ACTE PREMIER
DON VEI.ASQIJEZ, pas.'ant au milicn.
Jeimc homme, je vous écoule, et, si voire généreuse action ne suffisait pas à marquer la dislance qu'il y a de vous à ceux parmi lesquels vous vivez, la noble sincérité de votre langage l'indiquerait assez. Le Seigneur miséricordieux a luarqué à chacun sa place en ce monde. Il a donné aux royaumes les rois, aux rois les gentilshonmies, qui sont leur" escorte naturelle. Les villes ont leurs habilanls qui les occupent, bourgeois, commerçants, peuple. Les mers ont leur Vasco de Gama et leur Colomb, c'est-à-dire les hardis navigateurs qui vont, par delcà les Océans, retrouver les mondes perdus ou découvrir les mondes ignorés... Les montagnes, enfin, ont les hommes de rapine, et, dans ces mémos montagnes, Dieu a placé les animaux de proie et de carnage, comme pour indiquer qu'il les assimilait les uns aux autres en leur donnant la même demeure, et qu'il faisait de ces hommes le dernier échelon de la société. '
DON FER N AND
Senor!
DON VELASQUEZ
Laissez-moi dire... Eh bien, allais-je ajouter, il faut, pour que l'on rencontre les hommes hors du cercle où Dieu les a parqués comme des troupeaux d'individus de la môme espèce, mais de valeur difTérente, il faut que quelque grand cataclysme social ou quelque grande catastrophe de famille ait rejeté violemment ces individus du cercle qui leur était propre dans celui qui n'était point fait pour eux. C'est ainsi que nous, par exemple, qui tous deux peut-être étions nés pour être des gentilhommes de la société des rois, avons, chacun de notre côté, subi une destinée différente. Cette destinée a fait de moi un navigateur et a fait de vous...
(Il hésite.) DON FERNAND.
Achevez...
DON VELASQUEZ
Cette destinée a fait de vous un bandit!
Vous savez que le même mot sert pour banni et pour bri-
gand? Les hommes n'ont pas ét(^ justes, mais la langue Ta
DON VELASQUEZ
Vous êtes un banni?
DON FERNAND
Et vous, seûor, qui êtes vous?
DON VELASQUEZ
Je me nomme don Velasquez de Haro.
DON FERNAND, saluant.
Excusez-moi, je suis resté couvert devant vous... et je ne suis pas grand d'Espagne.
DON VELASQUEZ
Je ne suis pas roi.
DON FERNAND
Non ; mais vous êtes noble comme le roi.
DON VELASQUEZ
Vous me connaissez donc?
DON- FERNAND
Le no:n de Velasquez de Haro se trouve mêlé à tous mes souvenirs d'enfance.
DON VELASQUEZ
Qui vous a parlé de moi?
Mon père.
DON VELASQUEZ
Votre père me connaît donc?
DON FERNAND
Il m'a dit qu'il avait cet honneur.