TOM. IV
pour Rose , combien Rose avait d'affection pour Henri. Quelquefois il en soupirait , mais il se gardait de dire un mot qui pût faire croire qu'il les blâmât. Pendant tout son séjour chez son fils, il ne lui parla pas une seule fois de ce projet de mariage avec mademoiselle Déristel , qui les avait brouillés.
Quelquefois M. deRinville s'entretenait des affaires publiques avec Henri. Le jeune liomme, depuis que Bonaparte avait repris sa puissance , avait repris ses premiers sentimens contre cette puissance. Son père le grondait de ce qu'il s'exprimait trop en républicain. Le jeune homme, en appréciant le bienfait de la charte constitutionnelle , reprochait quelques fautes aux ministres du roi. Son père prenait vivement leur défense. Ce pauvre marquis était fort embarrassé ; il voulait rester fidèle au roi ; il n'osait nommer Bonaparte un usurpateur.
Il se défiait toujours un peu de moi; il
avait recommandé à son fils et aux deux dames de ne pas me dire qu'il était caché chez Henri ; mais le troisième jour, je montai chez madame Lefevre sans parler au portier, et je trouvai le marquis donnant une séance à mademoiselle Rose. Henri était absent. A ma vue, le marquis rougit; il essaya de me faire croire qu'il était venu pour se faire peindre par la jeune artiste, dont son fils lui avait vanté le talent. Voyant qu'il continuait de me parler avec réserve, avec contrainte , je lui exprimai combien j'étais affligé qu'il se défiât de moi. Touché de mon langage, il s'attendrit; puis il m'avoua que s'il ne m'avait rien dit, c'est qu'il m'avait vu toute ma vie l'homme de toutes les opinions, selon mes intérêts. Je me sentis blessé de ce reproche , peutêtre parce qu'il était mérité. H m'échappa de lui dire en souriant : a Eh ! monsieur » le marquis , des hommes aussi fermes » que vous et moi dans leurs opinions peu- )) vcnt-ils avoir peur l'un de l'autre ? » Il
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rougit de nouveau. Je prévins sa colère en lui parlant avec autant de dévouement que de respect ; j'ajoutai que M. le marquis avait tort de s'alarmer ; qu'il pouvait se montrer sans danger ; que plusieurs personnes avaient été exilées; mais qu'il paraissait certain qu'il n'y aurait pas d'autres persécutions. Le marquis m'écouta , réfléchit quelques momens , ne me témoigna aucun mécontentement , jeta un regard d'affection sur Rose et sa mère , puis me dit : «Je ne vois pas pourquoi je me pres- » serais de quitter mon asile ; je suis si M bien ici ! »
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