V- Eu croyant plaisanter, Langerac s'est approché de I
•fli <BCTXES Dl GB. Dl lEBflAKD.
Tériléj dit le marquis : eQ 1789, les aimables ChAteanginmaùonten effet jeté dsmU fourra question...
— Le bailli 1 interrompit le TÎcomte es riant avec affiectution; j'si oui dire qu'à cette épo^m c'était un morceau fort estimé.
— Cette fois bi te Uompes, repartit Hérfldiw, ce ne fut pas le bailli, mais bien le seigneur lui-même que tes paysma imi^éa placèrent dans le four.
— Votre gnmd-përe, mardis? demanda li éKalriëre, qui depaît un instant avott cessé de nucger, loit qita le léôt des prouesses révolutionnaîres du boa peuple QAteaugironais lui eût en effet dté l'appitit, comme cdle Tenait de le dire ; soit, cbose plus naturelle et ptoa prob^e, que la rlgonnuse manière dont elle avait attaqué le déjeoaer fle lui pomtt pas d'y patticàper actnemeat plu» longtemps.
— Hou grand-père en personne, nadame, répmdit Cbâteaugiron d'un ton plus séneus, et pendant ce temps ataa père et mon onde Maient soumis à d'autres tortures. Mais ie m'aperfois que j'empiète sur la rairation de H. Bd»ilier, témoiD oculaire de ces scènes de violence.
— Nous vous écoutons, monàeur le juge de paix, dit It) iharqnise.
Au moment ob H. Bobilier s'emjwessait de reprendre la parole, l'émeute fomentée p» le patriote Toussaint Gilles c«mn)Micait b gronder an dehors ; mais de raiâ)age au chAteau il y avait trop loin pour que les darnems des clublstes et de leurs partisans arrivassent distinctement anx weilles des convives; personne parmi ces derniers ne fit donc ttteotion en oet Hittaot i cette rumeur vagye ^ lointaîae.
U oramnoiDii canfâ^iaii». t«i
UN ^tSODI DB LA KÂTOUmOIl.
— Mesdames, dit U. Bobîlier en continuant SOD PéeH» pair une belle joornée eonnne cenenn, au mois (faoftt, tes fatriote« de Gfa&teaugiron (en ocUnte-nenf il n'était pai encore ifDeslion de jacobins) eoTsAirelit le ch&teaa sous la CoDdmte du pire dé l'aiiberglste Toussaint Gilles, on forcené coqiân, ntadame la marquise me pardonnera cette MpRSsion, dont le fils se montre le dïg;Qe successenr. H. le marquis et H. le comte se trouvaient alors à la classe; quant k H. le chevalier, il jouait à travers les jardins dans toute l'inaoccnc« de son ftge, car k cette époque il avfùt huit ans à peine.
— Le chevalîerl demanda madame de (Siftteaugjron.
— Notfe oncle de Vandrey, dît Béradiua ; M. Bobîlier hrï dontte le titre qu^ portait alors.
— Et qu'il était digne de porter en effet, reprit le juge de paix, car, en dépit de son Jeune ftge, il montra en cette occasion an courage et une fermeté dont eût pu s'enor-. gueillir le paladin le pins intrépide ; mais procédons par ordre. Après avoir enfoncé la grille et maltraite ceux des valets qui avaient eisayé de leur opposer quelque résistance, les bandits se dirigèrent d'abord vers la salle des archives, car, à part l'amour du désordre et l'envie de ftdrelemal, la ^npart d'entre eux avaient un but déterminé et très-post^, ils voulaient s'emparer du terrier.
— Je croyais, dit madame de Bonvalot, que ce n'était que dans la chasse du renard ou du lapin qu'il éttût question deterrierT
— Madame, réptiqua le vieillard & qui l'ignorance de Is dûaafrièiv «rractia m totaire, mas l'mcien ré^tne, on
■ 8t AtlVRBS DE CH. 61 BERNABO.'
nommait terrier ou papier terrier le recueil de fui et hommage, aveux et dénombrements, déclarations et reconmùssances passées il une seigneurie par les vassaux cenailures, empbytéotes et justiciables.
— Ah I mon Dieu I quel grimoire I s'écria la doufùrière; j'avoue humblement qu'il est au-dessus de mon intelli» gence.
— Ce grimoire, madame, était parfaitement intelligible pour les Ecélératsdont j'ai l'honneur déparier, et qui pr^ que tous s'y trouvaient insmts. Leur principal but, en se ruant sur le cb&teau, était donc de s'emparer du terrier et de le brûler ; car, eu détruisant le titre du seigneur, leur créancier légitime, ils comptaient se trouver quittes envers lui.
— Voilà une manière de payer ses dettes, dit Cbàteau- ^ron, qui aujourd'hui encore sermt du gobt de plus d'un débiteur.
— Heureusement, reprit M. Bobilier, grftce à la présence d'esprit de mon père, le terrier et les autres titres les plus importants avaientété cachés en lieu sûr. Après avoir bouleversé de fond en comble la salle dés archives, la horde, devenue furieuse en reconnaissant l'inutilité de ses recherches, jeta par la fenêtre tous les papiers qui lui tombèrent sous la main, et les brilla au milieu de la cour, prérJsément en face de cette fenêtre. Ce fut le père Toussant Gilles qui y mit le feu. Il me semble encore le voir, le brigand (madame la marquise voudra bien excuser l'expression), avec sa veste de droguet, ses cheveux crépus, son air féroce et la lame de faux qu'il brandissait en guise de sabre ! Combien de titres précieux, combien de pièces rares, combien de documents du plus haut intérêt pour l'histoire féodale de notre province, périrent dans cet incendie sacrilège! Parmi ces pertes inséparables, il en est une surtout à laquelle je ne pense jamais sans un regret poignant. Pour pouvoir ressusciter ce manuscrit inappré-
LE GENTILHOHHB CAMPAGHAHD. SflS
ciable, poursuivit le vieux magistrat d'ane voix émue je donnerais ma place de juge de paîi, je donnerais la moitié du peu (ie jours qui me restent à vivre, je donnerais mon bras droit 1
— Votre bras doit, monsieur Bobilier, dît la marquise en souriant, mais vous n'y pennez pas, vous qui peignez si bieni
— Eh bien ! madame la marquise, puisque vous daignez vous intéresser à mon faible talent, mettons mon bras gauche; mais celui-là, je le sacrifierais de grand cœur, je le jure, si à ce prix je pouvais rendre la vie à cet ouvrage dont je déplore chaque jour. la perte.
— Quel était donc ce chef-d'œuvre î demanda Héraclius. Voilà la première fois que j'en entends parler.
— Ce chef-d'œuvre, monsieur le marquis, car il méri- , lait en effet ie titre que vous voulez bien lui donner, était
l'histoire généalogique de votr» maison écrite par mon bisaïeul Fructueux Bobilier, bailli de cette terre, ainsi que l'avaient été ses aïeux et que le furent après lui ses descendants, jusqu'à moi exclusivement.
— Si nous retombons dans les baillis. Dieu sait quand nous eu sortirons, dit madame de Bonvalot à Langerac.
— Dans-ce livre, fruit de trente ans d'études et de recherches, mon bisaïeul établissait victorieusement que V nom primitif et patronymique de vos ancêtres, monsieur le marquis, était Giron, et que votre maison elle-même était une branche, branche aînée, selon toute apparence, des Giron d'Espagne ; à l'aide de raisonnements et d'inductions qui n'étaient peut-être pas d'une rigueur mathématique, mais du moins fort ingénieuxet fort plausibles, il faisait même rcnonter votre origine jusqu'à Giron le Courtois.
— Peste .' dit le marquis, il parait, mon cher Bobilier, que votre bisaïeul n'y allait pas de main morte. Giron la Courba n'était-il pas contemporain du roi Arttis }
— liCsLévis se disaient bien cousins de la saiâte Viei^,
*•• asjtm Dt oi. n bkuiakb.
«t tes HoatflsqaioadetceDdButs de Charlenugne ; ponrqiKH an Cli&teaugiion ne se serait-il pas assis àlataUeroode!
— Au fait, reprit Héradius en riant, la diose n'est pas impossible, ou du moÎQs ce n'est pas à moi de la trouver teUe.
— 11 senùtbrop long d'énntnérer (outec les dioses întéresisotet, curieuses et originales renfermées dans l'œuvre de mon bis^eul, pouisuivit le vieillard avec un accent d'enthousiasme mâié de regret ; éruditîoa variée, eomuiasmce «{^H^oodie du droit féodal, vues neuves sur ie blason, cette sdence des sciences qui embfssae presque toutes les autres, et qu'on affecte maint£sant de dédaigner fai^ da savoir la comprendre, tout se trouvût réuni dans cet ou* Rage ; c'était nn livre comme personne ne serait capable d'en écrire un semblable aujourdlui, un livre qui curait suffi pour taunortalisar son Auteur... un livre enfin! Je m'en étais nourri dès l'flge de quinu ans, et à vingt cioq j'osais rèv» la ^ire d'en être lectHttinoateut etl'éditear, mais la révidution en a diqKwé autranrait.
— Ces sbomioAMesrévoIutiMiB n'enfont jamais d'autres, dit Langerac avec une gravité idfectée. Aioù done le chefd'œuvre de moaûear votre bis^ul a péri dons la tovmrate de SOT
— Je l'ai TU jeter p» le père Toussaint Gdlesi dans le feu que venait d's&mier ce nouvel Omar, rejffit M. Boiâ' Uer, dont la penuque aux cent bondes parut se faéiitser d'borrenr ii œ souvenir.
— Et vous ne vous Mes pas j^ au feu vous^ntow pour Vea retira ? s'écria le vicomte d'un air d'étonaement improbateur.
— Je l'aurais hit bien certaineotent, monsieur, répcaidit le vieillard avec chaleur ; oui. Dira m'est témoin que Je voulais le faire, mais par malheur, deux de ces ooqtûns ^madame la marquise me pud(nnera encore ce tenue), deux de ces coquins me saisirent à la gtwge «I a i« m'élançais dûis tes flamtaes.
DiglicJbïGoOglc
U GiSTILHOina CMtPAfiNA&P. I|T
— Dîtes p«r bcwheHr, raoa clier Bobiliep, Iatem»iipit le marquis ; c^ (à ces braviss geiiSj eova^ qui V4us me semblez un peu iugrat, n'avaient pas mis obstade à votre dévouement per trop b^Iqu^, vous vous seriez rôtj, selon toute apparence, sans parvenir à sauver ce précieux ouvrage.
— Eki 06 moment nous serions privés du plaisir de voue entendre, ^^^u^ madame de Cltàleaugiron avec un demi' sourire; mais pernoattez-moî une question. Vous venez de nous dire qm U. àe Vaudrey av^t montré en cette occasion un poi^-fge au-dewus de son fige ; que fit-il donc T
— H. le chevalier fut le premier de la famille qui tomba au pouvoir d^ brigands, puisque, ainsi que j'ai eu l'bonneurde la dire, H. le notqiùs et H. le comte se trouvaient à la dusse. Comme il étj^t tout jeune, huit ans à peine, et fort }i^, cajF la b^^uté a toujours été héréditaire chez les ChjUeaugiron...
— Héraclius, @alue? donc l interrompit gaiepient la jenne fentme.
Le marquis, dont les avantages extérieurs confirmaient ea effjSt l'assertion du juge de paix, s'inclina en riant.
— Ce que j'en dis, reprit H. Bobilier, n'est pas pour flatter H. U marquis, mais pour rendre hommage â une vérité frodamée dans le pays de temps immémorial. Tout le monde en Bourgogne connaît ce vieux dicton : Jtiche de Châlùn, bel de Châteauginm, bon barm de Bauffremant, — A une Cour d'amour tenue en 128S, kous le duc Robert II, ce dicton devint même l'objet d'une discussion fort ingé- BÎeuse. Il g'a^ssait de décider laquelle d'une de ces trois qualités, richesse, beauté ou ancienneté de baronoie, méi> tait la [néférence.
— Et que décida-t-onf demanda madame de Bonvalot, qui, en qualité à& coquette surannée^ goûtait particulière' ment les subtilités galantes^ si chères aux beaux esprits dei «èdes de la chevalcriËh
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I«S <BDVBES Dl CH. DX BSKHARD.
— Les Cours d'amour étaioit exclugi^emeiit composées de damesj répondit M. Bobilier d'une voix Hûtée, c'est dire assez quel fut l'arrêt.
— ChftloD triompha? demanda Héraclîus en souriant msligoement.
— Ah I marquis, dit la douairière avec un accent de reproche, voilà une raillerie que j'aurai peine à vons pardonner. Supposer qu'un aréopage féminin puisse accorder la préférence à la richesse, n'est-ce pas méconnaître cette générosité de sentiments, cette délicatesse d'instinct, ce désintéressement, en un mot, qui semble l'attribut naturel de notre sexe î
— Madame, répondit Ch&teaugiron avec un sérieux facice, permettez-moi deTrous faire observer que je n'ai pas exprimé une opinion, mais adressé à M. Bobilier une simple question j d'ailleurs il s'agit des femmes d'autrefois, et fussent-elles convaincues d'avoir éprouvé une certaine sympathie pour la fortune, cela ne saurait s'appliquer aux femmes d'aujourd'hui, qui, comme chacun sait et comme je m'empresse d'en convenir, méprisent souverainement les richesses, et brillent toutes, sans exception, par le désintéressement le plus exemplaire.
— Hathilde, reprit madame de Bonvalot en s'adressant à sa fille, je ne comprends pas que vous écoutiez avec cette tranquillité de statue les traits piquants que le marquis se plaît à décocher contre notre sexe.
Au lieu de s'associer au dépit de sa mère, madame de Châteaugiron regarda son mari et lui sourit.
— J'avoue, dit-elle, que sur ce chapitre je n'ai pas le moindre esprit de corps; pourvu qu'Héraclius pense du bien de moijje lui permets de médire tant qu'il voudrades autres femmes.
— Mesdames, dans fout ceci c'est moi seul qui suis coupable, reprit le juge de p^ ; H. le marquis ne m'eftt pas adressé la question qui a éveillé ta susceptibiUlé de madame
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tB GraTTILHOMUE CAMPAGNARD. 16»
la douairière, si j'avais dit tout de suite quel fut l'arrêt de la Cour d'amour.
— Comme s'il pouvait y avoir à ce sujet le moindre doute I fit madame de Bonvalot avec un haussement d'épaules.
— Le lot de Gliâteaugiron fut proclamé le meilleur à la presque unanimité, ajouta M. Bobilier d'un ton solennel.
— J'en étais sûre ; car, quelle que soit à cet égard l'opinion du marquis, le cœur des Femmes n'a jamais changé ; elles préféreront toujours la beauté et l'élégance aux grosàers avantages de la fortune.
— 11 œe semble, dit la marquise, qu'avec toutes ces digressions nous n'arriverons jamais à la fin de l'histoire.
— Madame, reprit te juge de paix, }'ai eu l'honneur de vous dire que H. de Vaudrey, qui jouait alors dans les jardins sous la surveillance de l'abbé, son précepteur, tomba le premier entre les mains des brigands dont le cbftteau était inondé. Ceux qui l'aperçurent parurent d'abord respecter son jeune âge, et sans lui faire de mal, ils l'amenèrent près du feu qu'on venait d'allumer dans la cour, et autour duquel une partie d'entre eux avait commencé une ronde forcenée, entremêlée de hurlements épouvantables. A la vue de H. le chevalier, le père Toussaint Gilles, à qui le reste de la bande semblait obéir, poussa un cri de triomphe farouche. — En attendant que nous tenions le vieux loup, s'écria-t-il, voici toujours un des louveteaux; BOUS allons rire.
nterrompit le vicomte de Langerac.
— L'histoire que je raconte, monsieur, n'a rien de ri- «ble, dit M, Bobilier avec un accent de sévérité.
— Il parait cependant, monsieur le juge de paix, et cela d'après votre propre aveu, que l'honorable citoyen dont vous venez de parler y trouvait le petit mot pour rire.
IT» (KUTSKS DE CB. DE snHABD.'
— TousMtot Gilles était un abominable coquin, j'en de' mande pardon à madame la marquise, et il aurait ri sur la tombe de son père. E^ cette occasion il tenait sa faux d'un» main et une bouteille de l'autre ; car le pillage des caves avait comoiencé presque aussitôt que celui des archives. Il présenta la bouteille à H. le chevalier, et lui dît... Je oe sais si j'ose me permettre de répéter Uttà'alement devantces dames les paroles de ce bandit...
— La vérité historique, mon cher Bobilier intairompit le marquis en souriant, la vérité historique avant tout.
— Cependant, dit madame de Bonvalot d'un air [ûncé, si les paroles en question offrent un sens équivoque et iudéceot, j'espéiiB que M. le juge de paix voudra bien se rappeler qu'il parle devant des femmes, £t nous faire grâce de celte partie de son récit,
— Madame, rendit M. Bobilier en rougissant légèrement, je ne suis pas arrivé à l'âge de septante-deux ans sans apprendre de quelle manière il convient de s'exprimer lorsqu'on est appelé à raconter une histoire devant des dames. Madame la marquise Rengarde de Chàteai^ron, ^ntboissleux en son nom, dont j'ai l'honneur insigned'âtre le filleul, n'avait pas dédaigné de me donner à ce sujet, dans ma jeunesse, quelques Leçons, qui, j'ose le dire, ne sont pas t<Hobées dans une terre ingrate, et que je me rappelle assez bien pour qu'il soit inutile de m'en donner de nouvelles aujourd'hui.
-~ Madame, permettez-moi de vous dire que vous vous êtes alarmée à tort, ajouta Chéteaugiron avec an accent od perçait quelque moquerie; M, Bobilier est tout à fait incapable d'effaroucher votre pudeur par aucune expression risquée »."'i malsonnaote. II possède à un degré fiort remarquable ie talent de raconter, et dans l'occasion oersoone mieux que lui m sait sauver une situation un peu hasardée ou attéûter un mot trop vif. M^s ici je doute qu'il ait besoin de recourir aux périphrases ingénieuses dont il a le
U CHniLHOnU CAHPAORASII. ITI
seon^en pueil cas; eaaa doute, les paroles du père Toussaint Gilles, que H . Bobilier hésite à répéter, ne sont que da groBSÎërAS et bruines iusoleucefi, qm oe m^Kent pas qa'^D prenne la peina de lei gazer.
— M. le marquis a parfaitement compris la cause de mon bésUation, reprit le susceptible vieillard ; mais pui&' qu'elle a pu Jtre mal interprétée, il est de oioo devoir da vaincre ma répugnanoe et de r^ter mot pour mot les propos révoltants que se permit ea cette occasion le bngand dont je parle. Présentant à M. le dievdier la boutetHe qu'il tenait d'une main^ tandis que de l'autre il levait sur lui sOD arme effrayante : — Petit gredin d'aristocrate, lui dit-il, bois à U santé de la nation, ou je te eoupe le cou avec ma faux.
— Quelle hoRenrl s'écria madame de Bonvalot,
— Pauvre en&ntl dit Mathilde. QuefiUlT
— L'enfant, madame la mwquise, fit ce que bien des hommes n'auraient pas osé faire à sa place : il prit la bouteille sans hésiter, et regardant Toussaint Gilles «a face : « Je bois k la santé du roi, o dit-il à hante voix ; et il but ea effet d'un air aussi assuré que s'U eût été tranquillement assis à la table de son pk«.
— Notre brave onde t reprit vivement la jeune femme ; n'aurù-je donc jamais le bonheur de lui sener la maint
— Pour un enfant de huit ans, ajouta la douùrière le trait était tout à fait chevaleresque ; je le proclame hautement, et j'ose ajouter que je m'y connus.
— Madame, dit le marquis, vous pouvez aussi ajouter que l'homme a tenu ce que promettait l'enfant : la vie de mon oncle est remplie de traits semblables à celui que vient àfi rappeler H. Bobiii^. '•
— â j'ai bien suivi l'intéressante narration de H. le juge de paix, dît h son tour Langvac, au moment où l'héroïque enfant but à la santé du roi, cet odieux croquemitaine de Tousswnt Gilles tmtit sa faux levée et le menaçait de^luj
f73 CBITTBBS DI CH. DE BXBRAHD.
couper le COU. Le lui coupa-t-il ea effiet, ou ne le lui coupai t-ilpasT
— Quelle extravagance 1 reprit madame de Bonvalot en minaudant, comme si vous ignoriez que H. de Vaudrey vit encore !
— Madame, on vit fort bien avec un cou plus ou moins entamé; car je n'ai pas prétendu supposer qu'il y ait pu avoir une décollation complète. Ha qnestiontend seulement à savoir si le susdit Toussaint Gilles mit plus ou moins à exécution sa menace.
— Le brigand, reprit H. Bobilîer,branditen effet sa faux sur la tête de H. le chevalier, mais sans parvenir à lui arracher le momdre ^ne de frayeur ; en dépit de sa brutale férocité, i! fut frappé de ce courage. — Puisque tu es à crâne, lui dit-il, nous ne te ferons pas de mal ; maïs dépè< che-toi de boire à la santé de la nation, car aujourd'hui le gros ivrogne de Louis XVI ne règne plus que pour rire, et le véritable souverain c'est la nation. — Voilà, poursuivit le juge de paix avec un accent d'indignation douloureuse, en quels termes, grâce à d'infâmes- calomnies, on parlait alors parmi le peuple du prince infortuné destiné à devenir, moins de quatre ans pins tard, le roi martyr 1
— Le vieillard fit une pause, car l'émution avait rendu son œil humide et sa voix mal assurée.
LE BÉGIT IHTERKOHPC.
Lorsque M. Bobilier fut parvenu à triompher de la triste émotion qu'avait réveillée en lut le souvenir des infortunes de Louis XVI, il reprit sa narration.
— Loin de se démentir en cette circonstance critique, le oourag« d.e M. te chevalier brilla au contraire alors de l'è*
LB GEnriLBOHHB CAMPAGNAM). ITl
clatleplusvif. — Vous me dites, de boire à la ganté de la natiOD, g'écria-t-il, {]u'est-ce que c'est que la nation 1 — C'est tout le monde, excepté les aristocrates, comme ton pèreettii famille, répondit Toussaint Gilles. — Vous et vos camarades, vous êtes donc de la nation? — Sans doute. — E)t bien ! dussiez-vous me couper en morceaux, je ne boirai pas à sa santé, carce serait boire à la vAtre. — Et poiu-quoi, petit insolent, ne boirais-tu pas à notre santé? — Parce que vous êtes tous des pillards et des bandits sur (pijje feraisfeu comme sur une troupe de loups enragés, si j'avais seulement le fusil de mou frère. — En prononçant ces mots de l'air le plus hardi, H. le chevalier jeta la bouteille dans le feu.
— De plus en plus héroïque I s'écria la douairière, qui, d'habitude, s'abandonnait d'autant plus volontiers aux sentiments admiratifs, que cela lui donnait le prétexte d'exécuter un jeu de physionomie spécialement étudié pour ces occasions.
— Le père Toussaint Gilles, furieux, saisit M. le chevalier à la gorge, le souleva brutalement en l'air à plusieurs reprises, comme s'il se fût apprêté à l'envoyer rejoindre îa bouteille au milieu des flammes ; mais tout à coup il se ravisa. — Il ne faut pas prodiguer les biens que Dieu nous envoie, dit-il avec un ricanement féroce ; c'est ton père qui doit nous fournir le rôti. Ainsi pour aujourd'hui, je te fais grâce de la grillade; mais tu boiras à notre santé malgré toi : d ce o'est pas du vin, ce sera de l'eau. — A ces mots, le brigand se fit apporter une corde, lia M. îe chevalier pardessous les bras, et le traîna vers le grand puits que madame la marquise apu remarquer à l'extrémité de lacour^ à l'angle de l'aile droite du château.
— Ah 1 mon Dieu I il voulait le noyerî dit madame de Cbàteaugiron:
— Pas précisément ; du moins le père Toussaint Gilles a toujours nié depuis que telle e&t été alors son intention ; il
iJi CBUT1R6 DB CB. DE MtNAlsJ
voulait seulement, disait4lj triompher de la résistance de H. le cbevalier, et le forcw de boire àla santé de la nation.
— Et pour cela U le jeta dans le paits 1 demanda Langerac; il faut convenir que le moyen n'était pas trop malima- ^é.
— Pendant pluâieurs heures, H. le cbevalîer suj^iorta, sans que son courage l'abandonnât un seul indant, l'abominable torture qui excite en ce moment la gaieté de H. le vicomte de Langerac; tant At suspendu au-dessus du goudre, (antdt plongé dans l'ew jusqu'au menton, 'i voyait à cioquanle pieds au-dessus de satdteses bourreuixse relayer pour jouir, diacun i son tour, de ses aouffraoces; de temps en tempS] Toussaint Gilles venait s'appuyer airlanuf^elle. — Eb I là au fond, criait-il, es-tu assez gelé comme çh 1 vas-tu dire enfin: Vive la nation f — Vive le roi F tépoodnt chaque fois M. te chevalier. — : Jamais on ne put lui arracher d'autres parcdes ; mais enfin ses forces qui n'ég^aient pas son courage, s'épuisèrent, et il cessa de répondre. — En voilà assez, dirent alws {dusieurs paysans moins barbares que leurs compagnon*, il n'y a pas d&justice à tous menterainsiuuenfantquinenousajamaisfaitdeni^, — Et profitant d'un instant où Toussaint Gille« n'était pas li, ilsretirërentdupuitsH' le charalier ; il étajt temps, orÛ avait perdu connaîssaacej et pendant qvdque temps M crut qu'il était tout à fait mort.
— Pauvre enfant! r^>éta la taarii{uise d'un ton de cODBtpassioQ.
— Est-il posMble que de pareilles hoireurs aient été commises es effet, dit la douairière avec un acceutd'inaédulité 1 Plutât que de le croire, j'aime mieux supposer qu'en cette circonstance la mémoire deU.lejuge de paix h sert ma], ou que son imagination de poète m exagérant les faits...
— Madame, înteriompit sèdiemeut le vieux magistrat, j'ai septante-deux ans, mais je ae radote pas eaeor*, et si
U GERTILBOlun GAHPAGHARD. ITS
mon imagination n'est pas des plue briUantes, ma mémotre, en revanche, est fort bonne; je n^venfe rien. Je raconté ce que j'ai vu.
— lie récit de M . Bobilier est en effet de l'exactitude la plus scrupuleuse, dit Uéraclius, et à part une petite lacune que i'w lieu de croire volontaire il s'accorde de tous points avec celui que mwi oncle /n'a fait plusieun fcHs des
— Une lacune, monsieur le marquis T
— Que vous me permeUrez de combler. Ce ne fat p» de leur propre mouvement, ainsi que vous l'avez d<HHié ft entendre, que les moins féroces de ces bandits mirent fin à la torture de mon onde ; ce fut It^sque, 6 Iokb de ny montranceq, de supplications et au risque de devenir victime de votre dévouement, vous fâtes parvenu à ranimer quelques sentiments humains dans ces Inus onielles et abruties. A part vous, toutes les personnes tpà ont as^^ à la scène que vous venez de raconter, conviennent que ce jour-là vous avez esposé votre vie pour sauver «elle de mon oncle.
— De grâce, monâenr ie marquis. . . dît le vieillard avec une sorte de confusion.
— Non, mon cher Bobilier, je n'accorderd aucune gr&ce à votre modestie, cgr, vous la poussez réellement Jusqu'il l'exagération. Mon çncle lui-même, quiserappeQe parfùtement tous les incidents de cette journée^ m'a dît à plusieurs reprises que, sans votre courageuse iiderventioai, il eMfinî infailliblement par être noyé.
— Monsieur le baron est mille fois trop bon de se sosvcnir...
— Qu'il TOUS doit la vieT Mais il me semble que c'est bien le cas d'avoir de la mémoire, dit madame de ObJkleaHgii'on en adressant au vieillard un sourire plein de bien< veiUance.
— A supposer que J'ai été en effet assez heureux pour
•16 (EIVIIS m CH. DB nSRAKP.
diMiiKT k U. le baroQ une faible preuve de dévouement, je n'ai fait que mon devoir, dit M. Bobilier du km le {dus naturel, mais avec l'accent d'une conviction profonde.
— Mon dier juge de paix, reprit Héraclius, ne cherchez pas, par excès de délicatesse, à amoindrir une action qui vous assure des droits étemels à notre reconoaissance. Quelque amitié qui unit depuis longtemps nos deux fanûlles, votre devoir n'allait certes pas jusqu'à vous faire tuer pour sauver mon oncle, comme vous en couriez le risque. Où vous voulez ne voir qu'une obligation accomplie, je v^, moi, et tout le monde ici sera de mon avis, le trait de dévouement le plus gratuit, le plus spontané et le plus généreux.
— Monueur le marquis, répondit le vieux magistrat en ^(^ant d'un air de respectueuse gratitude, quelque flatteuse que soit pour moi la distinction que vous venez d'établir, je prendrai la liberté de maintenir ie terme dont je me suis servi, car c'est le seul qui ai l'exactitude désirable. Dans la famille des Bobiliers, les pères ont toujours enseigné à leurs enfants, comme devoirs principaux et essentiels, trois choses : la crainte de Dieu, U fidélité au roi et le dévoueoieDt aux Châteaugirons.
— N'en déplaise aux jésuites et à l'Université, dit Langerac, voilà un programme d'éducation qui me semble parfut; seulement il est un quatrième [M^ple que je m'étonne de ne pas; trouver. De la part d'une race aus^ galante qu'a dCl l'être celle des Bobiliers, si nous en jugeons par M. le juge de paix, j'avoue qu'un pareil oublie m'étonne.
— Quel précepte, Ifonsienrî demanda le vieillard en regardant fixement le vicomte.
— L'amour des dames, répondit Langerac avec une emphase ironiqne; c'était la devise des troubadours, et j'aurais supposé que ce devait être aussi celle des baillis.
— M. Bobilier se redressa sur sa chaise, et répondant par un regard dédaigneux au sourire du persifleur :
— U est posnble, répondit-il, que les jeunes gens d'au»
U SENTOBOMME CAMPAGDARD. ITT
10111x11111), psnni tant d'autres leçong qui leur seraient nécessaires, aient besoin qu'on leur enseigne à aimer tes daines et aies servir^ mais de mon temps, cette tendra vénération naissait d'eUe-mëme dans les cœurs bien placés; c'était un sentiment qu'on suçait avec le lait, et qui réchauffait jusqu'aux dernières gouttes le sang des vieillards.
— En vérité, monsieur le juge de paix, dit gaiement madame de Ch&teaugiron, vous vous exprimez avec tant de feu ausujetdel'amour, que jesuis tent^ de croire...
— Quoi donc, madame la marquise t demanda le vieillard en voyalfl que la jeune femme hésitait à finir sa phrase.
— Qu'en ce moment même les blessures qu'a pu vous faire le dieu malin ne sont pas complètement fermées.
— Je vous jure, madame la marquise, qu'elles l'étaient encore hier matin.
— Estrce à dire que depuis hier matin elles se sont rouverlesl demanda Héraclius en riant.
— Toutes à la fois, et pour ne plus se refermer, répondit le juge de paix, qui s'inclina galamment devant madame de Châteaugiron.
— Hou cher Bobilier, dit le marquis avec un redoublement de bonne hiuneur, vous oubliez que je suis jaloux, et qu'une pareille déclaration faite en ma présence...
— Ha foi, monsieur le marquis, interrompit le vieillard d'un ton leste et pimpant, vous en penserez ce qu'il vous plaira ; mais puisque mon secret m'est échappé, je ne rétracte rien.
— Tout ceci est charmant sans doute, fit la douairière en feignant d'étouffer un bâillement; mais il me semble que la narration de H. le juge de paix n'est pas terminée.
— Je me joins à madame de Bonvalot pour réclamer la fin de l'histoire, dit Langerac; l'épisode des puits est sans doute fort intéressant, mais je suis sla que celui du four ne lui cède en rien.
-r- Si madame la marquise désire que j'achève mon récit,
STS OlUTBEg DB GB. DK ^EMAU.
Je soia {>rèt, répondit M. B(4)Uier d'tm ton qui diUfit «lah fetneat : Peu m'importent vos éloges et \û6 critiques, pourvu que j'obtienne le suffrage de loadaine de CbAtesu^rop,
— J'allais vous prier de icoatinuar, dit Hatbilde avep uu redoublement de bienveillance, car elle reconnaissait de plus en plus dans le juge de ppii des sentiments noUes, g^éreux et dévoués, propres à compeuïer et au àeli quelques petits ridicules.
— Bi3a avant qu'on eût retiré du puits H. le chevalier, 4'autres scènes non moins cruelles s'étaient passées dims te ch&teau. Saisis î> leur retour de la cbasse par Iw paysans insurgés, H, le marquis et M. le comte étaient devenus à leur tour l'objet des outrages les plus indignes- 1*8 brigands voulaient que le premier leur livrât le terrier caché par mon père, et renonçât par un acte foroiel ^ tous ses droits lléodanx; mais M. te marqub déploya dans cette circonstance plus de courage encore peut-être qu'il n'en avait montré à 1» guerre dans sa première jeunesse. -^ Vous pouvez me tuer, mais voua ne parviendrez pas ^ nj'ayilir, répondit-il avec le sang-froid le plus dédaigneux, cbaque fois que ses vassaux ivres de vin et altérés de sang renouvelèrent leur demande et leurs nienaces>
— La g^de meurt et ne se rend pas, dit le vicomte d'un ion léger.
— Tous les braves sont frères, reprit gravement le vieux magistrat ; il n'est donc pas étonnant que H. le marquis, l'un des béros de Laufelt et de Fontenoi, ait tenu dans U circonstance lia plus pénlleuse de sa vie une conduite analogue k celle que Tbistoire attribue au général Cembronna
' sur le champ de bataille de W^erloo.
— L'observation de M. Bobilier est parfaitement juste, dit le marquis en s'adressaat à son ami avec un accent sérieux ; tu devras en faire ton pro&t et te corriger, s'il est possible, de cette frivole habitude de pliùsanter de toid,
— tfercii répondit J^angerac, puisque tu le prends sur
u GnraiLHOian CAiiPASirAitB atf
M toa, je uni donnai* gnwe et rouet emosut un poluon.
— Ea reeonnaisaaut qu'il était impossible de vfàaeK l'bëndqtw réfiitaoca de leur aeigneiv, poursuivit ia juge de paix, lea payiuu sentirent leur fureur «"eulter 'jusqu'à la rage. — Puisqu'il rrfuie de »%aee, dit Toussaint Gilles, emptuyoDS les grands moyens; metUnu-Le dans le four; quelque «otAté qu'il paraisse en 00 momeot, vous rerrei qu'avant que te premier fagot soit watamé il en paasera partout ce que nous voudrons. Tous les autres brigands accueillirent eette proposition îéroai pu des luvlesients sauvages qui firent alors une telle impression «ur mou ei^ prit, que pendant bien longten^ Uw sowreDlr B itotMé mon B(HBin^ et qu'en ce momeot même il dm semUe encore les entendre .
— H. te juge dfl paix a une manière da narrer tî chaleureuse etsî et^orée, dit le vicomte en oubliant l'engagement qu'il venait de prendre, qu'il fait paaaer dans l'âiue de ses auditeurs ses propres émotions, le ne sais et e'est une itlusion, mais il me semble eideodre aussi let cris suivagas dont il vient de parler.
Depois un instant, les ckunetu's confuses des émeutiers villageois se faisaient entendre au dehors.
— On crie en effet, dit le marquis; e'ert tiir U [dace. Sans doirie qudque disputa d'ivro^oes ; car i la ouapogne la célébration du dimaocite coDsista, pour beaucoup de geas, «1 deux points capitaux : boire et te quereU^.
Madune (te Boovalot booiia la tête d'un air de contradiction.
— Nouvâlte injustice envers ces bcffls ChUaaugîronais, dit-elle; car, quelque répréhensibte qu'ait pu être jadis la conduitede leurs pèfes,ie perssteitioire ceux-ci d'excellentes gens; ce que vous prenez peur des cfis de dispute, ce sont des chants fort inofFenâifs.
— Ma mère a raison, dit la jeuoe fenme, 00 <^Dte en effet sur U ^ace, sinon trè&^ust«, da nuMna tate-lnt.
DiglicJbfGoOgle
•lO ŒUVRES DK CH. DB BESKARD.
— De l'indulgence, marquise, de l'indulgence, reprit la douairière; rappelle-toi ce que tu me disais hier : «Nous ne sommée pas ici aux Italiens, a Sans doute quelque concert organisé en notre honneur, et al<Hs il y aurait' de l'ingratitude ft se montrer trop sévère, car c'est le mérite de l'inlention et non celui de l'exécution qu'il faut apprécier. Pour moi, je l'avoue, je suis très-sensible au procédé de ces braves villageois, et je suis d'avis que noas paraissons au balcon pour mieux les entendre ; leurs chuisons gaies et naïves nous reposeront agréablement du lugutwe récit de H. leju^ede paix.
Le refrain de l'hymne patriotique, vigoureusement attaqué à l'unisson par soixante voix à la fois, retentit alors distinctement.
— Crient-ils en chantant ou chant«nt-ils en criant? 6t Langerac; voilà la question, comme dit Hamlet.
— Je serais curieuse d'entendre les paroles, reprit la douairière en faisant mine de se lever, car elle mourait d'envie d'aller sur le balcon et de se montrer au bon peuple châteaugironais.
— D'ai^ès l'air, vous pouvez deviner les paroles, dit le juge de paix, qui depuis un instant prêtait l'oreille avec un étonnement mêlé d'inquiétude. Pendant la révolution, cent mille personnes peut-être ont été ^i^ées au bruit de cette chanson qui vous paraît, madame, » gaie et si naïve.
— C'est en effet la Marseillaise, s'écria Chftteaugiron, dont la physionomie annonça qu'il partageait la surprise, sinon l'anxiété du vieillard.
La Marseillaise f répéta madame Bonvalot, subitement dfeenchantée.
— Pierre, qu'y a-t-il doncf demanda le marquis à l'un des laquais, qui par curiosité regardait à travers la fenêtre ce qui se passait au dehors.
— Monsieur le marqiûs, répondit le domestique en tournant vers sou maître un visage assez effaré^ c'est on
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rassemblement qui marche sur le château ; ils sodI plus de deux cents, ils ont un grand drapeau tricolore, et l'on dirait qu'il veulent enfoncer la grille.
<!h&teaugiroii se leva précipitamment et s'approcha de la fenêtre.
Les autres convives s'empressèrent de l'imiter.
Ils restèrent tous, hommes et femmes, immobiles de surprise àla v>je de la scène inattendue qui i'oScit alors fc leurs yeux.
rtR OV raiHIBB VOLCUt.