‹ Le Gilblas de la révolution; (volume 5)Chapitre 12 sur 23 · LE MARQUIS DE RIWVILLE CHEZ SON FILS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE RIWVILLE CHEZ SON FILS

Qu'on se figure les soins de Henri pour son père pendant le peu de temps que le marquis passa chez lui ! Madame Lefèvre et sa fîUe habitaient précisément au-dessous de Henri. Le marquis n'avait revu que deux fois madame Lefèvre depuis »a jeunesse. Il ne connaissait point du tout sa -fille , la jeune Rose. Un homme qui se cache ne pense plus aux vaines distinctions des rangs. Quand on craint d'être poursuivi, on trouve une espèce de générosité à tcKis ceux qui osent encore nous témoigner de l'amitié. Dès le premier soir , le marquis consentit avec grand plaisir à re-

cevoir la visite des deux dames , et combien il fut touché des tendres égards qu'elles lui prodiguèrent! Il se reportait avec madame Lefèvre au temps de sa jeunesse, et, en mettant le plus qu'il lui était possible de la circonspection dans ses paroles à cause de la présence de la jeune fille , il se reprochait les torts qu'il avait eus envers Thérèse; il la pleurait avec son fils et madame Lefèvre. Il trouvait une ressemblance frappante entre Rose et sa pauvre tante. Je l'ai déjà dit , le marquis de Rinville, hors de ses vanités de noblesse et de ses petites prétentions politiques , était vraiment un excellent homme. Après cette première visite, Henri demanda à son père comment il trouvait sa cousine ? « Ta cousine ! qui ? i) — - « Rose. » » — « Rose? ah ! oui , » dit le marquis en soupirant, « ta mère,... ta mère était une » couturière. »

De tous ses gens, le marquis n'avait voulu mettre dans sa confidence que

M. Blondin , son valet de chambre. Tous les autres croyaient monsieur le marquis à la campagne. Blondin venait chaque matin Thabiller et lui apporter ses lettres. Dès le lendemain , le marquis avait rendu la visite aux deux dames , et la familiarité était déjà établie. M. de Rinville n'était pas encore un vieillard , mais il approchait de la cinquantaine ; il était habitué à toutes les petites douceurs de la vie dont jouissent les hommes opulens. Madame Lefèvre et Rose s'empressèrent de les lui prodiguer. Elles lui portaient son déjeuner; elles avaient soin de lui apprêter des mets délicats et bien de son goût. Il aimait à passer son temps auprès d'elles ; il aimait à voir travailler Rose. Elle lui proposa de faire son portrait , il accepta. Dès lors il eut encore bien plus l'occasion de causer avec cette jeune fille , et il goûtait beaucoup sa candeur, son bon esprit, ses excellentes qualités. 11 ne tarda pas à remarquer combien son fils avait d'affection

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