G LE GILBLAS
gemens, il amena le bon \ ilderà lui faire l'aveu de ses senlimens les plus secrets. Vilder avait aimé madame Delmar avant son mariage ; jamais il n'avait osé lui déclarer son amour ; jamais madame Delmar n'avait deviné cette passion qu'il renfermait avec soin dans son cœur ; elle était si habituée à le respecter comme étant d'un âge au-dessus du sien! Depuis le veuvage de madame Delmar , il l'aimait encore davantage. Mais pouvait-il avoir la plus légère espérance? Il avait peu de fortune; il se sentait si peu aimable, si peu digne d'elle ! « Que sont les petits services que » je lui ai rendus , ajouta-t-il en soupirant, » auprès de tout ce qu'elle Vous doit? » Henri, sans trop flatter encore son ami, lui donna quelques paroles d'encouragement ; il lui conseilla d'ouvrir son cœur à la belle veuve; et il le quitta pour courir chez madame Delmar.
A la vue de Henri, madame Delmar se troubla, pâlit; bientôt elle se rassura
Henri ne lui parla point de son entretien avec madame Lefèvre; elle fut persuadée que Henri n'avait point revu sa tante, et ne savait rien des dispositions favorables où elle était pour lui. Mais son trouble revint bientôt tout entier lorsque Henri lui parla de M. Vilder. «Eh quoi ! se disait-elle , c'est » pour un autre qu'il vient me parler ! Ah ! » quel bonheur qu'il ignore la démarche » imprudente que j'ai faite! » Quelquefois elle était tentée d'en vouloir à Henri; mais comment en vouloir à celui à qui elle devait tout? et Henri mettait tant de chaleur, de délicatesse, de désintéressement à lui parler de l'amour de Vilder, de sa modestie, de sa timidité , de ses excellentes qualités , qu'elle en prenait encore plus d'estime pour Henri lui-même, et que l'estime et l'amitié de Henri pour Vilder ajoutait à l'estime et à l'amitié qu'elle avait toujours eues pour le jeune avocat. Ce n'était point précisément l'amour; c'était un enthousiasme de reconnaissance qui l'avait portée
à songera Henri. Lorsque Henri lui fît le tableau des angoisses, des tourmens de Vilder, delà résolution qu'il avait prise de garder le silence, quand elle apprit qu'il l'avait aimée avant son mariage , que cet amour , toujours sans espérance , n'avait fait que s'accroître avec 1 âge , elle s'attendrit ; des larmes roulaient dans ses yeux ; elle admirait Henri, elle plaignait Vilder ; bientôt elle parut à son tour livrée aux plus profondes méditations. Henri se retira; mais il revint bientôt... H n'était pas seul, il amenait Vilder.
Le souvenir d'une longue amitié , de services, non point éclatans comme ceux de Henri, mais constans, mais bien désintéressés, puisqu'ils étaient sans espoir, acheva de toucher madame Delmar. Elle était émue surtout delà chaleur que Henri, ce Henri à qui elle avait voulu se donner , mettait à servir les intérêts de Vilder. Jamais avocat ne plaida mieux la cause de son client.
Cependant Rose, en revenant de l'atelier de son maître où elle avait travaillé toute la matinée , avait trouvé sa mère inquiète et pensive; elle-même avait senti redoubler sa tristesse. Henri en rentrant avait l'air radieux. Il apprit à sa tante et à sa cousine que M. Vilder allait bientôt épouser madame Delmar. A ces mots, madame Lefèvre parut frappée d'étonnement.
On lisait dans ses regards qu'elle admirait la conduite de Henri : Rose sembla respirer.
La veille du jour où j'arrivai à Paris, madame Delmar était parti avec M. Vilder pour aller rejoindre son père et lui annoncer le choix qu'elle avait fait.
Lorsqu'on me 1 raconta cette aventure y je ne pouvais revenir de l'extravagance de Henri. Non content d'avoir refusé madame Delmar, l'avoir mariée à un autre!.... Un parti de soixante mille francs de rente l Ah! si j'avais été à sa place !
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