SCÈNE VH
DOxN CARLOS, GINESTA.
(Don Cailos s'assied à gauche. Ginosla s'uijciiouillc prés de lui.) GlNESTAj lui pn'scutant nu papier ou\cr!.
Siro, lisez.
DON CARLOS, prenant le papijr.
Le roi Philippe ! La signature de mon pure! Explique-moi cela, mon enfant.
GÎNESTA.
Avant tou(, Votre Altesse reconnaît-elle ce parchemin et cet anneau?
DOIS CARLOS
Oui, je les reconnais... Mais comment se l'ait-ii que l'un cl l'autre soient entre tes mains?
G1^ESTA
Ma mère est morte et me les a laissés, ce l'ut mun seul hérilage... mais, vous le voyez, sire, un héritage royal!
DON CARLOS
Comment votre mère a-t-elle connu le roi Philippe le Beau?
GINESTA.
Pardon, sire, mais, avant tout, Votre Altesse se rappellet-ellc... lorsqu'elle est entrée, tout enfant, dans la chamlire de son père mourant, avoir vu un enfant et une fennne bohème sortir par la porte opposée à cell • par laquelle Votre Alte^ree entrait?
DON CAULOS.
Oui; je me suis demandé souvent quelle pouvait être cette i'emme... (|uel pou^aitétre cet enfant.
GINEST^i
Celte femme était ma môre !
DON CA RLOS , lui prenant la main. — Elle se lève.
El lu mère?
GINESTA.
Avait connu Je roi Philippe le Beau eh Bohème, quand il 'l'était encore qu'archiduc d'Auliicho. Au milieu de ^es nomhi'oiiscs amours, celui qu'il eut pour ma mère est peut être le seul qui ne faiblit jamais. I.orsqu'eu loOU voire père partit pour l'Espagne afin de se faire proclamer roi, il donna ordre à ma mère de le suivre; mais manière n'y consentit qu'à la condition que le roi reconnaîtrait pour bien à lui l'enfant dont elle était accouchée deux mois auparavant. Ce fut alors qu'il lui donna ce parcliemin que vous tenez, sire. E'anucau hii fut donné seulement le jour où Voire Altesse nous vit auprès du lit de son père mourant.
DON CARLOS
Et cet enfant?
GINESTA.
Cet enfant, c'est moi, Altesse.
DON CARLOS, se levant.
Embrassez-moi, ma sœm'!
GINESTA.
Sire, avant tout, la sœur est venue ici, non pas pour le réclamer un rang, des richesses, des honneurs, mais pour le demander une grâce au nom du roi l-hi!ippe, notre père.
Laquelle?
GINKSTA.
Ollc de don 1 eruand de Toirillas...
DON CARLOS, passant à dro te.
Et si je te disais que la grâce que tu me deniaudes, et que j'ai déjà refusée aujourd'hui même à deux personnes, est à une condition... ou plutôt à deux conditions?
GINESTA.
Alors, tu m'accordes sa grâce?
DON CARLOS
Attends, avant de me remercier, de connaître ces conditions, jeune filie.
GINESTA, radieuse.
J'écoute, ô mon roi! j'attends, ô mon frère!
DON CARLOS
Si la première de ces conditions était de me rendre celte bague, d'anéantir ce parchemin, de t'engager, parle serment le plus terrible, à ne. parler à personne de celte naissance royale, dont cette bague et ce parchemin sont les seules preuves?
GINESTA.
Sire, la bague est à votre doigt, gardez-la; le parchemin est à votre main, déchirez-le... Dites-moi le serment que je dois faire, je le prononcerai... Quelle est la seconde condition?
Lorsque, nous autres chefs de religion, nous faisons grâce à quelque grand pécheur de la peine temporelle qu'il a encourue, c'est à la condition qu'une âme pure, digne d'obtenir • son pardon spirituel, priera jour Itii aux pieds des autels de miséricorde... Connais-tu une créature humaine, innocente et cliaste, qui soit disposée à entrer en religion, à renoncer au monde, à prier jour et nuit enfin... pour le salut de Tànie de celui dont je vais sauver le corps?