‹ Le Gentilhomme de la montagneChapitre 89 sur 105 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

moins, qu'elle fût souillée d'un si grand c:rime. Que la mère se taise, ou contrainte ou confuse; qu'elle n'ose ou ne puisse confesser la vérité, même en présence du billot préparé pour son fils, je la plains, je l'excuse, je ne la juge pas. Mais que l'on me demande, à moi, d'étoulîer dans mon cœur la voix qui me crie : « Sauve-le, c'est ton devoir!... Sauve-lS, c'est ton fils!... » que je m'impose une discrétion barbare, et craigne, même aux dépens de l'iionneur de la mère, de préserver la tète de l'enfant?... Non, sire, ce serait criminel, révoltant, impossible... Mercedes, pardonnez-moi, vous que j'ai tant aimée! vous dont je n'ai jamais prononcé le nom qu'avec respect; vous qui, même après mon aveu, n'avez pas perdu tout droit à la considération, à l'estime... Pardonnez-moi de vous avoir forcée à rougir d'une faute qui fut la mienne, et, plus encore, celle de nos familles... Pourquoi la haine succéda-t-elle à l'amitié qui les avait unies jusque-là? pourquoi voulurentelles séparer ceux qu'elles avaient lapprochés?... Qu'avionsnous à voir, nous, pauvres enfants nés lun près de l'autre, qui avions grandi l'un pour l'autre, qu'avions-nous à voir aux haines de nos parents?... Et quand, pendant dix ans, on nous avait répété chaque jour : « Aimez-vous! » n'étions-nous pas bien excusables de ne pas obéir, quand on nous disait tout à coup : « Haïssez-vous!... »'

DON A MERCEDES, qui étiil assise, à part, en se levai t.

Oh! quel souvenir!... (Faisant un mouvement pour so.iir.) Sirc... permettez...

(Un regard de don Carlos la retient. — Elle s'agenouille.) DOIS VELASQUEZ.

Voilà ce qui la perdit, ce qui nous perdit tous deux... Oh! ce fut une terrible épreuve, quand, déjà coupable, et toujours repoussé par son père, prêt à suivre le Génois Christophe Colomb sur des mers inconnues, je reçus une lettre d'elle, qui m'avertissait des conséquences de notre faute, et m'apprenait que nous n'étions pas malheureux à demi. Je dévorai l'espace qui sépare Palos de Cordoue. Je sautai dans une barque attachée au rivage, et, profitant de la nuit, ainsi que des

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Ilots grossis (la Gii itlalqui\ir, qui m'c'lovaient presque jusqu'au balcou où elle avait oiitums de Qi'attendre, je m'élançai piès d'elle. Oh! M.'!c.'':lès 1 Mercédùs! ne vous suppliai-je pas de fuir avec moi?... Dites si je n'épuisai pas toutes les instances, toutes les i)r;èrei?... Votre père venait d'être ruiné, et vous, la dernière (oisolaîio i, la seule compagne de votre père devenu pauvre, vous élie/. résolue à lui tout confier, à vous exposer à sa colère, mais à ne pas le quitter... Diîes si. vingt fois dans cette unit, je n:^. descendis pas dans ma l)arque et ne remontai pas an balcon?... Dites si, la dernière, je ne vous pris pas dans mes bras et ne voulus pas vous einporter de force?... On venait à vus cris... il fallait fuir... Je la quittai pour toujours, sire, et je tombai sans mouvement en sentant son cœur se détacher du mien.

(Mercédèi s'incline et lombe à genoux divant le roi.)

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