ACTE DEUXIEME
DON RUIZ
Que voulez-vous, senor! le roi don Carlos avoue lui-môme qu'il ne sait pas encore l'espagnol; et moi, de mon côté, j'avoue que je n'ai jamais su le flamand. Mais revenons à vous... Et surtout, parlons de votre charmante fille, don Velasquez... J'ai pu voir que la mauvaise rencontre qu'elle a faite hier dans la montagne n'a eu aucune influence sur sa santé...
DON VELASQUEZ
Ah! vous savez déjà cela?
DON RUIZ
Ce qui arrive à un homme de votre importance, don Velasquez, est un événement qui a des ailes d'aigle. Don Lopez m'a dit que vous aviez été arrêté par le Saltéador.
Vous a-t-il dit aussi que, se conduisant en gentilhomme et non en bandit, ce chef si redouté, lion et tigre pour les autres, s'est fait agneau pour nous?
DON RUlZ.
Il m'a dit quelque chose de cela; mais je suis heureux qu# la nouvelle me soit confirmée par vous.
DON VELASQUEZ
Je vous la confirme, et j'ajoute ceci : c'est que je ne me croirai quitte envers ce brave jeune homme que lorsque j'aurai tenu la promesse que je lui ai faite.
DON RUIZ
Et quelle promesse lui avez-vous faite?
DON VELASQUEZ
Je lui ai juré que, me sentant pris pour lui d'un intérêt véritable, je ne laisserais pas de repos au roi don Carlos qu'il ne m'eût accordé sa grâce.
DON RIIZ.
Il VOUS la refusera !
DON VELASQUEZ
Et pourquoi?
DON RUIZ
Vous me demandiez tout à l'heure ce que je faisais aux. pieds du roi...
DON YELASQUEZ.
Eh bien?
Je lui demandais cette grâce.
DON VELASQUEZ
Vous?...
DON RUIZ
Oui!...
DON VELASQUEZ
Et quel intérêt portez-vous donc à ce jeune homme, ditesle-moi, scnor don Ruiz; car alors j'agirai avec une double instance, sachant que j'agis à la fois pour un ami d'hier et pour un ami de trente ans.
(Entre doua MercéJès, voiloc et \clue de noir. Elle est acccmpagnoc de deux Domesliquos.)
DON RUIZ
Donnez-moi votre main, don Velasquez.
DON VELASQUEZ
Voici ma main.
DON RUIZ
L'homme dont nous parlons est mon fils.
DON VELASQUEZ, avec la jd'i? grande tiirrrlie.
Votre fils!...