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» daient, et les purs qui achetaient. Gela » va peut-être changer : les purs ven- " dront, les lihéraux achèteront, et moi » j'y trouverai toujours mon compte. »
Tout Paris resta dans la sécurité ; on compta sur l'anéantissement de Bonaparte et de sa petite armée jusqu'au moment où l'on vit revenir les généraux qui , dès la première nouvelle, étaient partis en toute hâte pour Lyon. L'inquiétude devint aussi générale que l'avait été la confiance du succès.
Oh ! qu'il y eut alors de récriminations parmi les gens des divers partis et même des diverses nuances de parti ! « Pourquoi » avez-vous rêvé le rétahlissement de l'an- » cien régime? » disaient les constitutionnels aux partisans des privilèges. « Pour- M quoi avez-vous secondé les cris poussés » en faveur de cet homme? » disaient les purs aux libéraux.
Une double classe surtout était dans l'effroi ; c'étaient ceux qui , depuis un an ,
.ivaient professé des maximes ultrà-monarchiques ; c'étaient ceux qui depuis la même époque avaient professé des maximes bouapartistes. Les bonapartistes se flattaient bien que Napoléon allait arriver, mais en attendant on pouvait prendre contre eux des mesures sévères ; les ultrà-mouarchiques ne doutaient pas qu'ils ne fussent poursuivis dès l'arrivée du vainqueur. Plusieurs se cachèrent; parmi ces personnes, il y avait d'anciens amis qui s'étaient jetés dans des partis contraires. L'ardeur et la dissemblance de leurs opinions n'avaient point altéré leur amitié; ils pensaient différemment en politique , et ils continuaient de s'aimer et de s'estimer. Plusieurs redoutant les rigueurs , les uns de Bonaparte , les autres des ministres encore en fonctions, allèrent mutuellement se demander un asile. M. de Volnis ne fut pas un des derniers à disparaître.
Je n'ai rien vu de plus triste, de plus sinistre que la journée du dix-neuf mars.
Le Carrousel et les cours des Tuileries étaient remplis d'une foule à la fois consternée et furieuse; malheur à celui qui ne laissait pas assez voir sa haine contre Tusurpateur : il était assailli, frappé.... Oh! que la populace est féroce quand ses passions fermentent!
Le vingt mars, dès six heures du matin, tout était changé. Une foule aussi considérable que celle de la veille remplissait les rues et les promenades; mais la joie avait remplacé le deuil. On courait vers les Tuileries. C'étaient des cris, des acclamations, des transports! Malheur à celui qui aurait osé proférer une seule parole imprudente de royalisme! il aurait été aussi maltraité que les extravagans ([ui, dans les jours précédens , avnient laissé échapper des mots suspects de bonapartisme. Au milieu de ces vociférations, de ces cris poussés par des hommes , des femmes, des enfans mal vêtus, appartenant à la dernière classe , et pensant aux vociférations.
aux cris clans un sens loiit contraire poussés la veille par des hommes, des femmes, des enfans mal vêtus : « Eh, grand Dieu! » me disais-je , y a-t-il donc deux ca- » nailles? Hélas! c'est trop à craindre w quand deux grands partis sont aux pri- » ses! » Mais non, il n'y en avait qu'une. C'était la même ; je reconnus, parmi ceux qui criaient : wVe l'empereur, plusieurs qui , la veille, avaient crié: i>ii^e le roi. C'était la même (jue celle qui se précipite encore aujourd'hui aux exécutions et aux réjouissances publiques... Et moi , n'yétais-je pas les deux jours?
lifs gens du peuple élaient-ils les seuls qui eussent change de couleur? Le soir aux Tuileries je vis les anciens amis de Napoléon qui attendaient son arrivée. Ah! qu'il en avait ce jour-là! Que de chevaux, que d'équipages, que de femmes élégantes parées de bouquets et de guirlandes de violettes ! Parmi ceux qui enlevèrent Napoléon de sa voiture, qui pleuraient de ten-
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dresse, qui lui baisaient les mains, qui étaient heureux de toucher ses vêtemens , j'en reconnus plusieurs que j'avais vus dans mes visites du jour de l'an , chez les ministres du roi ou chez leurs suisses.
Depuis la nouvelle du débarquement , Taffluence des gens qui venaient prendre des glaces ou jouer au billard dans mon café avait sensiblement diminué. Mes habitués libéraux et royalistes avaient disparu. Chaque parti avait son café de prédilection. Chacun allait au café de son opinion comme à un club. Cet abandon général me jeta dans des réflexions mélancoliques; j'en causai avec mademoiselle Amanda; je la trouvai toute dévouée à Bonaparte. Vu la force des choses, mon royalisme commençait à s'attiédir.
Je ne fus pas le seul dont les sentimens varièrent de la sorte. On a imprimé dans le temps une anecdocte dont je fus témoin. Cet amateur de nouvelles qui le premier <> -'avait conté tout bas le débarquement
m'avait dit le premier jour : « 11 circule » un bruit que ce brigand de Corse est » débarqué à Cannes. » Quelques jours après : « Savez-vous ce qu'on répand ? que » le téméraire usurpateur a été reçu àGre- » noble. » Ensuite : « Je tiens de bonne M source que le général Bonaparte est en- » tré à Lyon. » Ensuite : « 11 paraît con- » stant que Napoléon est à Fontainebleau. » Et enfin le vingt mars : « Sa majesté l'em- » pereur et roi est descendue ce soir aux » Tuileries. »
Cette dernière phrase se trouva textuellement dans le Moniteur du vingt-un. Souple au conimandement , notre journal officiel avait fait rapidement volte-face.