LIE
Du Carmel, le 6 janvier 1855.
18, Montague street, Portman square.
Londres.
i^. M. J. QUIS UT DEUS!
Mes bien- aimés, mes bons Ajiis et Fiœees,
Après vous avoir adressé cette si admirable et si instructive vision sur l'origine et le commencement de toutes choses, j'ai fait ce que la souveraine sagesse du Seigneur m'a commandé de faire : j'ai ouvert les grandes et éternelles archives de la Bible; j'ai scruté l'Ancien et le Nouveau Testament. J'ai fait comme le laborieux mineur à qui le maître a dit d'ouvrir la terre pour saisir au milieu de ses flancs le précieux minerai à filons d'or qui le fera riche et puissant parmi ses frères; mais une pensée plus grande et plus sainte me dominait : le Maître qui me mettait à l'œuvre n'a point besoin des richesses que je devais recueillir ^ et la faveur qu'il m'a accordée en me choisissant pour les extraire moi-même du sein qui les renferme, me fait assez riche pour que je ne prenne rien sur la part de ceux qui en doivent être gratuitement enrichis. Oh! que ce travail est heureux et consolant! oh comme cette exploration dilate l'âme! comme ce labeur ravit le cœur!
Conformément à l'ordre divin, je me suis renfermé dans le
LIVrxE DES LIVRES, dans LE LIVRE UNIQUE, LE LIVRE ETERNEL.
Comme l'esprit se sent surpris! comme il s'étonne que tant de merveilles se trouvent réunies en un si étroit espace! Quand Tâme regarde autour d'elle et qu'elle considère toutes ces bibliothèques chrétiennes formées par les interprétateurs de ce livre vivant, et par la tradition si féconde et si riche du peuple
Hébreu, des Grecs et des Latins; quand la pensée intelligente fixe ces disputes si savantes, ces combats d'éloquence contre éloquence, ces dissertations si lumineuses et si profondes apportées en chaque siècle par tant de Pères et tant de grands Docteurs, l'homme hésite et tremble! il se demande : — Comment tant de générations ont-elles pu passer sur cette mine sacrée et n'en extraire qu'une si imparfaite richesse? comment ce que j'ai recueilli par l'ordre de mon Dieu ne l'a-t-il pas été il y a des siècles? Depuis Moïse c'est le même centre, et chaque génération a vu croître et s'unir à lui toutes ces couches si précieuses, sans éprouver l'heureuse tentation d'y descendre, et de creuser jusqu'à entière et complète possession.
Je vous l'avoue, Frères, devant ces suprêmes trésors, j'étais tenté de m'écrier : — Qu'ont retiré les hommes de tant de travaux, de tant de disputes, de tant de jugements, de tant de discussions, de tant de querelles, de tant d'études, de tant d'adroites contradictions, de tant d'orgueilleuses affirmations, de tant de fastueuses négations, de tant de chrétiennes colères, de tant de pompeux anathèm.es, de tant de si savantes et si éloquentes fureurs! Hélas! l'Ecclésiaste a défini tout cela par ces paroles : = « Vanité des vanités , toutes ces choses » ne sont que vanité! "
Suivant les principaux paragraphes de ce que la grâce du Seigneur m'a permis de voir et de vous écrire, je me suis préparé à appuyer chacun d'eux sur ces pierres précieuses que l'on ne trouve réellement que dans le Livre de vie.
En étudiant chacun de leurs caractères vous vous rappellerez que si l'esprit est la vitalité de la lettre, la lettre ellemême est souvent la visibilité indispensable de l'esprit. Ne vivant nous-mêmes que par des rapports sensibles, et souvent imagiques, il est nécessaire pour affermir notre science qu'elle se clause en nous par la. variété intelligente des images.
ESSENTIALITÉ DE DlETT.
îl est difficile de parler de Dieu, tant notre langue est pauvre et bornée; mais nous pouvons nous pénétrer de sa grandeur et de son immensité par ce qu'il lui a plu de nous en dire lui-même.
Il dit à Moïse :
= " Je suis Celui qui suis. » (Exod. 3. 14.)
n dit encore ;
— « Dis aux enfants d'Israël : Je suis Jéhoyah FÊtee *> ÉTÉ - ÉTANT - SEEA. n (idem. 3. 15.)
= « Je suis le Premier et le Dernier; je suis le seul Dieu : >' qui est semblable à moi?
» Je suis le Créateur de toutes choses ; c'est moi qui ai éten- » du les cieux et affermi la terre. " ( Isaïe. 44. 6, 7, 24.)
= " Je ne change point. « (Malachie. 3. 6.)
= " Je suis l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin, dit f' le Seigneur Dieu qui est, qui était et qui doit venir, le f^ Tout-puissant. » (Apocalypse. 1. 8.)
= " Je fais miséricorde selon ma volonté, et j'ai pitié de » celui dont je veux avoir pitié. « (Rom. 9. 15.)
= " Dieu est infiniment grand, il passe notre faible intellir> gence. " (Job. 36. 26.)
= " La gloire du Seigneur est au-dessus des cieux.
» Qui est semblable à Dieu qui habite les cieux les plus r> élevés? » (Psaume 112. 4, 5.)
= u L'enfer est devant lui, devant lui l'abîme est décou- - vert. » (Job. 26. 6.)
= « Dieu est le Seigneur des Seigneurs, le Dieu grand, » fort et puissant qui ne fait point acception des personnes, et » qu'on ne séduit pas avec des présents, n (Deut.lO. 17.)
== '^ Kon, Dieu ne condamne pas sans sujet, et le Toutn Puissant n'enfreint pas la justice. ^ (Job. 34. 12.)
Les teois économies tersonnifiées en JDieu le sont ainsi par l'Apôtre saint Jean :
= « Il V en a trois, dit-il , qui rendent témoignage dans le " ciel : le Père, le Yerbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont " une même chose. » (i Epître. 5. 7.)
Parlant du Père, il dit :
— " Considérez quel amour le Père nous a témoigné, en " nous faisant et nous appelant ses enfants. « (id. 3. 1.)
Parlant du Yerbe, il s'exprime ainsi :
— » Dans le Principe (le Père) était le Verbe, et le Yerbe H était en Dieu , et le Yerbe était Dieu.
» Et ce Yerbe était dans le Principe Dieu. " Toutes clioses ont été faites par son moyen; et l'impuissan- " ce qui a été faite n'a pas été faite par lui. ^' (Év. 1. 1, 2, 3.) Il rapporte que Jésus-Christ a dit lui-même :
— " Mon Père ne cesse point d'agir, et j'agis aussi inces- " samment. " (id. Évangile. 5. 17.)
— "Je suis le Principe de toutes choses, moi-même qui V vous parle. » (id. 8. 25.)
Il affirme ainsi le Saint-Esprit :
— « Jean Baptiste confesse qu'il lui fut dit par Celui qui yy lui avait ordonné de baptiser dans l'eau : Celui sur qui vous " verrez descendre et reposer le Saint-Esprit est Celui qui " baptise dans le Saint-Esprit.
Il ajoute : — " Jean Baptiste rendit alors ce témoignage, " en disant : J'ai vu le Saint-Esprit descendre du ciel comme " une colombe, et demeurer sur Jésus lorsque je versais l'ean n sur sa tête. " (id. 1. 33, 32.)
Avant de monter au ciel, Jésus a dit à ses Apôtres : = « Allez doîïc; instruisez tous les peuples, et baptisez-îes ^ au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. " (Évangile selon S. Matth. 28. 1.9.)
Création de la Sagesse.
Je sais, chers bien-aimés Frères, toutes les oppositions qui pourront être faites contre ce si glorieux paragraphe; je connais les dangereux abus qui ont obscurci depuis si longtemps les sages idées que nous en donnent les saintes Ecritures : aussi, je vous Favoue, je sens ma force bien plus puissante et bien plus pleinement invincible, en laissant de côté les traditions de tous les plus ardents Ascètes, ainsi que les écrits si éloquents des Pères, et la savante histoire de nos immortels Docteurs. C'est au sein des archives positivement divines que je prends le lait substantiel qui doit élever, grandir et glorifier mon sujet.
En effet qui oserait soutenir que ces textes sacrés se puissent rapporter à Dieu lui-même, ou à quelques-unes de ses intrinsèques perfections? Je me croirais injurieux envers la noble raison de ceux qui me liront, et prétentieux en face de toute intelligence, si je me laissais aller au plus simple commentaire de ces invincibles paroles.
== " Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, et je suis " NÉE avant toute créature.
» Lorsque le Créateur de l'univers m'a parlé, il m'a fait '• connaître sa volonté. Celui qui m'a créée a reposé dans « mon tabernacle.
»> J'ai été créée dès le commencement et avant les siècles; » je ne cesserai point d'être dans la suite de tous les âges. H Mon ministère a été prouvé dans les saintes demeures.
•» J'ai pris racine dans la nation que Dieu a élevée, et ma •' DEMEURE est établie dans la demeure de tous les saints.
" Je suis élevée comme les cèdres du Liban, et comme les »' cyprès de la montagne de S ion.
" J'ai poussé des branches en haut comme les palmiers ♦• de Cadès.
» Et mes branches sont des brandies de gloire et d'honneur.
" J'ai donné des fleurs d'une agréable odeur comme en don-
>' ne la vigne; et mes fleurs ont donné des fruits glorieux