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Lumière et avec la Lumière elle-mcme. il n'en était pas moins clistiDct. La tclo:nié, la sagesse, la fgiiçe, la sot:-
tESAINE rEKÉTEATION, l'i>:E1MTÉ EE COXEETION ET DE ICUTE-
ÎPUISSAKCE lui étaient prcpics ccn-me à la Lumière et à Ce à quoi appartenait la Lumière.
Ce Feu s'étendit, et je ^•is qu'il développait vaiq immensité et une infinité de flammes qui. Lien que distinctes entre elles, n'en étaient pas moins, les unes et les autres, d'une même immensité et d'une semblable infinité. Par la vertu de ces fiam.ines, je A'is que leur ardeur vi\inait toutes les ombres, tous les signes, toutes les pensées du Principe commun et unitaire.
La Lumière augmenta encore d'intensité, et ses iiammes se déployèrent avec une plus grande ardeur, sans se déplacer et sans prendre accroissement ou diminution de volume. — Alors je vis un grand vide dont il me serait impossible de déterminer retendue. La Lumière ne l'éclairait pas; mais elle en était pourtant la dominatrice, et t'était l'unique volonté du Principe souverain qui, unie à sa volonté, produisait ce vide, sans lui accorder la niveur de sa réfraction ou le bénéfice de son .éclat. Ce vide n'avait aucune conscience de lui : il ne savait pas s'il était, s'il était utile qu'il fût-, s'il devrait être, ou ce qu'il serait.
Je restai longtemps en face de ce vide... La Lumnère frappa dans mes regards; et aussitôt je vis des abîmes et des abîmes encore, des ombres, des ténèbres que je suis contraint de nommer ainsi pour exprimer en m^a langue cette perception que, dans la définition la plus précise peut-être, je pourrais nommer u^^ vide sa2sS forme, et dessi:\Ant cependant u:n'E immensité DE CHOSES INTEADUISIELES ET INGOMPIlÉlIEKSîELES. Cette vue me fidsait éprouver la sensation d'un fi'oid glacial, d'uîie crainte semblable à celle que donne un douloureux pressentiment; pois une vngue inquiétude, de rétonnemient, du doute, de l'embarras, de la gène, enfin nn véritable cliaos.
Occupe de cette étrangeté qui me tourmente, je porte mes regards du cô^é de la Lumière; miîîis, malgré moi, je me retrouve au-dessus de cet iiicommeiisurable vide; j'ai sous m^es yeux son insondable profondeur; mes pieds sont appuyés sur cette aiï'rciise nuit oui l'iiabite. - — Autour de moi, il se fait une suprême et délicieuse clarté : je ne vois plus, comme je la voyais, rEsseutialité infinie remplissant de son principe souverain tout ce qui était : une majestueuse incandescence me la caclio en éclairant d'un jour radieux tout ce qui m'environne, c'est-à-dire uuq innnensité dont ratmosplière est si ravissante, si lieurouse, si harmonieuse de tons, d'aspirations, de vivincation, de suavité, de délices, de bonheur et d'amour, qu'il n'est rien d'assez exact, d'assez précis pour l'exprimer dans la justesse cl'énonciation qui lui doit convenir.
Le souverain bonheur dont j'étais pénétré est inénarrable; et, chose incompréhensible, mes regards étaient toujours portés vers cette incandescence que je savais me cacher le Principe dom la présence m'était encore un bonheur plus étendu , plus infini, plus délicieux que celui dont je jouissais au milieu de cette suprême et adorable atmosphère .
A uiesure que je fixais ma mystérieuse et impénétrable incandescence, je voyais se dessiner, lumineusement et activement, la plus éclatante partie des ombres et des signes que la Lumière incréée m'avait permis de voir dans l'infmité du Principe essentiel qui la produisait. Je vis des magnificences inouïes, des merveilles de beauté, de splendeur, des causes d'incessants ravissements, des élévations dont la seule vue faisait naître des extases infinies, des scènes de lumière, des activités de gloire, des embrasements qui enivraient d'un si puissant am-our que, de la seule sensation que j'en éprouvais, il me semblait avoir passé par une harmonie de siècles et de transformations augmentant de plus en plus leurs variétés, de délices et de ravissements [)lu3 enivrants, plus exaltants les uns que les autres!
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Cependant je ne voyais encore aucune créature; mais je savais, je ne sais comment, que cette atmosphère, ce ciei enfin, était créé pour être habité par des créatures dont La nature ^ les attributs, les aptitudes et les facultés seraient en parfait accord avec cette inexprimable création!...
L'incandescence suprême devint comme un embrasement sans limite: au milieu de cet embrasement je voyais une clar-» té si inouie, si intense, qu'il m'était impossible d'en soutenir l'éclat.
Une Yoix se fît entendre, et me* regards furent fortifiés par elle. Je regardai du côté de la Yoix; et je vis sortir du centre auo'uste de la souveraine Clarté IJN être dont le ciel qui avait excité toute mon admiration n'était, héîasi que là bien pâle image, comme beauté, comme splendeur, comme majesté, comme grâce et comme harmonie. Cet Eire était en face de l'adorable Clarté : il en réfléchissait toutes les ma-» gnificences, toutes les ineffables splendeurs. Cet Etre me pa^ rut être le glorieux miroir du Principe éternel. Je voyais en lui les majestueuses réfractions de TEssentialité conceptrice, tout le mirage de l'Essentialité opératrice, et tous les rayon-nements de l'Essentialité vivifîcatrice. Il me semblait être un composé unique d'iNTELLiGENCE , de lumière et de feu. Il n'était pas le Principe souverain; mais il en réfléchissait tous les tons ettous les arômes extérieurs. 11 n'était pas dans le Centre essentiel; mais il était comme le réflecteur fidèle de tout ce qu'il plaisait à la divine Essentiaîité de laisser paraître hors d'elle-même. Cet Être était intelligent : ses aptitudes étaient celles de l'exacte reproduction des idées transmettables du Principe éternel qui l'avait voulu et crééw
Cette Créature n'était point une avec l'Essentialité divine; iïlais elle était un toUï pour la gloire et poiir les délices du Principe créateur : il y avait en elle tine extension d'amour et de reconnaissance qui pouvait satisfaire et répondre à tout
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l'amour voulu p;ir le Principa cternol pour lui et pour tout ce qu'il lui pourrait plaire de créer. — L'Amour coucepteur s'y trouvait apprécié, répondu, servi, comme il avait dû entrer dans ses désirs et dans sa volonté en la créant. — L'Amour opérateur j était aimé, exalté et adoré dans toute la plénitude pouvant être pensée et voulue par lui. — L'Amour vivificateur y rencontrait une adhésion souveraine, une correspondance identique avec ses manifestations, et une abnégation si immense et si exacte qu'il n'y avait un pareil possible qu'en sa propre et naturelle essentialité.
Cet Être parla : il nomma PÈRS le Principe conceptant. Fils le Princi])e opérant, et Amour du Père et du Fils le Principe vivifiant. Puis, dans un seul mot, il comprenait les trois modes d'opérer, et la manifestation de l'Essentialité suprême : IHO ALI étant - été - sera.
L'immense Étlier embrasé dont le centre était devenu si resplendissant me parut répandre toute son incandescense sur cet Être si admirable et si magnifique. L'Être se tourna du côté du ciel dont les inénarrables admirations éprouvées par moi avaient presque usé mes propres facultés : je me sentis immédiatement des forces nouvelles, et je vis un aspect si nouveau, si supérieur à tout ce que j'avais déjà tant et tant admiré, que je crus que c'était là tout le possible de la Divinité reproduit par les facultés réfiectives de l'Etre inappréciable qui venait de sortir de la \^olonté créatrice!
J'entendis, de l'Être nouveau, des paroles, des chants, des mélodies qui me ravissaient bien plus que toutes les magnificences de ce ciel que je croyais ne pouvoir être égalées par rien. Dans cette voix, il y avait l'essentialité de la prière, l'essentialité de l'adoration, de l'exaltation, du plus ardent et du plus adorable amour; dans le chant, il y avait des notes qui à elles seules devaient suffire à des éternités d'actions de grâces et à des cantiques souverainement éternels.
Ui^tre s'aLima diins récîat radieux qui l'iDondait : il devint comme un soupir exprimé par l'Amour du Principe iiicréé. Le ciel se transforma et de^■int d'une splendeur telle ^ que je l'eusse pris pour Dieu lui-même! — Alors une Ycix qui fit tressaillir jusqu'à l'éther et tous ses embrasements me dit:
= " Tu AS YU ShAHAELÎ le TABEEKACLE YIYAT.T, LE hÛ- FLECTEUR SUPREME, LE CIIEF-d'œUVKE ET LE DIADEME DE GLOI- RE d'IHOAH EKHAD, CELUI QUI conçoit de lui-même ses
IDEES ET SES PLANS; CELUI QUI FAIT TOUT DE LUI-MÊME SANS AU- CUN AIDE ET SANS AUCUN SECOURS; CELUI QUI TITIFIE TOUT CE qu'il TEUT qui soit; celui qui met la MANIFESTATION DE SA GLOIRE, DE SA LUMIERE ET DE L^ON EMBRASEMENT EN CETTE CRE- ATURE QUI SERA, DANS TOUTE LA SUCCESSION DE SES ETERNELLES CRÉATIONS, LE CeNTRE EXTERIEUR DE SES TIYANTES MANIFESTA- TIONS ! C'est d'elle qu'îl est dit : • Elle est sortie de la " bouche du Très-Haut, Elle est née ayant toute créatu- " EE ! M C'est à cause d'Elle que la lumièf.e de ce ciel a été faite; et c'est sa cré/.tion qui sera le plus épais nuage pour ceux qui youdront sonder la raison pour laquelle
JE l'ai créée. "
La Voix cessa de se faire entendre; et Yoilà que l'Etre alîmé dans le souverain éclat qu'avait projeté sur lui la Parole du Créateur, se leva, et tourné vers le Centre impénétrable d'où la Voix était sortie, il nt entendre une prière de reconnaissance et d'amour qui donna au ciel qu'il habitait un ébranlement si puissant et si actif que toutes les harmonies de lumière, de clarté, de splendeur semblèrent s'incliner conime à l'envi et redoubler en elles-mêmes, comme d'un pouvoir intelligent qui leur eût été propre, toutes leurs intraduisibles merveilles!
Mais cette prière ne s'éteignit pas comme s'éteignit la voix qui la prononça. — Tandis qu'elle était si admirablement et si divinement exprimée, un petit scintillement se détacha de l'Ether embrasé, et forma de cette prière deux êtres resplen-
Oj
dissants, lîingniiiquGS, agiles, snblils, rumiiieux, intelligents; conuaissaiîL d'où ils venaient, Celui qui les avait fait être; ravis, extasiés l'un et l'autre du bonheur d'être! Mais il j avait uiie infinie distance de beauté, de grâce, de pénétration, de connaissance et d'harmonie absolues, entre ces deux créatures et Celle qui éclaira leur lumière de la réfection que la sienne recevait directement du Principe essentiel et souverain.
Je vis donc que toutes les augustes opérations, tous les actes de Shahaël étaient rendus, par l'acceptation divine et par le prix qu'}^ attachait le Pouvoir divin, à l'état magnifique et suradmirable, de vivante et intelligente créature. Ces éclatantes créations prenaient les noms des actes desquels le Créateur les avait fait être. ■ — Shahaël réfléchissant toutes les perfections qu'il plaisait au Principe souverain de rendre extérieures et sensibles rendait à chacune d'elles d'incessantes louanges, de permanentes adorations; et comme ces manifestations étaient eiles-mêmes sans cesse vivantes et actives, il s'en suivait une surabondance de création qui jouissait de tous les bonheurs, de toutes les délices, die toutes les magnificences que le Principe éternel se plaisait à rendre communicables. De même aussi chacune de ces créatures se répandant en actes similaires avec ceux du Chef-d'œuvre des complaisances divines voyait ses opérations, ses conceptions, ses actes prendre une nature en rapport avec la nature surexcellente qui les produisait. Ces augustes productions les animaient, les exaltaient et étaient pour .elles une suprême émulation dont l'Éternel les glorifiait. — Toutes les productions de la première Créature l'entouraient comme les innombrables étoiles du firmament semblent entourer la lune.
Ij'aùnosphère céleste dans laquelle je me trouvais se divisa en neuf atmosphères différentes parfaitement distinctes l'une de l'autre: une se trouva dcnn'nant celle où j'étais placé : nul être n'y pouvait pénétrer. C'était une immensité se dévelop-
pant infiniment par une multiplicité d'immenskés qui se reproduisaient elles-mêmes par autant d'infinis. Une Yoix en sortit et elle dit :
== " Yoici la demeure de l'Etre des ôtres, de celui cpii n'est " pas la somme des êtres. Yoici le trône de Celui qui est la " cause de tout, mais qui n'est pas lui-même ce TvOUT. Voici " le ciel du Dieu personnel et vivant, source et ^in de toute " vie, le Dieu des dieux, des cieux et de tout ce qu'il lui sera " agréable de créer.
" J'ai fait neuf ciels dont je garde les noms, l'ordre et » riiarmonie : le dixième est celui dans lequel je renferme la " suprême essentialité de ma Gloire, de ma Lumière et de mon » Amour, l'inhabitable, l'impénétrable, l'incompréhensible.
» Le plus près de ce ciel est celui où j'ai placé la Merveille " de mes desseins, la Réflection de ma Gloire, de ma S^iges- " se, de mon Amour: ce ciel est la demeure de SiiAïiAiiL la " SAaESSE créée, Celle qui se louera elle-même par la preuve » de ses vertus, par la surabondance de son abandon, par l'in- *• finie richesse de son dévoûment, par la grâce et l'honneur " qu'elle tirera de moi son Créateur et son Dieu!
t. C'est Elle qui se glorifiera devant tous les cieux et devant »' toutes les créatures, en me glorifiant par des actes dépen- " dants de sa liberté et qui surpasseront toutes les glorifications » de toutes mes autres créatures. — C'est Elle qui ne cessera " d'être présente à mes conseils; ses. désirs, ses prières, ses " demandes attireront ma Parole, et je ne serai jamais silenw cieux pour elle. Mes anges lui seront redevables de la gloire >» qu'elle attirera de mon sein pour les extasier et pour les ra- » vir : aussi sera-t-elle leur gloire 3 puisque la mienne ne se « reflétera sur eux et sur leurs productions que par elle et à " cauâe d'elle! — Les neuf cieux formeront un peuple au mi- " lieu duquel elle sera souverainement élevée : l'admiration » qui lui en reviendra sera plus digne de me revenir, à moi
» le Tout-Piiissajitj son Créateur. Parmi les louanges que liie •• donneront mes créatures, il y en aura qui n'arriveront à moi i» qu'en passant par elle. Ma sainteté l'environnera, et je la >' ferai toujours resplendir sur mes saints. Mes créations lui " seront connues, et mes élus lui devront la bénédiction!
'» Tout ce que j'aurai créé d'EHe, tout ce que je créerai *' d'Elle habitera la demeure que je lui ai faite, et je donnerai ^^ à ces glorieuses créditions les noms de SérApiiOs ^ de Ciiéru- " BiNS, de TiiÔNES, de Dominations, de Puissances, de Pi?in- ♦' ciPAUTÉs, de Yertsts, de Magnifiques, et de Célébrants* " — Je prendrai la troisième partie des Séraphins, et j'ajou- " terai à leur nom celui d'iNViNCiBLE; je prendrai également »' la troisième partis des Chérubins, et j'ajouterai à leur nom " celui de Glaitataiee; je prendrai aussi la troisième partie '* des Trônes, et j'ajouterai à leur nom celui de Yoxataieej <• je prendrai encore la troisième partie des Dominations, et " j'ajouterai à leur nom celui de Donataire; je prendrai enfin " la troisième partie des Puissances, des Principautés, des ^ Yertus, des Magnifiques et des Célébrants^ et j'ajouterai à <' leurs noms ceux de Séraphins, de Chérubins et de Trônes. *' — Je prendrai la neuvième partie de tous ces ordres, je » les placerai dans chacun des ciels créés pour cette cause, f< et j'ajouterai le nom d' Archange à celui des ordres desquels " je les aurai tirés.
" J'établirai une génération parmi ce peuple radieux. Oom- «' me je les ai créés fécondants et conceptants, leurs générati- " ons habiteront le môme ciel qui leur a été fait; et bien que ♦' commis à la transmission de mes manifestations dans chaque " ciel que je leur assignerai, leur génération n'aura d'autre lieu *' et d'autre demeure que celle dans laquelle je les ai créés.
" Pour ce que je créerai de leurs actes envers moi, je leur *' assignerai le second ciel au-dessous de celui qui n'appartient » et ne peut appai'tenir qu'à Celtti qui ayant été - étant - sera.
V) Les générations de ceux-ci habiteront le même ciel où ils >' auront été conçus dans les actes qui me sont dûs par eux et >' qu'ils sentent la glorieuse nécessité de m'offrir. Je choisirai " ce qu'il me plaira d'en créer; je placerai cette création dans " le troisième ciel au-dessous de celui qui est et ne peut ap- » partenir qu'à moi. Je donnerai à tous ces Anges les noms " de leurs générateurs, et j'y ajouterai les noms des vertus " dans lesquelles ils excelleront. Les générations de ceux-là » habiteront avec eux, et ce que je créerai de leurs glorifiantes " opérations habitera le quatrième ciel au-dessous de celui qui " est la demeure souveraine de l'Lîcréé : il en sera ainsi jus- « qu'au neuvième.
» La vie de tous ces êtres sera bonne, parfaitement lieureu- " se et souverainement libre. Chaque création et chaque géné- » ration aura son ciel; l'activité et l'agilité ainsi que l'impassi- » bilité leur sont données. Chaque ciel renferme la plénitude >» de bonheur, la somme de gloire, la toute-puissance d'éléva- >' tion dignes des êtres auxquels il est destiné.
" Ils me connaîtront sous ces noms saints et adorables :
" IHOAtI Celui qui conçoit. Celui qui engendre, Celui qui » fait être. Celui qui fut -qui est -qui sera!
» SHABHAOTH Sagesse eiio-endrée, incessante Action " de l'Essence divine. Connaissance unique par qui seule il est » possible de connaître, Expression interne et externe du » Principe incréé. Pensée éternelle. Terme réel de i'Litelli- " gence essentielle!
" VERONAH ^LOHIM Lui -les Dieux, l'Esprit, le " Souffle divin, l'Amour procédant, aimant et provocant; le » Terme subsistant de la Volonté éternelle, même principe, " même ordre, même harmonie, même essentialité!
»' DIEU, ennii, c'est-à-dire Celui qui n'eit que de lui-mê- " me, qui ne tient rien d'autrui, qui donne tout et qui peut " tout: — Dieu dont les opérations intérieures sont toutes di-
»' vines et impénétrables^ ne regardant et ne pouvant regarder " que sa suprême essence, se résumant dans la génération " étenielle du Verbe incréé, par le Principe incréé qui l'en- " gendre, et par la Production éternelle de l'Esprit qui est " l'éternel Amour du Princi])e engendrant et du Verbe engen- " dré; — Dieu qui engendre son Verbe nécessairement par " une opération connue de lui seul, opération qui n'a ni com- " mencement, ni un, ni interruption; — Dieu dont le Verbe " est l'uiiique connaissance et le terme de cette opération; ■ — " Dieu Principe ayant son Verbe vivant en lui, et vivant "' clans son Verbe; — Dieu Principe générant et Principe gé- » néré, produisant leur Amour, leur Esprit par une opérati- " on incessante, continuelle, sans commencement et sans fin; " — Dieu Amour, Esprit, Terme de toute intérieure opéra- " tion, ne sortant pas du Principe souverain, de la nature su- " preme et essentielle!
" Me connaissant ainsi, ils s'élèveront par la toute-puissance » de liberté que je leur ai donnée, et ils serviront cette liberté " par des facultés aussi étendues et aussi indépendantes qu'elle. " Je répondrai à leurs élévations, et je grandirai incessamment " la dignité qu'ils grandiront eux-mêmes en se tournant vers " ma Gloire, en me rendant leurs hommages et leurs adorati- » ons en face de Celle par qui je leur déverserai de nouvelles " délices et des gloires nouvelles. Pour leur rappeler ma com- " plaisance et mon amour pour Celle que j'ai créée comme vi- » sibilité et communication des effets extérieurs de ma souve- » raine Sagesse, je vais faire à Shahaël un trône entouré des " dix premières créations de chaque ordre archangélique; je " vais revêtir ceux-ci d'une splendeur au-dessus de toute autre " splendeur : ils seront la gloire du trône près duquel je les pîa- " cerai, et je les établirai les auditeurs de mes conseils. C'est à " leur fidélité et à leur sagesse que je remettrai le plan de mes " décrets, et je les entretiendrai de mes immuables desseins. »
La Yolx cessa; et je vis neuf ciels; et ceux qui les habitaient étaient radieux d'allégresse et de bonheur. Je vis le trône de Shahaël : la gloire de l'Incréé formait son dôme; sa souveraine lumière l'environnait, et l'atmosplière au milieu de laquelle ce trône était porté me paraissait être un vaste et suprême embrasement. Une multitude d'esprits radieux formait comme un rempart à ce trône , et elle chantait avec de souverains transports des cantiques et des louanges à la gloire du Très-Haut, de rÉternel! Ces chants, ces vibrants cantiques ^ ces glorieuses mélodies se répétaient dans chaque ciel; et pour en terminer l'éclatant final, toute cette inénarrable création faisait entendre un Amen que nulle langue ne peut exprimer! ses retentissements semblaient changer la majesté de chaque ciel en une surabondance inouie de grâce et de majesté. Puis il se faisait \\n harmonieux silence : je n'entendais plus que l'animation de l'auguste et infinie Clarté, que les tons de la vivante Lumière, et que la solennelle Réliection de tout cet assemblage de gloire, de délices et d'amour paraissant ne faire qu'un seul tout, malgré les propriétés diverses qui le composaient î
Alors j'entendii Shahaël «'adressant à l'Eternel. Il me fut impossible de comprendre cette parole et de résister à la douceur, à la beauté, à la suavité, à la grâce et à l'amour contenus dans cette parole et dans cette voix. Je ne sais ce que je devins; je ne sais s'il se pas&a un siècle, une éternité : ce que je sais, c'est que j'oubliai toute la beauté, toute la majesté, toute la gloire des cieux quand j'entendis cette parole et cette voix d'où jaillissaient des montagnes de lumière et de parfums, des délices indescriptibles, des ravissements au milieu desquels toute la création céleste reprenait une nouvelle et puis majestueuse splendeur!
La voix de Shahaël s'éteignit dans une adorable et innommable extase! le ciel du Très-Haut s'ouvrit, et tous les cieux
Cil une seule voix crièrent: = " Gloire, louange, action de » grâces, bénédiction au Tout-Puissant, au Maître de toutes » choses I Salut, Amen, Hosannali à Celui qui peut tout, qui >' a fait tout, et qui est sans qu'il soit autre chose que lui seul! 't Amen! Amen! Amen! » — -Toutes ces voix se turent, et A'oici les paroles qui me furent intelligibles; elles venaient du premier ciel, de la demeure de ITnxréé :
= « Je suis ADOXAI la gloiee, la lumière et la sagesse, LA VOLONTÉ, LA PENSEE, LA PAROLE, l' ACTION, LA FECONDI- TE, LA VIVIFICATION, LE COMMENCEMENT, LE MILIEU ET LA FIN. »'
La Parole s'arrêta : toutes les générations angéliques et archangéliques se prosternèrent, sauf sept des grands Archanges qui étaient comme des colonnes de lumière en face du trône de Shahaël. Une grande clarté descendit sur le trône et sur Celle qui y était assise. Puis une voix brûlante comme la vapeur qui s'échappe d'une grande fournaise embrasée dit :
= « V^oici le plan conçu par l'Eternel; il le montre à ceux ♦» qu'il a choisis pour assister à ses conseils; il le révèle aux '» sept gardiens du ciel prophétique : Shahaël est couronnée » de la montagne de gloire où se tient Celui qui fait les Invin- »> cibles; elle a tous les cieux créés sous ses pieds, et elle est » entourée des plus lumineuses créatures que le Tout-Puissant » a tirées de ses œuvres; elle est la gloire du Très-Haut; » elle est possédée par son Amour, et elle répond à la sagesse « de son Yerbe; elle ne sera revêtue ni de l'éclat ni de l'om- « bre d'aucune créature. L'Incréé trouve en Elle ses délices; » et tout ce qui est créé ne connaîtra le Créateur, que par la " faveur et la grâce du Fruit qu'elle donnera au temps fixé » par les immuables décrets de Celui qui n'est sujet à aucune « variation, ni à aucun changement. ^
Alors il se dessina, au-dessus du trône de Shahaël, un grand, et radieux tableau; cette inscription le surmontait en forme de diadème ^
" Pour Celui qui l'a créée, Elle est Skahaël. — Pour la » fidélité des glorieux^ Elle est MAÏnAËL, c'est-à-dire celle
" QUI ENFANTE LA GLOIRE YIVANTE Eï ETEENELLE. Pour leS
»' séduits au-dessous de la lumière, Elle sera Yiiirgiiaël la
>' YIERGE ENFANTANT LA YoiE DES DIEUX. Pour leS SOUmls
» au temps, les esclaves du sommeil et de la nuit. Elle se » nommera MAiiraiEÏAM la femme -tieege qui enfante la » YÉRiTÉ, LE Rachat, le Salut, la Yie; Celle qui livre
»' LES CIEUX À LA TERRE; CeLLE QUI LIVRE POUR DELIVRER! "
Dans le centre du tableau une grande croix était dessinée. Un Homme d'une beauté aussi parfaite que toute perfection était étendu expirant sur cette croix. Une Femme de la plus grande et de la plus sainte beauté se trouvait être droite près de ce Calvaire : le sang que l'on voj^ait circuler dans ses veines était identique à celui qui tombait des mille déchirures dont était couvert le corps du Cruciné; les cœurs de ces deux Yictimes traduisaient extérieurement tout leur travail intérieur; ces deux âmes étaient tout entières répandues au-deliors : pensées, désirs, sentiments se distinguaient et montraient qu'ils naissaient et renaissaient incessamment d'un même et unique foyer d'amour!... On se sentait dominé par l'abaissement volontaire de l'FIonnne qui révélait son caractère divin et la nature de son union hypostatique avec la nature humaine. Mais la Femme fiiisait ploj^er tout le possible de l'admiration par la suprême énergie de sa libre acceptation, et par l'indivisibilité de son amour et de sa foi.
Au-dessous de ce dessin était celui-ci : la croix se trouvait former trois grandes voies se réunissant à une très-longue distance, puis se perdant dans un vaste et inconimensurable océan de gloire et de lumière. — L'Homme divin était au point d'embranchement oii se réunissaient les trois voies : une gi'ande lumière sortait de sa bouche; nulle créature semblable à cet Homme ne pouvait passer devant cette lumière sans être
dévoréo par elle; imns lorsqu'elle avait dévoré ceux qu'elle avait saisis, ils devenaient semblables à THomme divin, et ils resplendissaient comme sa propre lumière.
La Femme était assise à l'entrée de la grande voie, et elle donnaic un miroir à tous ceux qui venaient de ce côté.
On voyait dans la partie basse du tableau un nombre incalculable de créatures h peu près semblables à l'Homme et à la Femme venant de ce côté; les deux autres voies étaient remplies ])ar des êtres différents : ceux qui venaient de droite ressemblaient à des ombres couvertes d'un suaire transparent et phosphorescent; ceux qui venaient de la gauche étaient comme des ténèbres chargés d'un jaunâtre brouillard. Tous ceux qui se regardaient dans le miroir que donnait la Femme voyaient l'empreinte de son image, et dans cette image, l'intrépidité, le dévoûment, l'abnégation, l'intelligent et le puissant amour qui n'avait cessé de vivre en elle. — On se sentait heureux en contemplant cette douce et presque divine image. On cherchait parmi les noms les plus doux, parmi les termes les plus délicats afin de lui adresser quelques paroles dignes des sentiinents qu'elle faisait naître, et chacun ne trouvait qu'une même expression : cette expression est celle qui accompagne toujours ce nom de tendresse et de bonheur, ma MÈeeÎ
Ceux qui prenaient le miroir et qui se détournaient de cette gracieuse image, pour n'j voir que la leur, paraissaient tristes, accablés, soucieux, faibles, épuisés : ils avaient des peines et des fatigues incroyables pour marcher leur voie.
Le tableau disparut. Le ciel du Très-Haut se ferma. Mes regards s'arrêtèrent sur les sept grands Archanges qui étaient devant le trône de Celle que le Seigneur venait de si glorieusement montrer comme étant après lui la première gloire et le premier honneur de son plan! Un de ces grands Archanges dont la lumière étincelait si puissamment tandis que le tableau divin projetait son radieux éclat sur tous les cieux, me parut
pâlir dans sa splendeur : je crus distinguer en toute sa nature une grande agitation; il parla, et j^entendis son verbe s'expriniant ainsi :
= " Qui donc est plus grand que LrciBEL? qui donc re- » yendiquerait sa gloire? qui oserait le faire le dernier, lui " qui est le premier dont le nom dise : DiSTrxiBùTiON de la lu-
" MIÈRE, l'esprit DE LA DROITE DU CONSEIL, l'iNYINCIBLE QUI " SEUL SE PRÉSENTE EN FACE d'AdONAÏ? "
Les six Archanges se retournèrent en s'incliiiant devant SnAHAËL. Lucibel resta droit, regardant encore du côté de la vision qui l'avait troublé. Deux de ceux qui étaient près de lui s'obscurcirent dans l'éclat qui leur était commun. Il y eut une grande fermentation, un grand trouble dans ce second ciel; et par suite, aussi vite qu'il est impossible de le concevoir, cette grande fermentation, ce grand trouble s^étendirent dans tous les cieux. — ^ Je ne sais s'il est possible d^assigner un temps à ce qui se passa dans l'ordre de cette si triste perturbation. Je vis que le trône de Siialiaël resplendissait d'une plus subtile et plus étincelante lumière. Les quatre grands Archanges restés dans leur calme se couvrirent d'une magnificence qui les eût fait prendre pour appartenir à une nouvelle et plus ravissante création : il en fut de même pour toutes les générations angéliques qui ne s'étaient pas laissé surprendre par la blessante exclamation de Lucibel.
Un grand signe se fit dans le ciel de la Majesté éternelle. Je compris que ce signe était celui qui appelait les sept Anges aux conseils suprêmes du souverain Seigneur. Je vis les six grands Archanges s'abîmer dans leur propre clarté; Lucibel resta droit, et ce qu'il était: ses deux frères se comprimèrent dans leur attitude. Une Yoix dit :
== « Lucibel I qui est le Tout-Puissant? qui tient l'ê- '» tre d'un autre que de lui? "
Lucibel s'inclina, et j'entendis qu'il répondit :
« N*avez-vous pas assez donné à cette création qui captive »' toutes vos complaisances? rien n'égale sa splendeur, et rien »• n'approche de l'ombre de la gloire dont vous l'avez revêtue. " Il n'y a que vous au-dessus d'elle, et tous vos plus beaux " anges ne semblent créés que pour parer sa demeure. Don- »• nez-lui plus encore si votre complaisance l'exige; mais, si »» vous m'avez fait le premier parmi les sept esprits qui enten- » dent vos conseils; si vous m'avez fait le premier de l'angé- » lité et la colonne rayonnante qui lui transmet la lumière de »• vos ordonnances, comment accepterais-je la soumission que •' m'impose la gloire de ce tableau où la Sagesse créée descend w s'unir à un monde de sommeil et de ténèbres? comment ac- >' ceplerais-je de cette Créature le Fruit de gloire, quand elle »' s'abaissera jusqu'à produire pour la douleur et pour la mort? » Je suis IjUCIBelî que votre ombre me couvre, et que votre ♦• Verbe naisse de moi, car je suis au-dessus de tous mes frè- » res, et le plus grand parmi les grands que vous avez créés »' au-dessus d'eux! »»
L'Eternel prononça ces paroles :
== «« Celui qui ayant été -étant -sera, est celui qui een- >» vefxSe toute injustice et qui eéprime toute infraction " faite à la sagesse de ses lois. "
Tous les cieux s'ouvrirent laissant apercevoir le vaste et béant vide des abîmes : là tout était ténèbres et nuit, horreur et chaos !
Lucibel regarda encore la gloire de Shahaël, et il dit avec une sorte de violence :
= « Ne suis-je pas instruit des desseins les plus vastes con- >• çus par l'infinie Sagesse? puis-je m'être approché si près de " l'Essence incréée, étant créé moi-même? Si j'ai pu pénétrer '• les souverains décrets de Celui qui est l'Impénétrable, ne " suis-je pas bien près d'être de la même nature que lui? Que » sa puissance donc ne récuse pas l'alliance de ma puissance!
M Distributeur de la lumière, je puis rendre pour moi la plus " grande partie de tout ce qui est créé; ma nature possède des » dons qui ne lui sont plus reprenables : à moi toute la force " dont j'ai compris les immenses secrets. Je serai le glorieux " concepteur du Yerbe Gloire, puisque déjà je suis admis à la » distinction des ordres de la puissante lumière dans laquelle H seule il peut être produit. »
= « LuctBEL, dit la grande Yoix, tu serais déjà au fond
" DE CES ABÎMES SI JE n'ÉTAIS PAS LE SEUL FoRÏ, l'uNIQUE » ToUT-PuiSSANT , LA SEULE YEABŒNT JUSTE YoLONTE. »
Tandis que cette scène se passait dans Félévation du premier ciel, un grand et terrible ferment travaillait toutes les natures angéliques, et à mesure que ce ferment opérait en elles, elles perdaient de leur beauté, de lear ardeur, de leur éclat, de leur magnificence. Ceux au contraire qui se tenaient dans la contemplation de l'infinie justice du Créateur, continuant le travail de leur production et l'ardent amour de leur génération augmentaient par une graduation inonie en tout ce qui constituait la souveraine perfection de leur intérieur et de leur extérieur.
Le Très-Haut dit encore :
== •* LUCIBEL, JE t'ai fait PLEIN DE GLOIRE ET DE BONHEUR; » MAIS CETTE GLOIRE ET CE BONHEUR QUI t'oNT ETE DONNES »' EXIGENT QUE JE REPRIME TA FLETRISSANTE INJUSTICE. SOU- " TIENS-TOI QUE JE t'aI FAIT LE PREMIER DANS LA SPLENDEUR " DE TES FRÈRES ; TU ES GRAND COMME LEUR ROI; MAIS CETTE w GRANDEUR n'eST QUE CELLE DU MANDAT DANS l'cRDRE DUQUEL »' TU AS ÉTÉ CRÉÉ. REPRENDS TA PLACE JUSQU'À CE QUE JE » TE RAPPELLE À L' AUDITION DE MES CONSEILS ! SoiS LA" GLOI*-
» RE DE Celle à qui tu la dois pour connaître la mienne! y> Elle seule concevra l'essentielle Sagesse, parce qu'el-
*» le seule a été CRÉÉE POUR CET HONNEUR ET POUR CETTE " GLOIRF^ '•
— " Maudite soit cette Créature, s'écria Lucibel! je fuirai !• sa présence : dussé-je être le dernier au fond des abîmes ! « L'Étjniel dit:
= " Qu'il soit réprimé, et qu'il ne perde rien de sa
'♦ PRIMAUTÉ ; qu'il SOIT LE PREMIER ET COMME LE ROI DES TÉ- " NÈBRES; qu'il SACHE CE QUE SONT LA SAGESSE ET LA JUSTICE
'• DE SON Créateur; qu'il sente, loin des lois de mon a-
«^ MOUR, tout ce que SA REBELLION CONSTITUE d'oPPOSITION »• ET DE RÉVOLTE ; QUE CETTE RÉYOLTE DEVIENNE SA CILUNE "ET SON FARDEAU JUSQU'À CE QUE, s'ÉTANT ÉPUISÉ CONTEE " LUI, IL NE TEOUVE PLUS, AU TERME SI ETENDU DE SON FINI, •' QUE l'infini ÉTERNEL DE CeLUI QUI l'a CRÉÉ. "
Un vaste rajon de la Lumière divine tomba sur nn des quatre grands Archanges indignés de la conduite de Lucibel; ce rajon lumineux devint une voix, et cette voix dit :
= " MîIICKAËL, GARDEZ LE VIDE QUE FAIT LA PLACE DB " VOTRE frère; faites RETENTIR, DANS TOUS LES ClEUi, LE « CRI DE DERNIÈRE EPREUVE ET DE JUSTICE. "
Aussitôt, le grand Archange jeta dans tout l'éther ces grandes et solennelles paroles :
= " Qui peut, sans crime, s'opposer à la sagesse et à la » souveraine justice de Dieu? Qui est! qui est semblable À " Dieu!!!... ^
Lucibel voulut couvrir la voix de son invincible frère : il cria à son tour, et sa voix ressemblait à des tonnerres en fureur :
— " Qui est comme Lucibel? qui ose violenter ses droits " et la splendeur de son front? "
Dans ce neuvième ciel qui était au-dessous du dixième qui est celui de l'încréé, la qu^^trevingtiÈme partie de la génération qui l'habitait se déclara pour Lucibel. Dans le huitième qui est après celui dans lequel étincelle le trône de Shahaël, la soix.^'tE"DI3:ième partie de la, génération qui l'habitait s'a--
voua partager les pensées de révolte du premier des sept Arclianges assistant permanemment aux conseils du Tout-Puissant. Dans le septième après celui-ci, la soixantième partie de sa génération cria amen, amen au nom de Lucibel! Dans le sixième après celui-ci, la cinquantième partie de cette génération cria avec colère le nom de Mhichaël et répudia son droit de défenseur de la cause de Dieu. Dans le cinquième après celui-ci, la quarantième partie de sa gér,ération voulut réprimer ceux qui affirmaient la justice du Créateur et les droits incontestables que Shahaël avait à son amour. Dans le quatrième, la trentième partie cria qu'ils répudiaient l'ordre qui les régissait, et qu'ils suivraient, sans se rendre, l'éclatant Lucibel. Dans le troisième, la vingtième partie blasphéma le nom du Très-Haut et jura par le nom du grand Porte-lumière, Dans le deuxième, la quinzième partie de sa génération refusa l'Hosannali, et adressa Famen à Lucibel. Dans le dernier, il n'y eut que quelques fidèles.
L'Archange révolté , en vertu de son mandat de ministre de la Lumière, anima et activa la rébellion de tous ces ingrats, leur faisant entendre que leur nombre tout-puissant allait avoir la force de contraindre le Créateur de céder à ses désirs, et qu'après ce glorieux triomphe il les revêtirait lui-même de cette resplendissante lumière qu'ils admiraient en lui; qu'il n'aurait d'autre éclat sur eux que celui de la production du Verbe éternel par lequel il les affirmerait, sans aucune épreuve, dans la nature souveraine et infinie de son alliance.
Le trône de Shahaël étincela d'une plus souveraine clarté; mais cette suprême Merveille éteignit d'elle-même le radieux éclat qui se produisait en elle et hors d'elle. Sa voix domina les premiers cris de cette sacrilège révolte : elle parlait au Tout-Puissant; tandis que d'un rayon de son ineffable douceur elle retenait l'auguste indignation du superbe Mhichaël. Voici SOS paroles :
= « Essence iNCPiÉÉs^ adorable eï indomptable Amour,
■" Ô TOI QUI m'xLS conçue POUR ETRE LA GLOIRE DE TES OPE- " RATIONS MANIFESTATIYES, TOI QUI m'aS DONNE EN ME CREANT " DE t'aIMER en TOUT CE QUE TU AS CREE ET CREERAS À JA- " MAIS, FAIS DESCENDRE TA CLEMENCE SUR CES CIIERS ET MAL-
" HEUREUX Égarés; ne les réprime pas par l'indignation
>• DE tes propres CRÉATURES; MONTRE-LEUR LEUR CRIME ET » LES GÉNÉRATIONS d' ABIMES QUI LES TOURMENTERONT LOIN DE
" toi; Étends leur clarté, et fais-leur yoir ce que tu
" les as faits, et le BRULANT CHAOS DANS LEQUEL LEUR IN- " GRATITUDE YA LES JETER. GrANDIS TES ÉTERNITÉS POUR QUE » MON AMOUR POUR TOI ET POUR EUX t'y PUISSE SATISFAIRE. " Que LES ARDEURS DE MA PRIERE, ET LES CRIS d' AMOUR DE " TOUT CE QUI RESTE FIDELE À TA JUSTICE DÉPASSENT LES CRIS " DE CES SURPRIS PAR LEUR FAIBLESSE. Si TOUTES CES MER- '» YEILLES m'ont PROCLAMÉE LE YIYANT TABERNACLE DE TA " GRÂCE ET LA RÉFRACTION DE TA DIYINE SaGESSE, FAIS-MOI
" l'Étincelle qui annonce ton ineffable bonté, ta souye-
" RAINE et infinie MISÉRICORDE. «
L'étlier divin s'oavrit de nouYeau, et le Tout-Puissant montra les mondes d'abîmes, les flancs ouverts des inertes ténèbres et du muet chaos. Puis il projeta une nouvelle et éclairante majesté sur tous les révoltés : tous virent le bien de leur état d'être; la gloire, le bonheur pour lesquels ils avaient été créés, la justice, la sagesse, la générosité, l'élévation, le caractère divin de ce libre arbitre qui les constituait, par une consciente similitude avec le Créateur, plutôt des dieux que des serviteurs et des sujets. L'amour de i'Incréé resplendit d'une telle lucidité pour tous ces rebelles qu'il leur fut souverainement démontré que, quoiqu'ils fissent, il f\iudrait, en explorant toute l'étendue de leur libre arbitre, se rendre enfin par la conséquence même de leur nature créée dans la vie de la raison et de la sagesse infinie qui seule avait pu les créer.
Lucibel s'écria : — " C'est en droit de notre libre arbitre que >• nous voulons édifier l'égalité qu'il nous donne avec toi. Tu » éblouis notre intime connaissance. Nous ne nous sentons linii- » tés que par ce ciel duquel tu parais seul avoir le secret. Moi '• admis à tes conseils, j'ai surpris, dans l'ordre de tes plans, » que d'autres dieux travaillent avec toi; et souvent même tes » opérations m'ont prouvé que tu n'étais, en ces œuvres que » nous admirions, que l'agence de ces puissantes divinités dont " tu as été contraint de nous avouer les noms pour que l'adora- " tion que nous leur devons t'arrive et ne soit connue que de » toi. Cette Sagesse que tu dis avoir créée est sans doute une »» fille d'mi de ces dieux que tu caches comme o;arantie de ta w puissance; et, moi-même, ne leur ai -je point été ravi? Ce w Dieu JEloliim qui doit couvrir de son ombre auguste Celle " qui lui donnera le Dieu Verbe, la Gloire des gloires, n'est-ce > pas moi qu'il clierche? ne suis-je point ici la fleur lumineuse » du trône de ta captive que pour rehausser son éclat et aider » à tromper, par sa souveraine splendeur, ^-lohim qui me '» ferait, moi, mère du Dieu des dieux? «
Tous les révoltés crurent cette fable née du délire dont l'orgueil jaloux de Lucibel était l'outrageant inventeur. L'éther divin se voila. Uns Yoix qui ébranla les fondements célestes prononça ces foudroyantes paroles :
= » Que l'dipie tombe de lui-même ; que le meîs^teur " SOIT rpjs ])Ai\S SON PIEGE; QUE l'injuste teaîne d'abîmes " en abîmes son injustice, jusqu'à ce que, l'ayant usée, " il se fasse digne de eentrer dans la justice et la droi- » tuee, éclairé de son repentir et affirmé par son ex-
" PIATION. "
Lucibel poussa un cri de rage, se sentant emporté par le poids de son crime, il passa par chaque ciel, rugissant comme un roi détrôné, et entraînant avec lui les malheureux insensés q^i s'animaient à applaudir l'horrible horreur de sa funeste
décadence. Tous ces lieiireux furent précipités en un instant dans le vide ténébreux des plus terribles catastrophes. Un seul cri rassesubla sous le dernier rayon de la lumière céleste ces innombrables générations qui déjà se ruaient les unes sur les autres à la ])remière impression de l'atmosphère des abîmes et au premier contact qu'elles éprouvèrent en touchant le silencieux et inerte chaos
Qui est semblable à Dieu! qui est giîakd et juste comme Dieu 5 avait dit avec le ton suprême de l'inviolable vérité ^ Tarcliange I\Ihichaël! et les fidèles seuls étaient restés dans la stupéfiante extase de leur admiration pour la puissance de leur Créateur I ils étaient saisis dans un indicible tremblement en face du malheur et de la punition de leurs coupables frères.
Shahaël, usant de ce qui était la gloire de son libre arbitre, éteignit les radieuses splendeurs de son trône. Elle demanda au Tout-Puissant de lui faire la faveur d'efiacer le suprême éclat de tout ce qui n'était que pour elle seule. Elle mit tant de grâce, tant de beauté, tant de suavité et un si riche parfum d'éiincelante tristesse dans sa prière, que l'Eternel ne put résister et lui répondit :
= « Qu'il soit fait comme il est pour te plaire. «
Après cette glorieuse réponse, la plus belle Créature des cieux étendit ses regards sur les rangs restés vides. Il se fit en elle, à cette vue, un grand travail : Elle parut dominée par des résolutions qui ayant toutes la Gloire et la Bonté souveraines pour objet, n'en étaient pas moins également toutes aux plus chers intérêts des malheureux tombés.
Les génératioiis fidèles voyant ainsi ce que je voyais moimêrne, ne firent toutes ensemble qu'une seule voix pour exprimer une même prière : elles demandèrent qu'il leur fût permis d'écarter, du droit de leur libre arbitre, toute la splendeur qui ne leur ét?Jt pas essentielle à l'ordre de la Majesté suprême, comme réfraction de son radieux éclat; elles s'unirent à la
prière de Celle qu'elles proclamèrent, par la voix des quatre grands Archanges, la Sagesse ceeée, la plus pure, la plus sainte et la plus digne d'amour de toutes les créatures.
Celui qui fut -est -sera bénit leur demande : les cieux prirent un autre aspect, non qu'ils fussent tristes, mais il était sensible que leur immuable bonlieur, sans cesser d'être, n'avait plus les mêmes tons, les mêmes éclats et les marnes ravissements. Ce n'était pas moins que ce qui était avant, mais c'était différent : les places étaient restées vides; et bien qu'aucune de ces créatures ne cliercliât à y demeurer, je voyais qu'il n'était pas possible à qui que ce fût de s'y placer.
Les neuf cieux étaient toujours ouverts; et bien qu'on ne vit plus ces malheureux tombés, j'entendais de profonds soupirs, un bruit semblable à celui qu'on fait en pleurant amèrement; puis je distinguais quelque chose comme des sanglots, des cris de détresse, des gémissements étouffés; tout cela mêlé
à des imprécations, à des injures, à des blasphèmes!
Une oTande lumière brilla sur ce vaste et incommensurable orifice: tous les cieux firent silence! Une voix descendit, c'était celle de Mhichaël, elle cria :
= " Qui est grand comme Dieu? qui est bon comme Dieu? »» qui est juste comme Dieu? qui est! qui est semblable À H Dieu!!! *>
Alors il se fit un bruit terrible, un bruit épouvantable; ce bruit venait du côté des abîmes. La Lumière divine descendit avec ces paroles. Rien n'est capable de donner une idée de cette scène de repentir et de douleur pour les uns, de rage, de colère et de fureur pour les autres!
L'Éternel dit :
= « Le repentir est une assise 1 celui qui s'r affirme. >• Que tous ceux qui sont affirmés en lui restent portés »• PAR LUL Mais que Lucibel et ses deux frères dans mes » conseils, se tiennent droits en face de ma lumière. Je
'» VAIS FAIRE DES CPvÉATIONS NOUVELLES. Je YAIS DONNER DIF- » FÉRENTES DEMEURES AUX REPENTIS ET AUX AFFIRMES DANS » LA PLÉNITUDE DU REPENTIR. A LuCIBEL ECLAIRE PAR SON " IMPUISSANCE, ET À SES DEUX FRERES ThÉTIIRAËL LE ROI DES » GERMES, ET ThORHAËL LE RADIEUX REPRIME PAR MA JUSTICE, » JE FERAI TROIS DEMEURES DIFFERENTES : LuCIBEL HABITERA « LE MONDE DES TENEBRES; ThÉTHRAËL, LE MONDE DES GER- » MES, ET TlIOBHAËL, LE MONDE DE FEU. Je FERAI L'ATMO- " SPHÈRE DE CES MONDES CE QU'eLLE DOIT ETRE POUR LA NA- » TURE DE CEUX QUE JE YEUX QUI T VIVENT ! «
— " Tu ne me donneras rien, s'écria farieux l'impie Luci- " bel, tii m'as assigné les ténèbres, et tu m'as dit que m'ayant " fait comme un roi dans tes possessions ravies, tu ne touclie- » rais pas à ma royauté, mais que je serais le premier partout " OÙ sera l'ombre et la nuit : Je te somme de tes propres paro- » les, et ceux qui m'ont suivi te résisteront comme moi. »
La lumière divine devint plus intense. Lucibel voulut s'enfuir : il ne le put pas.
L'Eternel continua :
= « Lucibel, tu as été créé pour assister à mes conseils, '» pour répondre à ce que tu dois toujours confesser, soit pour » ma gloire, soit pour ma sagesse, soit pour ma justice, soit » pour mon' amour. Tu seras, malgré ta malice et ton orgueil, '• ce que j'ai voulu que tu sois en te créant. Tu assisteras, se- »• Ion ma volonté, à mes conseils, et tu répondras sur ce qu'il >• me plaira de t'interroger. Tu viendras des ombres de la » nuit et des ténèbres, sans que tu puisses t'y refuser, et cela '• sera, parce que c'est mon droit essentiel, et l'indispensable » de ta nature. Hors cela, ta volonté te servira dans l'entier '• de ce qui est à toi, c'est-à-dire ton libre arbitre. *»
Un des Archanges du premier ciel s'élança par un suprême effort jusqu'à l'orifice sur lequel semblait s'arrêter la lumière. Lucibel s'adressant à cet Ange lui dit: — « Ya, Althaël!
» va, sans craindre, défier de ta beauté et de ta grâce Celle » dont tu n'as été oppressivement que l'orgueilleuse parure. »
Mais Althaël, sans répondre au conseil perfide de l'égaré, s'écria:
" Dieu tout-puissant, souveraine et ineffable Bonté, je re- » connais ta sagesse et ta justice. Je sais et je sens que je ne » pourrai plus habiter ce ciel où mon crime m'a souillée; » mais, comme tu es infini dans ton amour et dans ton pou- » voir, fais-moi un lieu où je puisse expier mon indignité, et » te prouver que mon repentir est sincère! Fais-moi la derni- » ère de tes créatures, et quand j'aurai épuisé l'épreuve de » toutes les éternités qu'il te plaira de m'assigner, je ne te de- « manderai jamais, pour tout bonlieur, que de pouvoir te bénir, " t'ciimer, t'adorer en chacune et en toutes tes créatures. Le " nom de Sbahaël sera le soutien de ma promesse, et ta clé- " mente pitié, la grâce de ma fidélité. »
Lucibel ruo;it; il s'aoita au noint de remuer la masse des ténèbres. Théthraël et Thobhaël voulurent se cacher, tant ils se sentirent pris de honte et de douleur. La Yoix divine dit : == « Théthraël! " — Alors l'Archange se leva; il confessa tout haut devant ses frères et ses ju'opres générations l'horreur et l'injustice de sa révolte. Thobhaël fit de même. — Lucibel essaya de se ruer sur eux; mais il se sentit impuissant : la lumière le tenait enchaîné.
Alors, il se fit une séparation entre tous ces malheureux: tous ceux qui s'étaient affermis dans le repentir reprirent une forme presque lumineuse, mais infiniment loin de celle qu'ils avaient avant leur chute; les obstinés restèrent de la môme forme que les ténèbres sur lesquelles il étaient encore retenus.
Le Tout-Puissant dit :
= « Que Liï CIEL SOIT ainsi que les cieux, et que tout
" CE qui est du ciel et des cieux soit à toujours, sans " aucune fin. Que la teeee soit aussl Que les ténèeees
" soient animées, et que l'aeÎME des abîmes POETE, co:?.rME
" UNE SENTENCE DE EÉPEESSION, LE NOM DE l'ÉtEENEL. QuE
" l'onde s'Étende entee les cieux et la teeee, entée la
» TEEEE ET l'aEIME DES AEIMES. QuE CETTE ONDE SOIT YI- » TANTE, ET QU'eLLE SOIT l'iMAGE DE CeLLE POUR QUI j'aI " FAIT LES CIEUX. Qu'eLLE SOIT FECONDE ET SOUMISE À l'Es- » PEIT GÉNÉRATEUR DE TOUTES CHOSES; Qu'eLLE SOIT LE MAE- '♦ CIIEPIED ET LE TEONE DE SES DROITS, ET LA REFLECTION DE »i SA BEAUTÉ. ^
A mesure que parlait i'înfiui, les choses qu'il voulait qui fussent, étaient: le Tout-Puissant dit:
= " Que la lumière soïtI « et aussitôt la lumière fut.
Alors ]es Anges restés ii cl èles ne me furent plus visibles : les cieux se trou\èrent fermés. Les Anges repentants et les Anges non repentis se tenaient clans une sorte d'éther phosphorescent, et ils virent tous la ïeere conune je la voyais, c'est-à-dire une masse noire sans forme précise et sans affermissement positif.
L'Éternel s'adressant aux Esprits affermis dans le repentir leur dit :
^ tt Vous ne pourriez rentrer clans votre première demeure » sans y être honteux devant vos frères : je veux répondre à " votre repentir. Je fais une alliance avec vous : Redevables " que vous êtes à ma justice, vous ne la connaîtrez jamais " qu'après avoir résisté à ma miséricorde. La fidélité de votre " vie expiatoire approchera plus près de vous la connaissance » de mon amour; vos infractions retomiberont sur vous de tout " le poids qu'elles emporteront à la dignité de votre nature et " de votre origine. Si vous n'êtes supérieurs aux choses que " je créerai pour vous, ces chu'ses tourneront d'elles-mêmea
« contre vous; mais si vous les souillez ou les violentez, vous « serez victimes de l'harmonie par laquelle elles seront régies*
» Quand vous aurez donné à votre expiation l'amour et la » sagesse dont vous concevrez le discernement, vous remon- » terez vers votre propre dignité. Mais si au contraire vous *' ajoutez des transgressions nouvelles contre l'expiation que " vous reconnaissez être indispensablement obligatoire pour " éteindre la lionte qui vous domine, vous serez saisis par « une honte nouvelle qui vous forcera à vous cacher sous »• un mépris nouveau plus inexorable et plus cruel. \^ous ne » percevrez plus la somme de clarté qui vous aura été donnée, » parce que votre visualité sera remplie par votre infraction; » et quand le terme fixé par ma justice sera venu, au lieu de » gravir pour reprendre votre dignité, vous tomberez dans un " abîme dans lequel, avec moins de force et moins de clarté, " il vous faudra ajouter une expiation nouvelle jusqu'à ce que » vous soyez rentrés fidèlement dans celle où vous devez re- >» prendre votre dignité de nature et d'origine. »
Des cris de joie et des bénédictions accueillirent ces miséricordieuses et paternelles paroles. Le genre, la nature, la durée et le terme de re?:piaLion, tout cela fut montré à chaque repenti: ce fut une nouvelle acclamation, un respectueux et reconnaissant assentiment à la sage et amoureuse justice du Tout-Puissant.
Les obstinés entrèrent dans une fureur inexprimable. IMais leurs cris et leurs blasphèmes furent couverts par ce cri unanime des rentrés en oTace : = « Dieu est Dieu! sa bonté est
« grande comme lui-même; sa justice est sa gloire; son nom » est Amour! -
Lucibel se tordit et hurla dans cet accès de rage! = " Hé » bien! qu'il soit Amour; moi, je serai Satha:^, ce qui veut »» dire haïr! »
. Le Tout-Puissant dit :
= « Que les obstinés tombent dans leur propre répression, » et que la dignité de leur nature soit leur chaîne, et leur di- » gnité d'origine, leur tourment. Que mon amour vive toujours » devant eux, et que ma justice ne cesse de leur être présente. » Qu'ils habitent les ombres, la nuit et ses épaisses ténèbres. >• Que ceux qui ont été créés pour générer les réfractions " des. attributs qui manifestent ma puissance, ma sagesse, ma » justice, ma bonté, ma miséricorde, ma générosité, mon » amour, soient contraints de parcourir tous les mondes que " je vais créer, pour y être témoins de ce que je ne cesserai " de faire pour aider chacun de leurs frères à rentrer dans le " droit de sa dignité. Toutes les atmosphères leur seront ou- " vertes; les éléments de chacun de ces mondes leur seront " connus. Ils pourront eux-mêmes éprouver leurs frères; mais » ceux qui auront été éprouvés et avoués fidèles aux lois de » justice et de miséricorde par lesquelles j'éclairerai toujours « toute nature d'expiation , ceux-là mériteront un plus prompt " recouvrement de leur dignité. "
Ces paroles achevées, tous les obstinés tombèrent en roulant les uns sur les autres, poussant, avec une colère furibonde, des cris et des blasphèmes intraduisibles. Puis ils se trouvèrent dispersés, prenant demeure partout où il y avait ombre, nuit et ténèbres.
L'Éternel dit, en s'adressant aux rentrés en grâce :
= " Que chaque famille soit prête pour prendre possession j» du monde que je vais lui assigner. •»
Toutes ces familles étaient innombrables , et leur ensemble était une réelle immensité; elles étaient classées suivant l'ordre des cieux auxquels elles appartenaient.
Les grands abîmes que j'avais vus me parurent couverts par de vastes étendues d'eau. Mais tout-à-coup ces eaux se séparèrent; et la terre eut une forme saisissable et se résumant dans la plus complète aridité. — Des mondes parurent dans l'espace
qui était entre le ciel et la terre, et ces mondes étaient en aussi grand nombre qn'il y avait de familles présentes devant Tordre divin. La lumière se fit dans chacun de ces miondes qui me parurent converger vers l'incandescente clarté projetée par les ombres radieuses des grands cieux qui n'étaient eux-mêmes que les pâles reflets de cette infinie lumière environnant le ciel où le Tout-Puissant a fixé son trône, et dont cependant chaque atome efface mille fois les plus solennelles splendeurs de ïiotre soleil! — Je vis un grand travail d^e germination dans chacun de ces différents mondes qui venaient d'être éclairés. L'Éternel dit :
= « Qu'il j ait un temps proportionné à chaque harmonie » de ces mondes, ainsi qu'à la force et à la puissance de " leurs atmosphères. Que leurs évolutions et révolutions dans " l'harmonie générale soient marquées par des périodes et par " des phases qui les distinguent les uns des autres en ap- » portant toujours de la circonférence au centre le résumé « exact de leur obéissance, de leur service et de leur raison >' d'être. Que les plus grands aient une forme de temps plus " étendue, et que les plus petits reçoivent une double activité " pour qu'il y ait un rapport identique et une consommation » finale entre eux, sans rupture, sans accident et sans violen- » ce. Que la vie et l'épreuve de chacune des générations qui " doivent habiter ces mondes soient étendues et proportionnées » à la nature atmosphérique élémentaire et longévitique qui » leur a été faite. Que la forme des jours soit maintenant " étendue sur la grand-cur et la distance de condition où se " trouvent actuellement ces expiantes créatures; fixons ces » jours sur les périodes déterminées pour la gloire desquelles " elles ont été créées. «
Ce temps fut expliqué à toute la nature spirituelle, tant à celle restée dans le bonheur de la fidélité, qu'à celle qui avait commencé sa rentrée en grâce avec son Créateur par la sincé-
rite du repentir, et aussi à cette antre partie qui était restée cousciemnient dans l'obstination de sa révolte.
L'ÉTEiiNiTÉ fut définie ainsi par la Science éternelle :
Il y a trois éternités distinctes : — Feteenite divine qui est le propre de la nature de Dieu; — I'eternite de bonheur pae- FAIT, bonheur qui est l'éternité appropriée à toutes les créatures que Dieu a créées pour cette fin; — I'éteenité conditionnelle qui est celle que se font elles-mêmes les créatures qui se séparent de Dieu, voulant trouver en elles ce que, par raison et sagesse de leur création, elles ne peuvent et ne doivent trouver qu'en Dieu.
L'éternité de Dieu n'a donc ni commencement ni fin. L'éternité des créatures correspondante aux desseins de Dieu dans leur création prend son commencement dans la source- éternelle des desseins qui ont décidé leur création, et devient immuable comme ces desseins mêmes qui font partie de la justice, de la sagesse et de l'amour de Celui qni ne les a exécutés que pour Je plus parfait bonheur de ceux qui en ont été l'objet.
I^a bienheureuse éternité est la connaissance absolue des opérations et des manifestations de Dieu suivant leur rapport parfait avec les pensées et les desseins glorieux de chacune des économies divines qui les devaient ou les doivent produire;
— connaissance absolue des fins que se proposait et se propose Dieu en chacune de ses opérations et manifestations, soit par rapport à sa propre gloire en lui-même, soit par rapport à cette gloire comme réversible sur ses créatures en général, ou sur une plus ou moins grande partie de ces mêmes créatures;
— connaissance absolue de la nature de ces opérations et de ces manifestations en elles-mêmes, leur justice, leur sagesse, et l'amour indépendant qui les fait être; — connaissance absolue du bonheur que ces opérations et ces manifestations portent à toute créature qui les voit, les connaît et vit de la majesté qu'elles répandent; — connaissance absolue de la raiso»
inteîîîgonte qui en dérive, et des rav^issements incessants qui en naissent et en doivent naître sans aucune interruption; — • connaissance absolue qui confirme de plus en plus, dans leur admirable essentialité, chacune des harmonies qui appartiennent aux trois économies opériint dans cette suprême infinité dont i'adorabîe résumé se trouve exprimé par ce nom Dieu; — connaissance absolue des immensités et infinités conçues dans chaque opération et manifestation appartenant à la pensée divine, soit en ce qu'elle est elle-même, soit en ce qu'elle fait être; — connaissance absolue de l'imbornabilité et de l'incomniunicabiiité de cette souveraine Puissance dont la volonté toujours immuable engendre incessamment d'elle-même le Principe de son Principe, accomplissant par sa sao^esse et l'incessabilité de son engendrement toutes les plénitudes d'immensités et d'infinités qui conviennent à l'essentialité de son Principe; — connaissance absolue des vivifications et des animations de cet Amour essentiel dont les adorables réserves appartiennent à la suprême essentiallté qui lui est commune avec le Principe engendrant, et la Production éternelle on Principe engendré éternellement; — connaissance absolue de cette immensité et de cette infinité du Principe Amour, procédant par la même plénitude, la même volonté, les mêmes desseins, les mômes désirs et pour les mêmes fins que se proposent et que se proposeront éternellement le même Principe engendrant et le Principe engendré; — connaissance absolue des incessantes transformations décidées et arrêtées pour le bonheur, les délices et la gloire de toutes les créatures qui sont et devront être; — -connaissance absolue des liens et des afiftnités qui existent entre le parfait bonheur et les plus douloureuses expiations ou épreuves des créatures qui ont dévié ou transoressé; — -connaissance absolue de la communicable bonté de Dieu, de sa communicable justice, de sa communicable sagesse, de son communicable amour, de l'infini de sa
souveraine et adorable miséricorde, agence incessante et éternelle de toutes ses ineffables perfections.
Éternité conditionnelle ou nature de cette malheureuse éternité que se sont faite et se font elles-mêmes les créatures intelligentes qui se séparent de Dieu, voulant trouver en elles ce que, par raison et justice de création, elles ne peuvent et ne doivent trouver qu'(;n Dieu. — Ayant décidé et arrêté, selon les facultés de leur libre arbitre, de cesser de rendre à Dieu, pour ce qui est d'elles-mêmes, ce que doit lui rendre toute créature créée par sa justice, sa sagesse et son amour, cette décision, résolument accomplie, établit d'elle-même une entière séparation entre Dieu et la créature , non en arrêtant les fins de Dieu et empêchant sa juste et légitime action comme Créateur sur tout ce qu'il a créé, mais en ce qu'en cet état de révolte et d'injustice, le service indispensable de la créature ne lui rapporte aucun mérite, aucune justification, aucune lumière et aucune Moire : — elle se réduit à l'absolu de son ignorance et de sa propre impuissance; - elle n'agit qu'incessamment contrainte et en niant son propre assujétissement, ses personnelles ténèbres; - elle augmente continuellement le genre et la nature de ses perturbations, dans l'impossibilité de se créer une réelle indépendance; - elle est contrainte à se cacher, par des négations incessantes, sa réelle dépendance ; - elle sait qu'elle a un maître, mais elle ne sait ni en apprécier la justice, ni en admirer la bonté; - sa séparation de la lumière la met, par rapport à elle, dans une nuit absolue; - sa colère contre elle-même qui s'alimente de son impuissance à se soustraire aux lois absolues de sa création, l'entretient dans un aveuo;lement absolu qui lai ôte toute connaissance vraie de l'ordre et de la sagesse de son Créateur ; - l'amour d'elle-même qui ne peut vivre intelligemment et favorablement que reporté au Créateur, pour être alimenté par lui, ne se traduit plus en elle qu'en une espèce de haine, source incessante et absolue de
délires et de fureurs qui la plongent dans ce doute absolu qid lui fait nier son commencement, la raison de sa chute, et l'espérance de sa fin*
Dans ce doute absolu, elle sustente, par ses incessantes négations, son ignorance qui devient toujours de plus en plus absolue; - elle ne sait plus rien du temps, parce qu'elle ne peut le voir réglé par la Sagesse divine qu'elle nie absolument; - une heure lui est un tout qu'elle ne peut définir par aucune appréciation; elle le sait, mais elle ne veut pas le croire, et plus elle est contrainte à la preuve, plus elle se retranche dans l'abîme infini de sa propre négation ; - elle se roule incessamment dans tout ce qu'elle peut attaquer pour nier son commencement, pour effacer son présent, et pour ensevelir au profond de ses fureurs ce qu'elle pourrait entrevoir et rapporter à la justice qui doit décider de son avenir ; - le désordre de ses facultés est tel qu'elle ne voit que dans l'illusion, et qu'elle ne veut que par la négation; - sa vie roule sans cesse de perpétuelles déceptions en perpétuelles déceptions ; - tout lui prouve son impuissance et son fini, et elle veut pénétrer tout de l'affirmation de la souveraine puissance qu'elle s'attribue, et de l'infini qu'elle tente incessamment de s'approprier.
Dans cette négation absolue, la confusion l'irrite de plus en plus, et elle entretient dans cette nature irritée cette rage qui ne voit plus, et ce délire qui ne comprend plus. Elle fait des efforts continuels pour anéantir Dieu et anéantir sa A^olonté, ses desseins, ses plans partout où s'en présente l'énonciation ou la manifestation. Les périodes et les phases les plus terribles de cette juste répression sont particulièrement les révélations ET LES MANIFESTATIONS FAITES PAU DiïïU aux Créatures qui ont succombé avec elle, et qui, à travers les obscurités des lois de la nature matérielle à laquelle elles sont ou doivent être unies, se rapprochent ou se veulent rapprocher de la justice et de la sagesse de leur Créateur, afin de mériter, en vertu des lumiè-
i*es que leur donne la révélation et la grâce de la manifestation, cet Amour qu'elles reconnaissent comme étant le plus excellent bonheur pour lequel elles ont été créées. L'absolu du libre arbitre est là dominant; mais comme il est la propriété suprême et similaire qui fait de chaque intelligente créature la semblance du Très-Haut, il faudra, tôt ou tard, que ce libre arbitre cède à la toute-puissance de la Justice divine qui n'a rien au-dessus d'elle, et qu'il se rende à ce divin Amour qui est la source absolument éternelle de tout principe et de tout être.
L'éternité bienheureuse est une; mais elle a ses phases et ses périodes sacrées qui constituent elles-mêmes, par l'étendije progressive de leurs lumières, par la surexcellence de leurs délices, et par la surimmensité de la gloire qu'elles répandent dans les nouvelles connaissances et les nouvelles créations qu'elles manifestent devant les aptitudes intelligentes des glorieux enfants des cieux, non seulement une éternité, mais des assemblages de ravissements et de bonheurs qui ne peuvent avoir un autre nom dans la reconnaissance céleste que celui d'ÉTER]siTÉs d'éteenités; et cela est juste puisque toutes ces délices, toutes ces gloires, tous ces bonheurs viennent d'une source éternelle, et portent dans toutes les sensations spirituelles qu'on en ressent un véritable caractère éternel dont le commencement, bien qu'étant en Dieu, n'en arrive pas moins à la créature comme si elle en avait joui dès que Dieu l'a possédé, réfléchi, voulu ou désiré pour lui être connu.
De même, l'éternité conditionnelle a ses phases et ses périodes qui renouvellent et attisent toutes les décevantes illusions des malheureuses créatures qui ont voulu s'éterniser et se soustraire, indépendamment, à la Sagesse, à la Justice et à l'Amour divin. Comme toutes les opérations de Dieu portent le cachet de sa justice, de sa sagesse et de son amour, à mesure que la lumière , la grâce et le mérite divin s'approchent
des créatures pour les rapprocher elles-inemos, à travers les voies de la pénitence et de l'expiation, de cette patrie qui leur est dévoilée de plus en plus parfaitement, suivant la révélation et les manifestations qu'il plaît à Dieu d'en faire en tel ou tel temps, ce souverain progrès est une nuit plus obscure, des ténèbres plus' épaisses pour ces natures qui croient que leurs résistances finiront par triompher et lier le bras tout-puissant de Celui qui ne les châtie que par le feu impur de cette injustice qui s'augmente toujours davantage, et les dévore plus subtilement, à mesure qu'elles s'y abandonnent et qu'elles s'y livrent.
. Les périodes dans lesquelles la lumière divine s'approche plus intelligemment des créatures soumises aux lois de la per^ fection, comptent chez les esprits rebelles comme une éternité nouvelle, en ce que cette période renouvelle to te ^'opposition et toute l'obstination antécédentes de ces malheureuses créatures, et qu'elle leur semble avoir reculé les limites de leurs triomphes, tout en ouvrant derant elles de nouveaux abîmes dans lesquels elles reforment d'apparentes créations qui ne sont, hélas I que des illusions nouvelles, de plus amères et plus décevantes déceptions.
Ces esprits placés ainsi dans Tabsolu de leur rébellion, et par conséquent dans l'ignorance absolue qui les tient entre le doute et le désespoir, passent de négation en négation, d'illusion en illusion, de déception en déception, comme les élus passent d'extase en extase, de ravissement en ravissement, de délices en délices; et par cette variété de transitions si distinctes et si différentes, ils croient passer par autant d'éternités d'éternités. Leurs peines, leurs colères, leurs rages, leurs haines paraissent . être, et sont réellement pour eux, des peines, des colères, des rages et. des haines éternelles; cependant, tout cela n'est que la vie du temps, puisque la réelle éternité n'est absolument qu'en Dieu, et dans ce qui est des attributs et de
radliéi'ent pouvoir de Dieu. La vengeance, la colère, la cruauté, l'insensibilisme n'étant pas en Dieu, tout ce qui est et paraît être ainsi, n'est que dans un état conditionnel et justement limité par la patiente justice, l'invariable sagesse et l'invincible amour du Créateur essentiellement éternel. Cette plénitude conditionnelle qui semble exister en dehors de Dieu, n'est autre chose que la preuve de sa longanimité, de l'immensité de son excellence sur toute nature intelligente créée par lui en vertu d'une juste et sage similitude qu'il lui a plu de donner à des créatures qu'il n'a point faites pour être esclaves ni d'elles ni d'autrui. Ce mxode de malheur, cet enfer, ces ténèbres sont, parce que l'Éternel, en créant la créature, a dû nécessairement lui donner le pouvoir de mériter par sa fidélité, et de s'éprouver elle-même par les plus immenses étendues de son être en rapport avec les conditions et les lois de sa nature, car la créature la plus abîmée dans sa révolte n'en est pas moins tout près de Dieu. Mais toute la souveraine plénitude de lumière qui l'environne lui est, à elle, une souveraineté de ténèbres qui l'éloignent par rapport à elle-même de cette vue qui ne peut être que le souverain Bien perçu par la justice et vu par le véritable amour.
Cette éternité est tout simplement le parcours du fini de la créature qui est, par sa raison d'être similaire avec Dieu, l'image et une des semblances de l'Infini. Maïs la créature ne peut le dépasser : les lois de l'harmonie et du droit divin la limitent là; aussi ses révolutions et ses négations seront vaincues quand le plan des desseins de Dieu qui dépassent ou qui limitent la raison de son fini devra être ou se manifester»
Je connus aussi que les jours de l'opération manifestative de Dieu, tant que les lois spirituelles furent chez les créatures les dominantes de leur vie, comprenaient une circonscription de temps équivalant à mille ans de nos jours.
Alors, le Tout-Puissant dit: = " Maintenant, faisons la » sage et miséricordieuse transformation qui doit servir àl'ex- '• piation et au relèvement de mes chères créatures. Éteignons '• en elles une partie de ce bonheur et de cette gloire qu'elles » ont fuis. Donnons à leurs aptitudes une harmonie qui les " rende capables d'aimer et de trouver une certaine somme de " bonheur dans leur expiation. Disposons ce bonheur, afin " que ses douces variétés leur soient une incessante consola- " tion, et qu'elles leur tiennent lieu de ces délices qu'elles ne " pourraient plus goûter. Faisons l'homme selon la dignité
»» DE SEMBLANCE que NOUS AVONS IlÉSOLU DE LUI DONNER
»• AVEC NOUS. Que toutes ces familles entrées dans la volonté M d'une juste expiation soient témoins de ce que nous avons » fait pour elles. Que ce type auguste affermisse leur espoii*, » et fixe leur confiance. "
Le Créateur dit à la terke de s'élever, et il j en eut une partie qui s'éleva. Il dit :
« Que cette partie de terre soit un jaedin de meeyeilles » fournissant à ceux que j'y placerai toutes les délices et tou- » tes les admirations dignes de leur nature. » — Et cette partie de terre fut un magnifique et resplendissant jardin dont rien de ce que nous connaissons aujourd'hui n'est digne d'approcher.
Le Tout-Puissant dit encore :
^= » Peuplons ce jardin d'êtres animés qui représentent à »' ceux que nous y placerons toutes les variétés d'attributs qui » appartiennent à la dignité de leur origine. Que toutes ces »' créations soient l'image et le sjmbole des trois Personnalités »' qui distingueront l'homme de l'ange, et l'ange de l'homme. » Que toute la vie, la force, la beauté, la grâce, l'harmonie >» de cette création rappellent à notre similitude pourquoi elle a »' été faite, elle pour qui nous aurons fait toutes ces choses " admirables. «
Apres ces paroles, Pair, Peau, le dessus et le dedans de la terre furent remplis d'êtres vivants se mouvant, s'agitant, se nourrissant, s'unissant et s'engendrant!
Une douce et caressante atmosphère s'étendit sur ce délicieux jardin. Il y eut un jour qui ne donnait aucune fatigue. La terre semblait obéissante et prête à servir Pordre ou la volonté de celui qu'elle paraissait attendre. Il y eut des fleurs d'une pureté, d'une beauté, d'une magnificence inouies. L'air devint tout balsamique, portant à l'élévation, à l'admiration, à l'adoration et à l'amour! Les arbres étaient variés comme les fleurs : les uns étaient comme des montagnes fleuries, les autres ressemblaient à des cascades émaillées des plus riches et des plus splendides couleurs. Des plantes innombrables et d'une diversité qui en variait gracieusement toutes les formes s'enlaçaient souvent les unes dans les autres et grimpaient, comme des êtres intelligents, jusqu'à la cime des plus grands arbres, se balançant dans l'espace comme de blanches et suaves vapeurs. Les fruits y avaient une magnificence, un velouté, une forme, un parfum d'une perfection impossible à peindre. Un grand océan qui se dilatait dans quatre innnenses profondeurs était d'une onde si pure, si crystalline qu'on voyait, sans aucune difficulté, tous les êtres qui y avaient été créés; on y comprenait leurs mœurs, leurs amours et leur génération. Il y avait également huit grandes fontaines dont lès eaux jaillissaient formant un doux et harmonieux murmure.
Au-dessous de ce jardin je voyais ce que le Créateur avait nommé la teeee : il n'y avait ni sable, ni pierre, ni roche, ni gravier; une grande masse d'eau se trouvait en former le milieu, et cette eau coulait, coulait sans cesse, sans entièrement la couvrir; mais elle la rendait toute limoneuse. On ne voyait ni arbres, ni plantes, ni herbes d'aucune sorte; aucun animal ne s'y faisait remarquer; rien ne dénonçait qu'il y eût aucune chose de distinguabîe. C'était un mélange de tout, une
espèce de grande fermentation dans laquelle s'élaborait l'essentialité de tous les o;ermes.
La A'oix de l'Eternel appela Théthraël , et elle lui dit :
= « Tu ne te nommeras plus l'iknge de la droite de Dieu i *' ton nom sera I'Homme, celui que sa fidélité fera au-dessus " de la droite et de la gauclie. Tu vois ce limon qui déborde » sous tes regards : il contient les germes et les propriétés " sympathiques de toute la nature élémentaire. Je te ferai, »' ainsi que tous ceux qui ont été affirmés dans leur repentir^ " le DIEU et le eoi de tout ce que produira cette suprême et ♦' universelle germination.
" Comme je te l'ai fait connaître, tu as souillé l'ordre supé* «» rieur de la nature dans laquelle je t'ai créé : je te livrerai » toute cette nature secondaire, et il te sera possible de la >' transformer et de l'élever à la dignité inséparable de cette » origine que tu as flétrie. «
En parlant à Théthraël, tous les autres esprits séparés des cieux entendaient et comprenaient.
L'Eternel dit encore :
== " Pour que tu sois servi, et pour que tu te reconnaisses M toujours d'une nature supérieure à cette nature, je te don- H nerai une âme que tu pourras aimer et qui t'aimera : elle '• aura des affinités intimes avec le ciel d'où je la tirerai, et « avec I'âme' universelle que j'ai créée.
" Chaque monde que tu vois a reçu une âme tirée de cette >» â:me mère , et j'ai donné cette âme à garder aux aechanges " INVINCIBLES pris daus le premier ciel après le ciel qui n'est " qu'à moi. Leur fidélité et la gloire de leur ministère seront ♦» la continuelle réfraction de ma gloire, jusqu'à ce que mes >' desseins soient accomplis. L'ame de la teere te sera favo- »♦ rable : elle est l'âme des âmes et Celle à qui je Fai don- » née comme gloire, dès le commencement, ne cessera d'en- *♦ tretenir avec elle une alliance toute propice* «
Tliéthraël et tous les esprits qui avaient droit à ces paroles firent retentir l'éther du bruit de leur joie et de leurs ardentes acclamations.
Le Tout-Puissant ordonna à chaque famille, suivant son degré de création et suivant la nature de sa rébellion, d'entrer dans le monde qui lai était préparé. Il leur fit cette promesse :
= « Vous aurez correspondance les uns avec les autres tant " que durera votre fidélité. Le temps vous est ftiit ainsi : vous » verrez pendant le jour votre frère qui sera désormais votre » père, et il vous visitera la nuit, vous instruisant de mes ►' bontés pour la génération dont il va être le premier. Les » neuf ciels que vous avez connus seront changés : vos places » seules seront conservées. Veillez pour n'être pas séduits, et » pratiquez la prudence, afin de n'être pas trompés. Si vous >» êtes fidèles, j'élèverai à la toute-puissance votre expiation, >» et je vous visiterai dans la génération de l'homme pour vous >' faire atteindre plus souverainement une dignité nouvelle qui >• glorifiera votre première dignité. Je n'éteindrai point, en » tous, vos droits g-énératifs; et ce qui sera produit par vous ne >' connaîtra que ce que vous lui aurez donné, jusqu'à ce que >• je le juge digne de me connaître. Mais vous et vos généra- » tiens passerez par la génération naturelle ou élémentaire de « ce qui sera de l'ordre homminal. »
Toutes ces familles disparurent et ne laissèrent après elles qu'une douce vibration dans l'éther, qui disait leur reconnaissance et leur bonheur. La fiuiiille de Théthraël était plus nombreuse que ce que nous nommons les étoiles du firmament.
Le Tout-Puissant dit au limon terrestre de venir à lui, et le limon obéit à son commandement. Alors il en revêtit Théthraël, l'unissant à la matière en le plastiquant avec elle. Lui ayant donné la forme qui se rapportait à la dignité de sa première création , il lui insufiia cette âme qui lui avait été promise, et qui par sa pureté essentielle s^'unissant à la nature
graciée et purifiée lui commençait cette vie nouvelle d'un état vraiment pur et saint, au-dessus de toute vie donnée par le Créateur à toutes les autres créatures qui n'étaient pas dans les cieux. Cet homme eut la double condition de son principe : il fut fait FÉCONDATEUR et CONCEPTEUE. Il cut pouvoir sur tout ce qui était créé, et lui-même nomma tous les êtres et toutes les choses qui lui furent montrés : la grâce inspirante lui avait été donnée. Il se nomma lui-même, et il se nomma Adam, c'est-à-dire exilé, soumis à l'épkeuve, le type pour TOUS. — Quand il eut réglé et ordonné tout ce qui devait entretenir l'harmionie de ce nouveau ciel, il adressa au Très-Haut d'instantes et ferventes prières : il demanda la participation de son bonheur pour ces esprits avec lesquels ses rapports existaient encore.
Un de ces esprits touchait plus particulièrement son cœur : c'était son premier conçu a.u domaine divin, c'était le premier qui avait ébranlé sa coupable résistance et qui lui avait donné l'exemple d'un juste repentir. Dieu ne désapprouva pas ces désirs : ils étaient d'accord avec ses desseins miséricordieux. Adam avait prié avec une telle ardeur, une telle passion; il avait répandu sa confiance devant son Créateur avec une si admirable élévation, que la Bonté divine se fit gloire de répondre à sa prière, et de répandre un nouvel éclat de sa suprême libéralité sur cette si chère créature. — Adam s'endormit en priant et en appelant l'heure bénie où Althaël, partageant les douces et heureuses lois de sa nature, participerait à cette si sensible et si aimante manifestation par laquelle le Créateur ne cessait de le prévenir. Tout son être fut ému; un feu inconnu jusqu'alors s'étendit dans tous ses membres : il crut se souvenir des cieux; le bonheur, une sainte volupté le ravirent à l'extase! Il ne connaissait pas ce sommeil: il crut voir en lui I'ange qu'il appelait! il crut que cet ange s'identifiait k sa natures il sentit une double vie dans sa vie, un double
^ loi —l
amour dans son amour, un double corps dans son corps. . Le sommeil extatique le garda jusqu'à ce que le jour répandît ses douces et suaves clartés : Adam s'éveille! il semble craindre cette lumière qu'il se plaît pourtant chaque jour à bénir.
Un étonnement nouveau le saisit dans toute la puissance de son intérieur : il ne sait si ce qu'il voit est réel , si ce sommeil qu'il croit fini ne dure point encore; il regarde du côté des cieux; il essaie d'arrêter ses yeux sur le jour qui l'éclairé; il appelle Dieu, il appelle sa raison, il appelle la vérité, puis il regarde encore!... une ceeatuiie semblable à lui est près DE lui; elle est gracieusement étendue sur le même gazon où son sommeil a reçu tant de bonheur et tant de charmes; elle est belle d'une beauté que rien de ce qu'il connaît ne peut atteindre. Un vague souvenir s'agite dans sa mémoire : il essaie d'en rassembler tous les doux rayonnements. == Serait-ce possible? . . . Shahaël! serait-elle descendue du domaine divin pour servir déjà la sévère mais si héroïque prophétie de ce glorieux tableau qu'il vit sous le radieux éclat produit par la Gloire éternelle?. . . Il regarde de nouveau l'admirable et ravissante créature, et la grâce qui opérait en lui, lui dit que c'était l'ange désiré, le séraphique Althaël!
Adam se leva saisi d'un adorable respect; mais il sentît dans son côté droit une douce et caressante faiblesse : il y porte la main; il regarde et il reconnaît que cette partie de son corps avait été ouverte. L'orifice, quoique fermé, ne lui laissa plus aucun doute; son bonheur fut comblé! Il comprend l'extase qui a pris pour lui la place de son sommeil ordinaire; il bénit son Dieu, son Créateur, son bienfaisant Ami. Puis, s'adressant à sa chaste et ravissante compagne, il s'écria:
= « Voilà donc que ma chair a produit, et que mes os se " sont dissouts pour commencer une génération nouvelle selon " l'ordre de ma nouvelle vie! voilà le suprême effet de ma si- " railitude avec mon Créateur. De même qu'il m'a aimé.
« j'aiiiieraî cette créature* Ayant été fait pour jouir de sa gloî- « re et pour vivre dans ses délices, de même celle qui est sor- » tie de moi aura part à ma gloire, et je lui offrirai le partage " de toutes les délices qui appartiennent à ce paiîadis dont je " suis l'économe et le gardien. Béni soit Celui qui m'a donné " une telle puissance, et que toutes les familles qui ont partagé " ma déchéance soient témoins de la souveraine et iiifinie 1)on- " té de notre Créateur! Que cette procréation soit la gloire » d'Adam, et que toute procréation semblable soit aimée et " glorifiée, comme méritent d'être glorifiées les plus grandes " œuvres du Tout-^Puissant. Que tout être qui sera désormais '♦ semblable à Adam, reconnaisse en toute femme qu'elle est » la première gloire de l'humanité, et que l'Eternel ne l'a tirée « de l'homme que pour le glorifier et l'affermir dans le salut ^ de ses promesses. «
La Femme s'éveilla, elle appela PHomme son fri^re. L'Homme la rionlma son épouse, c'est-à-dire un autre lui-même.
Adam et la Femme qu'il possédait et qu'il aimait comme il en était aimé, ne virent plus d'êtres semblables à eux : l'Eternel accomplissait à leur insu les lois augustes qui devaient plus tard servir ses adorables décrets: il conservait une essence pure, pour les fidélités que sa justice devait bénir, et pour les incarnations que sa miséricorde produirait aux temps et pour les créatures qui la réclameraient. En Adam était le germe essentiel de la généralité des êtres qui lui devaient être semblables; mais comme des infinités d'esprits étaient appelés au bénéfice réalisé de sa génération, le Créateur ne ravissait rien à ces créatures : tout le temps de l'épreuve, comme tous les autres germes, ces germes essentiels rentraient dans Tordre de son indéclinable pouvoir. Ils n'étaient pas le droit d'Adam, puisque le temps fixé pour Pordre de sa génération visible ne devait venir que de sa confirmation dans la fidélité qu'il avait librementi intelligemment et consciencieusement jurée à son Créateur*
Sur un monticule très-distinct, au milieu de cet océan qui formait le centre de la terre édénâle, il y avait, outre des arbres toujours en fleur et d'une magnificence qui eifaçait tout le reste de ce lieu béni, deux aiîbres spéciaux dont l'un se nommait I'arbre de la science du bien et du mal, et l'autre qui avait nom Tarbre de vie. Uarbre de la science du bien et du mal portait des fruits d'une forme particulière, cette forme ressemblait assez à ce que nous nommons une mappemonde. L'Éternel avait dit à Adam :
= «« Yous pouvez toucher et manger de tous les fruits de >' ce jardin, mais je vous défends de manger du fruit de l'arbre >» de la science du bien et du mal , parce que si tôt que vous >» auriez mangé de ce fruit, vous perdriez votre bonheur; la >» nature de votre transc^ression vivrait en vous, et vous ne >• pourriez plus produire que pour la souffrance, la douleur >• et la froide impuissance : en un mot, vous cesseriez d'être •• heureux. »•
Pour continuer l'esprit de cette défense. Dieu nomma le "monticule où se trouvait l'arbre de la science du bien et du mal LE Thrémathique, c'est-à-dire communication avec celui qui conçoit. Celui qui fait et Celui qui aime. C'était en cet endroit que venait chaque jour Adam, et souvent avec lui sa chère compagne : ils y offraient leurs actions de grâces et de reconnaissance: et quand venait la troisième partie du jour, la voix du Créateur, portée par un vent doux, les entretenait et renouvelait par son effet divin leur allégresse et leur bonheur.
Adam voyait chaque jour toute la génération spirituelle qui devait passer la première dans la forme et la nature de son actuelle génération; il s'entretenait avec elle, et, lui portant ce qu'il avait reçu de la Bonté divine, il entretenait par là son espérante confiance. La nuit il visitait, durant le repos de sa chair, tous les mondes habités, et il entretenait parmi eux des relations d'intime édification; il leur comiiuniquait les lumières
qu'il avait reçues de la part -du Très-Haut , et il les instruisait sur ce qu'ils devaient faire pour mériter un plus prompt et plus parfait recouvrement de cette dignité qu'un incompréhensible bienfait de Dieu ferait bien supérieure à celle qu'ils avaient eu comme lui et avec lui le malheur de perdre.
Lucibel et un grand nombre de ceux qui appartenaient à sa propre génération avaient reçu le pouvoir de pénétrer partout ou il y avait des créatures semblables ou affinitaires avec leur nature. Jaloux de cette chaste résignation et de cette harmonieuse confiance par lesquelles toutes ces créatures se conservaient dans une sage et paisible fidélité, ces méchants esprits, d'accord avec leur chef, soufflèrent de pernicieux conseils et voulurent tenter de perdre de nouveau cette partie repentante qui leur avait échappé. Ils accusèrent Dlea; ils accusèrent Adam; ils fii'ent voir ce dernier abandonné tout à son propre bonheur, s'absorbant dans son amour pour la compagne qu'il avait implorée et qu'il n'avait obtenue que par une alliance de cruauté à leur égard avec cette impitoyable Divinité qui se riait de leur sotte confiance et de leur fol espoir.
Usant de tous les attributs qui leur rendaient toutes les réfractions possibles, ils obscurcissaient certaine partie du jour, et conservant seulement un ou plusieurs des rayons de sa clarté ils les réunissaient sur l'un d'eux ou sur plusieurs, afin de simuler l'éclat et la gloire ; ou bien reflétant certaines parties élémentaires de la nature, ils se donnaient toutes les formes qui correspondaient à la manifestation de leur haine, de leur colère, de leur jalousie, de leurs mensonges, de leurs ruses et de leur hypocrisie. La nature de leurs ténèbres étant une nature matérielle, ils en quintessentialisaient les molécules ou les atomes les plus subtils, et ])ar là ils opéraient, en face de leurs frères étrangers à cette m.ême matérialité, toutes sortes d'illusions et de prestiges. Quand ils eurent tenté tout leur possible, ils se concertèrent pour perdre Adam et sa compagne, en les
faisant tourmenter par ceux qui devaient naître de leur gén<^ration homminale.
Mais Lucibel n'avait point laissé son secret pénétrer en ses frères : il le roulait et le dévorait en lui-même. Il avait vu , avec une indicible jalousie, la production d'Adam qui était devenue sa compagne; il avait été forcé de reconnaître qu'elle était belle, qu'elle était pure; et de même la beauté et la pureté d'Adam dont il ne pouvait comprendre la sainteté le tourmentaient jour et nuit. Enfin, se repliant sur lui-même, il en vint à croire que cette compagne pouvait être cette Beauté virginale, la complaisance et la gloire de toutes les créations. Il se souvint du tableau prophétique qui avait décidé sa première jalousie. Bien que la nature montrée si héroïquemerit se présentât à son souvenir sous une forme moins éthérée, il n'en conclut pas moins que ce devait être elle, et dès-lors il jura de tout tenter pour la séduire, quand même il devrait tomber dans un nouvel abîme et être couvert d'une plus honteuse confusion. Il parcourut lui-même tous les différents mondes; il revêtit tous les prestiges, toutes les formes, toutes les illusions, et il inventa tous les mensonges les plus persuasifs pour animer toutes ces myriades de myriades d'esprits contre Adam et surtout contre sa compagne : il réussit!
Les murmures commencèrent, les reproches vinrent, les injures se firent entendre, les menaces ne furent point épargnées. La séduction fit naître la séduction; le mensonge enfanta le mensonge; la jalousie donna vie à la jalousie.
Adam devenait triste, non de cette tristesse qui appartient à régoïsme, mais de celle qui pénètre tous les bons cœurs en ûice du malheur qui menace leurs frères.
Le SEKPEiNT était un des plus beaux animaux qui peuplaient la terre d'Èden. Il y en avait un principalement qu'Adam avait nommé Péiie : ce serpent aimait les caresses d'Adam, et il le suivait souvent coiiirae un ami fidèle; il aimait à se tenir
sur le moiitî^cule nommé le Thrémathique; souvent il s*enîaçaît au pied de l'arbre de la science du h'ien et du mal. Un autre animal ëtait encore le favori d'Adam : c'était un bel agneau dont les nôtres sont bien loin d'avoir la blancheur, la douceur et la beauté.
La Compagne d'Adam restait souvent assise près de ce bel animal, et elle y trouvait du charme et du bonheur, de douces et suaves rêveries qu'elle ne pouvait définir. Elle en parlait à Adam; et Adam bénissait son ami et s'j attachait encore davantage. — Lucibel, Sathan, comme il se nomma lui-même, remarqua cette affection d'Adam et de sa compagne pour ces deux animaux : sa jalousie en fut blessée de nouveau; mais il avait trouvé en l'un d'eux son moyen et son but*
Un jour Adcim fatigué par cette lutte incessante avec tout le monde spirituel qui emportait ses sollicitudes de jour et de nuit, s'endormit près de son cher agneau, à l'heure h laquelle il alhiit ordinairement au Thrémathique avec sa compagne à qui il cachait la plus grande partie de ses appréhensions par ra2)port à cette rébellion qui prenait, parmi ses frères esprits^ un très-grand et très-dangereux développement. L'innocente Femme jeta un doux regard sur son bien-aimé; et étendant sur la vaste partie d'eau qui conduisait au Thrémathique la large feuille qui les y portait ordinairement, elle se dirigea vers le mont béni pour offrir à son Créateur cette expansive prière qui remplissait son cœur. Arrivée près de l'arbre où la voix sainte du Très-^Haut aimait à se faire entendre, elle offrit à son Dieu, et Tamour qu'elle avait pour lui, et celui qu'il lui avait donné pour son royal époux. Elle s'étonna d^un certain trouble qui se faisait en elle et qu'elle ne pouvait comprendre. Elle parut croire que ce trouble provenait de ce qu'Adam n'était pas près d'elle. — Péhe habitué à la fidélité de son maître qui ne laissait jamais passer l'heure de sa prière sans visiter îe mont saint, étonné de ce premier retard, descendit à travers
— loties massifs de fleurs qui décoraient si admirablement le Thrémathique, et il se dirigea instinctivement du côté où reposait Adam; il le vit couché sur un épais gazon émaillé de différentes violettes : il parut touché de l'abattement de son bon maître; il se coucha près de lui, comme s'il eût eu l'intelligence de le garder jusqu'à ce qu'il se réveillât.
Lucibel profita de cette circonstance. Son droit de nature qui l'autorisait à reproduire devant ses frères toutes les opérations du Principe créateur ne lui ayant point été ôté, il s'en servit : il fascina un des serpents qui avait le plus de rapport avec Péhe, il l'endormit, et le pénétrant de ses propres subtilités, il subit la honte d'opérer par son agence. Réfléchissant alors, par son subtil pouvoir, les dehors de Péhe qu'il savait aimé des deux victimes qu'il voulait perdre, il se plaça près de l'arbre où la confiante compagne d'Adam offrait au Tout- Paissant son adoration et son amour. La pure épouse le vit, et elle ne put s'empêcher de remarquer que les écailles de son favori ne resplendissaient pas de ce même éclat qui lui donnait ordinairement tant d'attrait. Mais le serpent couvrit cette remarque par un redoublement de caresses et par une feinte timidité qui allait jusqu'à la manifestation de la tristesse. L'angélique femme fut touchée au cœur de ce qu'elle ne pouvait croire un stratagème : elle se sentit troublée dans sa prière; elle se trouva distraite; elle crut que le pauvre animal soupirait; enfin elle s'arrêta: la pauvre bête venait de g^mir. — Durant tout ce temps, le serpent s'était lié à l'arbre, se plaçant de façon à ce que la principale partie de son corps portât sur une des branches la plus chargée de fruits, et la courbât de telle sorte que le fruit se trouvât au niveau d'une facile atteinte. Il soupira de nouveau; il éteignit la réflection du jour que rendaient ses nombreuses écailles. La pauvre femme passa sa main sur son corps, comme elle avait l'habitude de faire; elle redoubla ses caresses : surprise! étonnement î — une voix qui
résonnait au-dedans d'elle comme au-deliors se fait entendre : cette voix c'est celle de Sathan! La Femme est effrayée; mais cette voix a tant d'attrait, tant de douceur, tant de charmes! elle écoute sans s'en apercevoir; ses caresses redoublent! = « Qu'as-tu? pauvre Péhe! qui es-tu donc? «
Sathan commence à sentir son triomphe.
— » Hé quoi, lui dit-il, tu ne m'as donc jamais compris ! tu " n'as donc pas vu que. je t'aimais et que je voulais te confier, M à toi seule, le plus grand, le plus puissant et le plus glorieux « secret qui appartienne aujourd'hui aux cieux que tu as quit- » tés! Remplaçant Lucibel dans l'éternel domaine, j'assiste cha- M que jour aux conseils divins, et j'entends énoncer par Ihoali » lui-même ses plans augustes et ses suprêmes décrets. Écouw te, Ange tombé : la gloire de ton époux, la gloire de tous tes ." frères, votre rentrée radieuse dans l'éther divin, cela est en » mon pouvoir, cela est à ton possible! Le Dieu que tu connais » n'est pas le Tout-Puissant : il n'est que tributaire; un Dieu " plus grand, plus majestueux, plus divin habite au-delà de ce » ciel que tu as vu toujours fermé. Ce Dieu t'a vue, car il voit » toutes choses : il t'a prise pour Shahaël ses amours enlevés. » Si tu veux être à lui, sauver ton époux, sauver toute sa race, »• sauver ceux que vous avez générés depuis le temps que vous « êtes ici; si tu veux recevoir un gage de son alliance, tu con- « cevras un dieu qui sera maître de tous les cieux, tu auras « un ciel divin; ton époux ceindra un diadème éternel, et tous » tes frères naîtront par toi dans un éther seul digne des dieux. » Il faut te hâter, ajouta le Tentateur : car si je dépassais le » temps qui m'est fixé, je resterais sous ce déguisement que j'ai «• pris pour arriver plus sûrement jusqu'à toi. J'ai traversé tous » les cieux, guidé par la grâce et la prudence. Dis oui ou non! •» car je suis dans la crainte: je serais si malheureux, si je de- « venais le prisonnier de celui qui vous traite avec une cruauté I». si grande et qui a fixé tant d'éternités pour vous éprouver» «
Hélas î la pauvre créature sentait augmenter âon trouble; elle regardait autour d'elle, elle regardait vers le ciel, puis, elle reportait ses anxieux regards sur son si doux séducteur.
= " Que puis-je donc faire pour ne pas être coupable, pour « sauver mes frères, pour sauver les m.iens? "
— " Ange trop abusé, ne vois-tu pas ce fruit dont ton ine- •• xorable maître t'a défendu de goûter les saveurs? Cet arbre »♦ n'est pas à lui : c'est le seul qui soit en ce lieu appartenant '• au Dieu tout-puissant dont ton cruel Dieu est l'humble tri- " butaire. Si tu mangeais de ce fruit, tu connaîtrais ce Dieu, " et tu deviendrais ses plus douces complaisances; tu repren- »» drais ta place, car tu avais été choisie pour être son épouse, »' pour lui donner un fils dont l'éternelle gloire l'affirmerait à » jamais comme étant le Dieu des dieux! "
Troublée de plus en plus, la compagne d'Adam voulut se reprendre au crime qu'il y aurait à violer la défense à laquelle elle avait si sincèrement juré d'être fidèle.
Sathan reprit : — « Je ne puis plus rester; je sens déjà que « je suis moins agile: l'heure est si proche, peut-être même " n'aurai-je pas le temps de traverser les détours des premiers " cieux! Eh bien 1 dussé-je être victime, je le préfère à la dou- " leur de ne pas vous sauver tous. Tu parles de défense, pau- " vre égarée! Celui qui t'enlève tous les fruits de ton sein sa- " vait bien que dans ce fruit unique était ta délivrance et sa " juste confusion. A ta douce beauté, à tes charmes si tendres " il a préféré un être dont la maternité sera ta honte et la con- " tinuité de ton triste esclavage.
" Mais, tiens, écoute! depuis que je te parle, tes fils^ tes " frères m'ont entendu; ils m'ont compris! Tu peux me dire " non, à moi; mais, à eux, qu'oseras-tu répondre? "
Les deux tiers de toutes les affinités conservées entre les êtres spirituels se sentirent frappés. De tous les mondes vint ea un instant une énergique. Une accablante pression-. Tocs
îeé lion générés crièrent à Fégoïsme, au personnel, au coupâ^ ble et sacrilège amour! Les générés depuis les solennelles paroles CROISSEZ ET Multipliez acclamèrent cette fraternité suprême^ divine, éternelle qui leur rendrait des droits toiit-piiissants sur le royaume divin. Les tombés dans la lumière, les alliés aux ténèbres, les habitants des ombres, toutes les familles condamnées à l'impuissance de la génération, ces innombrables créations crièrent comme à l'envi tout ce que la jalousie, l'envie, la colère, la haine pouvaient produire en elles. Bien plus effrayantes que ces mallieureux juifs qui criaient à Pilate : « Que le sang de Jésus retombe sur nous et sur nos enfants >« toutes ces voix, réunies dans l'ordre de leurs droits afïinitaires, criaient à la pauvre éperdue: ^= « Sauve-nous I sauve-nous! » que ton crime soit notre crime; ton triomphe, notre triom- M phe; que ta punition, s'il y en avait une possible, soit éga- » lement notre punition! Haine et exécration, si pour ta fausse •• paix, si pour ton calme esclavage tu refuses de nous sauver, •' de nous rendre les deux!! •»
Sathan semblait haletant; il pesait sur la branche de telle sorte que les premiers fruits se trouvaient au niveau des yeux de celle qui allait faillir.
= « Péhe! cria la pauvre Femme, Péhe, si j'allais être » coupable! •»
Les voix redoublèrent; le serpent poussa un soupir si triste, si plaintif que la main de l'innocente s'éleva pour retomber coupable! Elle saisit le fruit: la branche se releva. - — Sathan descendit de l'arbre. Toutes les voix retentirent; d'un commun accord elles crièrent : « Mange! mange! le secret est à nous :x *• nous sommes sauvés, nous sommes vengés! »
Hélas! la coupable mord dans le fruit : une ardeur inconnue glisse dans sa poitrine et s'étend dans ses veines ! Le serpent lui paraît avoir changé de forme et de nature. L'alliance rompue avec la fidélité, cette femme devient sa sujette; un fea
qui brûle Pexalte et la porte au délire : elle demande, elle veut le gage de l'alliance nouvelle. Sathan s'empare des fluides divers qui appartiennent à l'ardeur interne et appétente de la matière; il s'enveloppe des passions entraînantes de la vie élémentaire, et il évoque, dans l'acte de violation qu'il \ient de susciter, le principe intérieur de cette nature dont la perturbation va suivre immédiatement. Animé par la cupidité de sa dévorante envie, son égoïsme inextinguible le fait s'abaisser jusqu'à l'union avec les affinités générales de l'essence corporifiante : il est maître de sa victime! il la possède! il s'est vengé! et sa génération dont il comprend le malheur et l'anatbème n'excite en lui d'autres désirs que l'incessante haine et l'incessante vengeance.
Adam paraît I son front réfléchit tout le secret travail de son âme; ses traits disent toutes les actives sollicitudes de son cœur. Sa blanche compagne est palpitante; ses yeux sont remplis des étincelles enfermées dans ce feu électrique qu'elle a pris en savourant le suc presque phosphorescent du fruit qu'elle a goûté. Un magnétisme tout-puissant agite son cœur et son sein; tous ses sens agacent et attirent depuis que ses lèvres ont touché l'écorce magnétique du fruit de cet arbre c[ui porte résumés en lui tous les germes affinitaires de l'électricité et du magnétisme répandus dans la généralité du règne végétal. Elle ne court pas au-devant d'Adam; mais elle le fascine par ce fluide qui se dégage si ardemment de tous ses sens. Elle lui présente le fruit qu'elle n'aurait pu achever, tant sa nature avait été surexcitée par ce qu'elle en avait pris; elle dit les promesses glorieuses qui lui ont été faites. Elle est si belle! elle a tant de passion! elle promet tant d'amour! elle est si éloquente!
Cependant, Adam hésite encore; mais toute l'anxieuse attente de ses frères se révèle : il entend, comme sa compagne, et les reproches les plus amers , et les supplications les plus captieuses, ensuite les menaces et cette terrible accusation égoïste
et lIche ! Il est près de celle qu'il aime : elle enlace son cou , ses lèvres atteignent ses lèvres; puis se dégageant, elle substitue à un enivrant baiser le fruit qui l'a perdue , et qui va également le perdre.
Adam succombe! il est saisi des mêmes vertiges; le même délire l'emporte, le même feu le dévore; il ne se connaît plus; il ne connaît plus Dieu; il ne sait et ne connaît qu'une sauvage et épuisante volupté.
La nuit devint lourde en Eden! pour la première fois elle fut longue et pleine de stupeur pour tous ceux qui avaient poussé à cette inique ingratitude! elle fut pleine de rage et de colère pour ceux qui avaient vu déjà s'épaissir et s'éloigner leurs ténébreuses demeures.
Satlian ne pouvait être heureux, même dans son triomphe : ses premières victimes, trompées par lui, lui vomissaient tous les blasphèmes que faisait naître leur défection. Sathan les ranimait par de nouveaux mensonges qui le vautraient dans l'abaissement, lui l'orgueil même! Le soleil fut voilé comme tous les autres mondes lumineux. La création resta comme restent nos campagnes quand elles sont endormies par le souffle glacial de l'hiver!
Adam revint à lui pâle, défait, abattu, languissant; sa nature était envahie par un trouble qu'il ne pouvait comprendre : il était blessé du moindre bruit ; il tremblait presque au moindre mouvement étranger à ce qui s'opérait autour de lui; ses sens étaient irrités par le contact des atomes ordinaires, et une honte semblable à celle que donne une grande défaite le dominait dans son entier!
Toute l'affinité spirituelle à laquelle il avait enfin cédé se trouva comprimée dans la part qu'elle avait prise à l'excitation transgressive du malheureux qui lui avait obéi. Il j eut une suspension froide, anxieuse, dans toutes les générations qui s'étaient livrées à cette terrible instigation, et qui par là s'é-
taient rendues participantes et solidaires de ce grand crime qui Tenait d'être accompli. L'entendement d'Adam et de sa compagne en fut fra])pé : ils ne purent douter des ravages qui venaient de souiller la si délicate et si pure harmonie de leur na^ ture. Ils essayèrent de certaines plantes, des propriétés de certains arbres pour réparer leur commun désordre; mais leurs efforts furent vains. La nature spirituelle et amamide traduisait ses flétrissures par l'agence spéciale qui lui avait été l'occasion si funeste de les connaître.
La justice du Créateur se fit entendre : elle fut une voix terrible pour les deux coupables; ils essayèrent de s'y soustraire, en se cachant au milieu d'épais massifs formés par des arbres enlacés de grandes lianes. Au milieu de cette confusion, le nom d'Adam retentit si impérativement que le malheureux coupable ne put résister au besoin de répondre; il dit :
= « Je t'ai entendue. Voix juste et sainte; et c'est à cause " de ta justice et de ta sainteté que ma peur et ma honte ont >' redoublé jusqu'à me contraindre à me cacher. »
La Yoix travailla de nouveau la triste conscience des coupables; elle leur demanda comment ce changement s'était opéré; et leur montrant l'ingratitude et l'impiété de leur violation, elle parcourut toutes les facultés de leur âme, de leur esprit et de leur cœur. Adam anéanti, confondu, n'osant plus regarder du côté de sa dignité, s'abandonna à l'odieux de l'accusation : il voulut jeter son abaissement sur sa malheureuse compagne. Il n'osa pas invoquer l'instigation, la pression, l'unanimité de la plus grande partie de cette nature spirituelle dont l'active séduction avait été, pour lui, peut-être plus puissante encore que celle qu'il accusait.
Sathan fut appelé : il parut sous la nature qu'il s'était unie pour accomplir son dessein perfide. A l'accusation de l'homme contre sa compagne, il s'écria:
— " Honte et opprobre! j'ai triomphé! ce Yice -Dieu n'est
i* pas seulement coupable, mais il estLAcnEi... A moi, les » miens! "
= « Arrête, dit la divine Justice! dans sa double accusa- " tion, l'homme ne retient pas l'aveu de son propre crime. •* Quant à toi, esprit de perversité, je t'autorise à l'accuser à " ton tour. "
Sathan dit : — "Il a voulu s'arracher de tes mains, en ar- •♦ radier ses frères, et régner contre toi. »
La Justice ne répondit pas. Elle s'adressa à la femme, et elle lui dit :
= " Confessez pourquoi vous avez violé la défense dont vous aviez accepté et promis le saint respect et la sage fidélité »»
= « Le serpent, répondit la pauvre Femme, avait une '* beauté si attachante; il me peignit avec tant d'ardeur son «• généreux dévoûment, le malheur dont il consentait à être rt la victime; il me dit que j'enfanterais!... que j'aurais un >* fils!... "
La lumière de la Justice s'étendit sur Sathan et le fit parler. Sathan dit : — " Elle a audacieusement et librement péché I '♦ l'orgueil de son crime est positif. "
La pauvre Femme cria pardon. = « Pardon! dit-elle, oui, »' j'ai péché! mais mon orgueil alors n'a été que l'orgueil de » l'amour. »
La divine Justice étendit une de ses puissantes clartés sur la perversité du tentateur, et se traduisit, en face de toutes les créatures présentes à ce terrible interrogatoire, en ces paroles :
= " Achève, Sathan, et nomme toi-même l'orgueil de »• cette créature! *<
Le méchant répondit : —Effervescence, ivresse d'un bon- »' heur qu'elle espérait! impétueuse volonté de replacer son " époux et ses frères dans un indépendant séjour! Elle t'eût »' toi-même sacrifié à la cs;loire d'être mère! "
La Justice dit : = « Ils ne mourront pas ! « Elle se coU'« vrit de sa gloire. — Tous les mondes spirituels furent fermés. Tous les esprits qui étaient dans l'Eden furent immédiatement dispersés sur la terre , dans la terre et sous la terre : les eaux, les arbres, les fleurs, les montagnes, les plaines, les vallées, les fleuves, les fontaines, l'air, le feu, l'étlier, tout en fut rempli.
Les mondes majeurs, les mondes mineurs, les mondes réflecteurs, les mondes stellants, les mondes fixes, les mondes flottants furent tous séparés, et ils perdirent la connaissance les uns des autres. Adam fut aussi couvert contre sa mémoire : sa compagne et lui ne devaient plus conserver dans leur souvenir que la beauté du lieu qu'ils quittaient, la honte et la douleur de leur commune transgression.
Tous les esprits coupables furent plongés dans une complète obscurité au sujet de leur passage dans la dégénérescence d'Adam : ils surent seulement qu'ils seraient dans une incessante affinité les uns avec les autres, ainsi qu'avec les hommes qui se multiplieraient en les produisant par les lois germinatives de leur corporéité; ils furent instruits des contradictions qu'ils rencontreraient avec la nature organisée, des perturbations apportées par le mal auquel ils s'étaient livrés. La Justice leur fit voir les siècles, les âges, les époques dans lesquels ils naîtraient. Ils virent jusqu'aux plus petits détails de cette vie si chargée de contrastes, d'errements et de vicissitudes; leur crime mis en présence de cette si haute expiation les convainquit qu'il n'y avait dans l'ordre de leur pénitence qu'une sainte et infinie miséricorde, puisqu'ils avaient mérité la sévérité divine dans toute sa pléintude.
Ceux qui ne se rejidirent pas furent livrés à Sathan; mais ce nombre fut heureusement très-faible.
Chacun fut classé dans la nature terrestre selon l'étendue de sa culpabilité et selon la nature de ses attributs. Ils comprirent
— iia —
que leur condition nouvelle s'améliorerait ou s'aggraverait suivant la fidélité de leur patience et de leur entière soumission à l'ordre donné par la Sagesse divine. Ils connurent qu'ils avanceraient ou qu'ils retarderaient la voie positive de leur complète expiation, selon le respect de leurs affinités avec leurs frères entrés dans la condition de vie humaine. Nul ne sut combien de temps durerait la vie expiatoire; mais, mesurant la criminelle étendue de leur faute, ils trouvèrent, dans la justice de leurs remords, que, quelle que fût l'étendue, quelle que fût la durée des temps, ce serait toujours un terme très-court, en raison de ces générations d'éternités glorieuses qui succéderaient au triomphe de leur pénitence.
Dieu ne leur cacha pas qu'il avait une grâce inouie gardée dans ses augustes réserves; que cette grâce abrégerait d'une grande succession de siècles le difficile labeur de leur épreuve perfectible. La connaissance du bien qu'ils avaient expérimenté dans l'élément glorieux du domaine céleste ne leur fut point ôtée. La connaissance du mal qu'ils établirent par leur consciente adhésion à méconnaître la sagesse de Dieu et à nier sa justice leur resta également. Les bienfaits de la miséricorde qui avaient inondé l'Éden devaient être toujours devant eux jusqu'à leur corporisation, comme la monstrueuse ingratitude qui les avait si horriblement dégradés ne devait pas cesser d'être en leur présence; de plus, comme ils s'étaient liés par une instigation incessante et réfléchie à la prévarication du premier couple humain, leurs affinités de génération et de famille entraient plus intimement dans les rapports et la solidarité de cette voie au terme de laquelle devait seulement se trouver leur délivrance.
Etrangers à la nature des corps qu'ils ne pouvaient s'assimiler qu'en vertu des lois fixées par le Juge suprême^ ils ne devaient pas cesser pour cela de coimaître les rapports qui leur étaient toujours possibles avec l'esprit de leur même nature.
L'âme de l'homme et ses conditions ne leur pouvaient pas être d'une familière certitude. Ils n'avaient, eux, pour les soutenir au milieu de la nature physique, que l'ordre général de l'âme universelle, tandis que tout esprit humanisé recevait, lors de la divine décision de son entrée dans la corporéité humaine, une ÂME DISTINCTE ET PARTICULIERE tirée de l'ÂME MÈRE et connue du seul Créateur. Ils n'ignorèrent pas que par la persistance de leur tendance affinitaire avec l'homme, ils pouvaient le provoquer à des infractions et à des profanations de certaines lois morales contre lesquelles la nature physique deviendrait le principal moyen ; les funestes conséquences de ces perturbations leur furent positivement connues , et les monstruosités qui naîtraient de ces renversements leur furent montrées comme n'appartenant qu'à l'élément animal, sans âme distincte, et n'étant alors qu'une prison plus obscure qui apporterait à leur voie directe un retard au-delà de leur conception.
Adam et sa compagne ne virent plus rien qu'eux, la terre et leur péché! Ils entrèrent dans cet état qui est le plus similaire avec l'enfance : ils eurent peur, ils pleurèrent, ils craignirent; ils sentirent la faim, la soif, la fatigue et la lassitude, l'ennui, le terrible ennuille doute, ce mal qui consume comme le venin d'un poison lent, leur développa toutes ses destructives puissances!
Pourtant le Seigneur fut pris de pitié pour eux : il leur montra encore une fois son ineffable bonté, sa souveraine tendresse; il leur désigna la vie de leurs ennemis, et il les affirma dans le bonheur de l'espérance par une de ses plus miséricordieuses promesses : il dit à Sathan, devant eux :
= " Toi, tu seras connu, par ces créatures et par toute leur " descendance, comme étant la fourberie, le mensonge, i'astu- " ce, la tortueuse tromperie, la subtilité de la haine, la fasci- » nation de la jalousie et le coup mortel de la colère. L'homme " sera dans une incessante défiance au milieu de cette terre où
lis —
♦* 3a transgression l'a conduit; mais il trouvera la certitude et *' la sécurité dans un juste et sage labeur; il vaincra les obsta- " clés de cette instinctivité dans laquelle l'a conduit le crime " délibéré par son intelligence; il sera sans cesse éclairé par " un rayon de la dignité que je lui ai conservée, et en face de " ce rayon, il saura que tout ce qui étend et développe cette " dignité est de moi qui suis le souvekâin Bieî^. — De même " il t'assignera, sous le nom du mal, tout ce qui sera capable »♦ de pâlir, taclier et flétrir cette dignité.
»> Cette FEMME que tu as trompée par envie, par jalousie et " par liaine, sera soumise, il est vrai, à des douleurs qu'elle " n'eût jamais connues; mais une grande joie et une grande " consolation succéderont promptement à ces douleurs. — Tu " ne te réjouiras pas toujours de son assujétissement : je te » frapperai par elle en faisant briller, au-dessus de l'éclat " dans lequel je l'ai créée. Celle contre laquelle ton injustice » et ta jalousie se sont si criminellement élevées.
" Tu as renversé le bonheur de cette race; mais tu t'es pris » dans ton propre piège : une Femme naîtra de l'ordre de
" SA FIDÈLE GÉNÉRATION. ElLE LUTTERA CONTRE TOI ET CON- J' TRE CEUX QUI MARCHERONT AVEC TOI. ElLE TE FERA SUBIR *» MILLE ET MILLE DEFAITES, JUSQU'À CE QUE Ce QUI NAITRA
»• d'Elle t'ait touï-à-fait vaincu. Son amour, un jour, bri- H SERA LA tête DE TON égoïsme, uc laissant plus à ta rage »♦ que LA taintî; illusion de la mordre au talon. Sa force
" SERA DANS SON ABNEGATION ET DANS SON DEVOUEMENT. El-
" LE NE CESSERA d'humilier TON ORGUEIL, coujuraut le Ciel » DONT ELLE EST l'ad:miration d'euvelopper tous ses héroïsmes - »» sous le même voile où tu vois cette femme maintenant.
" Tu AS CONÇU LA MORT, et tu es superbe comme si tu avais •» eu le pouvoir de concevoir la vie; — Elle, elle concevra » LA YiE, et elle se donnera avec son fruit aux enfants de la >• douleur, pour satisfaire à la mort. Tu t'es jeté dans les. té-
» nèbres^ et tu reclierclies, pour tromper et perdre, les ombres " et la nuit; — Elle, elle viendra sous la seule ombre de ses " vertus; elle ne cachera que la splendeur de son origine, et " par le plus grand des sacrifices, elle deviendra avec son fruit " la CORÉDEMPTRICE de tous ceux que tu as entraînés. Tu t'es " perdu et tu as perdu les tiens par le prestige et l'ostentation; » — Elle, elle mettra sa gloire à t'enlever tes victimes par les >• douces et chastes armes de la simplicité. Toi, tu as enchaî- " né tous ceux qui t'ont donné leur libre arbitre; tu leur as >' dit ; « Il n'v a que moi! « — Elle, toutes ses délices et tous » ses désirs sont de rendre à son Créateur toutes ces chères » créatures qu'elle sait qu'il n'a créées, comme elle, que par " Justice, Sagesse et Amour. ^
Frères bien-aimés , le jour de la vision s'est retiré. Mon esprit n'a plus eu à contempler que cette suprême consolation et cette ineffable lumière qui le relevaient du côté de son passé, l'affermissaient dans son présent, et le fortifiaient si puissamment pour l'avenir; mon âme se sentait enivrée d'un indicible bonheur! mon cœur surabondait de se sentir animé de ces augustes ardeurs qui portent si puissamment au bonheur de l'action de grâces! Les parfums de la vérité m'enveloppaient de toutes parts. J'avais peine à me reconnaître : je trouvais qu'il y avait en moi un allégement comme je n'en connus jamais, toute la vie angélique et humaine s'y agitait . Mes jeux ne voyaient plus que cette clarté qui s'étendait sur toutes mes fins. Mon âme semblait applaudir et me renvoyer les allégresses de cette connaissance suprême qui éclairait avec tant de générosité toutes mes destinées. Mes oreilles étaient encore tout empreintes de l'ordre vital qui nous arrive avec la voix divine.
Mes sens étaient tons lieurenx. Ma vie tendait, par des vibrations infinies, vers toutes ces vies si mallieureuses pour leur crier cette si sainte et si consolante nouvelle.
J'allais quitter le sanctuaire, la voix du Tout-Puissant m'arrêta, elle me dit ;
= " Écris tout ce que je t'ai montré et tout ce que je t'ai " fait entendre. Puis, quand tu l'auras écrit, descends dans " les saintes archives des deux Testaments dont j'ai enrichi la " terre; cherches-y, avec calme et sagesse, les indications su- " prêmes que j'y ai placées; scrute chacune d'elles; relève-les " et place-les à la fin de ce codicile comme témoignage et jus- " tification de ma justice, de ma sagesse et de mon amour. » Ne t'affirme en aucune tradition : ces archives sacrées con- " tiennent seules les germes augustes de toute la gloire, de " toute la lumière et de toute la A^érité du plan éternel conçu >' par moi avant toutes créatures et toutes choses.
" Il est temps que l'Ange qui a traversé la moitié du ciel, " donne à la terre l'ÉvANaiLE eteenel; il n'y a plus à différer, » parce que mon temps est proche. Il ne peut y avoir ni deux >' ni trois livres de Dieu : il n'y en a qu'un et il n'y en aura » jamais qu'un; parce qu'il n'y a pas deux vérités ni plusieurs " vérités, mais une seule et unique vérité qui est la vérité de " Dieu, Dieu lui-même.
» Que ma grâce visite ceux qui liront ce livre, et que la » lumière de mon jour descende sur leur âme; qu'ils fassent ^ partie de ceux qui ont droit de dire : J'attekus Celui qui " vieîs^t! qu'ils soient bénis, et qu'ils viennent à moi. Que leur " soif augmente; et je jure, moi le Seigneur, qu'ils seront " abondamment désaltérés.
» Élie, ce temps est le dernier et la gloire de tout ce qui a " été éprouvé.
Ahmen 1 »
Voilà, très-cliers et très-aimés Frères, ce que m'a ordonné Celui qui est I'Alpha et l'Oméga, le Premier et le Dernier.
Soyez tous ces âmes bénies, et que lui soit en vous pour tous la délivrante et régénérante bénédiction.
Amen. Amen. Amen.