G9 (EIIVKE3 DE CB. DE BERNARD
— Mais, par exemple, de trois mois à deux ans de [witon, Celon les circonstances.
— {.es chefs dé l'attroupement s'entre-regardèrent un peu interdits.
— CVst ce que nous disait le juge paix, dit Laverdiin h l'oreille de Toussaint Gilles; et puisque M. Froidevaux, qui conniilt les lois sur le bout de son doigt, nous répète la môme chose, c'est que c'est la vérité,
— Quatit à celui qui a donné un coup de couteau h M. de Châteaugiron, reprit Grorges, il doit s'attendre à ne pas en être quitte à si bon marché.
— Un coup de couteau ! ri'pétèrent plusieurs vois arec une exprf!ssion d'étonnemciit mêlé de désapprobation.
— Oui, mes amis, un coup de couteau. Je sais que la grande majoritéd'entrevous est composée d'honnélesgens; mais vous voyez qu'il s'est glissé dans vos rangs des individus capables de tout, de l'assassinat aussi bien que du vol.
— Si je connaissais le gredia qui a fmt ce coup-là, s'écria le boucher avec chaleur, je l'assommerais comme un veau.
— Je suis le premier à regretter un pareil accident, dit Toussaint Gilles, mais le'tort d'un seul oe saurait rejaillir sur tous.
— C'est vrai, répondit Froidevaux, mais le seul moyen de n'être pas regardés comme complices du coupable, c^est de mettre fin à une scène de désordre qui n'a duré que trop longtemps, et de voua retirer sur-le-champ.
— C'est entendu, répondit Gautherot, je saigne un mouton tout comme un autre, mais je n'égratignerais pas un enfant; ainsi puisque les coups de couteau en sont, moi je n'en suis plus. Vous en venez-vous, Laverdun?
— Certes oui, répondit l'épicier; je vous disais bien que ces coquins de la bande de Bencroche nous mettraient dans l'embarras.
— Hais les torts aoa% personnels, dit i'aube^lste, qoi.
LK eBNTILHOllin ClaPAGHASD. tf
sans être complètement exempt d'inquiétude, la dissimulait par un sentiment d'orgueil.
— Personnels tant qu'il vous plaira, reprit Laverdaii, en att<;udant, ce ne serait pas la première fois que les innocents paieraient pour les coupables ; aussi tout ce que je regrette, c'est de ne m'ëtre pas évaporé plus tât, comme a fait ce jésuite de Vermot. Allons, capitaine, M. Froidevaux a raison, retirons-nous.Vous ne voulez pasT en ce cas, bonsoir.
— Lâches 1 dit entre ses dents Tousstûnt Gilles. Sourds à cette insulte, Laverdun et Gautherot donnèrent
le signal de la retraite, et furent suivis par la plupart de leurs compagnons. A part quelques amis fidèles qui semblaient décidés à partager sa fortune jusqu'au bout, et une demi-douzaine d'individus de la bande de Buncrocbe, qui continuaient de râder dan» la cour, le capitaine de pompiers se trouva bientât seul en face de l'avocat.
— Monsieur Froidevaux, lui dit-il alors avec un accent d'amertume, jusqu'ici je vous avais cru patriote.
— Je le suis en effet, répondit froidement l'avocat, maii il n'est pas question de ça. Cette ridicule émeute a été fomentée chez vous, et vous en êtes l'instigateur, ceci est bors de doute; vous devez donc vous attendre à être pour-
.suivi...
— Je m'y attends, interrompit Toussaint Gilles d'un ait eombre ; mais le devoir d'un citoyen est de souffrir pour la patrie!
— Nous ne sommes pas ici à votre club; lûnsi laissez \h ces phrases creuses. Voulez-vous suivre un bon conseil T Priez ces braves gens qui ne vous ont pas quitté de sortir de la cour, et accompagnez-moi vous-même au chSteau.
— Au château I et pourquoi faire î
— Pour offrir au marquis et à M. Bobilier vos excuses au sujet de ce qui vient de se passer. Peut-être en vous } prenant tout de suite...
«« onmoa h es. m hbuuu>.
— Des excuses I j'aimcrns mieux me coapw le osm avec mon sabre.
— Alors, gare lepiDoèi-vertia] du juge de paix.
— Qu'il le rédige, son procès-Terbal... je m'en moqoe flomme de u perruque janse... je ne suit (ws nu poltooii eomme Laverdno et Gantherot... je suis Français, cUoyoi el bourgeois de ChflteaugiroD... je paie pataite et nonaoboge m'appartient... Si l'on me fait ki {Rocès, j'ai ntSie écus à manger, et plus s'il le faut... et personne au monde ne pourra se vanter d'svoir fait mettre tes pouees à Tous* uint Gilles.
Une (daraeur soudaine intmnmpit le caintaîoe, qui tounia It tête et resta stopéCut à la vse de l'arïxre de la UiKrté tout en flanmies.
Tandis que les éiaeutiers pénétraient dans la cour dn cbAte^, le feu qui consumait les débris de l'arc de Idootphe s'était communiqué sans qu'on y prit garde au peuplier sacré; sèche depuis longtemps et par conséquent très-combustible, la tige s'emlrâsa si rapidement que Picardet, toujours accnxiié à la cime, sentit la cbeleur de la tianune aTsnl qne personne se tùt aperçn que l'aiine tvù.lait. Ce fut hii qui, le premier, jeta le cri d'alarme, en répété aHSÛtdt sur tons ks tons par la fbide qui en ce moment revenait sur le terie-plein,
— H<Hisieur Froidevaus, dit Toussaint Gilles avec UD accent de bravade, je oe m'en vais pas parce que j'ai peur, mais parce que le devoir m'appelle.
Atffisitfit Îb cajutaine s'élança bon de la cour en criant (fraie vi "
— A la pompe 1 camarades, à la pompe ! sauvons l'arbra de la liberté 1
u sBmLHomu amttmAam:
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LA FIN Dl L'OUCBi
Les assistants, pompiers on non, se précipitoOTt i l'envî,' sur les pas du capitaine, vers un faangar quî attenait à lâ mairie ; plnsieurs d'entre eux en ressortirent presque an»* sitôt après s'être attelés h ia pompe qu'ils traînèrent au pas de course jusqu'au terre-plein ; les autres, pendant ce temps, s'armèrent de seaux et s'empressèrent d'aller les remplir aa puits de la mairie : bientôt nne chaîne fut formée
Si prompts qu'euasent été les préliminaires, les progrèsdu feu av^ent été plus rapides encore. Bientôt la place ne rut plus tenable pour Picardet. En se sentent talonné par les flammes, le taillandier avait d'abord grimpé comme un chat effarouché jusqu'à la pointe extrême du peuplier, an risque de voir la tige de plus en plm frêle se rompre sous le poids de son corps ; mais ce n'était là qn'nn refuge ûMt précaire, «ar le feu le poursuivait dans cette ascensicHi , et pour a'élever lui-même plus haut que la place qu'a venait d'atteindre, il lui eût fallu des ailes.
Trois partis s'offl-aient à Picardet, mais ils renfermaient tous un danger à peu près égal. S'élancer du haut d» peuplier : c'était le moyen h peu près infaiffiWe de se rompre le cou ; se laisser glisser le long dn tronc enflammé : il arriverait rôti à terre ; attendre qu'on lui portât du wcours ! 06 secours arriverait-il à temps, et pour peu qu'il tardût, l'arbre ne serait-il pM embrasé du haut en hast
Il y avait là de quoi faire hésiter le plus intrépide ; aussi Picardet. en dépit de son courage naturel , balança-t-il un instant ; mais à U vue du drapeau subitement enflammé aadessons de lifl, il comprit que tout délai devemut mortel.
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«0 (BDVSK DE CB. DE BEBNAUD.
et prit héroïquement son parti. Relâchant subitemeat l'étreinte par laquelle jusqu'alors il s'était tenu collé à la tige du peuplier, il coula du haut en bas plutAt qu'il ne descendit, et arriva ^ terre avec une rapidité û foudroyante qu'on eût dit la t>~te d'un aéroUthe.
Au moment où le taillandier , aveuglé et étouffé par la Jiimée, les cheveux enflaminés comme la queue d'une cojnëte, les mtùns sanglantes et les habits brûlés en plusieurs «ndroits, se roulait sur le sol en rugissant de douleur, un jet d'eau, sorti de la pompe et dirigé par Toussaint Gilles, l'inonda de la tête aux pieds assez à temps pour lui sauver «me partie de ses cheveux.
— Maintenant que Picardet est éteint, s'écria le capi< taine, sauvons t'arbre de la liberté ; allons, ferme ! de l'en* .semble et du poignet !
En parlant ainsi, Toussaint Gilles braqua sur le peuplier ie tuyau mobile dont il s'était réservé la manœuvre, et ses wdes se mirent à pomper avec ardeur; mais avant que le jnoindre filet d'eau fût arrivé à sa destination, les travailleurs virent, avec une surprise nifilée d'effroi , la pompe se soulever entre leurs mains et tomber lourdement de côté en if épandant sur leurs jambes le liquide qu'elle contenait.
Tous les yeux se fixèrent avec éhahtssement sur H. de Vaudrey, qui venait d'arriver à l'improviste, et dont le poignet herculéen avait accompli ce tour de force.
Le gentilhomme campagnard paraissait parfaitement «aime, mais son teint était animé et son front mouillé de -sueur, ce qui semblait indiquer qu'il avait marché fort vit€.
A quelques pas, le fidèle Rabusson se tenait immobile dans une attitude martiale ; d'une main il serrait avec force «n bâton noueux plus semblable à une massue qu'à une <cii:ine, de l'autre il menait en laisse Sultan, le monstrueux siiha de garde du baron.
Uo silence de stupéfaction régna pendant un instant^ -enfin Toussaint Gilles prit la parole.
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U GENTlLHOmB CAUPAGDARD. «1
^ Qu'est-ce que cela signifie ? demanda-tril d'une voix tremblante de courroux,
— Il ^e semble que c'est facile à comprendrej répondit fnLdement M. de Vaudrey.
— Pourquoi reuversez-vons notre pompe
— Pour vous empêclier de pomper.
— Et pourquoi voulez-vous nous empêcher de pomp^T
— Parce que ce n'est pas à ceux qui ont mis le feu de l'éteindre ; il vous a plu de voir brûler ces colonnes de bois, il me plaît à moi de voir brûler ce peuplier.
— Relevez la pompe ! dit le capitaine à ses compagnons d'un air impérieux^ nous verrons si l'on osera encore U renverser.
— Et moi je v&is voir si l'on osera la relever quand je le défends I répondit le baron en croisant tranquillement ses bras nerveux sur sa vaste poitrine.
Un long murmure se fit entendre ; mus aucun des assistants ne bougea.'
— Lâches ! s'écria Toussaint Gilles en lançant à ses amis un regard furieux ; un seul homme vous fait donc peur T
— D'atxHrd ils sont deux, dit à l'un de ses voisins le prudent Laverdun , et deux qui en valent dis , sans compter leur monstre de cbien qui a la réputation d'étrangler les loups d'un seul coup de mâchoire.
— Monsieur Toussaint Gilles, dit le baron avec un sourire moqueur, lorsqu'un chef donne un ordre et qu'on ne lui obéit pas, savez-vous ce qu'il doit faire?
— Je n'ai pas de conseils à recevoir de vous I s'écria le capitaine d'un ton brutal.
— Il doit exécuter son ordre lui-même, reprit M. de Vaudrey toujours impassible.
— C'est ce que je vais faire, dit Toussaint Gilles en s*»vançant brusquement.
Au moment où l'anbei^iste se baissât vers la pompe, le
SI (BDVUE8 DE CP. IS BIBRAM.
baron le saisit par le ctHeA de eoo habit et le cortraigpit de se redresser.
— Honneur Toussaint GiHefi , Lui ditHl alors, écoutezmoi ; vous êtes un méchant drôle, et vous a.-rei besoin d'étie corrigé ; c'est moi qui oie charge de ce soin.
— He corriger 1 s'écria le cf^italne en se d^attaut entre les mains puissantes qui venaient de le saisir, aussi vainement que se débat un lièvre sous les serres d'un aigle.
— On étrangle le capitaine 1 défendez le capitaine ! s'écrièrent plusieurs des spectateurs ; mais là se réduisit le secours qu'ils portèrent à leur chef, tant la colossale apparence du vieux militaire et sa vigueur non moins connue que son courage intimidaient les plus hardis.
Gautherot seul, brave par tempérament et d'humeur batailleuse, vint en aide à son ami; mais à Tinstant oii il s'élançait sur H. de Vaudrey, Rabusson lui barra le passage.
— Un contre un l dit l'ancien maréchal des logis ; si tu as envie d'être battu, me voilà.
— Tu as un assommoir et un chien, répondit le boueher, mm, je n'^ qœ mes poings.
— C'est juste.
Arec une générodté qui touchait à Hmpmdeiioe, Rabosson fourra son bftton noneo^entre les mftchonvs du dogim auquel il dit impérativement : Garde-moi ça, Sultan, et ne bouge pasl
Se redresant alors et regardant le boucher d'un air AedéH:
— Maintenant, hii dit-il, en veux-tu tAter?
— Tout de suite répondit Gauthoot en se mettant en garde avec ra|ilomb d'an boxeur expérimenté.
Le cercle qui s'était forœé autour du banm et du ca|Mtaine s'agrandit pour laisser le champ libre aux deux nouveaux antagonistes.
<- Apcèa quelques ivoUtions prélimiiuiies Gauttierot prit roETeoiiTe.
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u axNTiLHoian caspagitako. a
— Pare-moi celle-là, dit-Q en portant à son adrersoire tm coup capable d'assomm» un veau.
Rabusson para dn bras gaiicbe et riposta par une gonrmade si bien dirigée et si rudement appliquée que le boucher, atteint en plein visage, tomba à la renverse, le nez et la mâchoire en sang.
Quoique Gautherot comptât de nombreux amis parmi les émeutiers et qu'en ce moment il fttt en quelque sorte leur champion, des rires bruyants saluèrent sa chute, et tous les regards se Axèrent sur le vainqueur avec une sorte d'admiration ; car Ta faveur populaire, toujours prête à abandonner le héros qui tomlie, tient raiement rigueur à celui qui tricnnpfae.
Un incident inattendu accrut en ce moment la conrusioa de cette scène wageuse.
Excité par les cris de la foule et par la lutte dont il venait d'Être témoin. Sultan oublia sa consigne , laissa tomber de sa gueule l'espèce de massue confiée h sa gtrde, et sans avertissement préalablcj sans pousser un seid ^oiement, 3 s'élança d'un bond furieux sur le premier individu qui lui tooAià sous la patte et sous ht dent; cAte victime de la fatalité, ce fiit l'épicier Laverdun.
En toute circonstance, l'honorée vice^résident du club de Cfaâteaugiron eût été complètement hors d'état de lutter contre un dogue gros comme un lion et presque aussi for- Boidable ; mais en ce moment, assailli à l'hnproviste et péfaiâé de terreur, il n'essaya même pas de se défendre; aussi le vit-on bientôt, pile conune un mort et à moitié étranglé^ rejoindre sur le carreau son ami Gautherot, qui, tout étourdi de sa chute, n'avait fait encore aucun mouvement pour se relever.
Pendant ce temps, H. de Yandrey adressait l'admonestation suivante au capitaine Toussaint Gilles, qui faisait dltmtiles efforts pour se dégager de ses mains :
r— Je connais les propos que vous tenez depuis longtemps
et OBDVBES DE CH. DB DERIURD.
contre moi et contre mon neveu, monsieur t'aubergiste, et jusqu'ici je me suis contenté de les mépriser; mais maintenant, non content d'aboyer , vous voua mêlez de mordre, voilà ce que je ne permettrai pas. Rappelez-ioui donc ce que je vais Tjus dire : pour aujourd'hui je vous fais grftce, mais ne recommencez pas si vous tenez à conserver vos moustaches et vos oreilles.
En parlant ainsi, M. de Vaudrey fit perdre l'équilibre i Toussaint Gilles par une secousse irrésistible, et l'envoya rouler sur le carreau près de Gautherot et de Laverdun.
Des ùnq principaux clubistes, trois en ce moment étaient étendus cAte à cdte sur la poussière ; le quatrième, flambé comme un poulet qu'on prépare pour la broche, se trouvait hors de combat ; enfin le gret^er Vermot, qui complétât ce quintette politique, avait depuis longtemps quitté le champ de bataille.
En voyant la déconfiture de leurs chefs, les émeutiers, loin de songer à les venger, commencèrent à se regarder les uns les autres d'un air interdit.
— Messieurs les bourgeois de ChUeaugiron, dit alors H. de Vaudrey en promenant sur la foule un regard plein d'une assurance ironique et dédaigneuse, je vous remercie, au nom de mon neveu, d'avoir mis le feu à cet arbre ridicule ffm obstruait l'entrée de son chAteau; vous l'aviez planté, c'était à vous de le brûler.
— On ne l'a pas fait exprès, dit naïvement un des assistants.
— Nous en planterons un autre, ajouta une voix partie des derniers rangs.
— A la même place ? demanda le oaron.
— Oui, à la même place, répondit la même voix
— En ce cas , je vous prie de ra'inviter à la cérémonie, repritH. de Vaudrey avec un flegme imperturbable ; {dusieurs d'entre vous me paraissent avoir des notions peu exactes sur le respect dd à la proprité d'autrui, je me charge de compléter sur ce point leur éducation.
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En ce moment le peupiier, dévoré jusqu'au cœur par le feu, fît entendre un long craquementj se pencha lentement BUT la foule effaayée et tout à coup rompit par lo milieu ; la base de la fige resta debout tandis que le tronçon supérieur tombait tout enflammé sur les débris de l'arc de triomphe, comme dans un duel, après un coup fourré, un des adversaires tombe expirant sor son ennemi déjà mort.
La catastrophe imprévue dont l'arbre de la liberté était la victime au moment même où l'on venait de célébrer sa régénération, causa aux assistants, passablement superstir Ueux pour la plupart, en dépit de leurs principes républicains, une impression désagréable qui se traduisit par les paroles suivantes échangées à voix basse dans les différents groupes : — C'est un mauvais signe ! ~ Il y en aura de pinces 1 — Je ne voudrais pas être dans la peau de Toussaint Gilles I — Vous verrez que tout ceci finira mal! — Pour moi , j'en ai assez , et vous î — Moi aussi . — Je n'ai pas envie d'être couché sur le procès-verbal du juge de paix. — Ni moi non plus. — Elh bien 1 si vous m'en croyez, nous nous en irons. — Vous avez raison, allons-nous-en. — Dy a longtemps que nous devrions être partis. — Ouplutât nous n'aurions pas dh venir. — Et autres propos semblables, qui annonçaient que l'émeute chàteaugironaise était définitivement entrée dans sa période de déclin.
Toussaint Gilles, Gautherot et Laverdun s'étaient relevés tous trois, mais aucun d'eux ne paraissait tenté de réclamer sa revanche. Le boucher essuymt avec un mouchoir de cotonnade son museau saignant, et semblait compter du bout de sa langue ce qu'il lui restfùt de dents ; l'épicier, p&le comme le suif de ses chandelles, se t&tait le cou d'une main tremblante, afin de s'assurer que les cro<» du leirible Sultan n'&7aient pas pénétré plus avant que la cravate ; le capitaine entîn se mordait la moustache, au point de l'entauMr, sani oser manifester au^ment sa fureur.
Après avoir promené tout autour de lui un i^ard feroM
«s (BDVRKS tn CH. DX BKBNABa
et tranquille qui ne rencontra pas irae senle physionomie disposée à le bnrver, M. de Vaudrey se dirigea lentenffint ver* 1" thflteau, suivi de Rahusson qni avait ramassé sa massne et semblait fort décidé à s'en servir au besoin, et du terrible Sultan, dont les yeux injectés de sang parco»raient les groupes empressés de s'ouvrir pour lui faire place, comme s'il y eût cherché un second épréier k étrange.
A la porte de la grille, le baron nencootni FroidevMix, qui avait gardé pendant cette scène la neutralité lu pins serupuleusc.
— Monsieur l'avocat, lui dit-fl en répnniAnt on sourire qu'avaient provoqué sans doute les souvenirs de h *«iBe, tout à l'heure je vous ai vu de loin bn-angeant ces ti^iageuTs pour les décider à se retirer; je vous remerde de cette démarche au nom de mon neveu et au mien.
En dépit de sa jalousie, Georges T^devaux n'avait pu s'empêcher d'admirer la ftçon expWitwe dont le gentilhomme campagnard venait de metta« A la raison les chefs de l'émeute.
— Votre intervaition, monsieur le buon, répondit-^, a été tout antiement efficace que la miraine ; c'est le cas de retourner le vers de Cicêron et de dire : Cedat armis loga.
— 11 ^t nécessaire que nous ayons une conversation sériense, reprit M. de Vaudrey en «ÂangeMit de ton ; mais en ce moment il faut que je parle k mon neveu. Ce sera pour demain, si vous le trouvez bon.
— Je suÏB entièrement à voi otdres, répliqua Georges passablement intrigué.
Le baron prit congédu jeune avocat par tœ geste à ^Ma bienveillant et moqueur, et s'adreseffit à t'ex-garde-chatee : ■~ Tu vas rester ici avec Suhaa, hû dit-il.
— Oui, mon c<rfoBel, répcmdit ftabusGoa eo jvenant le ésgue par sa laisse.
— Tu ne quitteras pas la p«te de ta grille «vaotqaeje tftaie relevé de feotiw.
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IX fiCNTILHOHlB CAHPAffllAlS. CT
— SnfBt, mon cotonel.
■ — Ces coquins ont brisé la serrure, mais toi et Snltan TOUS valez toutes tes semires Ai monde.
— Soyez tranquille, mon colonel, personne n'entrera.
— Si quelqu'un essaie de forcer le passage...
— 11 fera connaissance avec mon gourdin et avec les dents de Sultan ; sans con]0er que j'ai dans mes poches deux petits iiboyeurs que pas un de c«b farauds n'oserait
- Pas de pistolets 1 dit le baron d'un ton sérieux : si l'on Tent pénétrer dans la cour malgré toi, qndques coups de ttion bî«i sppliqBés, c'est le seiri traitement qne mériteui de pareiis drWes.
— Cest entendu, m<Hi odond, et f oin pearea partir da pied gauche en tonte confiance, comme diaent les fantassins.
U. de Tsndrey jeta an regard en arrière et reconnut qa'il n'y svait aucune probabilité qu'use nourrie attaque fût tentée contre le cbâteiKi ; à part le tronc mutilé de l'arbre de la liberté, qui continoùt à brûler comme un flambeau giguitesque, le feu commençait à s'éteiadre, et les émeutiers, visiblement découragea, se retiiaie^ daas différentes directicHis; quelqiie»-uns mèaae avaient déjà évacué la place.
Rabusson s'approdta du brasier, y ramusa un cbarDcm qu'il plaça sur le fourneau de sa pipe, sans plus se presser 4fne si la pean de ses doigt» «ût été de fer, et, s'^)f)ayant contre la grille, il commença sa faction, le booA louroé T«3 t'ennemi et le redoutable Sultan oeucbé à ses pieds.
H. de Vaudrey, de son cAté, traversa la covr d'un pas lent et d'an âr pennf ; au montent «A î) mettait le pied sur le perron, la porte du vestib«le K'cwnrit, et le marqiùs de Châteaugiron descendit rapidement l'escalier^
Séparés depuis dens ans p^unedecesmésintelligencefl qui éclatent parfois au seia des familles les mien 0.'im
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l'oncle et le neveu se contemplèrent un instant d'un air contraint et irrésolu, puis, également entraînés par un mouvement irréùstible, ils se jetèrent dans les bras l'un de Fautre.