ACTE DEUXIEME
DON RUIZ
Don Ruiz de Torrillas.
DON CARLOS
Relève. -toi et parle.
DON R UIZj après avoir reganlé autour de lui.
Les oreilles royales seules doivent entendre ce que j'ai à dire au roi.
DON CARLO s, àsa suiti?.
Éloignez-vous.
DON RUIZ
Sire, excusez si ma voiv ti'enible, mais je me sens à la fois confus et trouble^ d'a\oir à vous demander une grùcc pareille à celle qui m'amùne devant vous.
DON CARLOS
Parle lentement, afin que je te comprenne bien.
DON RUIZj avec amerlume.
C'est vrai, j'oubliais que Votre Altesse parle encore difficilement l'espagnol.
DON CARLOS, froidement.
Je l'apprendrai; senor... J'écoute.
DON RUIZ
Sire, j'ai un fils de vingt-quatre ans; il aimait une jeune dame... mais, craignant ma colère... car j'ai à me reprocher peut-être davoir été tout à la lois trop sévère et trop indifférent pour ce mallieureux jeune homme... craignant ma colère, il s'est engagé avec elle sans ma permission, et, quoiqu'elle lui ait accordé les droits d'un mari, il remettait chaque jour à lui donner le titre de femme... La seiiora se plaignit à à son père. Le père était vieux et, comme don Diègue, se sentait le bras trop faible pour lutter contre un bras de vingt ans ; il chargea son fils don Alvar de la vengeance. Don Alvar ne voulut pas écouter les excuses de mon fils... Les deux jeunes gens se battirent, et don Alvar fut tué.
68 LE. GENTILHOMME DE LA MONTAGiNE
Un duel!... Je n'aime pas les duels.
DON RUIZ
11 est telle circonstance, Altesse, où un homme d'honneur ne peut reculer, surtout lorsqu'il songe qu'à la mort de son père, il aura le droit de rendre compte directement de ses actions à son roi et de lui demander sa grâce, la tête couverte.
DON CARLOS
Oui, je sais que c'est un des privili^ges de vous autres grands d'Espagne... Je régulariserai tout cela... Continue.
DON RUlZ.
Le duel eut lieu sans témoins; six alguazils voulurent arrêter mon tils et l'emmener de force en prison. 11 en tua deux et s'enfuit dans la montagne.
DON CARLOS
Ah! ah! c'est-à-dire que tu es gentilhomme, mais que ton fils est bandit.
DON RUlZ.
Sire, le père de don Alvar, qui poursuivait mon fils, est mort... et avec lui sa colère est morte! Sire, la jeune dame est entrée dans un couvent et j'y paye sa dot... comme si elle était princesse royale... Sire, je me suis arrangé avec la famille des deux alguazils morts et avec l'alguazil blessé... mais à ces arrangements j'ai usé toute ma foi'tunc, si bien que, de tout le patrimoine de mon père, il ne me reste que la maison pue j'habite sur la place de la Viva-Rembla. Peu importe, du moment où le prix du sang est payé, car, avec un mot de Votre Altesse, l'honneur sortira pur des ruines de la fortune. ( Do»
Carlos reste muel^ don Riiiz pliC de nouveau le gci;o i cl ccntinm.) DoUC, AKeSSC,
je vous supplie, prosterné à vos pieds... donc, sire, je vous conjure, et cela mille et mille fois, puisque la partie adverse se désiste et qu'il n'y a plus contre lui que votre pouNoir royal, sire, je vous supplie et conjure de pardonner à mon fils! (^o roi resc icn-if.) Sire! sirc ! jetez les yeux sur noire histoire, et