‹ Le Gentilhomme de la montagneChapitre 24 sur 105 · SCÈNE XIJ Les MÊMES, moins les Banpits · texte numérisé non relu

SCÈNE XIJ Les MÊMES, moins les Banpits

DON FERKAND, à don Velasquez,

11 faut leur pardonner. Excellence! ce sont des êtres grossiers et non des gentilshommes comme nous.

(Don Velasquez reste mal rassuré et muet.) DON A FLOR, as-ise à gauche.

Senor, mon père est, je le comprends, sans voix pour vous remercier; permettez donc que ce soit moi qui vous présente nos actions de grâces en son nom et au mien.

DON FERNAND

Venant d'une aussi belle bouche, elles auront une valeur que ne saurait leur donner la bouche m<5me d'une reine, (a don veia.^qiiez.) Sciior, VOUS clcs hbrc... OÙ ailcz-vous ?

DON VELASQUEZ

A Grenade, où le roi m'a mandé.

DON FERNAND, railleur.

Est-il vrai que le roi flamand, don Carlos, à qui le royaume d'Espagne ne suffit pas et qui veut encore l'empire d'Allemagne, daigne, au milieu de ses graves préoccupations, abaisser les yeux jusqu'à nos vallées? Il veut, assure-t-on, qu'un I enfant de douze ans puisse parcourir la route de Grenade à Malaga sans rencontrer un seul homme qui lui dise autre

chose que le salut des voyageurs : «Allez en paix avec Dieu ! »

DON VELASQUEZ

C'est sa volontL^, en effet, et je sais que des ordres sont donnés en conséquence.

DON FERNAND

Et quel terme met le roi don Carlos à cette conquête de lii montagne?

On prétend qu'il a donné quinze jours seulement au grand justicier.

DON FERNAND, souiunt.

Quel malheur que vous ne soyez poitit passée par ici dans trois semaines au lieu d'y passer aujourd'hui, senora! vous n'eussiez rencontré sur cette roule, où des bandits vous ont tant effrayée, que d'honnêtes gens qui vous eussent dit: «Allez en paix avec Dieu! » et qui, au besoin, vous eussent servi d'escorte.

DONA FLOR

Nous avons rencontré mieux que cela, senor, puisque nous vous rencontré un gentilhomme qui nous a rendu la lier té.

DON FERNANDr

Il ne faut pas m'en remercier, senorà.

DONA FLOR

Pourquoi?

DON FERNAND

Parce que j'obéis à une puissance plus grande que ma volonté, parce que je suis un homme de première impression... Il y a entre mon cœur et ma tête, ma tête et ma main, ma main et mon épée, je ne sais quelle sympathie qui me porte tantôt au bien, tantôt au mal, plus souvent au mal! Cette sympathie a pris, dés que je vous ai vue, la colère dans mon cœur et l'a jetée loin de moi; si loin, que, par ma foi de gentilhomme, je l'ai cherchée et ne l'ai plus retrouvée.

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