‹ Le Gentilhomme de la montagneChapitre 86 sur 105 · ACTE QIATRIKMK · texte numérisé non relu

ACTE QIATRIKMK

Avait-il conscience desesaclioiis, celui que, dans ce moment-là, un adversaire provoquait, insultait peut-être?. ..Non, je neveux rien dire qui soit à la char^^c de don Uaniiro : il a tout fait pour éviter cette fatale querelle, je veux le croire, je le crois ; mais, sire, il avait l'épée à la main et, devant une épée, demander à Fernand de reculer, c'est demander au sanglier blessé de ne pas faire tète au chasseur, à un insensé d'avoir sa raison. Don Ruiz le sait bien; et, le sachant, comment a-t-il pu croire que sa voix serait écoutée?... Qu"espérail-il en menaçant, lorsqu'en priant, lanière elle-même n'eût peut-être rien obtenu de son lils?... Kt cependant, qui doute du cœur de Fernand, de son respect pour moi, de sa tendresse? Personne; oh! personne, sire! Eh bien, me chérissant comme il me chérit, lorsque, tout jeune encore, presque enfant, il se crovait l'objet dune raillerie ou d'un dédain, quand le sang lui montait au visage avec li colère, il devenait sourd à ma voiv, il méconnaissait mes ordres, il m'eût repoussée aussi, connue il a fait de don Ruiz... Seulement, moi, je ne menaçais pas, je pleurais, et, dès que s'élaircissait le voile que la colère avait jeté sur ses yeux, dès que le jour se faisait dans cette ànie un moment obscurcie, il venait en silence s'agenouiller devant moi; ses yeux baissés semblaient craindre de lencontrer les miens; il pleurait à son tour, et sa vie, alors, il l'eût donnée pour expier sa faute. Sire, on ne demande pas compte de ses actes à l'enfant que la raison n'éclaire pas encore. Celui qui la perd une heure, un instant... pendant cette heure, cet instant n'est-il pas redevenu un enfanf, et ne peut-on lui pardonner?... Sire, la volonté fait le crime, et celui-là n'est pas coupable qui a agi sans discernement. Sire, Fernand n'est pas criminel! Ce n'est qu'un malheureux digne de pitié.

[Elle tombe à gcnoiix.) LE ROI.

Ce n'est pas à m\ pitié, madame, que l'on a fait appel, c'est à ma justice.

DOKA MERCEDES.

Oui, je le sais... et, si elle doit être inflexible, puisse celui qui l'a invoquée en éprouver un remords éternel!

( Elle se relève )

LE KOI.

Femme, celui qui l'a invoquée est un père, c'est-à-dire le cljef de la maison, le représentant de Dieu dans la famille, comme je suis son représentant sur le trône. Qui l'outrage est impie, qui le frappe est saciilége... C'était son droit de me demander justice; c'était pour lui une obligalion, car tout chef de famille est un gardien de la morale publique. Lt quel plus grand attentat contre les lois divines et humaines que le lils révolté contre le père, le vassal foulant aux pieds son suzerain, la créature souffletant son créateur!... Pleure, tu es femme; prie, tu es m'-re; mais laisse-nous, nous auti'cs hommes, accusateur ou juge, père ou roi, sui\re inflexiblement la ligne du devoir.

DONA MERCEDES

Non, sire!... un père ne dénonce pas son fils!... Vous parlez du renverse r.ent de toutes les lois naturelles?... En serait-il un plus grand que celui-là: le père dénonçant sa propre

chair?.. {V.U niioonue le regard (le don Cirios.) Oui... jC Sais qUC dou

lluiz l'a fait, aveuglé qu'il était par son ressentiment; mais, devant les conséquences de son action, peut-être s'éi'ouvanlet-il au fond du cœur! peut-être voudrait-il déjà désarmer votre main sévère du glaive que lui-mOme y a placé. La voi\ qui a crié vengeance sei'ait-elle moins écoutée si elle criait grâce?... De quel nom faudrait-il appeler cette justice qui lc piévai:draitde laccusation et repousserait la défense?, .qui accueillerait la colère et serait sans pitié pour les remor(!s?... Ali ! sire, par ceux qu'il aurait un jou;-, p:ir mon (K'scspoir...

LE l; 01.

Pourquoi donc Otes-vous seule à nrj supplier, dona Mercedes?

DONA MEMCÉDÉS.

Sire...

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