PROLOGUE
DOîi FERNAND.
Je croyais vous avoir dit, messieurs, que je vous donnais ma parole?
l'alcade.
Nous avons Tordre de vous ramener, el nous aous ramènerons...
DON FER>AND
Messieurs, je ne suis pas un voleur ou un assassin, ponr rentrer dans la ville où je buis né, où je suis connu, où j'ai n.cn père et ma mère, entre vos alguazils... Provoqué par mon ami don Alvar, je me suis battu contre lui à mon corps défendani ; un duel est un maliieur, mais ce n'est pas un crime ! .Marchez devant, messieurs, je vous suivrai!...
(On enlève le corps de don Alvar.)
l'alcade.
Votre duel n'est pas un duel, don Fernand, puisqu'il a eu lieu sans témoins... c'est un meurtre!.,. Vous rentrerez donc à Grenade comme un meurtrier, non-seulement entre des alguazils, comme vous dites, mais encore lié et garrotté.
DON FERNAND
Messieurs, messieurs, rappelez-vous que le Cid n'a pas voulu se laisser lier les mains, môme par son père.
l'alcade.
11 faudra pourtant bien que vous vous décidiez à vous les laisser lier par nous, mon gentilhomme; et, si ce n'est de bonne volonté, ce sera de force.
DON FERN.\NDj faisant un bond en arrière cl ramassant son e'^-éo.
Messieurs, c'est bien assez d'un cadavre! Voyons, ne me mettez pas plusieurs meurtres sur la conscience dans un seul jour.
l'alcade.
Prenez garde, mon cavalier t Notre jeune roi don Cai-los est
12 LE GENTILHOMME DE LA MONTAGiNE
sévère! Avec lui, le bourreau suit de près le meurtrier! Bas les armes, sefior ! bas les armes !
DON FER N AND
Encore une fois, je vous engage ma pai'olede gentilhomme de me rendre droit à !a prison, et cela à l'instant même, sans retard, dans le temps qa'il me faudra pour gagner la ville, sans passer par la maison de mon père, sans dire adieu h ma mère... Y consentez-vous?
l'alcade.
Non.
DON FERNAND
Je vous offre de vous suivre ou de vous précéder, de marcher à cent pas de vous, soit devant, soit derrière, sans que vous me perdiez de vue... Y consentez vous?
l'alcade.
Non.
DON FERNAND
Eh bien, alors, que le sang retombe sur la tête de ceux qui l'auront fait verser... Venez me prendre!
l'alcade.
Allons, sus au rebelle qui lève l'épée contre les gens du roi !
(Combal entre dou Fernand cl les Alymzils; il on lue un, on Messe deux cl va succomber sous le nombre quand tous les Baudils se lèvent.)