QUATRIEME TABLEAU
La salle des Deux-Sœurs, à l'Alhambra ; au fond, la cour des Lions. — Sur le devant, à droile, une lai)le; dessus un pelil cofïiet, tout ce qu'il faut pour écrire. — Sié;j;es.
SCliNE PREMIÈRE
La (our di-s Lions est pleine de Sei^'iiciirs qui se i>romèiienl cl q'.i :ilteii('.oii'. — DON RUIZ DE TORRILLAS osl .ssis à g.ncl.e, h l.te arp.yee dans la piume de fa main, triste et pensif. — DON LOPIlZ, à droite, cause avec quelques Seigneurs,
DON LOI'EZ
Tenez pour certain, messieurs, que nul ne connaîtra le choix du roi avant qu'il plaise à Sa Majestt!' de le rendre public, et que celui qui recueillera la succession de don Rodriguez de Calnienar, c'est-à-dire qui héritera de la charge de grand juslicier d'Andalousie, sera peut-être Thomme auquel, nous autres
courtisans, nous songeons le moins, (ll te déuchc du gron.w et s'anèlc eu .iperecvani don IJuiz, puis il va à lui. — Le groupe remonte au foi d.) ConUlie,
depuis mon enfance, je suis votre ami, don Ruiz, il me semble que ce serait mal de ma part si, voyant votre tristesse^ je ne vous tendais pas la main et si je ne vous disais : Don Ruiz de ïorrillas, en quoi puis-je vous être bon? à quoi puisjc vous servir? quel ordre avez-voiis à me donner?
DOIS RUIZ, relevant h iè:e et se \c\na\.
Je vous suis abligt!', don Lopez d'Avila; oui, nous soamies
(le vieux amis, et vous me prouvez par l'offre que vous me failes que vous êtes un ami fidèle. Habitez-vous toujours Malaga?
DON LOPEZ
Toujours, et vous savez que, de loin comme de prôs^ à Malaga comme à Grenade/ vous pouvez disposer de moi.
DON RUIZ, s'iiiclinanl.
Je regrette, don Lopez, que ma mauvaise étoile m'ait privé du plaisir de connaître votre arrivée : ma maison eût été la vôtre, et je vous prierais encore d'en disposer, si elle m'appartenait aujourd'hui; mais, depuis ce matin, elle n'est plus à moi... Un liommc dont le souvenir m'est resté cher, quoique nous ayons vécu l'un et l'autre d'une vie bien différente et toujours séparés, un compagnon de ma jeunesse est venu à Grenade... Ne le trouvant pas ta riiôtcl où il est descendu, je lui ai laissé un mot et j'ai emmené sa fille... Elle est installée chez moi... Cet homme, vous le connaissez mieux que persomie, car, depuis longtemps, il habite connue vous Malaga. — t'est don Velasquez de Haro.
DON LOPEZ
J'ai entendu dire, en effet, par don Ramiro,mon fils, que don Velasquez et sa fille étaient arrivés hier ici, après avoir coui'U de grands daijgers dans les manfagnes, où ils avaient été arrêtés par le Saltéador.
DON RUlZ, avec cmolion.
Mais enfin... ils lui ont échappé?
DON LOPEZ
C'est-à-dire que ce bandit, qui a l'audace de se dire gentilhomme... a agi vis-à-vis d'eux en prince, à ce que m'a dit mon fils; il les a renvoyés sans ranron et même sans promesse!... Ce qui est d'autant plus beau que don Velasquez est le plus riche gentilhomme et doua Flor la plus belle fille de l'Andulousie.