CINQUIÈME EXERCICE
L'ennemi est là; de toutes parts, les soldats sont cachés, on crie alerte! voilà une patrouille qui passe. Allons. Un offi-
cicr qui porte le drapeau est entouré par 1, 2, 3, 5, une masse d'ennemis, je le saisis au cou et, en l'étranglant, je le renverse et lui dit : Allons, rendez-vous ! puis, je saisis mon pistolet et je le tue. Alors, je saisis le drapeau, en criant: Victoire!
Le lecteur, nous pardonnera la longueur de ce chapitre, tout entier consacré à l'art mimique; mais il avait sa place dans un livre sur le geste qui en est la base.
Il nous faut, pour terminer, montrer la mimique chez les peuples primitifs, et pour cela les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord vont nous servir d'exemple. Le Patriote illustré de Bruxelles a publié à cri égard un article des plus intéressants. Les conditions de la vie des Peaux-Rouges ont nécessité chez eux un perfectionnement rapide du langage mimé et du geste. Ce smil des peuples dits à grands parcours, c'est-à-dire qui vivent de la chasse sur d'immenses territoires où ils se rencontrent les uns les autres el où ils sont forcés d'échanger des idées, de s'entendre, bien qu'ils parlent des langues absolument différentes les unes des autres aussi.
Les Peaux-Rouges, dont le langage, à dessein amphigourique, et les expressions métaphoriques, dénotenl toute l'intelligence et la finesse, répandus sur un immense territoire, d'Alaska à Panama, oui été obliges, pour se comprendre, d'employer un langage mimé uniforme, puisque leurs langues étaient différentes, aussi allons-nous trouver chez eux une mimique absolument parfaite, Elle aura ses
signes généraux, ses gestes de mots et ses gestes particuliers de tribus, tout, en un mot, ce que nous rencontrerons dans notre art mimique le plus raffiné.
Voyons d'abord les signes généraux.
Et, d'abord, on emploie la couverture. Quand les Omalias constatent l'apparition d'une bande de buffalos, ils déploient la couverture en longueur en tenant les bras aussi écartés que possible. Quand ils se préparent à camper, ils élèvent la couverture sur un pieu. Pour un signal d'approche, ils s'abaissent ; pour s'éloigner, ils la secouent. Chaque but divers, en un mot, et chaque idée générale a donc chez eux une manière spéciale de présenter la couverture.
Si, à un moment donné, il devient nécessaire de communiquer avec des amis à distance, on utilise la fumée et même la poussière, et en diversifiant les intervalles et la position relative des foyers, on obtient une grande variété de signaux. La nuit, ce sont des flèches de feu, qu'on lance en l'air, de multiples façons, et qui sont aperçues à de grandes distances.
Mais, les signes les plus intéressants sont les gestes de la conversation. Que de fois, dans le Var-West, des transactions importantes en fourrures n'ont-elles pas été conclues, des locations consenties, des traités conclus sans qu'un seul mot ait été échangé entre les tribus. Les interprètes Indiens, employés par le gouvernement des États- Unis, sont remarquablement experts en ce genre de langage. Quelques-uns des gestes et signaux en usage sont étrangement éloquents. Prenons quelques exemples : Pour exprimer qu'une chose est mauvaise, répugnante, quel est le signe?
L'Indien secoue les doigts de la main droite en dehors, comme s'ils étaient mouillés. Mais, chez certaines tribus, les doigts sont à moitié fermés et le pouce replié sur les deux premiers doigts, la main est rejetée derrière le dos. du côté de l'objet en question, de façon à indiquer qu'il n'est bon qu'à être jeté.
Le qualificatif brave, eourageux, est exprimé chez les Shoshones en fermant le poing droit et le plaçanl sur la poitrine. Mais, chez les Sioux, les deux poings sont poussés en avant, à une certaine distance de la poitrine, les paumes en dedans et le poing droit à quelques centimètres sous le gauche.
Chez les Commanches, le geste est celui (pie donne notre dessin.
La mort est exprimée en dirigeant l'index vers le sol el aussi en croisant les bras sur la poitrine, puis en les posant sur la tète inclinée. Le geste des Bannacks est celui (pic nous donnons. Pour exprimer lç mot mourant, nous donnons le geste en usage chez les Aparhes, les ('onmta/tche\\ et pour presque mourant, mais en voie de guérison, La main s'abaisse lentement vers le sol, puis se relève avec la même lenteur.
Croître a un signe très expressif : la main est tenue comme dans le dernier, après quoi on la relève en l'air.
Pour rien on je n'ai rien, les Sioux se servent d'un signe très naturel : ils font passer vivement la paume de la main droite sur la gauche, depuis le poignet jusqu'au bout des doigts.
Pour exprimer le signe d'amitié, voici le geste des
Dakotas. Il est remarquable que rarement un Indien donne une poignée de main à un autre Indien. Cette marque d'alliance ne s'emploie qu'avec les blancs.
Pour tué, voici le geste des Cheyennes. Pour la pluie, c'est celui des Shoshones et des Apaches.
II y a le soleil ordinaire et le soleil tel que l'expriment les Cheyennes. Tous deux signifient la même chose, car le disque solaire complet est indiqué dans les deux manières. Pour indiquer un arbre, on tient la main devant le corps, comme le montre le dessin, et on l'élève peu à peu afin de donner l'idée de croissance.
Geste mensonger : l'emblème de la fausseté, du mensonge chez les Aukarcs. Ils font mouvoir l'index et le médius, écartés dans le sens de la ligne pointillée.