LA DANSE
La mimique et le geste, dit-on volontiers, ont ce défaut capital de ne jamais pouvoir exprimer ou représenter que des idées générales, vagues, idées que chacun, à cause précisément de ce manque de netteté de l'expression gesticulée, a le droit d'interpréter un peu comme il l'entend. En d'autres termes, la mimique serait exclusivement composée de mois à double sens, de synonymes d'équivoques, ou mieux de contresens.
De la sorte, ajoute-t-on, rien de précis dans celle façon d'exprimer la pensée; une scène mimée es! toujours papillotante, floue, que le moindre mot, la moindre phrase viendrait tout à coup éclaircir et rendre intelligible. Le geste donc ne peut se passer du mot : le second esl une chose naturelle, que tout le monde saisit, entend et comprend : le premier, au
contraire, une chose toute conventionnelle et hiéroglyphique en soi.
Voilà, si nous ne nous trompons, l'argument typique des adversaires du geste ou plutôt de ceux qui ne connaissent rien à, cette façon de langage.
Eh bien! on ne peut répondre qu'une chose à leur argumentation : Autant de mots, autant d erreurs!
Nous avons déjà fait en grande partie, justice de ces hérésies dans le chapitre précédent consacré à l'art mimique, nous avons rapidement, mais suffisamment montré combien cet art est grammatical, naturel, physique, physiologique et adéquat en tout et pour tout au génie physique et au génie intellectuel de l'homme.
Nous allons maintenant montrer qu'il est bien plus naturel que la parole, et en faisant le procès de cette dernière, en citant à la barre le langage articulé, nous démontrerons jusqu'à l'évidence que s'il y a au monde quelque chose de conventionnel, de grotesque, c'est bien ce langage articulé et l'orthographe qui en est le corollaire, l'accompagnement obligé; qu'un beau discours bien mimé est certainement supérieur à un beau discours parlé, ne fut-ce que par cette raison toute physique qu'il est perçu par l'œil, organe d'un sens; la vue, bien supérieur, bien plus aigu, et qui occasionne des sensations bien plus vivantes, plus vibrantes, plus suaves que l'oreille et l'ouïe, sens éminemment secondaire et toujours plus ou moins obtus et que, enfin, ceux-là seuls, le nient qui ne comprennent pas la mimique étant aussi auvergnats visà-vis d'elle que l'auvergnat en face d'un beau discours parlé. L'un ne comprendra pas plus l'une, que l'autre l'un, tous
Jeux manquant de la même éducation, de la même instruction', de la même habitude, nécessaires, indispensables et qui ne sont pas plus conventionnelles, si l'on veuf bien y réfléchir, quand il s'agit de l'autre que quand il s'agil de l'un.
Paradoxe, dira-t-on? Eh bien! suit, faisons du paradoxe, cela est amusant, quelquefois. Rappelons-nous d'ailleurs que le paradoxe est une vérité en avant de peu seulement à l'horloge du temps et de l'évolution humaine, et (pic sous le grotesque apparent du paradoxe se cachent souvenl aussi de singulières vérités.
Mais prenons tout de suite un exemple qui va séparer le discours de la mimique ; et puis essayez donc d'en rétorquer la justesse et de montrer que dans certains cas, pour ne pas dire tous, la mimique n'est pas supérieure au langage e\ ne se comprend pas mieux que lui?
Par ce temps de socialisme où le prolétarial cherche a arriver à son tour au pouvoir, voilà cependanl vingl ans que, par des affiches manuscrites ou imprimées, par îles journaux, des placards, des discours, des meetings, des conférences, par tout l'arsenal en un mot, cl tous les procédés du langage articulé, par tous les artifices de la parole, il essaie de l'aire comprendre au bourgeois que son heure esl passée et que la sienne, par contre, esl venue.
A quoi, je vous le demande, ont abouti toutes ces phrases, cette incontinence de langage articulé? A rien. Le bourgeois continue à rire d'un rire de béai satisfait; les mots de liberté, égalité, fraternité, que l'autre cependanl lui corne aux oreilles sur un ton qui veut clairement dire : .1 moi
V assiette au beurre ! lui entrent d'un côté et lui sortent de l'autre, et il se complaît dans cette idée, faisant ainsi luimême le procès du langage : Tout ça, à1 est des mots !
Mais supposez maintenant que le prolétariat passe tout de suite, demain, si vous voulez, pour reculer l'échéance à son extrême limite, de la parole à l'acte et à son geste.
Au lieu de coller son placard sur papier plus ou moins couleur sang de bœuf au-dessous du réverbère, dans l'ombre tremblotante à la lumière, que profile la barre d'appui sur le mur ; qu'il croche une bonne fois dans la peau du bourgeois et qu'il en suspende un, le premier, à cette même barre dont le cadavre laid , parce que bourgeois même dans la sublime horreur de la mort, pendra, tournoyant dans le vide, lugubrement en une lenteur passive et pesante à l'extrémité de la corde qui s'enroule et se déroule tour à tour, et jugez de l'effet produit par cette formule nouvelle de revendication sociale, la mimique?
Allons même plus loin : Racontez donc à un bourgeois cette scène, employez pour la lui dépeindre toutes les ressources oratoires de la plus admirable langue, savez-vous ce qui arrivera? il rira, et vous traitera de fumiste. Demain, d'ailleurs, il n'y pensera plus.
Mais qu'il assiste à la pantomime, que blême et froid, la peur au cœur, les mains moites, il sente déjà en lui les alfres de l'heure et de la débâcle suprême en voyant lentement monter au crochet en un geste macabre d'agonie asphyxique celui qui fût lui, croyez-vous qu'alors il sera nécessaire de lui frapper sur l'épaule et de lui dire : Hé l'homme! avezvous compris? Croyez-vous qu'il sera nécessaire de lui expli-
quer à ce moment eompendieusement de quoi il s'agit, ce qui tourne et ce qui retourne, de lui préciser la chose, de lui parler en un mot? Oh! que non, la mimique et le geste auront suffi. En leur superbe et cruelle éloquence, ils lui auront mis sur les i tous les points nécessaires et sous La lanterne tout ce qu'il faut pour comprendre, et toul mot serail superflu. Et il se sauvera, l'imbécile, encore une fois, encore une fois cherchant le sabre protecteur, recommençant sans cesse la même pantomime dans laquelle toujours aussi il joue le même rôle, bien qu'il s'en défende, celui du nigaud et du pantomime vaniteux.
En cela consiste la différence capitale qui existe entre le théâtre et la pantomime. Vous voyez donc bien que La mimique a, sur la parole, des avantages incontestables, nécessaires, indispensables même à certains moments de l'évolution sociale d'un peuple et qu'elle exprime aussi bien des idées générales que des faits particuliers avec, quelquefois, une étonnante et merveilleuse précision de sens.
Mais prenons maintenant La question à un point plus élevé, plus philosophique, [dus absolument scientifique aussi ; accrochons le bourgeois d'un étage plus baut.
Qu'est-ce que la vie en résumé, dans son expression phénoménale tout entière ?
Du mouvement, pas autre chose. Dieu, c'est le mouvement; la loi suprême de la nature est dans le mouvement et dans ses transformations. De ses transformations, de ses diverses manières d'être, naissent la lumière, La chaleur, l'électricité, toutes les grandes forces, en un mot, qui nous entourent, dont nous vivons et dont notre corps aussi bien d'ailleurs que
notre intelligence ne sont que la résultante, la fonction.
Cela est de la science pure, absolue, démontrée mathématiquement et expérimentalement, et l'une des principales conquêtes, l'une des principales préoccupations de la science actuelle est de rechercher Dieu, c'est-à-dire la loi de ce mouvement, et de surprendre ces diverses transformations dos forces les unes dans les autres.
Sur notre planète, le mouvement nous est transmis par le soleil sous forme de lumière et de chaleur, c'est-à-dire sous forme de force vive que les plantes emmagasinent, la transformant en force latente; puis l'animal vient qui mange les plantes et retransforme à son tour en force vive la force latente qu'il vient d'emmagasiner. Tel est, en résumé, le problème de la vie, un perpétuel mouvement de composition, de décomposition, de transformation.
La matière qui n'est elle-même qu'un mouvement arrêté , transformé, se métamorphose sans cesse, sans que rien ne se crée, sans que rien ne se perde et seulement par un simple mouvement. La vie est un simple emprunt de force vive de mouvement au père et à la mère ; la mort , la restitution de ces forces vives à la terre en mouvement ellemême, ce réservoir gigantesque du mouvement latent.
Donc tout ce qui dans la nature se rapprochera davantage1 de cette loi du mouvement, tout ce qui découlera plus directement de cette force, sera partant plus physiologique quand il s'agira de l'homme, plus physique quand il s'agira de la chose, plus scientifique et plus véritable aussi dans les deux cas.
Et c'est bien ce qu'il en est du geste, spécialisation du
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mouvement, ainsi que nous l'avons défini et démontré au début de cette étude. Et de ce que le geste est mouvement . de ce que plus près par conséquent il est du soleil, il découle précisément aussi qu'il est plus vif, plus complet, plus exubérant, plus nombreux dans les pays du soleil.
La lumière est l'excitant physiologique par excellence du cerveau. C'est la luminosité bien plus encore que la ealoricilé qui façonne les races, forme leur tempérament et règle parmi elles le développement des aptitudes et du génie.
Plus la lumière est intense et plus le cerveau produii de mouvements, c'est-à-dire plus La force vive emmagasinée sous forme de lumière et devenue latente, se retransforme en force vive d'intelligence. La lumière est indispensable aux cellules cérébrales, comme elle Test à la chlorophylle et au pollen des fleurs; sans elle rien ne germe, rien ne fructifie, à mesure que la lumière y décroîl les abîmes de La mer deviennent déserts. Sans lumière, pas de pensée, pas de génie. Nos peuples du Midi sont la caractéristique de celle loi motrice. Eux dont le génie se manifeste el s'applique précisément à s'en rapprocher, ils excellent [dus particulièrement dans la mimique, la peinture, la sculpture, qui toutes vivent du geste et sont en définitive les traductions, ou les interprétations artistiques de La lumière el de la vie, c'est-àdire du mouvement.
Le Midi est le pays des grands peintres, des grands mimes, des grands sculpteurs, des grands chanteurs et des grands orateurs aussi plus secondairement peut-être, parce que la voix esl une forme atténuée du mouvement, mais encore en vertu de la même Loi.
Ceci posé, faisons maintenant passer devant cette loi scien tifique du mouvement le geste et la parole, et voyons ce qu'ils sont réellement tous deux et quelle place et quelle valeur ils ont relativement, non devant les chimères de l'esprit, les chinoiseries de la grammaire, la clownerie de l'habitude, mais devant la science exacte, le seul point de vue vrai et sérieux qui doive servir de règle à l'esprit humain?
Poser la question, c'est la résoudre. Il apparaîtra clairement, en effet, que le mode qui se rapproche davantage de la loi humaine naturelle est le geste, et que le geste doit donc être considéré comme la forme du mouvement la plus parfaite et la plus directe pour entrer en relations, en rapports avec son prochain et avec l'univers.
Le geste devrait être à l'homme, ce que les antennes sont à l'insecte; d'ailleurs, cela est, il manque seulement à l'homme pour s'y perfectionner, comme au singe pour le geste, l'habitude et l'éducation.
Le geste est le mode de communication employé dans la série animale tout entière, et l'homme seul, par un artifice, échappe à cette loi.
Qui ne connaît, pour l'avoir observé, l'exemple de la fourmi ?
Des fourmis isolées sont çà et là et vont en reconnaissance, antennes au vent. Tout à coup l'une d'elles a rencontré la proie cherchée et convoitée, regardez-la, elle en fait le tour, elle en constate les dimensions, la forme, la qualité. Ah! c'est bien là toute une affaire! les antennes vont et viennent, mesurent, sentent, palpent, estiment,
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calculent, puis ce travail terminé, voilà notre éclaireuse qui se remet en route encore une fois antennes au vent.
Que chèrche-t-elle donc maintenant? Une camarade pour lui antenner la fameuse découverte. Ah! en voilà précisément une: approchons-nous à grandes enjambées.
Quelques gestes de l'antenne, une petite mimique, cl « ;i y est; déjà la camarade est en route dans la direction de la proie, (iràce à ce que l'autre lui a dit, elle ne se trompera pas de chemin et ne prendra ni à droite ni à gauche : de son antenne, l'autre lui a donné toutes les indications avec une précision à nulle autre pareille. Quelques gestes de l'organe de la parole et cela a suffi.
Et il en sera de même pour toutes les camarades rencontrées. Toutes se détournant de leur roule et abandonnant leurs recherches personnelles, iront droil à la proie, ri lorsque la fourmilière tout entière, à son tour prévenue, établira la procession que l'on sait d'allantes el de venantes du butin au trou, le travail préparatoire de dépeçage de la proie aura déjà été commencé par les groupes isolés qui l'auront précédée.
Et tout se sera passé sur la foi de quelques gestes d'une mimique d'antennes. Le geste aura élé, comme il doit l'être, le mode par excellence de rapports et d'échanges d'idées.
Mais ce n'est pas la seule preuve à l'appui de l'excellence du geste : Le geste a encore pour lui, nous l'avons dit, de s'adresser au premier et au plus élevé dans la hiérarchie des sons, à la vue, et à un organe d'une délicatesse et d'uni' sensibilité exquise, l'œil, tandis que la voix frappe seulement une membrane, le tympan, d'un organe secondaire,
l'oreille, et demande, pour être transmise au cerveau, non pas l'épanouissement même de ce dernier, le cerveau luimême fait membrane rétine, mais une peau, un tambour qui résonne sur des baguettes, les os, et transmet le son au cerveau au moyen d'intermédiaires liquides et de caisses de renfoncements.
On comprend l'homme sans oreilles, le muet, parce qu'il est sourd; on ne comprend pas l'homme sans yeux. L'aveugle est le comble de l'infirme, c'est un mort auquel aucune parole, aucune forme de langage articulé ne pourra faire comprendre ce qu'il ne voit pas, expliquer ce qu'il ne perçoit pas, dépeindre le sublime du tableau qu'il ne connaît pas. Le sourd peut arriver à comprendre le geste du langage, le geste des lèvres; il peut arriver à parler, à entendre par le geste et même à répéter ce qu'il n'entend pas, ce qu'il n'a jamais entendu ; l'aveugle n'arrivera jamais à comprendre ce qu'il n'a jamais vu. Le sourd est un demi-infirme qui, par le geste, peut être en rapports avec le monde qui l'entoure ; grâce au geste, il entend et comprend ; l'aveugle, par contre, est un infirme absolu ; privé de la vue et du geste, il entend, mais ne comprend pas.
Le sourd, auquel l'ouïe reviendra tout à coup, restera muet, volontiers, aimant mieux son ancien geste que la nouvelle parole, laquelle lui paraîtra conventionnelle, ridicule, fausse, à lui qui a maintenant l'habitude du geste, aussi naturellement et par le même phénomène d'adaptation physique et intellectuelle qui fait maintenant paraître, à quelques-uns, faux et conventionnel tout ce qui est geste.
Car au fond tout est là, dans l'habitude que nous avons prise de la parole, à l'exclusion du geste.
En résumé, adaptation parfaite à la loi du mouvement, réception de l'idée par un organe et un sens d'une exquise délicatesse, admirablement apte à saisir les nuances, tels sont les avantages physiques du geste.
Voyons ce qu'il en est du langage maintenant.
Si le geste est en quelque sorte la nature elle-même, le mouvement pris sur le fait, on peut dire par contre, que le langage n'en est guère qu'une imitation, qu'un pastiche : le geste dépeint directement et montre, à relui qui voit parler, tandis que la parole abesoin de l'intermédiaire de l'imagination pour comprendre et sr représenter ce que l'on entend parler. La parole est en ce sens, au geste, ce que la peinture est à la sculpture : l'une est en définitive un trompel'œil, l'antre la réalité vraie.
La parole est une ('orme atténuée du mouvement, une transformation infinitésimale de la force solaire, de la lumière, elle en est la silhouette, le fantôme, l'ombre; la parole, c'est le mouvement , c'est le geste amoindri, déformé, adultéré, c'est, une équivoque, une chose malhonnête, une dérogation, un croc-en-jambe que l'homme l'ait à la loi du mouvement , pour laquelle et par laquelle il a été créé.
Voilà donc la situation exacte des deux parties en face de la loi de l'humanité, de la physique, de Dieu. Au lieu de suivre ce grand principe naturel, celle autre loi de notre évolution qui veut que, au fur et à mesure que l'on s'élève dans l'échelle, la division du travail s'établisse de plus en plus, c'est-à-dire que de plus en plus des organes spéciaux
se créent, grâce à des fonctions et pour les fonctions nouvelles nécessaires à l'humanité, l'homme, cet éternel contrefacteur, laisse de côté les organes du geste que la nature a disposé et prévu pour cette fonction de rapports sociaux, et se sert pour cela de sa langue, un muscle composé, chargé de mastiquer, de boire, de déglutir, c'est-à-dire un muscle de la vie animale de nutrition, un clapet de pompe, une valve de piston, une mécanique, en résumé, pour la transformer avec le temps, la patience et un long exercice cérébral d'assimilation et d'adaptation en un organe de rapports sociaux, de langage articulé, d'éloquence ! Mais c'est cela qui est antinaturel, conventionnel, au premier chef, la langue, organe d'éloquence! Qui l'eût pensé? 11 faut bien l'esprit de l'homme, tout spécialement porté à la contrefaçon, pour en arriver à un tel résultat.
C'est donc par une dérogation absolue aux grandes lois naturelles, à celles qui règlent l'animalité tout entière, que la langue est devenue chez l'homme un organe de rapports, de petits gestes, alors qu'elle est restée chez tous un organe de mastication.
Le pied est devenu main par une adaptation de mouvements qui se comprend ; mais la langue devenue gestes, voilà ce qui paraît curieux.
Il faut maintenant se demander qu'est-ce qui a bien pu décider l'homme à modifier ainsi les usages de sa langue et à abandonner le geste comme organe de rapports ?
La paresse, pas autre chose, et une décadence physique au lendemain même de sa création, qui va s'accentuant davantage chaque jour. Parler, en effet, ne nécessite aucun
travail, le bavard est un oisif, toutes les femmes sont bavardes: pour parler, il faut même ne pas agir. L'homme est né ennemi du mouvement, du geste, c'est-à-dire du travail musculaire ; balancer son chiffon rouge, comme dit excellemment l'argot, peut se faire sans débrider et sans autre fatigue qu'une légère constriction du larynx. Un million de sornettes débitées ne valent pas la dix millionième partie du quart d'un kilogrammèlre <le travail musculaire efïèctué. Tel est le secret de la parole et de son rapide acclimatement dans notre espèce, au détriment <ln geste.
C'est grâce à sa paresse innée, que L'homme a remplacé le geste par la parole.
Pour gesticuler, en effet, il faut agir, ef l'homme évite cela avec soin. Cela est si vrai que l'écriture, cet autre geste de la parole, ce geste figuré qui se rapproche beaucoup du geste vrai, est en grande partie par lui méconnue el négligée.
Tout homme [tarie, la grande majorité sait à peine lire et peu savent écrire ; quant à l'orthographe, ce1 hiéroglyphe de la pensée, cette représentation figurée du geste, personne ne la sait, car elle n'existe pas, elle es! convention, folie, absurdité.
Tant qu'il s'agit de bavarder, c'est-à-dire de paresser, tout va bien chez l'homme; mais dès qu'il s'agit de gesticuler, sons une forme quelconque, geste, écriture ou orthographe, c'est-à-dire de travaille!1, bonsoir chez notre espèce, tout le monde est sorti, et, chose curieuse encore à dire et qui marque une fois de plus toute la chinoiserie de l'esprit humain, tandis (pic d'un coté il a cherché à escamoter la
difficulté et le travail, c'est-à-dire le geste, en le remplaçant par un bredouillement lingual, qu'il a appelé langage, de l'autre côté il a semblé compliquer, comme à plaisir, le geste par l'écriture, puis par cette suprême torture, l'orthographe.
De la représentation figurée des choses et des gestes, premier alphabet, il en est arrivé à leur représentation phonétique, puis à notre gribouillage écritural actuel qui ne ressemble plus à rien de la nature, mais est un échafaudage de conventions sottes et banales auquel se surajoute une véritable verrue intellectuelle, l'orthographe. De telle sorte, que ce qui était auparavant, aux premiers âges, représentation directe, peinture, imitation de la nature du geste, l'écriture qui, par sa simplicité et son expression phénoménale, se rapprochait de la loi du mouvement dont elle découlait directement est devenue aujourd'hui cet artifice, cet embrouillamini, où les idées et les choses sont remplacées par des mots, où chapeau veut dire ce qu'on se met sur la tète, où tête veut dire le sommet du corps, où la façon d'écrire se dit orthographe, toutes façons d'exprimer et de dépeindre des objets ou des idées conventionnelles, hirsutes, qui reposent tout entiers sur des conventions, des ankyloses, à la nature et au bon sens, alors qu'il serait si simple de dessiner d'un geste et d'écrire ainsi l L le mot chapeau.
Voilà donc la parole et le geste jugés à la lumière des lois naturelles, des lois de l'adaptation et du mouvement dont tous deux dérivent, d'ailleurs, étant chacune une forme de l'adaptation et du mouvement.
Pourquoi doue, en résumé, la parole? puisque la mimique dit tout, exprime tout, et que partout où se contracte un muscle, il y a expression d'une idée, d'un sentiment, d'un mot.
Est-ce que, en définitive, on parle les pleurs ou Le rire ? ou n' est-il pas, au contraire, bien évident qu'on les gesticule. Deux muscles se contractent: le premier est un oblique de Vœily il fait un geste, les muscles des glandes lacrymales à leur tour se contractent, gesticulent, et le pleur coule, indiquant par sa forme, son abondance, sou geste, ce qu'il veut exprimer. Pleurer, c'est encore gesticuler, minier.
Un autre muscle se contracte, le diaphragme qui sépare le thorax de l'abdomen, et le rire s'effectue, qui se mêle aux larmes, les sèche OU les provoque; 011 pleure de l ire.
Rire, c'est aussi gesticuler, mimer. Rire el pleurer ne sont doue que deux sentiments exprimés par des gestes, c'est-à-dire «lu mouvement, el ce ne sonl pas deux sentiments opposés, mais bien solidaire fini de l'autre, toul au moins dans leur expression mimique et dans lesquels la parole n'intervient en aucune façon.
Qu'a doue à Caire la parole dans l'expression, la traduction des autres gestes, c'est-à-dire des autres Sentiments du moi ?
Grâce à la parole, dira-t-on, fie ne a gagné la civilisation actuelle. Belle chose, en vérité, el belle espèce que notre espèce qui se dérobe , crie, piaille, cherche à éluder les grandes lois de la nature, rumine, matagrabolize, et, en définitive, grâce à la parole, c'est-à-dire à la civilisation, décline, ne prolifère plus, dégénère jusqu'au jour où, prise
au coin de son lit par la camarde, dont elle voit le vilain geste, qui, d'un coup violent, en une seconde, détruit tout l'artifice et, sans un mot, remet dans le mouvement, c'est-àdire dans la loi de la vie, ce vibrion humain, en le restituant mort comme force latente à la terre, jusqu'au jour aussi où cette terre elle-même, dans laquelle nous puisons constamment, depuis l'infinité des siècles, des forces vives, mourra, elle aussi, restituant d'un coup à la nature toutes les forces vives en elle accumulées. Que restera-t-il alors de l'homme, de la terre et de la parole? Une grande traînée vide dans l'immensité de l'espace, comme le dernier geste de ce qui a été vie, c'est-à-dire geste, c'est-à-dire mouvement.
Voici, à l'occasion de cette comparaison entre la mimique et le langage articulé, la parole, un curieux rapprochement, l'orthographe mimée ou le sens mimique, figuratif, gesticulé, de certains mots, de certaines lettres, le geste de l'écriture et de l'orthographe en un mot.
Dans le principe, lorsque les hommes voulurent exprimer leurs pensées par des signes graphiques, ils empruntèrent ces signes à la nature, aux objets et aux êtres qui les entouraient. Pour écrire, ils dessinèrent. Procéder ainsi était logique, car il n'est pas encore de meilleur moyen pour comprendre un mot que de voir la chose même qu'il représente. Plus un mot se matérialise à l'œil, plus il est accessible à tous. Or, l'objet figuré se disait de lui-même au lecteur, qui ne pouvait s'y méprendre. Mais les connaissances s'agrandirent, la pensée s'éleva et les abstractions abondèrent. L'écriture pittoresque des premiers âges, tout en se conservant, s'ennuagea des symbolismes, on fut obligé de
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recourir à la convention. Tel objet dessiné eut un sens di lièrent, selon qu'il se trouva profilé de gauche à droite, et de droite à gauche, puis aussi suivant qu'il fut placé haut ou bas, verticalement ou horizontalement, etc. Les hiéroglyphes égyptiens en sont l'incontestable preuve.
Cependant les abstractions abondaient de plus en plus, ei l'écriture hiéroglyphique elle-même se trouva bientôt impuissante à les exprimer.
On dut inventer des signes, d'un nombre plus restreint sans doute, mais qui, au moins, d'un maniement plus facile, fussent susceptibles do s'agencer entre eux à l'infini et pussent ainsi, permettant toutes combinaisons, peindre à l'œil tous les objets, tous les êtres et toutes les idées. De là l'alphabet.
L'alphabet n'est, à proprement parler, qu'une palette avec son échelle des tons, qui se divisent naturellement en deux genres, tons clairs el, tous foncés, voyelles et consonnes. Kl, par l'obligation heureuse où l'on a été de désigner graphiquement ces Ions, chacun d'eux a déjà, de soi-même, une forme spéciale; forme voulue, méditée : ici l'angle, et là la courbe.
Ainsi habitué au symbole.,, on symbolisa la grâce, le féminin, par le trait simple el la courbe moelleuse, la voyelle; la force, le masculin, par le trait compliqué à angles violents et à brusques arrêts, la consonne si bien qu'en les juxtaposant, en les mélangeant , on obtint à la fois et, le contour et la couleur de l'objet exprime.
(le souci de reproduction, quant à l'œil, de la chose écrite est d'autant plus certain qu'il est évident, quant à l'oreille;
li'6
pour la chose parlée. Matérialiser les idées dans les mots a été, dès le début, la préoccupation de tous les peuples. Toutes les langues ont leurs onomatopées.
Voyez par exemple, ces configurations diverses de l'alphabet grec, voyelles a, s, 7), i, o, w, u, consonnes (3, y, ô,
La simple vue de ces signes démontre la domination de la courbe dans la voyelle, et celle de l'angle et du trait compliqué dans la consonne. L'alphabet latin procède du grec et limite en tout, s'il ne le copie pas servilement. Les alphabets modernes qui naquirent de celui-ci en sont la presque entière reproduction. Tenons-nous-en donc au nôtre propre, sa représentation textuelle, l'Y en plus toutefois. Voyelles a, e, i, o, u, y ; consonnes b, c, d, f, g,h,j, k, l, m,n,p, q, r, s, t, v, œ, z.
A bien prendre, le dessin de notre y voyelle est le même que celui du y, consonne de l'alphabet grec; mais remarquez qu'ici, la queue de la lettre est plus allongée et se termine par une légère courbe, qui lui donne quelque chose du caractère féminin dont nous parlions.
Dans tous les alphabets, les majuscules diffèrent sensiblement des lettres communes, à ce point souvent qu'elles n'ont plus du tout le même caractère au premier abord; ainsi, chez nous, Ya-A s'aiguise, Ye-E s'équarrit, 17-L perd sa hauteur relative, le ^-T devient plus ample, plus magistral, etc.
Mais ces changements ne sont cependant pas tels qu'ils doivent jeter là nos raisonnements. Il n'y a guère que Ya-A dont on ne puisse, avec quelque bonne volonté, accorder les deux constructions. D'ailleurs, il faut bien reconnaître
que, leur usage étant en quelque sorte exceptionnel, les majuscules subissent le sort de toutes les exceptions; elles ne font que confirmer la règle. Aussi bien en est-il beaucoup d'entre elles, ehez qui le caractère de la lettre, loin de perdre de lui-môme en se modifiant, s'accentue au contraire davantage. Il nous sera donc permis d'user des deux genres, selon que nous le jugerons convenable.
Nous avons cru devoir nous étendre un peu longuemenl dans ces considérations préliminaires, afin de bien faire comprendre le point de départ du système. Maintenant, allons droit au but. 11 est bien entendu que nous ne sommes aucunement polyglotte et que l'orthographe française seule, sauf quelques exemples pris, à l'appui de nos dires, dans les
dictionnaires grec el latin fera le sujet de nos observations.
Prenons maintenant connue exemple un mot.
Le mot boulevart, ainsi écrit, choque. Pourquoi? l'arec que dans lout ce mot, nous ne voyons rien qui peigne aux yeux la chose exprimée, boulevard avec un d esl au contraire du plus heureux pittoresque; et cela, au moyen d'une seule lettre. Remplacez le t par le d, écrivez ainsi boulevard, et vous voyez la chose même. Qu'est-ce, en effet, qu'un boulevard? Une promenade de rempart, une promenade qui entoure une ville. Or, si le t termine le mot, il lui donne un aspect sec, raide, inflexible, qui déconcerte l'imagination. L'œil se heurte aux lignes droites, dures et anguleuses de celte lettre, et la promenade entourante, circulaire donc, n'apparaît pas. Employez le rf, et c'est tout autre. Voici que le mot s'assouplit, se courbe, se contourne, va de lui-même circulairemcnt.
43 fi
Le cl est la configuration graphique la plus exacte que l'on puisse donner de l'idée boulevard. C'est tout un plan.
Que si l'on voulait nous chicaner la courbe que le sens de ce mot implique, quant à nous, nous aurions bientôt fait de réduire à néant l'argumentation de nos contradicteurs. Oui, il y a des boulevards à lignes droites dans toute leur étendue ; mais ces lignes ne sont droites qu'à la condition de se replier sur elles-mêmes, c'est-à-dire de se briser en maints endroits, tout en se reliant, pour écrire en définitive une courbe. Elles ne se prolongent jamais directement dans toute leur longueur; car s'il en était ainsi, elles formeraient une route, une promenade, soit; non point un boulevard.
Avant tout, un boulevard, doit entourer et entourer, implique le cercle. Dans le sens absolu du mot, les angles du carré lui-même disparaissent.
Nous avons tout à l'heure employé le mot rempart. De rempart t à boulevard d. Voyez la différence qu'ici le t est bienvenu, qu'il est significatif! Comme le boulevard, le rempart est entouré, soit; mais son rôle principal, celui qui fait sa raison d'être, c'est se dresser pour la défense, solide, anguleux, droit et sec dans sa force. Aucune lettre autant que le t ne réunit ces caractères. Je vais au hasard.
Dans le mot pao?i, Fouie et la vue sont également satisfaits : le cri de l'oiseau d'abord, sa structure et son plumage ensuite. P-a-o-n, l'imitation est ici portée aussi loin que possible. Quelle lettre plus pompeuse que le p qui se dresse pour s'arrondir; et comme en s'accouplant aux lettres suivantes, il fait bien la roue. P-a-o-n, a, o, cet a et cet o ainsi accolés ne nous semblent-ils pas pleins d'yeux , reproduire
avec ses riches oppositions de couleurs la queue de l'oiseau qui s'étale? Selon nous, il est peu de mots d'un pittoresque aussi heureux.
Et dans nœud, croyez-vous que cette juxtaposition, celle étreinte de Vo et de Ye, œ soit sans motif? Le nœud existe, vous le voyez.
Dans bizarre, la bizarrerie est tout entière dans le s, un vrai zigzag.
Je ne m'appesantirai pas sur ce dernier mot.
Butte et Maison. Je réunis exprès ces deux mots dans une même observation, atin de prouver aux plus incrédules quel souci du pittoresque a présidé à leur enfantement. Dans hutte tout est maigre, pauvre, peu solide, à claire-voie en quelque sorte, tout y est jambage, excepté Vé muet, la moins consistante des voyelles. Il termine : c'est là le loil, toit misérable, sous lequel on doil tout an moins grelotter, si l'on n'y est pas journellement aux prises avec les douleurs de la faim. En opposition, le mot maison est d'abord solide comme une bâtisse véritable : pierres, charpentes, etc. Grâce à Ym, dont Les trois jambages s'appuienl majestueusement sur le sol. Ensuite, bien que ce mot u ail qu'une lettre de plus que le précédent, il se développe à l'œil d'une façon large et carrée, pleine de confortable. L'm est de toul l'alphabet la lettre la plus immense (admirez ces deux m); de plus, à elle seule, elle donne pour ainsi dire tonl le profil d'une maison : murs, toits, pignons, etc. Si nous voulons voir le toit dans Yn final, nous le pouvons. Ici, ce n'est plus une voyelle qui termine le mot, mais une consonne qui.
pour l'œil et pour l'oreille, procède directement de Y m. Quelle homogénéité !
Dans bo^re, bo#er, boxeur, toute la boxe est dans Vx aux doux jambages entre-croisés. Vous y voyez Faction même de la lutte, et jusqu'à la position spéciale des lutteurs.
On écrit à volonté biv«c et bivou«c. Auxquel des deux mots la préférence ?
Au dernier sans contredit, biw<rc ne dit rien à l'œil; bivouac, au contraire, est plein de sens. Dans cette agglomération de voyelles qui s'entre choquent, venant des quatre points cardinaux de l'alphabet, o, u, «, nous voyons le mélange, le tohu-bohu d'un campement militaire : toutes armes, tous uniformes, tous langages et tous vents. Le rôt en plein air, le rhum, le rac et le tabac, tout y est.
L'agglomération des voyelles jouent encore un grand rôle dans vieil. L7 se répète d'une façon bien significative : /, e, i, ce sont les rides qui se superposent; cela forme plis, plis de la peau sur le front, signe caractéristique de la vieillesse.
A ces qualités pittoresques qu'il conserve, le mot vieillesse en ajoute quatre autres d'une grande portée. Saisissez l'elfet de ces s : la décrépitude, corps (cassé), marche chancelante et génuflexe.
L'agglomération des consonnes n'est certes pas non plus sans intention dans le mot obstacle : b, s, t, comme ici i, s, jette bien ses deux crocs, l'un d'arrière et l'autre d'avant, au b et au t, et les retient pour former avec eux barrière .
Obstacle! comme on sent la difficulté qu'on aura à le
franchir. B, s, t: rien de plus hérissé ni de plus résistant.
Vase, Cuve, layabo, partout le v, la lettre qui figure le mieux l'ustensile que l'on désigne, c'est l'objet même avec sa large couverture relative et ses parois, qui ont contenu ou qui contiennent.
Dans couvercle, le v (vase) est, en effet, comme couvert du c (couvercle) qui commence le mot ("). Le c esl la lettre indicatrice.
Et larme ? Considérez cet / qui s'allonge et forme filet. Le reste du mot s'arrondit et roule comme une perle : effet de IV. Mais nous n'en finirions pas si nous voulions considérer chaque mot du dictionnaire. Il en est peu qui ne possèdent leur pittoresque particulier et ne donnent raison à notre système.
Nous n'achèverons pas ce léger essai sans faire cette remarque, qu'une grande quantité de mois français n'onl point su conserver, dans leur orthographe pittoresque, le génie dont nos aïeux les avait dotés.
Ainsi, pour n'en citer que quelques-uns, faulx a perdu son /, qui élail la lame même de l'instrument ; temps, son /y, au long jambage, qui était évidemment la faulx du vieux Saturne, dette faulx existe aussi dans le latin, T empus, el aussi dans le grec, bien que «l'un dessin différent, xpovoç, le p est ici remplacé par le p.
Dans clef (clé), l'jfa disparu; l'/, qui élail le crochet par lequel on ouvre la clé même.
Et, plus anciennement, vuide (vide) a perdu son w, la lettre creuse par excellence. Le vide de Vu est tel qu'on le retrouve dans fow, Ivoit, gouffre, flwide, nwage, (de. Les
deux u du latin vaesms, justifient doublement notre assertion.
L'y est la lettre flamboyante, radieuse par-dessus toutes ; elle part, s'élance et fait gerbe. Le vandalisme moderne l'a exclu de foy, joye, roy, reyne, etc.
Et les s, quelle Saint-Barthélémy d's, grand Dieu ! Ébat s'écrivait jadis esbat, goût, goust, mêlée, meslée, éparpiller, esparpiller, étincelle, estincellc, tâtonner, tastonner, idolâtre, idolâtre, etc., etc. Et presque tous ces savaient pourtant leur signification pittoresque. Ainsi, dans esbat, l's était la saltation, le bondissement (saltatio dans se) de la jubilation.
Dans goust, l's, suivi du t, peignait évidemment le mouvement de la langue qui déguste (Gustus) degustare, et qui se replie sur elle-même pour venir carresser le palais.
Dans meslée, avec sa forme tourbillonnante et à deux crocs, qui se jette simultanément à droite et à gauche, il disait la lutte nombreuse, désordonnée, entassée et pleine d'étreintes.
Dans esparpiller, son double jet de droite à gauche et de gauche à droite, dont nous parlions, figurait heureusement l'action de disperser.
Il en était de même dans estincelle, qui est un jaillissement lumineux qui souvent se divise.
Dans tastonner, il indiquait les hésitations, les embarras, les tortillements de corps de l'homme qui veut palper sans voir clair. Les deux t, avec leurs bras tendus, complétaient le tableau.
Dans idolastre, c'était la constante génuflexion de l'ado-
ration scrvilc, etc. Et nous traitions de barbare l'orthographe de nos pères ! et nous prétendions l'avoir rendue
C'était iiciulant l'horreur d'une profonde nuit. (Athnlic.)
plus naturelle, plus simple, plus claire, plus intelligible en la reformant. Vraiment, c'est pitié !
Sans conscience aucune des principes de tout langage
graphique, nous avons stupidement fait les ténèbres où
rayonnait la plus vive lumière. Maintenant, notre orthographe, revisée, modifiée, simplifiée, civilisée, ne signifie plus rien, que là seulement où nous avons laissé subsister, malgré nous sans cloute, la pensée première de ses fondateurs.