons dans votre appartement, dit madame de Chàteaogiron à qui la manœuvre du vicomte n'avait pas échappé, et qui ne remarqua pas sans défHtla sentimentale crédulité avec laquelle madame de Bonvalot s'y Idssait prendre.

— Oui... Atez-moi d'ici... reprit la douairière, en se renversant de nouveau sur les bras qui la soutenaient ^ par pitié, Atez-moi d'ici... j'y mourrais.

Un second caiÛou non moins gros que le premier entra en ce moment par la fenêtre, effleura les cheveux du vicomte, et après avoir frappé le plafond, retomba sur la table où il fit uo certain dégftt parmi les verres et les a»neUes.

— La place, en effet, n'est plus tenable... pour des femmes, balbutia Langerac qui avait entendu âffier à soa oreille ce nouveau projectile.

Sans dire un mot, le marquis laissa k son ami le soin de veiller sur madame de Bonvalot, et, prenant sa femme par le bras, il l'entraîna rapidement hors de la salle à manger.

Un instant après, la mère et la fille étaient en sûreté dans l'appartement de madame de Chateaugiron qui donnait sur les jardins, et oii l'on n'avait rien à craindre des émeutieiSj à moins que le ch&teau ne fût tout à fmt envahi.

Lorsqu'on eut étendu sur une causeuse madame de Bonva- (ot qui continuait ses soupirSj ses roulements de prunelles et ses soubresauts nerveux, sans que la marquise, habituée à de pareilles scènes, partit fort alarmée, Chflteaugiron, dont la figure colorée et les yeux étincelants trahissaient une co-

Li enrnuBoiaiB campasdaid. 4.1

1ère conteniifl avec peiae^ prit à part la ncomte et lui dit loatbss:

— Je reste ià un instant pour achever de rassurer nia femme ; en attendant que j'iùlle te rejoindre, ordonne au domestiques de tout fermer au rez^e^^haossée , portt» et fenfitres, les volets partout, au besoin, des barricades, car on ne peut [vévoir comment ceci se terminera; mais que pas un d'eux ne se montre dans la cour.

— Tu peux être tranquille, répondit Langerac; k l'air ^aré de ceux qui noas servaient à table, il esLiacile de voir qu'ils sont plus disposés à se cacher dans les greniers ou dans les caves qu'à se montrer dans la cour.

— Lftches comme des laquais I reprit le marquis avec an sourire de mé[ffis; cependant Gemain et Bourguignon font exception, et- l'on peut compter sur eux; à nous quatre nous saurons bien, si cela devient indispensable, rappeler k l'ordre messieurs les patriotes et leur donner une petite leçon.

— Y penses-tu ! s'écria le vicomte d'un ton où perçait l'inquiétude qu'il s'était efforcé de dissimuler jusqu'alors sous une affectation d'héroïque insouciance; quatre contre deux oents

— Allons donc 1 bon pour Pierre, qui est un poltron, d'avoir vn deux cents hommes là où il n'y en a en réalité qu'une soixantaine, mais je œ croyais pas que ton lotion grossit les objets à ce point.

— Ne fusseotrils qu'une soixantaine en effet, ce serait caicore quinze contre un, puisque tu reconnais qu'à part le cocher et le chasseur, il ne faut par compter sur tes domestiques.

— Je conviens que la parUe ne serait pas égale si nous n'avions que des pierres à leur lancer en retour des leursi mais j'ai là d'excdlents fusils de chasse>

— Eh quoi ! faire feu 1

— Parfaitement, si l'on m'y force.

Il- anvui m CHï imw^fora:

^Sooge'donc qu« œ' s»nt lè'owyeinie d gredins de paysans en autant de loups enragés.

— Le-meyen, a6 contraire, ou je-les'OiKHnis-'nnl, de les Tmàn^arrùoatfOBÛe» mouto».

— Cependastt..

— Si'mi' feoiHie' n'étnt'pas ici, faivs» déjl menMfi' ceUfe Cffliailt»-lh'lt)'cnqneje fais deve» menaces.

— Sans doute, s'empressa- dlS'r^KmdfelJ&ngnvc, siiHnSf n'étions qne des hommes an clttteau; je serais le premier à te proposer de faire urne petite sortie' qui^rant cinq mioti^ tes Buraif balayé Ift place. Kftis, le moyen de Mater un piFreil coup de meinraiprésenBe'dfr madame dt €hfitemigiren et de madame de Bonvalot, si ef&ayées dfijï ? Ce serait vouloir les fanwmoHTirdliiquiétudb et de peur.

— Jlê donnerais iO.OOOfr. dé-grand cœnrpoupqo^CBmoment eHes fussent' avec ma petite Pauline bien-tranqoilles dans notre appartement de I^is, ou i kMm, chez mon ' oncle.

— Krîflfeu'l'je<è crois; Gé ramassa de manants- verrait alors beau' jeu, CWtteauginnï en avant'! etLangeracà la' rescousse! itamais les dréiles ne se seraient trouvée à pareille fët«.

— Qnand' je-songc qu'âne de cas frierres' aurait pu bleaserMathildet:..

— Jêcomprendïta-edfire, etl» mienne n'est pasmoin^^ dre; mais enfin puisque la présence de ces dames nous lié" les mains, il finit savoîmouscontenir: f ai fait mes preuves; ainsi j'ai ledftriide te conseiller d'être prudent ; vu les* circonstances, l'expédîentde tes fusil* de chasse me sembte' désastreux.

— Ndusn'y aurons recours qu'à* la dfernièi^ extrémité; mais tu ne prétends pas sans dente que, à l'bn attaque se--* rieusement le château, nous restions tes bras croisé*, à»- )ieu de nous défendre ?

— En ce cas... je conviens... maisalon;»

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LE aBI(TII.BOUIK CiUPiAJUK». M

— Il faut être en mesure à Umpa. Tu. vas dùaa [ff«Kb9 avec toi Germain et Bourgaigoâu. Tous- iaez dans la chuito IweDàestmon arseaaldechasse,A<!âtédalabibIiotbàque, et Touft cliargn»z toust mes fusils,, rasitié ^ petit plomb^ moitié à cttevwtiDes. DépAche-toi : anaot. oinq miauteB i'irai vous- rejpindie.

Ce r^ide dialogue airaît eu lieu sur le seuil de la chaan bre de noadame de Ch&teaugiron; le manipiis y mit fin ea feiauut la porte,, et il revint prèsde sa femme, taodisque Langerac,: un peu plus émuqu'îLn'e&t voulu l'avouer, sa dir^seûtT^s la partie duchfttêau.oÙBeteaaieiit.ordinaire< ment les dOBUStiques.

Au motuenloii la vicomte traversait uncorridor dont lei feoâties. donnaient sur la cour, et qui aboutiasaît au grand escaUer^ une lueur ardenle, semblable à.un commfflicameai d'inoendie, frappa subitement ses yeux, et enin&oe tempa des cris perçants parti» du ve«lâude nureot à. loa ufluveÛft preuve son courage, gaa ^ahlgimipL Ahwmliii d^^

in

EÏCBARPB TBTCOLOKI'

Eft sMlant d* la salle & nuBgeii. tt. Bobilitiir s'était diri^fr yias la^raad^eatudier et L'availdeseenduavoe ose rapidité iasDOyable pour son. flge, déterminé qi^il était iise jeter&corps perdu au milieu de l'émeute; mais au moment d'ouvm la porte qui donnait du. vestibule sur le- pemn d'ban- OMir, une réflexion le retint

— U.faut faire les choses en r^jjle, se dit-il.

Au lieu de sortir, l'inçétueus vieillard tourna. à ganxlie SAH» ralentir le pas, prit un cCHndoF,puisun autre, et aprèspIuàauE&détouTH qutGemblaiei^ ImdtrttaussiifanilicrsqiW'

30 CEUTBB8 DE CH. DB BBBNABD.

retient ceux du sérail au vizir Acomat, il arriva danstmt

grande pièce garnie d'annoires; c'était la lingerie.

Trois ou quatre fcmniea appartenant à la domes'icité du château s'étment réfugiées dans cette chambre #« le com mencement du désordre, et s'y abandonnaient ii la terreur la plus bruyante, comme piaulent d'eS^i les habitantes d'une basse-cour lorsque quelque malfaisant animal cherche à s'y introduire.

Un seul être du sexe masculin t^étsit joint à cette troupe timide; m^ùs sa contenance ne promettmt en aucune manière le belliqueux dévouement qui porte le sultan d'un poulailler à défendre ses compagnes au péril de sa vie. Arrivé depuis quelques instants seulement au château où il venait prendre possession de l'emploi que lui avait fait obtenir la protection du juge de paix, Toinot, car c'était lui, s'était égaré par les corridors qui dans cette partie du bâtiment formaient un dédale inextricable pour quiconque y mettait le pied pour la première fois, et en entendant les vociférations menaçantes qui commençaient à retentir sur la place, il s'était jeté tout effaré dans la première chambre ouverte sur son passage.

La brusque apparition de H. Bobilier, qui entra dans la lingerie avec la vivacité dont étaient empreints ses moindres mouvements, arracha aux soubrettes un cri non moins aigu que si une troupe de Baskirs ou de Kalmoudis eût envahi leur gynécée, après avoir pris le château d'assaut ; mais un second coup d'ceil jeté sur le pétulant vieillard fit reconnaître en lui un ami et dissipa cette panique au moins

Sans accorder la moindre attention au groupe babillard au milieu duquel il venait de pénétrer. M, Bobilier se dirigea en droite ligne vers l'une des armoires et l'ouvrit, il en approcha ensuite une chaise, sur laquelle il monta, et prit sur un des rayons stqt^ieurs deux pièces d'étoffe, l'une rouge et l'autre bleue, qu'il jeta au milieu de la lingerie.

LI fiEHTILHOnH CAHPACnAHB. il

— Catherine, dit-il alors en s'adressant i la'pliu Agée des servantes, ffùtes-moi le plaisir de couper deux aunes de chacune de ces pièces et cousez-les ensembis dans le sens de leur longueur ; surtout dépéchez-vous.

— Encore faut-il le temps, répondit la vieille soubrette d'un air rechigné ; si vous croyez qu'on a le cœur à l'ouvrage au milieu d'une pareille révolution...

— Vous bavarderez demain, interrompit le juge de paix d'un air d'impatience j en ce moment il s'agit ^'exécuter ce que je vous commande. Il n'est pas nécessaire de coudre solidement, ue faites que faufiler ; mus qu'en deux minutes cela soit fini.

— Deux minutes I je voudrais bien vous y voir, réii^qua la servante qui, toujours grondant, finit poiulant p&i t'umer de ses ciseaux et de son aiguille.

H. Bobilier fouilla de nouveau dans l'armoire et en tira cette fois un rouleau de toile jaune qu'il examina im iastautd'un air irrésolu.

— A la rigueur, cela ferait une écharpe tricolore, dl4-il en se parlant & lui-même; et certes les trois couleurs de Ch&teaugiron en valent bien d'autres ; mais dans une coitjoncture si grave, la stricte cdiservation de la loi est indispensable.

Le juge de paix rejeta dans l'armoire le rouleau qui ne pouvait lui senir légnlement, descendit de la chaise, oil il était resté juché jusqu'alors, et, s'ap{»ocÂant d'une grande table placée au milieu de la Imgerie, il y prit au hasard un nuwceau d'étoffe blanche qu'il se mit à déchirer en bandes régulières, aussi lestement qu'eût pu faire le plus adroit comm'j d'un magasin de nouveautés.

— Ah ! mon Dieu I s'écria une des femmes de chambre en se précipitant vers le vieillard pour lui arracher l'objet qu'il destinait à l'honneur de compléter sou écharpe ; que va dire madame t Un de ses plus beaux peignoirs de côif'

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t% (BirvaM DE GH. DK RBRAKD.

^vretsiD^p^^ioîr dont la gamtore seule vadt plus 'de deux

!«enteiAsncs.

— Serais-je enez mcilhenreux pour avoir déchiréun des peignoirs de madame la marquise T demanda H; Bobilier

.finrougifisailtde confiuitui.

— C'e3facentfois.pis,rÉponcKt d'un air haineux la ^vieille Catherine; il appartient à nradame de Bonvalot, et quand file va voir l'état i&ù vous l'avez mis, ça va éit»de belles attaques de nerfs I S'il y a du bon sens! du jacouas magni- Sguei dela-valenciennes à vingt francs le mètre 1

— Il n'y .a ni valenciennes ai jaeanes qui tienn^tt, a'^cna le vieillard, qui reprit brusquement son œuvre au point où U l'avait interrompue; car si les moindres objets appartenant à madame de Chàteaugiron lui semblaient par cela même sacrés, les plus splendides atours de la douaiiière étaient loin de lui în^irer une égale vénération; mieux TBut un peignoir déchiré, ce peignoir eùt-ilco&té 2,000 fr. au lieu de 200, que de voir le feu au château.

— Le feu au château 1 répétèrent deux ou trois voix avec tm accent d'alarme.

— Oui, Hesdemoiséllès , le feu au château; car ces gredins qu'on entend hurler d'id sont capables de tout, et il est plus que temps que je me montre. Ainsi, pour aller plus vite, mettez-\0U3 deux après l'écharpe.

— Et vous croyez que c'est votre écharpe qui tes fera taire? dit la doyenne des soubrettes d'un atr d'impertinente incrédulité.

— S'il s'agissait, Cathanne, de vous faire taire vous- ■nième, j'avoue que je n'aur»s pas grande confiance dans te -pouvoir de mon écharpe ; mais ils ne sont là qu'une centiûne de braillards, et j'aurai certes moins de peine à les féduire au sUence qu'à vous rendre muette pendant un ^uart d'heure.

Catherine fut tentée de jeter au milieu de la chambre l'écharpe à demi cousoej mais elle finit par se résigner i

Aévtaiet son ' dépit .et à achever sa tâche, ^osnte^ciédit du vieux juge de paix était trop solidcanst rétabli au châtMU 'poRrqu'aiicim des domertiques w baeard&t.àtlui d^ràéir.

Taadîs qaeila iieiie'Bemu»tevàlaqiMlle'V«abit'âe.'s'BdjoindreimedesifBmnesde diBmbre,«&ewBit>d'impi>ovia6r l'écbarpe danile jugede piixRTaitbeiotn(M>Hr'se montrer aux peTtwbeteuifi ilsos tonte la majesté de rkorame qui Kpréeenleilftloi, teijardinter-Toiut^ûiit du«iointoù il était resté modestemeot jniqa'riws.

— Honsienr lejngeiie paix, dit-il «a tjnotJe-pied droit en arrière p&r:maùtère<de:réTéreBee,'je Devons ai pas eiicore remercié...

— Ah ! c'est toi, interrompit M. Bidniier ; -voilà qui se ''tradve iMea. A&-tu iàteatBaÂottrl

— Oui, monsieur le juge deprâ(,[Hiisque jedcàstogerui cb&teau, j'ai tqvporté itoutmoBd'onrnimcQt : «at-ce que j'ai mal fait?

— Tu «e fort bien fait, ou contiiûre, réponditle vïeillanl après avoir regardé U caisse et le paquet iqae lui monluait

Jle jaidinier; -et mlà qui je trouve à merveille. Tu vas <aiet^ tonuaiforme.

— Oui, iQonaiear le juge de paix, -dit Teioot un pai ébahi,

— 'Cornaient ! vous voukz maintonaot «qne «e jeune ,hoaiiDe«e dàthid)îUe devant nous 1 s^AttiiBila vieille C^e- .line d'an » laikaaé.

— .U«ei^git pas de «baager de vétaments de ila léte «Dx piei^'ilau^iqu'ilâtesa veste <t qu'il mette son uniforme.

— £t^ pourquoi oa, m<Hieieur le juge de paix, sunsvous .«ommandec, &nt-il que je mette mon uniformeT

— Pow m'aEoompagner sur la place.

— Sur ik ^aee t s'éoria le jardinier en roulant de gm ;eux eiSaiés ; di \ pfHu* ça, que nenni ! j'en viens de la place, et ce,n'fi5tp63^poup y petfâmKr.

o.,GoogIc

14 (BUySBS DZ CH. DB BKHItAftD.

— Pourquoi n'y veux-tu pas retourner T demanda la vieillard d'un ton sévère.

— Pardine, ce n'est pas (lifScile à deviner ; ils sont là nn rassemblement de mauvais sujets qui parlent de tout fracasser ; et moi, dame, je n'u pas envie qu'un me fracasse.

— Il a bien raison, ce pauvre garçon, dit la vieille servante en posant sur la table l'écharpe enfin terminée.

— Catherine, taisez-vous ! s'éma impérieusement le ma-' gistrat, et toi, Toinot, ob& sans répliquer.

— Hais, monsieur le juge de paix, répondit le tambour avec une émotion visible, vous ne savez donc pas qae c'est le capitaine qui est à la tête du tapage?

— Je lésais; après î

— Hais savez-vous aussi ce qu'il m'a pronûs, le capitaine T

— Des coups de poing t

— Ce ne serait rien, quoiqu'il frappe dur quand il s'y met; il m'a promisde me couper les deux oreilles si jamais je me représentais devant lui, et il le ferait comme il l'a dit, voyez-vous bien, monsieur le juge de paix.

Pendant la fln de ce dialogue H. Bobilier avait ceint l'écharpe qui devait lui servir d'égide, et dont une des femmes de chambre venait de réunir les deux bouts par un magnifique nœud à rosette.

— Au nom de la loi, tambour Toinot, dît-il alors en fixant sur le jardinier interdit le regard le plus impératif, je vous requiers de revêtir sur-le-champ votre uniforme ainsi que le reste de votre éqiiipement, et de vous tenir prètàobéirà mes ordres ultérieurs; songez que le moindre délai vous constituerait en état de rébellion.

Ne se rendant pas bien compte de la punition que pourrait lui faire encourir sa désobéissance, Toinot se figura sans doute que ce devait être un châtiment au moins aussi terrible que l'amputation des deux oreilles, car il 6ta sa veste et y substitua son habit militaire sans faire une plut longue résistance ni même articuler un seul nuA.

Il OIKTUHOHItK CAHPAOKAKD. 2S

— ToQ Babre.... ton casque.... ton tambour, reprit le vieillard apaisé par la soumission du jardinier, mais impatienté de sa lenteur.

Toinot exécuta ces différents ordres par une suite de mouvements mécaniques plutôt qu'animés; il était fort pUe et de grosses gouttes de sueur lui humectaient le Iront.

— Pauvre garçon I dit pour la seconde fois la vieille Catherine avec un accent de commisération, U a si peur que cela vous en fût mal. .

— On dirut un mouton qu'on mène à la boucherie, ajouta une autre servante non moins touchée de compassion.

— Un homme qui a um sabre et qui a peur ! s'écria dédaigneusement une jeune femme de chambre plus jolie, et peut-être pour cette rfùson, plus exigeante que ses compagnes ; je le verrais maintenant rapporter à moitié assommé et couvert de sang que je ne m'y intéresserais pas du tout.

— Je voudrus bien vous y voir ! balbutia Toinot d'une voix étranglée.

— H. le juge de paix s'expose autant que vous, et il vous vaut bien, répliqua prestement l'aimable soubrette.

— Il est payé pour ça, grommela Catherine , tandis que si ce pauvre garçon attrape quelque mauvais coup, ce sera pour lui.

— Silence, vieille bavarde ! s'écria M. Bobilier d'un ton courroucé; et toi, drAle, passe devant moi.

La précaution n'était pas superflue, oar la contenance Je l'infortuné jardinier trahissait visiblement son désirdes'esquiver à la première occasion favorable ; nus l'ordre de marche que venait d'adopter le vigilant magistrat rendait toute tentative de désertion impos^le, pour le moment dn moins.

H. Bobilier et Toinot, le premier serrant l'autre de près et le gardant à vue, s'engagèrent dans le' labyrinthe de corlidors qui séparait la lingerie du vestibule. Quelques

:. Cookie

<des femmes de chambre mems «lannées que leurs eompa- {(nes, eachesqui en ectùstant la cariesiïé faisait teire la frayeur, se hasard^ent à les suivre de'loin, mais elles ne tardèrent pas à seiepentir de -cet acte de hardiesse. A leur entrée dans le veetibide, qu'éclûni^ plusieurs feoêlïes flomiant sur lacour, une lueur antreque-ceHedu-ioar frappa -soudain leurs yeux, si vive et n ardente, qu'elles crureat le 'Cbfttean en feu et battirent précipitammeitt en retraite en poussant les cris les plus pergauts qui puissent -sortir du .gosier de femmes époureutfes.

Ainsi que noue l'avous ' dit, île "ncomte de Laniferac, en ce moment même, s'apprêtait k descendre le grand eso*lier; presque aussi émuqae les «oubrettes elles-mêmes, il pressa le pas et se trouva foieutdt «nfaee de H. BobUier, fpà, pour maintenir son acolyte dans la ligne du devoir eu fEBce de ce danger nouveau, venait 'de le saisir énsrgique- -raent au collet.

— Le feu, monsieur, le feu! s'écria le vicomte, quiseml)lait avoir quelque peu oublié son rdle de lion.

— Ëhbien I monsieur, si c'est le feu, on l'éteindra, répondit le jt^ de paix sans'I&cher la buftleterie du tambour.

— -Si c'est le feu, mais tous ne v(iyei donc pas T reprit l^angerac en montrant les feRétres.

— Je vois que ce jacobin de Toussaint Gilles a tenu sa promesse, et que monpauvre arc de triomphe ne sera dans dix minutes qu'un monceau de cendres; mais il me le paiera, le gredin qu'il est 1

— Ainsi vous croyez que ce n'eSt qne l'arc de triom- -phe?...

— Il me semble que c'est 'bien assez; d'ailleurs, il ne "Kent qu'à vous de vous en «ssurer,

A ces mots, M. Bobilier ouvrit d'une main la porte du Tftiijbule, et de l'autre poussa Toinot dehors ; se redressant «lori majestueusement, le chapeau enfoncé sur Voreîlle, le T^ara assuré, le jarret tendu, ilsortit îw-méme.

U. fimBflOHin CAMPMKARD. »

— Qu'-alIeB-¥ous fure? a'écm Langerac en B*8i>riUBt pmdBDuneiU demëre 1« battant de U porte ipà Ataii.TetlÀ tmaé ; car Id souveoir des eatllettx qjà, k deux te[MÎae!^ «rÙBBt failli l'atteicdm, ùfflsît aicot» à see oxeîUes.

— VoB devoir 1 v^tondit Ik Bobilîer oreo une iiitré[ttr dite que dous oserons comparer à l'hérolun» de ft^nloa ntouniaiii à Gaiitlia^.

La pteapMliTe du snniliM qui attendait le général ro^ mtin Aea les enosnin de »a ■ps/bm a'aaaàk en effet rien d> plus effrajact que le spectacle dont venaiont d'èlre fÏBm)àa I«»i/âux dtudigne ja^ de pais a» nnuMiit ahïl avait aim le piedsor le paaoot-

■ IV' oabBuncB a, là. iaû.

Le progruHne. d'émeute anrâté par le capitdne Tcusaajut Gilles et a^nouvé par ses unîa pcditiques, avait; éti luivi jusqu^on avec une ponctoalilé rigoursuse que lea aitisans- de troubles n'nbtieDnenl pas totiyouca de leum afSdéa. Le désordre s'était fait, oapeut le dire, avec ordre.. CtHiTonnéBient à la volonté i^ chef, chaque acte de cft draine avait été }(m& kaaa tour sans eaîambMaent ni confusion, de manière que l'action ne languit jamais et qoft KÏBtériU. suivit ius^u'au bout une progression cootiouellc : lA^nwer lieu, Ifimwguiation du oouvetti ikapeau, easuilekd^ielitJoaida.l'im9 da triooqihe, e^n rembiaaement d». ■as débiiB.

Sms doute, peur la .tourbe âes émeotiera villageoifi, la. dmsMi que nous venons d'établir était imperceptible ; daiu> le tapage pour lequel on le» avait mis m réquisition, ils ne. voyaient qu'une seule chos«, le tapage lui-mftme et toutes. . iMJi^ft toitalw qu'il cooHfkorte ; mais la vaiUaot capitaiae

d.,GoogIc

31 CECVBBS DB CH. DE BKUIAKD.

îoussaint Gilles, mab le savant greffer Vermot, mais l'honorable épicier Laverdua, s'élevant k des considératrou d'un ordre supérieur^ assuraient que <diaque phase du mouvement populaire dont ils s'étaient attribué la airection «vait son intention particulière et renfermait un sens de la plus haute portée.

Ainsi, par exemple, le drapeau dans lequel le vulgaire ne voyait que trois morceaux d'étoffe de différentes couleurs cousus ensemble au bout d'un bâton, et on prétexte pour chantw la Marseillaise, était à leurs yeux une profession de foi, une déclaration de principes, une prodamation solennelle par laquelle l'illustre club de Cbflteaugiron, trop longtemps assoupi sur l'oreiller de la tiédeur politique, a»> DOnçait son réveil à l'univers en général et au boui^ en particulier, urbi êl orbi; réveil de lion qui ne pouvait manquer de causer la plus vive sensation à deux lieues à la roude, et dont l'Indépendant de Soâne-el-Loire, ce grand joumd, ne dédaignerait peut^tre pas d'entretenir ses lecteurs.

Si tel était le sens mystique du drapeau arboré k la cime de l'arbre de ia liberté, quel enseignement redoutable dans l'arc de triomphe coucbé sur la pous^èreT C'était la plus foudroyante des réponses à la plus insensée des provocations, c'était la révolution victorieuse une fois encore de Fancieu régime, c'était le pied du patriote posé sur la goi^ de l'aristocrate, comme aux saints jours de la république ane et indivisible !

Leçon grande et terrible à coup sûr ! Hais aurait-elle été complète â l'arc de triomphe, une fois abattu, e&t laissé quelque» traces de son existence éphémèreT Pour achever une œuvre si glorieusement commencée, n'était-il paf indispensable d'anéantir jusqu'aux moindres vestiges de ce monument servile, et de purifier le sol même qu'il avdt souillé T Ici ressortait clairement la moralité de l'embrasement ordonné par le capitame Toussaint Gilles.

Ainù donc, déclaration de principes, vengeance exena-

d.,GoogIc

LE GENTILBOHHB CAHPAGRABD. 2»

plaire et puiification républicaine, tels étaient les troB points de l'émeute ch&teauglronBise ; jamais sermon n'avait procédé d'une manière plusrégulière et plus méthodique.

La cérémonie tirait à sa &n. Déjà l'arc de triomphe n'était plus qu'un amas informe d'od jaillissaient sans interruption des torrents de flamme et de fumée ; le buis pétillant et craquetant se changeait rapidement en cendres, et laissait à nu la charpente dont le bois se iransformmt lutméme en charbon. *

Des torsades aux couleurs de Cbàteaugiron qui s'enroulaient autour des colonnes, les unes devenaient la proie du feu, tandis que les autres servaient de jouet aux émentiers qui se disputaient leurs lambeaux, et s'en compostent une foule d'ajustements pittoresques, qui une ceinture, qui une écharpe, celuinii un chftle, celui-là un turban.

Autour du brasier un bal s'était formé, oar îl n'est pas de feie complète quand la danse n'en est pas. Au risque d'être roussis par la flamme ou asphyxiés par la fumée, une trentaine d'individus s'étûent pris par la main et exécutaient avec accompagnement de hurlements et en ornant leur danse de gambades extravagantes, la pins simple, et, selon toute apparence, la plus ancienne figure chorégraphique, celle qui consiste à tourner en rond jusqu'à ce que l'haleine manque ou quele jarret fléchisse.

Du haut de l'arbre de la liberté, Picardet, à l'aide d'une de ses larges mains fermées en manière de conque marine, exécutait une fanfare qu'il eût été difficile de noterj mais qu'on aurait pu comparer, sous le double rapport de l'întention et de l'exécution, au ctiant du coq victorieux. Quoique le poste qu'il avaitchoisi fût passablement incommode, le taillandier mettait un amour-propre particulier à s'y mùntenir et à coflserver ainsi une supériorité incontestable sur ses compagnons qu'il dominait de dix mètres au moins.

Au pied du peni^ier sacré, Toussaint Gilles, ootouré de

d.,GoogIc

10 (ErVBEB DE CB. DE BERNABD.

son état-majoT, contemplait, les bras croisés sur la poitriiM et les lèvres entr'ouvertea par un sourire de triomphe, l'œuvre de destruction dans laquelle il pouvait rénlamer la plus belle part, A la lueur de l'arc de triomphe embrasé et an milieu du branle furieux qui avait fini par envelopper d»iâ ses circonvolutions l'arbre de la liberté lui-même, le farouche républicain avait un faux air du roi des anges déduis, présidant, au sabbat, la rtmde infernale.

— Eh bien t citoyens, dit-il tout à coup en s'adressant aux principaux clubistes qui se pressaient autour de Im, qu'en dites-vous? Trouvez-vous que j'aie mené la chose rondement, et la journée vous semble-t-elle bonne 1

— Très-bonne t c'est une justice à vous rendre, répondit le boucher Gautherot sans songer cette fois à contredire, car le prestige qui entoure toujours le succès lui faisait paraître en ce moment Toussaint Gilles haut de dix pieds.

— Oui, sans doute, la journée est bonne, et ces insolents aristocrates viennentde recevoir un fiersouftlet; mais il est temps de s'arrêter, dit le vice-président Laveidun^ dont la physionomie, épanouie jusqu'alors, trahissait depuiâ un instant unecertaine inquiétude.

— Dès que les derniers débris de ce momiment de lâche adulation seront consumés, je lèverai la séance, répondit le capitaine.

— Peut-êlre vaudraiWl mieux la lever tout de smfe,

— Pourquoi çaî

D'un regard aussi expressif que pouvaient le comporter sesgros yeux troubles, Laverdun désigna une dizaine d'individus aus^ mal partagés du cAté de la physiononiie que de celui du costume, qui s'étaient groupés tout contre la. grille et semblaient tenir conseil à voix basse.

— Eh bien 1 q(iQi T dit Toussiùnt Gilles à l'épicier,

— Vous ne voyez (tonc ifas Bancroche etsa cliqueT

— Si fait.

— Alors vous devez rae.cwoïirendrei.

uc GEanLHoioa ciKPiaiiuii. »%

— )e sais bien q^e tous, taot q/i'ih sont, ils ae jouissent pas d'une excellente réputation.

— Dites qu'il a.'; en a pa» uQ paimi eux qm vititméAié dix Eoîs le&travaux, forcés ; etsi j'avai» été du jury l»dttlàète fois que Banorochfl etleprtitLamourMay^ntpaai^ j'aurais p^riu tnoa ncMi ou jn l*s a a ra i a f iii t i eoadanaer. Des maraudfluis, des pUlanii^ éea voteuns, mAk d«- naitbaadita. Ca s'eal pi» im autre qne le petit Lamouantx, qui m!a subtilisa ua pain de sucre pas. plus taid qaa le R»tt passé j et quant fa Bancrocbe, je mettrais ma main au faoc que c'est lui qui nous aeeoaooeté, âiraincbe' dernier, une (ne de toute beauté, que mon épouse s'apprétiH à faire rftticjtoui notre dtser.

— Tieasîvous nuAtez dono 1m oîce & hbrochesaDfreB fave.pwtaavfHsial s'écria CantbMo^ doat la hoae^tw tONckait nu magawn de f épicier; can'est pas gentil.

— Enfin ils ont été acquittés par te JIB7, dit Toussaint' Gmes, etdès lors ils penrent osa tout comme nous de leu» droite dff oiteyen.

— A la bonne heure I mais il y a manière d'en user, r^ prit Laverdun. IVons, par exemple, nous arborons notre drapeau, voilà qui est bien ; nous purgeons le sol de la commune d'une construction qui était un attentat à nos droits, voilà qui est bien; nous en faisans un feu de joie, et nos jemies gens exécutent autour de ce f^u de joie des danses gaies et ranocentea, voilk qui est encore bien, et j^e ne vois pas ce qu'où pourrait y brouver à <^re; mais ces bandits ont bien d'autres projeta.

— Quels projets Tdemanda le gK(6er Venuot.

— Tout à l'heure, sans avoir Taijt de rien, poursuivît l'épicier en baissant la voix, je 01& suïsglissé aujffès d'eux :. Bavez-vous ce qu'ils disent!

— Qu'est-ce qu'ils disest t

Laverdun promena Ita yeux autoar de lui pwir ym ^

d.,GoogIc

■3 (BtmiES DE Cil. DK BEUIARD.

pouvait s'expliquer sans danger^ et il reconnut qu^ o^étùt entouré que d'amis.

— Ils difleat, reprit-il alors d'un ton plua assuré, qu'il tût diablement ckaudj qu'ils meurent de soif, et qu'il doit y avoir de fameux vin dans les caves du ch&teau.

— Tout cela est vrai, dit Gautherot d'un ûr d'approbation &ans réserve; il est sûr et certain que près de ce brasier on étouffe, que rien ne donne soif comme d'av(Hr trop ctiaud, et que s'il n'y a pas de boa vin au chftteau, il n'y en a nulle part.

— Sans doute ; mus savez^ous la conséqnence qu'ils M tirent?

— Comme c'est malin à deviner 1 Ils en tirent la eonséquence que j'en tire moi-même, et que l'ami Picardet en tire aussi là-haut, j'en suis bien sûr, la conséquence qu'il faut buire ; pas vrai, Picardet ? ajouta le boucher en levant le nez vers la cime du peuplier.

— Quoi? répondit le taillandier qui b^ssa la tête et ar« rcmdit sa main derrière son oreille en forme de cornet acouatique.

— N'est-ce pas que tu boirais bien un voie de vin T reprit Gautherot en enflant la voix.

— J'en boirais dix, sacristi I j'en boir^ vingt. Avec votre diable de feu vous m'enfumez comme un jambonj de la fumée de buis encore ! Je pleure comme un veau et il me ' semble avoir dans le gosier un demi-cent d'aiguilles.

— Eh bien 1 descends.

— Non ; ta patrie avant tout. Tant que la cérémonie durera, je resterai à mon poste : mais quand ce sera fini, quelles lampées t

— Vous voyez que Picardet est de mon avis, dit le boucher ii l'épicier, et alors puisqu'il est certain que nous avons soif, pourquoi ceux qui sont là près de la grille n'auraientila pas le droit d'avoir soif aussi? Quelle différence voyervous entre leurs gosiers et les nOtres T

o;,Googlc

LB GBHTILBOmB CAHFAGRARD. M

— La différence n'est pas dans les gosiers, mais dans I» intentions, répondit Laverdun d'un ton grave ; si nous buvons, et nous boirons, car il est sûr qu'il fait aussi chaoct ici qu». dans un four, et je n'ai pas la prétention d'être plus dur à cuire qu'un autre, ajouta-t-il en essuyant la sueur qni lui humectait le iront; si nous buvons, dis-je, nous paierons, tandis que ces gueux-là sont décidés à boire sans payer : voilà la différence.

— Ce n'est toujours pas chez moi qu'ils boiront sans payer, dit Toussaint Gilles avac l'accent bourru d'un aubergiste qui n'a pas l'habitude de désaltérer gratuitement ses pratiques.

— Si ce n'est pas chez vous, ce sera ailleurs.

— Où ça, ailleurs ?

— Au ch&teau, car ils parlent encore d'enfoncer la grille : et une fois entrés, il est à croire qu'ils ne visiteront pas les caves seulement.

■^ Ceci, c'est autre chose, dit Gautherot en hochant la tête : chanter, danser, boire, faire du tapage, vexer les aristocrates, démolir leur arc de triomphe, te brûler au besoin et y allumer sa pipe, j'en suis; mais enfoncer les grilles et mettre au pillage le chftteau, je n'en suis plus.

— Voilà justement ce que je voulais vous dire, reprit l'épicier ; si l'on pille, je n'en suis plus, et comme j'ai quelques raisons de croire que tel est le désir et même le projet de certaines gens, je réitère ma motion de lever la séance plus tôt que plus tûvl.

— Et moi j'appuie la motion, dit Vermot en regardante la dérobée le groupe désigné par Laverdun ; il y a là pla- ^urs individus qui ne sont pas de la commune et qui ont l'air de vrais brigands. Je n'ai pas envie d'accepter la soli* darité lit leurs actes.

— Ni moi non plus, répondit l'épider.

— Uoi pas davantage, ajouta Gautherot,

— Nous gommes tous d'accord, dit Toussaint Gilloi.

d.,Googlc

M CHnrui I» en m BnitAno.

U faut âire^ à la louange du dob de Ëhàteâugiroa, qu'eu fifrmonieiit tous aes membres seirouvaient en » ment d'accord; peui-ëtre avsient-ils poussé le tuati'iQ patriotique ud peu au delà dea limites légalea^ loaift pu va seul d'entre eux n'avaiL jamais eu laptaséed'flnaLtArenle caiaetère tout pràtiqua, en pïHtaot la- moiadre atteinte' à la propriéU du morqai». Par malheiir au. nombre des tapageurs qui avaient répondu à leur appd s« trouvûmtdesigenft moins senqndenB^ à- qui une éneute, pour Mwoomptàte^ senriMtdevoif être une occasioa de proâta ta nwins aotantqu'uBenuiDifëstadoa de. principes! Dureste, c'est là l'histoire de tous les mouvements populaires ; à.cdt4 de l'homme (fù retrousse les manches de sa bldus» pour mieux se battre, il y a presque toujours- Itiomme-qu de sa bi«nae fbit. un sac : le «oteurpcès du héro». Le premier JMir, le héiesfusiUe le' voleur, loraqe'iMefffEnAeuflagcaiit délit; le second, il le laisse faire ; le troisième, iltest tenté de l'imiltt, et ymArétir rimitaiûtr-il en effet lé qnatriàme. Voilà pourquoi il est fort àdéGlnr queles'idusgBMiâeiiéB vi^tiottane dnceot JHoaisque t^oir.jt■BTsau']riâB■ Le ccmîlé direotùr ayant unaniœeaient racfmnnque h meilleur moyen de décMtctrler lespiojete de&amatewB'de pillage étaitde déclarer lajustice du bonsfcitâyenssattsCaite etlaoésémoaie expiatoire tetmii^, Ifl présideiU Toosaainl fiîlles- réclamante sUenoe, et prommoa d'UA»v«x rvteMiksanté une espace tf/teintaMMt patvi^que^iipea'pRSsiaHBrblable à celui que chanta le vorUieaiiiPéticiaaub'EuitetàM le 30^ 1793.

— Peuple> grand poupl*;! en vœifénmtt.eniotitntfgBant, «a hniaiit ebeiLsaocageant, ta aS' usé de toa dtïiit.Btitu. aft ftUtm devoir, cartu.es sage, justle et sublime ;.iDBi8V(Hl& qu'il se fait tard ; ainsi donc, aie la bonté de f en aller.

La harangue de Touseaint Gilles^ deot nous deonens id le sens plutAt que lo' texta littéral, fat loin d!obtesiir te succès qiriÛieii att aBdait;.se3.pMtia«%.iliaATiBi^l'atoaei^

o.,GoogIc

'ODt'paritesii^ïaudiasaaeBte peémUés, et «'écrièrent à il^vî quelle capUtâoB wait nHon, «t qg'Â ^tait ttMnpc dejB

•^Mrer; mskla bande peu Tétve, qei neamnaiwait ^paar ishef-Saacrmbe et >LanioureuK, protesta icontreisette dést-

«ioD par deS'VtKÎfératiiHifi répété».

— Se iBo^e^l-oii ^ iKHisT s^éciia, eniaaplofaitt va verbe beaucoup plus énergique, StaieoKke, fetii homiSB nu^ie-etiKHr, qui juBtifiaititoiiiuimaa plutàt son eàbviqMebpOTlaiwùie de jambee la plus tûetooraée'Mpii ait januiis ai^iporténiu tarse masculin; croitK»i qiKnous nous aeions -égosillés, qne «BUS •atmns'trav^é deB tuas et des >unbes, '^e:Bou£>aaroossaé sang et «au pouroaiiB «n retourner «bacna chez aous le gosier sec I

— Gb serait une dérisicm, ajouta Laaaoureux, ee senit ime abunÙBatiou.

' — PuiaqDe Toussaint Gilles, quia ^st'étre vingt toa- UOMBUX ide vin dans sa eore, n'a pas Ja délicatesse de nous

en offirir waseul verpe^ r^sit Baucroche, Euiratwaotre idée, ■otd^teoBs au obAteaa.

'— Oui, entrons eu cbftteau ; c'est là qu'il tlmt y en avoir

^^on I

— Am ob&teau I et piûsque la grille est fermée, enfoo-

— Au chftteau I répéta Baora'odie d'une voix glissante; c'est iBoà qui invite, et c'est UhUeaugiron q[ui régale.

De SBQvages édats de rire, bientAt changés eo hurle- UBDls, ooGueillirent cette rpisisaxrtaie, et la troupe déguenillée se précipita vers la grille comme se me sur la proie -^''eUe vient d'éue^erawe bande de ohAcalsaSaniés.

"Ge fut en cet instant critique et décisif que M. Bobilier, fevëtu de r^obarpe qu'il venait d'in^roviser, et acconipa- {pié de ToinoL, paf ut sur la ptate-foriBe dn perron.

Sans se laisser émouvoir par l'effrayant tableau qu'ofiraiont en ce moment l'arc de triomphe en feu, la grille escaladée par une dDozaine de banâita, ot la ronde luribonda

o.,GoogIc

lis OBUTRKS Dl CH. Dl BBRKABD.

que continuait d'exécuter autour du brasier une troupe non moins hideuse, disposé&à y jeter quiconque essaierait de la troubler dans son divertissement, le juge de paix traversa la cour d'un pas ferme, foudroyant l'énuute d'un tnl, et de l'mitre surveillant l'infortuné tambour, qui, pAle et défait, marchait i ses cdtés d'aussi bomie grikce qu'un homme qu'on mène pendre.

Jusqu'alors, à part la courte apparition du vieillard à fuQe des fenêtres et les figures effarées de quelques laquais qui s'étaient laissé entrevoir çà et là pour disparaître aussitôt, les habitants du c)i&teau n'avaient donné aucun signe de vie. Les portes et les fenêtres durez-deKJiaussée venaient d'être fermées â la h6te ; mais rien ne semblait indiquer qu'à l'ultérieur on prépar&t une résistance sérieuse. Ce dlence, cette grande cour déserte, cette terreur devinée, eette résignation, pour unsi dire, à des excès imminents, tout contribuait à enhardir les perturbateurs et à exalter leur audace naturelle jusqu'à la témérité la plus aveugle.

Toutefois, et quoique l'émeute à son paroxysme ressemblât en ce moment à un fleuve débordé contre lequel toutes les digues sont devenues impuissantes, l'entrée en scène de H. Bobilier produisit une sensation pour ainsi dire électrique. A l'aspect de ce petit vieillard, en lui-même aussi peu imposant que peu redoutable, et revêtu pour toute armure d'une écharpe ^colore passée sur un habit noir, il se fit subitement un silence d'autant plus frappant qu'il contrastait davantage avec l'étourdissant vacarme qui avait régné jusqu'alors.

Bancroche et sa troupe s'arrêtèrent au milieu de leur escalade, et restèrent suspendus à la grille, dont plusieurs avaient déjà atteint le sommet ; quelques-uns même se laissèrent glisser rapidement à terre. Les danseurs interrompirent à 1% fois leur chant et leur ronde. Par un mouvement madunal, les principaux clubistes se rapprochèrent de leur président, comme è la vue d'un milan une couvée de poo-

U OBNTILBOHHB CAHPAGNABD. »*

lets se serre contre sa mère ; enfin, h la cime de l'aAre de la liberté, Picardet, non moins effarouché, mit fin à sa fanfare et fit un mouvement pour descendre ; mfûs la vanité dont il était surabondamment pourvu triompha de cette faiblesse, et il resta, un peu ému il est vrm, au poste glorieux qu'il s'était choisi.

H. Bobilier traversa la cour en ligne droite, d'un air aussi résolu que sî, à la place d'un chétif jouvenceau àdemi owrt de peur, il eût eu à ses ordres le plus solide escadron de la garde municipale parisienne. A six pas de la grille, il s'arrêta. Se redressant alors de toute la hauteur de sa petite taille, et fixant sur l'attroupement séditieux, un regard comparable à celui dont Neptime foudroya les fils d'Eole déchaînés contre la fiotte troyenne, il ordonna au tambour de battre un ban.

Toinot obéit ; mais la frayeur avait tellement paralysé ses moyens, qu'au lieu du roulement perlé qu'il exécutait d'onUuaire en pareil cas, il ne parvint à tirer de sa caisse qu'un chevrotement c<Hifus.

Au bout de quelques secondes/H. Bobilier lui imposa silence par un geste majestueux, et d'une voix dont la fermeté compensait la pusillanime batterie du tambour, il prononça la sommation sacramentelle détenninée par la loi de 4791 :

a Obéissance à la loi; on va faire mage de la force; que les bons citoyens se retirent I »

us CLGBISTES ET LES PILLARDS.

Des fenêtres de l'auberge du Cheval-Patriote, deux hommes assistaient à la scène que nous racontons ; l'un était M. de Boisjoly, l'autre l'avocat Froidevaux.

$t oBcnu DB ca. n MaHun

Le froat appuyé contre une vHie, le ooiueiHer d» pr^ fecture semblait exuoiner tf tentivemeot lea progrès dn t»maKe; mms en réalité, sa pensée était aUeurs. i^ foudroyante apostrophe de son anciea ami PidwA, en ce moment viannte de Langerac, retentissait encore b soa oreille : a Souvenez-vous du portefenilte bleu que le due de Qiérlzftc onMiait que^qoefois eut son bureau. *

En voyant un secret dont la révélation poavait le perdra à la merci d'un homme qu'il avait eu l'imprudence de provoquer, H. de Botsjoly, en dépit de son assorance, sentait une suem' froide humecter la racine de ses cheveux, et ses yeux, vaguement fixés sur les flammes qui jailtissaient de l'arc de triomphe, avaient une expressifHi hagarde comme slls eussent aperçu dans leur touH)illon quelque fastOine vengeur.

Tandis que le conseiller de préfecture s'abandonnut ainsi aux sombres méditations qu'enfante «ne conscience troo- Mée, son vtiisin de chamlve, «» revandie, se berçait tout éveillé dans les rêves les plus riants que puisse faire uq eœur amoureux.

' En attendant l'henre où il pourrait, sans manquer aux bienséances, se présenter à la fwge, Froidevaux, complètement babillé, s'était mis à- la fenêtre^ et il regardait l'émeute en pensant à Victorine. Peu à peu cependant le caractère de [dus en plus audarâeux et violent de la scène qui se déroulait sous ses yeux absorba swi alte()tt(Hi tout entière.

Ainsi qu'on a pu le voir, le jeune avocat n'aimait guère plus le marquis de Châteaugiron qu'il n'aimait le baron de Vaudrey; jaloux de l'oncle, il nourrissait contre le neveu un de oes sentiments rancuniers dont ne se préservent pas toujours les caractères les plus généreux, lorsque quelque manque d'égards a éveillé leur susceptibilité. L'ancien étudiant à la Faculté de droit de Dijon n'avait pas encore oublié l'indifféraice hautaine que lai avait témoignée son

LK GKNIILHOHHB CAHPUNUS. ••

DsUe coofi§e^ pendant toute i* durée de leurs étud«s, et UBS lai souhaiter Mtcvne eaJamitâ séneuse, il n'eût pas été fikefeé de Toir buniilier cette réserve ua peu dédugnense qui lui «emUait, fa lui pauvre et obson. mie mopgne iaïupportaUe,

A la vue du atoovetaent pc^ulaire oi^wisé par le dub da Cbftteaugiron, Froidevanx, qui crut d'abord qu'il ne s'agissaU que d'un gtiiq>le charivari, donna en hii-ooèine aux tapageurs l'apiwobation la plus oemplëte.

— G'eat bien fait, se dit-il;, ia ridicule ovatio» d'hier méritait bien ce petit correctif.

Hais quand U vit ie charivari tourner à l'émeute, k àA- Bolition de l'arc de triomphe «joeéder à l'înaugurMion du drapeau, les pierres se joindre aux cris, et la ftamme co*ronner de «es panaches nnstres cette scène de plus en plus désordooBée, le jeune avocat ne put s'empécber de trouver <^'à son tour le correctif méritait une correction ; toutefois il ne bougea pas.

— Ceci, peosft-t-il, est une affaire particulière entre 11. le marquis de Chàteaugiitm et le citoyen Toussaint Gilles. Pourquoi m'en mêlerais-je? Que l'aristocratie et la démocratie se gourment ou s'embrassent, que m'importe 7

Froidevaux resta donc tranquillement à la fenêtre, fort décidé à ne pas sortir de sw nUe de ^et^atenr, et, selon toute apparence, il eût persisté jusqu'au bout duis cette neutralité, si la désiarche imprévue de H. Bobilier ne lui eût fait subitement changer de résolutioa. Craignant que le vieillard, dont il connaissait le tempérament irritable, pour ne pas dire la téméraire vivacité, ne courût quelque danger au milieu d'une populace déchaînée, il quitta aussitôt son poste d'observation, descendit l'escalier en quelques enjambées, et se dirigea précipitamment vers le château.

L'appréhension du jeune avocat n'était pas dénuée de fondement

M. Bobilier, par sa coatfinance assurée, sa niarche la-

;,Googlc

10 OEOTSES DE GB. DE BBBIfAKD.

pide et silencieusej surtout grAce à l'écharpe officielle d<»it il s'était revétUi avait d'abord porté parmi les émeutîeis l'Eâpëce de double que cause à une bande turbulente d'ecoliers en jaquette l'aspect de leur pédagogui; armé de sa férule; mais à peine eut-il prononcé sa soaunation, le prestige s'évanouit. En menaçant l'attroupement d'employer la force, le vieux magistrat s'était strictement conformé aux prescriptions de la loi, sans réfléchir que les mêmes paroles peuvent devenir, selon la circonstance, imposantes ou ridicules, et que telle injonction, à laquelle personne n'oserait désobéir, pour peu qu'elle fût soutenue par une batterie de canons ou par un escadron de cavalerie, perd nécessairement la plus grande partie de son autorité, lorsqu'elle est privée de son appui.

Or, la seule force militaire qu'eM à sa disposition le bouillant juge de paix consistait dans le tambour Toinot qui, comme ce capitaine Pîcart dont les caricatures du temps de la Fronde nous ont transmis le portrait, composait en ce moment à lui seul toute sa compagnie.

Entre une menace si haute et des moyens d'exécution si petits, il y avait un contrasta qui ne pouvtut manquer de compromettre le succès de la démarche si hardiment tentée par le vieux juge de paix.

— Vous êtes prévenus qu'on va faire usage de la force, s'éma Bancroche en achevant de passer une de ses jambes par-dessus l'un des montants de la grille pour s'asseoir à califourchon; c'est ça qui sera curieux ; suivez le monde I prenez vos billets ! Qui veut ma place pour cinq sousT

— Hé 1 Toinot, cria de son côté Lamoureux, c'est-il loi qu'est la force, par hasard I. Faut donc que ça te soit venu depuis peu, car la dernière fois que j'ai battu la générale sur ton dos, à la fâte de Rancenay, t'étais pas fort du tout.

A cette apostrophe qui lui rappelait de poignants souvenirs, le tambour 'eta sur le juge de paix un regard effaré.

LE GEnrrurDiniE CAHPAGnAHD.' ts

qui n'obtint pour réponse que ces trois mots prononcéBd'tm ton bref :

— Un second roulement !

Malgré sa frayeur, Toinot essaya de nouveau d'obéir; mais des clameurs confuses, parmi lesquelles dominait la voix menaçante de Toussaint Gilles, couvrirent aussitôt !e son de sa caisse.

— A bas le tambour ! mugissmt le capit^e ; à bas les suppôts de l'aristocratie ! Nous sommes tous de bons citoyens... pas un de nous ne se retirera... nos intentions sont pures... nous sommes sur le terrain de la commune... nous n'avons d'ordre à recevoir de personne... à bas le tambour!

— A bas le tambour î répétèrent un grand nombre de voix.

— A bas le juge de paix ! s'écria le greffier Vermot qui, craignant son supérieur presque autant qu'il le haïssait, eut soin, en lui adressant cette insulte, de se cacher derrière les lai^s épaules de Toussaint Gilles, comme Teucer, fils de Télamon, s'abritait sous le vaste bouclier de son frère Ajax, pour décocher aux Troyens ses flèches meurtrières, sans s'exposer à être atteint lui-même.

— A bas le juge de paix ! répétèrent docilement les mêmes voix ; à bas le juge de paix et à bas le tambour !

— S'ils ne nous fichent pas la paix tous les deux prompement, je leur casse la margoulette, dit Lamoureux en

montrant au greffier, près duquel il se trouvait en ce moment, un caillou qu'il venait de ramasser.

— Toi ! tu n'oserais pas, répondit Vermot du ton qu'il crut le plus propre à piquer l'amour-propre du bandit.

— Ah! je n'oserais. pas!... Eh bieni vous allez voir, equel voul«z-vous que je vise î

— Si tu dvais à choisir entre un lièvre et un moineau, lequel viseriùs-tuT reprit sournoisement le greffier.

— Cette demande I je tirerais sur le lièvre.

ti fleVVKBB BB CB- DB 8EXKA1I».

— Oui, msîs le jug;e àe paix n'est pas on bèvm.

— C'est-à- dire que si on le mettait en civet il ne ki^ pas aussi bon k manger ; mais, à part ça, je n'ai pas fdiu peu" de lui que de l'autre, et vous allai le voir.

Moitié ranfaronoade, moitié instioct malftûsant, Lamoareux ajusta H. Bobilier et lui lança la pierre d«it il étwt armé; mais, quelque divinité propice au ma^TEtrat et boatSe an tambour la détourna sans doute en chemin, car, au lieu d'atteindre le vieiliard, elle frappa T(Maot en pleine poitrine.

— MoQsienr Bobilier... je suis mort 1 s'écria le malfaeoreuTC jardinier en se laissapt tomber à la renverse.

— Ce n'est rie», poltron! répondit le magistrat, qui, d'une voix haute et ferme, adressa ensuite pour la seconde fois aux émeutiers la sommation légale :

Obéissance à la loi; on va faire usage de la force ; que iet bont citoyens se retirent I

Le premier coup avait été porté, et l'on s^t qu'en pareH cas il est décisif; trois ou quatre pavés hmcés par les (onis de Bancroche répondireirt à l'injonction conHuinatoire da Juge de paix, qui, cette fois encore, ne fut pas atteint, maÎG l'on d'eux retentit avec brait sur le casque de Toinot, teojours étendu sur le carreau. La Frayent qaî avait renversé le tambour le remit sur pied non moins lestement : sans prendre le temps de ramasser son casque qui était tombé, tandis que lui-même il se relevait, H tourna honteusement le dos à l'ennemi, et reprit à toutes jambes le cfaemm du cMteau. Un instant après on le vit détacher sa caisse qm k gênait pour courir et l'^andtmner an milieu de la cour, reliciâ non bmèpamnlâ, comme Horace jeta van boudler à Phîlippes.

Un concert de huées et une gr^le de piètres saluèrent la déroute du tambour; en même temps la serrure de la grSle céda aux efforts redoublés de ceux qui depuis quelque temps s'efforçaient de la briser, et la porte, rabitement enfoncée, livra passage aux émeutiers, qui se précii»tèrent dant la

o;,Googlc

U fiKNTIUIOlDIB CAMFÀGNUB. tt

ognr, eoatme déborde un torrent quand as digue ed roitf pue.

Au lieu de battre en letrfùte, ainû qu'à sa pbce plus d'un homme courageux l'aursit fgit, saos eroÎK pour cela oomntettre un acte de faiblesse, H. Bobilier se jeta iotrépidctnent au miieu des eavahiaseurg, et saisit au collet le jKerater qui lui tcunba sous la main ; ce fut Bancroche ; car, en voyant sauter la serrure, le bandit, pour ne pas céder à ses compagnons la gloire de pénétrer avant lui dans U c<Mir, s'y était élancé bardiiaent du haut de la grille, au risque de se rompre le cou.

— Au Maadela loi*, je t'arrôtel lui dillejuge de paix, et je raqwers tous les hom citoyens de nae prêter main» forte.

Aucun des assistaïUs ne pacut supposa qu'une réquisiliea f(ttm«lée eu pareils termespût le coneerner personnellement ; quelques-uns même, bien loin d'y obtempérerr ^taebèrent au vieillard son prisfwni».

— Il ne s'agit pas de nous amuser aux b^atelles de la porte, s'écria Bfuicroehe, dès qu'il se vit en liberté, qui a soif me suive 1

A ces mots, il r^nassa le casque de Toinot, s'en coiffa victorieusement.

Le cri d'armes de Bancrocbe avait ndlié la tnwpe dégnemllée, qui, sur ses pas, se précipita en hurlant vers le diàteau. Plus leste que ses compagnwis, Lamoureux s'empaca du tambour abandonné au milieu de la cour et redoubla l'ardeur générale en battant b charge.

Tandis que ces enfants perdus de l'émeute s'aventwaient ^nsi h la quâte d'une proie, une certaine hésitation con^ mencait à se manifester parmi les citoyens qui n'avaient cherché dans les faits accomplis jusqu'alors qu'une occasion de déployer leurs sentiments patriotiques.

— Capitaine, je vous répète que ça se g&te, dit l'épicier Leverdun en boxant la tâte.

d.,GoogIc

44 (BUTRBS DE CH. DR BERNADD.

— Bah ! répondit Toussaint Gilles, il faut les laisser s'v muser.

— Quand ils forceraient le marquis à leur lUctier quel ques bouteilles de vin, oii serait le malt ajouta le boucher.

— Le mal ne serait pas grand, sans doute, s'ils en restmeut là, reprit l'épicier; mais qui vous dit qu'après avoir bu le vin du marquis, il ne leur [vendra p&s fantaisie de venir boire le n6tre 1

— Pas le mien, toujours, répliqua Gautherot ; j'achète mon vin au litre chez notre préadent, et aussitôt arrivé, aussitôt bu. Amsi je les défie bien...

— Voilà comme vous êtes, interrompit Laverdun ; pourvu qu'(Mi ne pille pas chez vous, peu voua importe qu'on pille chez les autres.

— Dites donc tout de suite que vous avez peur pour votre eau-de-vie et pour votre sucre, reprit le boucher en ricanaut,

~- Il me semble que j'en ai le droit, répondit soIenneU&ment l'épicier.

— Il est sûr qu'avec ce qu'il y a dans votre boutique on ferait un fameux punch.

— Mon magasin n'est pas un café ; d'ailleurs, je ne vous empêche pas de donner gratis à ces coquins de la bande de Bancroche vos pieds de veau et vos côtelettes de mouton; mais pour ce qui rtie concerne, je ne me soucie nullement qu'ils mettent mes denrées au pillage. Or, je dis que si on les laisse commencer, il n'y a pas de raison pour qu'ils finissent.

— Il y a du vrai dans ce que vois dîtes là, citoyen Laverdun, dit Toussaint Gilles ; d'un autre côté,il serait désagréable qu'un si beau jour fût souillé par les excès de quelque» mauvais garnements.

— Dites des voleurs, c'est leur vrai nom.

— Gela pourrait dénaturer le caractère de notre manifestation politique...

d.,GoogIc

LB GEKTILHOHHE CAHPAGnARD. 41

— Et nous faire donner sur les doigts, car enfin, c'est nous qui avons mis la cloche en branle, et qui sait si l'on ne {ffétendra pas nousrendre responsables...

— Vous avez raison, citoyen Laverdun, interrompit le capitaine, il faut les arrêter avant qu'ils aient fait quelque sottise. Venez avec moi.

Ce colloque avait lieu près de l'arbre de la liberté où les clubistes étaient restés réunis, tandis que la plupart des émeutiers subalternes faisaient irruption dans le château. En voyant Toussaint Gilles se diriger vers la grille, le prudent épicier le retint par le bras.

— Faites attention, lui dit-il, qu'ils ont brisé la serrure et enfoncé la porte, en sorte que tous ceux qui entreront en ce moment dans la cour seront censés complices, et pourront bien se mettre une méchante affaire sur les bras.

— Croyez-vous T demanda Gautherot d'un air perplexe; pour moi je distribuerai des taloches tant qu'on voudra, sauf à en recevoir à mon tour ; mais je ne veux pas de procès.

— Je suis sur de ce que je dis, reprit Ldiverâun, c'est ce que le citoyen Vermot appelle une violation de domicile.

— Le greffier va nous expliquer (a, dit le capitaine ; — Vermot 1

Personne ne répondit.

— Vermot 1 répétèrent à la fois Gautherot et Laverdun. Hais en vain renouvelèrent-ils cet appel en regardant tout autour d'eux, le greffier était devenu invisible.

— C'est lui qui a soufllé le feu, dit Laverdun avec un rire amer, et maintenant qu'il le voit allumé, il a peur de s'y brûler les doigts, et nous plante là comme un jésuite qu'il est.

A part la qualification de jésuite, dont la justesse pouvait paraître contestable , t'honnéte épicier n'avançait rien qui ne fût conforme à la vérité.

Si dans toutes les révolutions se retrouvent inévitable-

40 WimtES Dl CH. DE BERNARD.

ment ces individus qui ont reçu le nom caractéristirpje d'hommes du lendemain, il s'en rencontre aussi, en re- Tatiche, k qui conviendrait non moins bien cetni d'Nonmies de la veille; Ils conseillent, ils suggèrent, ils provoquent^ mais ils laisent i d'au&es le soin d'exécuter. Vermot appartenait à cette classe prudente. Au moment où la grfflg avait été enfoncée, il s'était glissé k travers la foule, comme rampe sous l'herbe on serpent, et av«t lestement dispara sans que personne eût pu dire par où il avait passé.

— Le greffier n'est pas capable de noos jouer on par^ tour, dit le contradicteur Gantherot; s'il n'est pas ici, c'est qu'il est entré avec les autres.

— H faut nous en assurer, répondît Toussaint Gilles, qui de nouveau se dirigea vers l'entrée du chAteau.

Les autres clubistes l'accompagnèrent, et ïe vice-prési* dent Laverdun lui-même finit par suivre Iftur cxemjJe.

A quelques pas en arrière de la grille, M. Bobilier, lat^ nue, la perruque de travers, les vêtements en désonfre, l'écharpe déchirée, mais plus intrépide que jamais, se t^ Hait immobile, un crayon d'une main et de l'autre mi petit portefeuille sur lequel il griffonnât avec une fureur 6Seacieuse.

— Voilà le juge de paix qui nous sert un plat de aoù métier, dit Laverdun au capitaine de pomjMers; peut-être ferions-nous bien de lui parler.

— Que voulez-vous lui dire à ce vieux cfaouan^à î répondit Toussaint Gilles d'un ton bourru qui laissait percer quelque irrésolution.

D'un commun accord, tous les clubistes s'arrêtèrent et parurent se consulter.

— Entrez, messieurs, entrez donc, leur cria M. Bobriier avec un rire sardonique, il ne faut pas reculer en si beau chemin; maintenant vous avez A^ndû le Rubicon, et il ne ■vous en coûtera pas plus de pousser votre peUte plaisanterie jusqu'au bout.

U «ENTILBOHIIE UHPÀfiNlBD. 4f

— Quel âiable de nom donne-t-U à la fpriUeT dit àPunde «es voisins le boucber Gautherot, qui, comme on a pu le voir, n'ftvaît pas fait de l'hi^ire romaine le principal objet ie. ses études.

— Bonjour, monsieur Toussaint Gilles... Votre serviteur, monsieur Laverdun... J'ai bien l'honneur de vous saluer, monsieur Gautherot... poursuivit le juge de paix en inscrivant sur sou ciileiMn, à mesure qu'il les prcniiHiçut, les noms des chefs de l'émeute. Hais qu'est devwu moa hon^ nble greffier, H. Vermot? U me semblait l'avcni aperou. He serais-je trompé t Je le souhaite pour lui.

— Monsieur le juge de paix, quel grimoire écrivez-vous làT dit Gautherot en s'approchant d'un air inquiet; j'espèn que tout ceci s'arrangera sans qu'on barbouille du papier

' timbré.

~ Ah [ vous espérez cela, monsieur Gautherot, répondit le vieux magistrat sans discontinuer d'écrire les noms da «eux qu'il reconnaissait dans le groupe formé autour de lui ; ah I voua aurez brisé, brûlé, Itmcé des pierres, enfoooi des portes ; vous aurez commis une violation de doaûciki, TOUS vous serex mis ea rébellion ouvnie contre l'&utocité publique, et vous croyez que cela passera sans qu'on neir- ■cisse du papier tiinlffé I Vous vous trompez, messieurs. Oa ea Dcurcira, c'est moi qui vous le jure ; oui, on en noirciBa,

En achevant ces mot«, le juge de paix joignît faction à la parole avec tant de vivacité, qu'il écrasa sur ia feuille da «alepin la pointe de son crayon.

Depuis qu'ils se voyaient délxu'dés par la bande de Bancroche, les chefs de l'émeute paraissaient avoir perdu uœ partie de leur énei^ ; M. B(â>iber, au contraire, semblait redoubler de fermeté à mesure qu'augmentait le désordre.

— Continuez votre cheoùn, mes^urs, poursuivit-il d'ua tàs de menaçante ironie, que je ne vous retienne pus ; vous savez que les trois sommations ont été faites légalement, «t que TOUS êtes tous dès à présent passibles d'un emprisoo-

4C (BimtBS DE CH. DE BIHMAM.

Dément d'un an ; c'est une misère, je le sais, mais comme plusieurs d'entre vous peuvent en toute justice réclamer le titre de chefs et de provocateurs de l'attroupement, on tftcbera de leur obtenir une petite distinction.

— Une distinction, monùenr le juge de paix 1 dit Laverdun avec un redoublement d'inquiétude.

— Deux ans de prison au lieu d'un, ça leur est bien dû.

— Honaeur le juge de pais , reprit l'épicier de plus en plus déconcerté, vous remarquerez que ce n'est pas nous qui avons enfoncé la grille, et que ce n'est pas notre faute n on tas de mauvais sujets...

— Vous vous expliquerez devant le tribunal, répondît d'un ton sec le vieux magistrat. Eb quoi I poursuivit-il en tournant brusquement la tête vers un nouveau personnage qui venait de fendre la foule pour s'appiocher de lui, en croirai-je mes yeux T vous, Froidevaux, au nombre des perturbateurs de l'ordre public T Tu quoqut, Brute!

— Monsieur le juge de paix, répondit le jeune avocat, toin de songer à troubler l'ordre public, je viens, au contraire, vous aider à le rétablir. Disposez de moi.

Avant que H. Bobilier eût pu répondre à cette offre de service, des cris confus partirent du vestibule oii Bancroche et ses compagnons avaient audacieusement pénéu-é un moment auparavant ; presque aussitôt la bande déguenillée descendit les marches du perron plus rapidement encore qu'elle ne les avait montées, et prit la fuite dans toutes lea dfarectious.

La cAuse de cette déroute soudaine ne tarda pas à être expliquée.

Le marquis, Langerac, GermEÙn et Bourguignon, armés tous quatre de fusils, de pistolets et de couteaux de chasse, débouchtrent subitement du vestibule et se rangèrent sur la plate-fonne du perron, prêts à faire feu au premier ùgnaL

d.,GoogIc

U ORSTOBOIIHE GAUPÀGHilD.

ONG INTBRVBimON PACIFIQUE.

La belliqueuse démonstration du marquis et de ses cfflti» pagnons, qui avait suffi pour mettre en fuite la bande d« Bancroche, porta également le trouble parmi le reste des émeutiers; H. Bobilier au contraire poussa un cri de triomphe à la vue de ce renfort inespéré.

— A moi I monsieur le marquis, à moi ! s'écria-t-il en se dressant sur la pointe des pieds et en agitant en l'air les deux mains.

A ces mots, le juge de paix parcourut des yeux le groupe dont il était entouré, comme faitj ditron^ le tigre, lorsque tombant à l'improviste sur une troupe d'Indous, il choisit le plus gras poursa proie; reconnaissant que le personnage le plus important de la bande était le capitaine Toussaint GiHes. que tant de griefs d'ailleurs recommandaient à sa vengeance, il le saisît résol&ment au collet.

— Vous êtes l'auteur du trouble et le chef de l'attroupement, lui dit-il d'une voix éclatante j au nom de la loi, je vous arrête- Le président du club patriotique s'attendait si peu à ce

trait d'énergie, que pendant un instant il demeura immobile, et pour ainsi dire pétrifié ; mus bientdt il sortit de sa stupeur, et étreignant de ses larges mains les maigres poignets du juge de paix :

- Monsieur Bobilier, lui dit il, si ce n'était votre flge, je vous casserais sur mon genou comme un morceau d« bois sec.

— Force à la loi I répliqua le magistrat sans Ucher prise ; Froidevaux, je vous reqiûers de me prêter nutin-fort&

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M (BOVUS BB CM- SB WUUSB.

— Je VOUS dis que si vous ne me laissez pas tranquille -ça finira mal, reprit l'aubergiste en secouant brutalement .e juge de paix.

— Toussaint Gilles, n'êtes-vous pas honteuxî s'écri» Froidevaux qui, d'une main vigoureuse, dégagea le vieillard de cette rude étreinte.

Plusieurs des partisans de Toussaint Gilles virent dans le tDOBvemeiri du jeune avocat une agression décidée, et ils Inlervinrent à leur tour pom- ta repousser. Il s'ensuivit une scène de confusion, perâlant laquelle Froidevaux, tout ea maintenant éner^uement son teirain contre les perturbateurs, s'ellorça de décider à la retraite le juge de paix •qu'il couvrait de son cc»p8.

— Je vous en prie, H. BolHiier, hd ditri! à ptaàenrs reprises, rentrez au château, et laissez>moi leur faire eateodre ràson.

— Je ne romprai pas d'une semelle devant ces coquins, répondit le juge de paix, dont la figure crochue flamboyait <le colère ; ib n'«nt qu'un moyen de me faire céder, c'est de me tuer sur la place.

En voyant la situation critique où se trouvait le vieillard, €bateaugiron descendit précipitamment les marches du j;ierron, après avoir dit à ses compagnons de le suivre.

— Y penses-tuî s'écria Langerac d'une voix émue, ■quitter cette portion, c'est perdre l'avantage que nous donnent nos armes.

— En avant ! dît Héraclius suis s'arrêter à cette observatiCHi ; il ne sera pas dit qu'en ma présence on ait outragé impunément un vieillard qui a vu naître woo père.

Au moment où le marquia, suivi de Germain et de Bouiv pignon, s'éiaaçfflt hardiment sur la troupe des éofeutiecs, Froidevaux, désespérant de faire entendre raison au jage de fnx, aoa moms entêté que vaillant, le pit par le bras et l'entraîna de vive fwce <Ui cdté ducIiAleAu.

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Ll «EiniLBIHna CAHPAGHlm». M

A mi-cbenia ils reocootrËsent Ch&teaugiroB, qui avait qaelques pas d'avance sur ses compagnons.

— MtHisetv, lui dit Froidevain, je ne pense pasque vous ayei l'intention de faire feu sur des honuaes sans armes, et de répondre à dea crû par des balles.

— Monsieur, répondit le marquis, ces hommes sans ames ont leurs poches pleines de petits couteaux qui coupent parfaitement bien ; en voici la preuve, ajouta-t-il en montrent sa ntain gauche qu'entourât un maucboir taché de sang.

— Ces gredins vous ont blessé T s'écria M. BohiHer d'une Toix à peine distincte ; car ta vepidité de la coarse que venait de lui faire faire l'avocat lui avait coupé la re^iratioD.

— Ce n'est qu'une égratignure, tout à l'heure... dans Ifi vestibule., on petit honime noir i jambes torses h qui je venais de faire descendre l'escalier un peu bniaqueuieQt..t

— C'est ce so^rat de Bancrocbe, reprit le juge de paix.

— Le drAle est bien nonmé, d'soUeurs il sera facile de le recoonaltre ; car, quoiqu'il ait un casque, il doit porter sur fiCHi visage les marques de la crosse de mon funl.

— Ce n'est pas de la crosse, c'est du canon qu'il fallait voas servir contre un pareil misérable, s'écria le vîeiUarâ avec indignation.

— Mon cher mooaienr Bobtlia, dit Froidevauz, tuer un homme, fùt-il nn coquin comme Baoorocbe, n'est pas lo BMyen de rétablir l'<ffdre,

— Point de quartier pour de pareils l»igands, reprit le moins pacifique de tous les juges de paix du royaume; monsieur le marquis veuillez oublier un instant votre rang €t m'obéir coame su représentant de la lot ; placez-vouf derrière OMi, aesi que vos gens, l'arme baide. Je vais faire iBie dernière somniaiioa, et si les gredins n'évacuent pas la cour sur-le^hamp, si la momdre pierre noua est eocor» lancée... Comment sont chargés vos luûlsl

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— Un coup h chevrotines et l'autre à petit plomb, répMi ' dît le chasseur.

— Bon I S'ils avaient été chargés à balles, j'aurais peut être eu la faiblesse de vous dire de tirer en l'air, mais quek ques grains de plomb ne tueront personne et donneront & ces bandits la leçon dont ils ont besoin; à la première {nerre donc, et dès que je vous en aurai donné l'ordre, fea sérieux comme sur une bande de loups I

Tandis que H. Bobilier faisait quelques pas en avant pour mieux faire entendre sa sommation, Froidevaux dit au marquis :

— Notre digne juge de paix aurait fait à coup stir un excellentsoldat, maisje n'ai jamais vu d'homme dontlecaractère jurât davantage avec le titre de sa place ; grâce à ses instincts belliqueux, une scène qui n'eût été que ridicule va peut-être devenir sanglante.

— Bien malgré moi, répondit Héraclius; j'espère que vous n'en doutez pasT

— Eh bien ! monsieur, il est temps encore. Puisque les vieillards sont un peu fous, c'est ato jeunes gens à se montrer sages. Voulez-vous me permettre de vous donner un conseil T

— Parlez, monùeur ; les expédients violents ne sont nullement de mon goût, et si vous connaissez quelque moyen de rétablir la tranquillité sans y avoir recours...

— Désarmez vos fusils, interrompît le jeune svocat, rentre£ au château, et surtout emmenez M, Bobilier, qui avec le? meilleures intentions du monde verse de l'huile sur le feu, tandis que c'est de l'eau qu'il faudrait y jeter; il est beaucoup trop chevaleresque, poursuivit Geoi^es en souriant, pour connaître la manière dont il faut s'y prendra avec nos boui^eois de Châteaugiron ; je sus leur langue, moi, et si vous me laissez faire, je crois pouvoir vous répondre qu'avant un quart d'heure tout sera rentré dans l'ordre.

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L2 OEITTILHOinrE CAHPAGNARD. t»

En voyant que les émeutiers, tenus eu respect par les fusils dont le marquis et ses domestiques étaient armés, avùent cessé toute démonstration hostile, le vicomte de Langerac s'était décidé à descendre du perron.

— H. Froidevaux araison, dit-il au marquis ; la fusillade ferait fort bonne si ces deœes n'étaient pas au ch&teau ; maift pour tout autre que cet endiablé fou de juge de paiit, il tst évident que leurprésence nous conunande la plus grande réserve. Nous exposer, ce ne serait qu'une bagatelle, maisles exposer elles-mêmes ! ... car qui sait à quels excès pou^ rait se porter uue populace exaspérée ? Madame de Ch&teaugiron ne sera que trop douloureusement affectée en voyant ta blessure... Veux-tu la faire mourir d'émotion... et puis ta fille... ta petite Pauline... songes-ydonc...

Cette exhortation pacifique fut interrompue par la voix guerrière de H. fiobilier.

— En avant 1 s'écria-il, et si l'on recommence à jeter de» pierres, tenez-vous prêts à faire feu ; mais attendez mon EOmmandement .

A ces mots, dernier jet d'une flamme défaillante, le vieillard, trahi par ses forces moins indomptables que son courage, chancela en arrière, et il serait tombé si le marquis et l'avocat ne se fussent précipités en même temps pour le soutenir.

, — n faut le transporter an château, dit Langerac avec temp^ssement que montrent certains soldats sur le champ ie bataille, lorsqu'il s'agit de conduire à l'ambulance quelqu'un de leurs camarades atteint par le feu de l'ennemi. Monsieur Froidevaux, permettez-moi de vous remplacer ^ tandis que nous donnerons & ce digne H. Bobilier les soins que réclame son état, usez de votre influence dans l'intérêt delà concorde. Si nous n'étions que des hommes au chft- Icau, je ne songerais certes pas à recouru- à votre médiation ; nais vous savez que madame la marquise et sa mère soi icij et alors...

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M tmVRIUi IX CB.

— • Fort bien, mcmsieur, répondit Froidevaux d'uQ Ion bref, occupez-vous de H. Bobîlier ; le reste me regarde.

Tandis que le vicomte, aidé d'Béradhts qui n'avait pu voulu se rapporter de ce soÏd à l'un de ses domeBtiqius, transportait au cb&teau le vieux magistrat à moitié évanoui, Froidevaux se Tap[m)cha des émeutiers, au milieu desquda Toussaint Gilles s'était remis à pérorer avec (Valeur.

— Ah çà, voycNos, eotendons-nons, dit le jeune avociA es coupant sans cér^D(»iie la parole sa président du dab patriotiqoe, allez-voss vous retirer Uen tranquiUement «bacnn chez-vous, ou bien tenez-vous décidément à àlie traduits en poiàx cocrectionnrile et peut-être aux aasisesT

^ — Monsieur Froidevaux, rép(HKËt l'aubei^iste r^ublicain avec emphase, des citoyen françàs, des bourigeois de Ch&teaugiron qui ont la conscience pure et qui se sont miposé mi devoir civique...

— Toussant Gilles, interrompit de nouveau le jeme avocat, je sais que vous êtes une mauvaise tête, ausn je ne vous adresse pas la parole en particulier; je parte ici à tout le monde. Que ceux qui veulent m'écouter tranquillHOent et sans m'interrompre lèvent la main.

— A part le capitaine des pomfnei^ et deux ou tiïris de ses plus chauds partisans, tout le monde leva la main, tmC la popularité de l'avocat de village était grande, atèaiB |)ermi ceux qui l'accusaient de tiédeur politique.

— Vous savez que je ne sais niim carliste, ni un jésaite, ni un aristocrate, reprit Froidevam en flattant adroitement les préji^és de son auditoire ; personne non plus ne m'aocusera d'être l'ami du marquis de (%Meangiron. Je sais an boui^etHS comme vous, un patriote comme vous; je ■t'ai aucun intérêt k vous tromper, et, loin d'armr jamais cherché à vous faire le moindre twt, j'ai défendu en ju»-

. tioepluàeu»(fentrevous; est-cevraiî

— C'est vraij monsieur Fi'oldevaux, c'est trèfr-«iû, r^D-

LB «NTILHOmiB CAHPAâNAlD. t$

dirent à la fote la plupart des assistants, vous êtes on brave jeune homme et un fameux avocat, ehacua sait ça.

— Eht)ien! puisque TOusreconnaiBMzvons-mémesque je je suis votre ami, et que mes conseils sont bons à suivre, il feut m'écouter,

— Nous vous écoutons, monteur PrtHdevanx, noosvota

— Voilà assez desottisespourun jour, etîl esttemp5(fy mettre fin, car, je vous le répète, l'affaire est beaucoup plus grave que vous ne paraissez le croire, et vous vous espoeea à être punis fort sévèrement.

— Voyous, monsieur l'avocat, dit GauQierot en se grattant l'oreille, vous savez que je ne suis pas un chicanier et que j'aimerais mieux recevoir un coup de corne de mes bœufs que de voir arriver chez moi le moindre chiffon de papier timbréj dites-nous donc franchemest de quoi il retourne.

— Il retourne, comme je vous l'ai dit tout k l'heure, police correctionnelle et peut^tre jury.

— Cependant le greffier nous disait que nous étions dans notre droit,

— Vermot ne répéterait pas devant moi une pareille absurdité. Est-il là?

— Non, monsieur Froklevaux, répondit l'épider d'un air aigre-doux; le greffier a trouvé q/ie ça chauffait nn peu trop, et il s'est évaporé.

— D a fût sagement, et je tous conseSle de l'imiter.

— Ainsi donc, reprit Laverdun qui semUut au moioi an»! inqimt qne le boucher, si H. de Chiteaugiroo portait plainte parce tp^aa a enfoncé sa grilte im peu brusquemenl^ vous croyez t^e nous poi^rioais avur de l'ennui ?

— Vous aiffîez mieux que ça, c'est moi qui v&ss le g^, lantis.

>- Mieux queçal qooidoDeT

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