‹ Le glaive sur Rome et ses complices!Chapitre 25 sur 35 · M, J. QrT>; UT DEI · texte numérisé non relu

M, J. QrT>; UT DEI

C'est moi, mon Fils, c'est moiî

Ne vous dérangez pas, oh! non, achevez votre prière. Yoiiâ léiiir, puis ajouter: Je t'aime I cela ne dérange pas hi ]>réseneu de Dieu. Non, continuez, mon Fiis: oh! je ne suis pins moi dans ces saintes paroles, c'est Celui que vous priez. Celui que vous aimez qui m'envoie vers vous, et c^est hii, mon Ami, c'est hiï, c'est lui, mon Frère, qui vous dit par mon cœur : « Ange, prie encore, je t'aime et je te bénis! - Je ir/^î:3iO'eîîouiïle aussi; mon doigt s'est trempé dans Feaii pure et lustrale où avant de prier, vous aviez mis îe vôtre pour signer votre front* Saluons du Seigneur la divine présence! saluons îes images de .ses précieux dons! Saluons, adorons le pain saint et mystique qui nous est devenu plus vraiment que jamais le pain du voyageur! Oh: bénij adoré soit par tous les humains ce doux trésor sacré qui nous est la vraie vie? Cieux, terre, vie, saluez, adorez le plus grand don de Dieu, son prodige d'umour, îa Sainte Euc'Bx\,ristie! Amen. Amen, Amen.

Savez- vous bien, mon Fils, qu'en approchant de vous mon âme s'est éprise d'une fierté secrète, mon ccenr en vous voyant s'est senti tressaillir? ee simple autel dans ce simple oratoire, €Q pieux silence, et l'ange fidèle qui priait près de vous, oh! j'ai cru, mon Ami, que tous nos mauvais jours s'étaient comîaie

en violés, qu'ils, avaient pris la fuite; j'ai cru qu'on toute demeure, à cette heure solennelle, il y avait des cœurs semblables à Yotre cœur, qu'il y avait un lieu fixé pour la prière, que chaque famille, chaque foyer avait son prêtre, son autel, mais tous le même Dieu. Oh! j'ai été heureux, car dans votre attitude je retrouvais la foi, la sainte confiance fille aînée de l'amour* Ami, pardonnez-moi les larmes qui maintenant coulent sous mes paupières; donnez-moi votre main. Mon Fils, mon Fils, il faut que nous causions : nous venons de passer des jours bien précieux que le Thréasthaël a dû nommer, comme le Ciel lui-même, rÉuiODE sainte de suPIlr:^[ES remises, de divin

JUIULÉ.

Je ne vous dirai pas ce qui prit nos instants dans la grande ouverture de cette sainte période. Les dernières stations, j'en suis certain, mon Fils, tout en vous effrayant, vous consoleront* La lumière du Seigneur nous ouvrit le tombeau où pour coucher la mort voulut bien se coucher l'immortel divin Maître; ombrant Jérusalem, elle nous plaça d'un trait dans le bourg d^Emmaiis. Une salle assez vaste renfermait les disciples; les portes en étaient closes quand subitement Jésus-Christ y entra. Nous entendîmes de là crier Jérusalem, et son superbe temple craqua trois fois dans ses bas fondements! Le grand morceau de lin qui couvrait le grand-pretre se roula sur sa tête et le vent rcm})orta. Nous entendîmes un bruit semblable à une chute; le prêtre eut peur sans doute : pour la première fois il, se sentit la tcte nue. Ohî oui, il eut peur et honte! il vit là un funeste présage; il perdit contenance, et peut-être il tomba! le tem})le lamé d'or, si fier de ses richesses, de ses restes bibliques, de son grand Testament, le temple avait pensé, du jour où son grand voile s'était subitement brisé par la moitié, que son règne pompeux allait être éclipsé par un règne réel et d'autant plus modeste qu'au-dessus des images il vivrait, lui, de ÎA réalité.

Emmaûs étonné, abîmé sous la crainte ne savait encore ce qu'il allait advenir, la grande nouvelle, le grand prodige qui allait l'illustrer. ^= « La paix soit avec vous! •♦ dit la voix suave et pure de Celui qui quelques jours auparavant subissait l'agonie, mourant, sans crime, en criminel sur un gibet. — La paix soit avec vous! dit-il encore à ces jeunes vieillards qu'il choisit pour disciples et qui avaient si peu compris ce qu'il leur avait tant de fois prédit. — La paix soit avec vous! Ils ne comprirent pas bien cette répétition, et ils se l'appliquèrent en vertu de leur trouble, en vertu de leur crainte et du miracle inattendu dont ils étaient frappés. Nous, mon Fils, nous vîmes autrement, et ces paroles furent pour nous une autre intelligence. — La paix soit avec vous! ces paroles nous furent une expression de la miséricorde, une sainte remise, un généreux pardon. — La paix soit avec vous qui m'avez trahi, oublié, renié, abandonné! — La paix soit avec vous! car si je ne vous faisais paix, il vous serait impossible de me voir; et cette crainte que vous éprouvez est un témoignage que vous n'êtes pas sans reproches. — La paix soit avec vous! car il faut que j'achève ce que vous avez cru fini et qui véritablement pour vous ne fait que de commencer. — La paix soit avec vous! mon cœur et ma pitié ont crié vers mon Père; ma paix avec lui est à moi tout entière, je vous la donne, je la partage avec vous. — La paix soit avec vous! ceci pour le présent; mais sachez vous souvenir de ces jours prophétiques, car en les écrivant ils devront prévenir, arrêter ce que votre ignorance vous a fait pardonner. — La paix soit avec vous! pour aller toujours en avant la fixant en tous lieux où, sans être vue, vous savez maintenant que peut être et sera ma présence. — La paix soit avec vous! et souvenez- vous bien que vous ne l'acquîtes pas, mais qu'elle vous fut donnée. — La Ipaix soit avec vous! paix juste et éclairée, paix sage et appli- 'quée, paix qui laisse à l'esprit le bonheur de voir, et à l'âme

celui de comprendre, au cœur de juger sa fiiiblesse et de bien définir ce qui tue son pouvoir! — Langage tout nouveau , mais vrai, sans paraboles; paroles sans ombrage, n'entrant dans les oreilles que pour charmer le cœur, que pour dilater l'âme et faire régner l'esprit.

Durant quarante jours le bon Jésus parla cette langue céleste : il voulut cimenter un temple vivant, fidèle, intelligent; il voulut violenter notre courbe aux ténèbres; il voulut nous sauver du vieux bois de la lettre; il voulut nous faire jour pour aller à son jour et quitter notre nuit.

Mon Fils, ne sens- tu pas que mes lèvres se serrent? tes regards dans les miens ne s'aperçoivent-ils pas que leur éclat pâlit? Elîlliiaël, pardon! je voudrais te cacher ma douleur et ma honte; mais mon cœur sent trop fortement, mon front est trop rouge, ma pensée est trop vaste. Dieu me montre trop large un trop noir horizon. Allons! je veux chasser ce flux d'amertume qui monte de mon âme sur les rayons lugubres tombant sur mon esprit.

Quelle immense faveur! quel honneur! quelle gloire! Le temple apostolique va donner à la terre un aspect tout nouveau, une vie toute nouvelle, de saintes fiertés, une vraie délivrance, de continuels cantiques et des chants incessants de bénédiction î Tiens, mes yeux sont séchés, mes lèvres ont des sourires; Frère, Ami, quelles joies! quelles fêtes! les hommes vont tous se rendre, ils vont tous accourir ; les saints apôtres prêchent^ ils enseignent, ils baptisent, ils convient tous les hommes au banquet de la vie, ils préparent la salle du grand festin donné par Jésus-Christ! Ah! dilatons nos cœurs, pressons nos mains, enthousiasmons nos âmes! Les anges sont-ils nos frères, à nous qui pouvons devenir tous une même chose avec le Verbe, avec Jésus-Christ?

Ah! terre, tu es vaincue! Égoïsme fatal, voici une armée sainte, une troupe héroïque qui va t'abattre! enfin les honmies

vont s'aimer, leur union est certaine. Chaque apôtre qui parle, aux enfants qu'il baptise fait une onction sainte; il applique un ciment qui colle l'âme à l'âme, le cœur au cœur, et qui de tous les hommes ne fait qu'un seul homme qui s'élève et s'éclaire sous l'onction divine du sang de Jésus-Christ. - Adieu les faux soucis, les vains désirs cupides, les soins rapetissants qui donnaient de la bête à l'homme similaire avec le Créateur!

- Adieu ces jours honteux où la raison coupable enseignait que ses crimes devenaient des vertus! - Adieu l'homme néant quj croyait que de l'or il avait la nature, qui adorait son corps sans honte et sans pitié! - Adieu ces mauvais jours qui dans la vie des hommes les auraient accusés au-dessous des enfers! La foi va triompher; sa sœur la confiance, dans la patrie du deuil, jette le rameau vert! - Adieu cupidité! - adieu vieille bassesse! - adieu vieux lucre impur, infernale avarice! - Adieu fléaux d'enfer jalousie et colère! - Adieu vices hideux, corrupteurs des humains! - Adieu fatal amour qui broyais tous les êtres, despote affreux qui dominais partout! - Adieu hypocrisie! - adieu méchante haine! - Adieu dérèglements qui nous pourceaunifiîez ! - Adieu fausse fierté qui nous montrais la bride !

- adieu vilain orgueil qui nous donnais le mors! - Adieu, adieu iniquités, bas calculs, vaine adresse, sanglant despotisme, inexorables rochers de la domination ! - Adieu triage affreux parmi les enfants des hommes, forts qui vous faites libres pour mettre dans les fers! - Adieu noms arrogants qui ne donnez rien à la bonté de l'âme, et qui faites injustes en durcissant le cœur!

- Adieu plats courtisans qui croyez en un homme, qui le servez, qui le perdez, et qui dites à Dieu : Nous ne te croyons pas, nous chassons tes promesses; tu ne nous donnes rien, tu reprends nos passions! - Adieu serpents du cœur qui rongiez nos poitrines, qui preniez tous nos jours en fatiguants soupirs!

- Adieu n] au vais démons jouant devant notre âme à l'heure de la peine, nous volant le bonheur de chanter un peu Dieu!

Adieu, adieu sacerdoce coupable, vendeurs du temple, hommes en forme de clef d'or qui vous dites de Dieu! - Adieu trafîcateurs des sens de la loi de la sainte justice! - adieu fourbes idolâtres qui nous cacluites Dieu pour vous faire adorer! - Adieu, adieu Mammonî ton autel est brûlé, tes cendres sont parties poussées par la tempête; dans le fond des abîmes elles ont été jetées!!!

Fête, fête encore! oh! oui, sans retenue, soyons allégresse! Ehlhiaël, mon Fils, mon Frère, je te trompe, j'ai peur! j'ai peur, oui, j'ai peur! le nom du jubilé comme un vaste horizon tout couvert de lumière vient d'éveiller devant moi d'effroyables tableaux. Oh! je n'ai pu, mon Fils, prendre assez sur moimême. Je chantais, Ehlhiaël, je chantais de frayeur; je craignais, j'avais peur de venir t'aflfliger. Mon Fils, serre ma main , pleure un peu sur mon âme ! Oh ! l'âme des prophètes n'a été faite, je crois, que comme un grand réservoir; c'est un abîme profond comme le sein d'Amphitrite, renfermant des orages, des trombes de douleurs, des flots pleins de sel qui brûlent et consument, et des vagues amères qui couvrent tout de deuil! Heureusement, mon Fils, que la vie des prophètes, appartenant à tous, n'est vraiment lourde que pour eux.

Tu vois, nous regardions le sacerdoce saint nous venant du Calvaire, nous chantions sa gloire en ne pensant qu'à Dieu; mais en baissant les yeux et regardant les hommes dépassant la grande ombre qui tombe de la croix, mon Fils, l'homme est mauvais! Dieu, est-ce un péché? Kon, je ne puis le taire : Dieu le faisant l'a fait, je crois, trop grand! Tu vois, mon cher Enfant, la lutte contre moi, bien qu'il faille que j'avance. Kon, l'homme n'est pas trop grand, mais s'aimant trop luimême, cet amour mauvais l'a rendu trop méchant. Dieu est vraiment Dieu; Jésus est bien Jésus, le Messie, le vrai Verbe, le Fils aîné, le Fils unique, l'éternel, le consubstantiel , l'incessant Né de Dieu!

Dès qu*il vîciit icî-bas, il j vient pour sauver, pour relevef^ |)our délivrer, pour rétablir, pour justifier et pour reconstituer. Eh bien! l'homme, à l'instant où le ciel radieux veut réjouir la terre, où les anges fidèles chantent Thymne de la paix, l'homme aiguise un poignard; l'homme crie colère et haine; l'homme qui craint la mort pactise avec elle et lui offre, pour qu'elle tue, tout un fleuve de sang! Le Yerbe dit le bien et prévient la malice; il enseigne la grâce; il fait miséricorde; il ordonne l'amour; les hommes sont furieux, ils le chassent, le poursuivent; ils voudraient le saisir, le jeter dans Pabîme; ils croient tenir sa mort sur le haut d'un rocher. Ses parents par le sang delà similitude savent bien qu'il est juste, mais ils craignent César; ils craignent César qui a placé ses aigles comme un dôme humiliant qui défend d'oser même se souvenir encore de l'air de liberté; ils flétriraient leur sang, ils s'immoleraient eux-mêmes pour ce fameux César qui baise les idoles et se fait un bouvier du sensuel Hérode pour tenir sous le joug ce grand peuple si fier d'avoir été naguère nommé, par les autres peuples, LE GRAND PEUPLE DE DiEU. La famille se tait, les pharisiens conspirent, les grands-prêtres ourdissent, les lévites intriguent, les scribes se scandalisent; douze hommes sont restés les seuls commensaux, les douze prépondérants aux desti* nées du monde. Prophétie de deuil, oh! cache ta lumière, ta vue brise l'espoir! Écoute, écoute-^moi, mais ne répète pas ce que va dire mon âme.

Le même qui institue, en instituant nous montre effrayamment ce que sera, à la merci des hommes, sa salutaire, sa di- A'ine, sa trois fois sainte institution. La cupidité se produira sans cesse, la vanité j tentera mille efforts; Jacques et Jean donnent gratuitement la première image, un autre veut savoii* qui parmi les douze sera fait le plus grand. Oh! c'est à en gémir, à s'en couvrir de honte! En face du Fils de Dieu, sous ses constants miracles, sous le foyer vivant de ses clartés su-

prêmes, devant ce qu'il est, ce qu'il devra bientôt être, devant les hautes questions da salut de tout être , en la sainte présence de ce qu'il vient fonder, devant tant de bienfaits qu'il attire de son Père, après le Thabor, quand il est question même du crucifiement î mon Fils, tu m'as compris! bénie soit cette larme! O Eblliiaël! courbons nos fronts, pleurons, pleurons! Ami, je sens ta main, elle veut presser mon ceeur d'achever sa tâche. Ne crains rien ! sous les larmes la vérité ne fait pas de halte; les larmes sont un doux fleuve sur lequel elle se plaît a glisser.

Ici, mon Fils béni, les trois plus grands fléaux du divin sacerdoce s'énoncent sans mystère; ils se montrent grossiers autant que leur nature. Judas tant imité, et que les faux disciples aiment bien mieux copier que de copier Jésus, Judas aime l'argent, ce métal si froid, il le préfère à l'or de la lumière. Jésus parle, Jésus bénit, Jésus console, Jésus pardonne, Jésus guérit; — Judas suit hébété, roulant ses petits jeux comme fait souvent la brute, remuant ses lèvres comme le crapeau qui bave, agitant ses doigts comme l'usurier en palpant ses trésors; il n'entend, il ne voit, il ne sait, ni n'admire; surpris qu'on l'interroge, il répond non pour oui et il dit oui pour non. La lèpre disparaît, les grands lépreux se lèvent, Jésos dit : ^ Je pardonne, allez, tous vos péchés vous sont remis. ^ — Judas n'a rien saisi; mais sans bien savoir pourquoi, il ouvre son manteau, il rattache sa robe, ses yeux clignent, ses mains s'allongent, sa boui-se est en tr'ou verte , et comme son cou maigre et jaunâtre, il la tend au hasard lî

Jésus rencontre un jour une veuve épîorée qui, aux pleurs d'une mort qui lui prit son époux , mêle un torrent de larmes pour la mort de son fils. Jésus, le bon Jésus s*arrête à cette vue! les onze qui le suivent se regardent s'entre-demandant dans leur eceur : "• Qu'est-ce donc qu'il va faire? ^ — Judas fixe JésuSi puis il fixe la veuve : -^ Elle est aisée, dit-il, qu'elle

paye donc un bon prix! « Jésus rendit la vie à celui que la mort avait pris dans ses chaînes. Les cris d^^ction de grâces éclataient de toute part. — Judas roulait sur ses lèvres béantes une sorte de murmure qui résonriait ainsi ! « Elle ne nous donne rien; il n'a rien demandé, lui qui nous dit d'être humble, il craint de recevoir et ce n'est que par fierté! "

Quand vint le Centenier, le foie de ses entrailles crut qu'il tressaillait d'aise. •* Ah! celui-ci au moins nous donnera crédit! " Il reo;arda Jésus, et dans le noir restant du vide de son âme il sembla lui dire : •* Fais vite ce miracle, cet homme est important. On eût cru que Jésus n'avait pas dédaigné de lire en sa pensée : il ne fut pas si prompt à répondre au cri de la prière qu'il l'avait été pour la mère désolée au convoi de son fils. Jésus enfin céda à la foi qu'il venait établir si puissante en la terre; sa belle autorité dans de simples paroles remua tous les coeurs; tous les yeux aussitôt fixèrent le divin Maîti'e. — Judas fixa l'uniforme et les deux mains du centenier! Quand Jésus-Christ entra dans la maison bruyante où une jeune enfant se trouvait étranglée dans lesbi-as du trépas, de son geste divin le bon Jésus chassa les trop froids cymbaliers, les hommes aux tambourins et les joueurs de flûte; puis, comme un prêtre puissant ayant des droits sacrés sur tous les sacnfices, il dit : = " La victime pour moi n'est Traîment qu'endormie! " — Judas était présent, il faisait l'examen de ce qu'on pouvait donner meublant cette demeure; il fit mi bond à ces saintes paroles : » Eîîe n'est qu'endormie, y Quelques gouttes de sueur s'étendii^ent sur son front : * Elle n'est qu'endormie? alors nous n'aurons nen. Quand ils la croyaient moîte, quand il pouvait... il se livre et leur dit : Elle n'est qu'eîïdormieî.. » Enfin le mal gagna auprès de la Source féconde qui guéris&aifc tant de maux et nettoyait tant de péeheurs : Famour de l'argent dessèche le cœur, brûle et dévore l'âme; l'iiiïtéi-èl cupide fait q\u plus Ix^l homme, du plus beau cœur le plus hideux s^i^rpent!

LHieure frappa au cadran des conseils secrets de la Justice divine. — Judas ne mangeait plus, il n'avait qu'une faim, il n'avait qu'une soif: c'était de l'argent, de l'argent qu'il fallait à l'âme de démon qui remuait ses entrailles; il en voulait ^ dût-il être changé en chair et devenir du sang. Il fut au laza-^ rets pompeusement habités par les princes des prêtres. Leurs mahidies sympathiques se comprirent de prime-abord; les vieux restes d'Aaron laissaient depuis longtemps les vrais pains sur l'autel; la chair des sacrifices pour leurs dures gencives s'était changée en or : Sathan comprend Satlian, le crime comprend le crime: l'amour du métal attaqua de front l'amour pur, l'amour saint du cœur. L'apostolat tomba sur l'âme de Jésus comme l'arme d'un géant et le coucha par terre. Ses larmes, sa sueur, son sang ne purent se faire entendre : l'homme cupide n'entend plus que le froid tintement qui cause son délire; un prêtre cupide ferait peur au démon! Yoilà pour la cupidité, pour l'amour de l'argent, pour le faux raisonnement de bien fausses consciences qui n'approchent de Dieu et des œuvres de Dieu qu'avec un cœur vide fait en forme de bourse; la preuve est donnée, et même on n'en veut plus, tant le nombre est infini et s'offre de lui-même*

Yojons maintenant un autre grand échec venant prophétiser de tembles ravages, peut-être hélas î plus destructeurs, plus corrupteurs que le premier... -— Ehlhiaël, mon fils, je me suis arrêté. Oh! tu as dû comprendre : mon cœur était à bout, mon âme ne pouvait plus fournir à ma pensée, ma pensée ellemême me devenait rétive, elle avait goût de sang. Je voyais devant moi tous ces tableaux d'horreur appartenant à l'homme, à l'homme aimé du Ciel, à l'homme cherché par Dieu!... J'ai prié, mon Ami; toi, oh! toi aussi, tu voulais la prière; car tout en m^écoutant je sentais bien se fondre ton cœur. Allons, allons, mon Fils, signons-nous tous deux, éteignons la lumi^ ère, couvrons-nous d'ombres, nous entrons dans le deuil!

295 — Jésus, le bon Jésus avait terminé la Pâque, le jeudi finis» sait, le jeudi des jeudis, jeudi! ce jour sacré qui, à lui seul, prend de tous les mystères, jour vrai jonctatif des trois jours trinaires, des trois jours de l'homme, ce jour point de la créa* tion, carte miraculée de la miséricorde, grand jour de sacrilège et d'abomination, jour éperdu d'amour, jour de folie divine, jour de rage aux enfers, jour de gloire à la terre, jour de scandale, jour d'ingratitude, jour de passion suprême, jour de trahison, jour de toutes nos forces, jour où le Fils de Dieu est l'Atlas de la terre et l'athlète des cieux! La nuit est descendue, Gethsémani est couvert d'ombres, l'air est froid, humide même , et de gros nuages cachent de leur noirceur Pastre si doux des nuits. Un grand creux de rocher près de grands oliviers montre son orifice. Les violettes pervenches, le lierre parasite, quelques vertes bruyères, des fougères femelles couvrent ce vieux rocher, le dissimulant presque. — On parle dans ce lieu, à cette heure de la nuit! écoutons, mon Ami,. . . Des malfaiteurs, sans doute quelques conspirateurs; il y a plusieurs voix. Oh! non, non, non, mon Fils, c'est le Fils du Très -Haut, Jésus le divin Maître; il est avec les siens, il leur parle; écoutons! entends-tu? mon Enfant, c'est lui, c'est bien Jésus qui a dit ces paroles : « Mon ame est teîste jusqu'à la mort! » Écoute,., oh! c'est aux siens qu'il parle : • Restez ici, dit-il, DEMEUREZ ET VEILLEZ AVEC MOI. >' Jésus s'éloigue uu pcu ; dès l'entrée du rocher il incline sa tête; il entre encore un peu, il se met à genoux, son visage divin touche presque la terre. — Ehlhiaël, il voit son bel Éden, ce paradis de fleurs qu'il fit au premier homme; il voit cet homme qu'il fit le premier roij il voit tout près de lui l'innocente compagne; hélas! il voit le crime! il voit ses hideux fruits; il voit TÉden désert, le roi qu'il y plaça, ainsi que sa compagne, errant et vagabond, les yeux baignés de pleurs; il voit le premier né de la première femme comme un monstre affreux dévorant les entrailles de la

première mère et mordant dans le cœur de celui qui pécha par trop de complaisance, qui outragea Dieu son vrai père, son divin bienfaiteur. Alors, Jésus pleure; sa tête adorée devient une fontaine, et ses yeux si divins sont deux ruisseaux de pleurs. La terre se détrempe! lui est-ce un hommage? Ohî oui, elle doit comprendre, elle doit être fière : elle boit à longs traits les larmes du Sauveur. — Jésus se relève, il se souvient des siens; il craint que l'absence, son silence profond ne les ait blessés au cœur. Il vient à eux, mon Fils, comme la douleur profonde, étincelant de pâleur, de royal abattement. Ils dorment! ils dorment, Ehlhiaël, crois-tu, comme l'ont dit beaucoup, que ce sommeil honteux soit tout à la nature? Insensés qui le disent! insensés qui le croient! La nature, tu le sais, s'y refuse; ta vie en a des preuves, ton père, ta mère t'en ont souvent donné. Et pour un ami divin, pour celui qui ayant déjà tant donné, ajoute à ses dons le grand don de lui-même, cet homme juste, ce beau mortel si riche de son âge, si riche de sa grâce, si beau par son cœur, cet ami si bon qui dit : • Mon âme est « triste, et elle est triste jusqu'à la mort! « qui ajoute lentement : • Tenez-vous en ce lieu, restez ici et veillez avec moi! •♦ les dangers qu'il court, les craintes qui le dominent, sa vie mystérieuse, ses présages de mort, rien de tout cela ne soutient les paupières de ces trois surtout que son cœur a choisis. Oh! tiens, voici leurs noms; les grands prédicateurs, les nobles paresseux, les pieux indifférents disent, pour eifacer ces lugubres images, ces prophéties de honte, ces infamies du cœur : •• Jésus oublia tout. Ils sont saints, et la gloire n'est plus à nos regards que ce qu'il faut étudier. » Pierre est le premier, les fils de Zébédée sont le second et le troisième, saint Matthieu le raconte; c'est un grand stigmate que ne rayera pas Dieu. Ils dorment, oui, c'est bien; mais pour nous, n'est-il pas de notre devoir de toucher au mystère? Qui ne voit le symbole des prêtres fainéants, de ces prêtres bien mous

dont le cœur conduit Pâme, ces êtres qui ne sont, comme on dit quelquefois, ni chair ni poisson; de ces prêtres qui ne sont dans ce saint ministère ni à Dieu, ni à eux, mais tout à leur repos; de ces prêtres qui n'ont pour le salut des âmes, ni foi, ni crainte, ni amour, ni pitié; de ces terres animées, on ne sait pourquoi faire, pour boire, pour manger, se vêtir et marcher; de ces masses de glue qui ne redeviennent hommes que quand leur vanité, leur tranquillisme remontent en écume; de ces êtres enfin qu'on dirait tout limon, dont l'énergie, le courage se détournent, et sur lesquels le dévoûment n'a jamais mis le pied! Ils dorment! et c'est leur Dieu, leur salut, leur rachat qui leur dit tendrement : « Oh! mon âme est bien triste; je sens qu'elle se brise, elle va à la mort! •

Étonnez- vous. Ami, de nos indifférences, de ce sensualisme qui comme un vent mortel s'est jeté sur le temple, sur le prêtre, sur l'apôtre, sur ceux qui se disent : Nous sommes à Dieu! Etonnez- vous de voir que le prêtre est toujours pour lui avant d'être à son Maître! il est maître, lui, et c'est Dieu qui le sert; ces prêtres étiolés qu'on dirait des vieux temples d'Éphèse ayant servi longtemps Apollon et Vénus , ces prêtres mignards auxquels il faut toujours et des couches bien molles, et des coussins soyeux, ces prêtres éhontés qu'on dirait échappés des Bacchanales romaines, des soupers de Lucrèce, du temple Borgia. Ah! pleurez, pleurez, Ehlhiaël! mon frère^ pleurez, pleurons !

Ce n'est pas tout encore : ces recherches isolées, ces lourds souhaits du ventre, cette vie sans principe, sans ordre comme sans vérité, ce tendre amour du soi, ce fier dédain des autres, ces goûts efféminés dont les femmes riraient, ces soins méticuleux pour manger et pour boire, ce grand culte du corps est bien figuré là; ces grands dépositaires du prix des consciences, ces grands juges dont les jours appartiennent à la loi, ces hommes qui meurent à tout, excepté au mensonge, à eux-mêmes.

Voyez donc comme ils veillent! une heure, une heure, moîi Fils, près de l'Ami pleurant, près du Père le plus tendre, près du Libérateur qui dit : « Voici la mort ! » Ah ! tu l'as bien prédit, la prophétie est claire. Ehlhiaël, n'est-ce pas, c'est terrible? mais en justice, devant Dieu, douter n'est plus permis.

Mon Fils, le bon Jésus révèle sa douleur, j'allais pour dire révèle son mépris; je ne dis rien, voici ses divines paroles, c'est saint Matthieu encore qui me les donne ici : ^=^ « Ainsi, TOUS n'ayez pu VEILLEE UNE HEUEE AVEC MOi! » Il se retourne, il va au lieu de sa prière, il entre dans sa grotte, ses larmes recommencent; il fixe le déluge, il vient à Abraham, il s'arrête à Aaron. Jusque là ses pleurs, jusque là ses larmes! Il fixe ce sacerdoce dont la noble couronne tombe pour Aaron des grands feux du Sina; il voit l'arche élevée, le grand baptême d'eau qu'il donne à tout son peuple en fendant le rocher plus sec et plus aride que tout le désert; il voit passer chacun de ses divins prodiges; il voit passer Salil, David et Salomon; il voit passer le temple et passer les pontifes; mais sa nature succombe : la honte le domine; son front et son corps sont tout couverts de sueur; son âme est déchirée; il semble une hécatombe !

Hélas! il n'est encore qu'à ce qui va finir; que sera-ce. Seigneur, quand son cœur s'arrêtera au dernier moven que son amour commence? Il essaie par trois fois de relever sa tête : elle est lourde, elle retombe, elle frappe dans la boue. » Mon Pèee, mon Pèee, dit-il dans le dernier ressort qui tient encore son âme, ils m'attendent, et leue âme s'abîme de ma peo- PKE douleue! '♦ Il s'oublie, Jésus, le tendre agonisant, il s'oublie en pensant aux trois qui l'attendent sans doute; il appuie ses mains sur sa noble poitrine : on dirait qu'il craint que sa vie ne s'en aille. — Ses disciples dorment! C'est horrible, ô mon Dieu! oui, vraiment c'est horrible! On vit des animaux veiller près d'un cadavre, leurs yeux suintaient des larmes.

— ^99 — ilâ refusaient le pain : des chiens ont fait cela! O mon Dieu, je m'arrête, je suis un homme; si je poursuis, j'ai peur, j'ai honte, je ne crois plus en moi!

Il laisse étendue cette chair sur le feuillage; il ne dit rien cette fois : son majestueux silence est bien plus solennel! Que renferme- t-^il donc? Je n'ose interroger. O mon Dieu, il chan^ celle! Jésus, divin Jésus, non ce n'est pas possible, oh! vous n'êtes pas seul! les êtres avec des corps dorment, je le concède; mais ceux qui vraiment vous aiment, ceux-là qui attendent dans les lois de l'esprit 3 il en vient quelques-uns, n'estce pas, avec un saint mépris, ou plutôt ils fixent la ligne prophétique j mais ils viennent, mais ils pleui'ent avec vous, n'est-ce pas?

Jésus rentre au rocher moins dur assurément que l'homme l il j vient; grand Dieu! grand Dieu, qui pourra dire jamais ce qui s'y passe? Le nom de Pierre sonne dans sa divine oreille, et les deux noms suivants : Jacques et Jean. Le Ciel laisse tomber dans ce creux solitaire un de ces grands rayons qui montrent le présent et peignent iWenir» Jésus ne prie plus, sa poitrine s'emplit de sanglots indicibles, ses entrailles se tordent comme mordues des dents acérées d^une inimitable dou* leur; il est le premier né de la sainte justice, de la pure innocence, et le premier martyr en ce genre tout nouveau. Ses lèvres qui disaient à la femme pécheresse : « Allez, je vous remets tout! « à la veuve inondée de ses larmes maternelles i " Femme, ne pleurez plus, je vous rends votre fils! " ses lèvres s'entr'ouvrent, et du sang cailloteux y prend son passage. = « Pierre, dit -il bien bas, Jean, Jacques! mes amis, mes >' disciples! Ah! mon Père! mon Père! quelle sera donc leur ♦' descendance? ^

Il tombe comme tomba sous la main large et criminelle de Caïn, le jeune, le doux, le tendre Abel. Ses yeux pleurent du sang, ses oreilles ruissellent cette liqueur vivante; sa robe

colle à tout son corps : on dirait celle que les frères de Joseph apportèrent si cupidement, si égoïstement à leur vieux père! Un nuage se brise au haut de l'atmosphère; la lune d'un blanc de larme éclaire le jardin; il se f^dt un grand bruit au milieu des feuillages, on croit entendre gémir les plus vieux oliviers î Jésus se ramasse, non pas comme la vie, mais comme l'intelligence; non, je me trompe, comme l'amour qui sent encore son cœur. Il vient, il vient tout chancelant! on dirait un cadavre, on dirait une hécatombe sous le regard de Dieu, venant sommer les hommes de célébrer sa gloire, l'apothéose du sang sur un trône de souffrance, étendant la main, commandant la douleur; tous les martyres sont dans cette souveraine essence; la mort des Innocents, celle de Jean Baptiste transfigurent ses traits comme un sanglant Thabor. Chaque arbre frissonne quand il dit ces paroles : = » Dormez maintenant et reposez- « vous ! ! »

Heureusement pour eux, les prêtres de nos jours n'aiment guère l'Évangile; il le lisent à la Messe, et pour être tranquilles ils disent : En ce temps-là; c'est adroit quand on craint de se trouver en présence de la sentence, et de la voix certaine de son châtiment. Oh! pour celui qui croit, quand il lit ces paroles, quand son cœur se reporte à cette scène si terrible, quand il voit Jésus-Christ tout couvert des larmes de sa tendresse, des sueurs de la honte d'un premier sacerdoce, et d'une sueur de sang causée par celui qu'il venait instituer luimême, oh! que ce prêtre doit les trouver amères! oh! commet son âme doit rougir d'horreur! — Doemez maintenant et eeposez-vous !

La scène est changée; Jésus est traîné de rue en rue, de porte en porte; chez Caïphe, chez Hérode, partout et toujours la moquerie infâme, les coups, les outrages, les insolents crachats. Il est seul! seul, ce Jésus qui la veille de ce jour donnait son corps et son sang en nourriture! il est seul, celui qui

aîine, celui qui donne, celui qui sauve et qui bénit! ils l'ont abandonne I les ingrats, les lâches, ils l'ont abandonné! et leur noir abandon crie aux siècles qui viennent : — « Et vous aus- '» si, oui, vous, vous qui lirez notre honteuse histoire, comme "nous, plus que nous peut-être, vous l'abandonnerez!..." Pardon, pardon, mon Dieu! - mon Enfant, approche-toi, ma tête est fatiguée, prête moi ton épaule; il faut que j'achève. Ami, pardonne-moi.

Te souviens-tu, mon Fils, du fier serment de Pierre? te souviens-tu de ses fières promesses? Eh bien! écoute, le voici : Il est assis dans la cour de Caïphe; son noble et bon cœur ne lui a pas permis d'entrer plus avant. Il est couvert de pleurs, son front est abattu, sa nature pantelante; il ne pourrait répondre, il ne pourrait marcher. O mon Fils! je voudrais que ce saint écrivain et l'écrive et le dise! Non, écoutez : — Une fille de service en passant près de lui le remarque à sa mise. == - Tiens, dit-elle en s'adressant à lui, tu étais, je crois, " avec Jésus le Galiléenî " — Pierre se redresse, et sans rougeur et sans honte il dit : = «^ Je ne sais vraiment ce que vous " dites! "

Il va pour sortir comme tous ces bas curieux qui rêvent les prétoires pour y voir du sang et pour j entendre des sentences. — Une servante encore lui adresse ces paroles, comme elle les aurait adressées à un mendiant, à un manouvrier : = " Tu étais avec Jésus de Nazareth? « — Pierre nie encore, et cette fois par serment il scelle sa négation hideuse, il dit, il ose dire : = « Cet homme! je ne le connais pas!! «

Quelques vauriens sans âme, qui passent leur vie à flairer les bourreaux et à courir sus aux victimes, quelques-uns de ces êtres accostent Pierre et lui disent : = « Assurément, tu " es aussi de ces gens-là, car ton langage même le décèle! » — L'honune à qui Jésus a dit, avec un saint transport, avec une divine a'râce : " Eï moi aussi je te dis que ^toi qui me

*î CONFESSÉS, TU ES PIEREE, ET SUR CETTE PIEERE j'ÉTABLIBAÎ LA " SOCIÉTÉ DU SALUT, LES BASES SAINTES d'uNE YISIBLE MISÉBI-*

" CORDE 5 LE TESTAMENT DE LA rÉdemPtîon ! ♦• à ce moment il doit se souvenir qu'il est Pierre, Pierre de honte, Pierre de scandale, Pierre d'aclioppement ! Non, il ne regarde ni erl avant ni en arrière; il est tout à la crainte, à la faiblesse 3 à la peur, à l'oubli cruel, à la plus basse ingratitude; il jure, il imprécationne pour affirmer qu'il ne connaît pas cet homme î

Mon Fils, sans un de ces grands desseins avec lesquels le Dieu puissant a accompli toutes ses œuvres, pourriez-vouâ croire, pourriez-^vous dire que ces traits sont bien possibles, d'un grand homme, et surtout d'un disciple de Jésus? NoUj tant méchant soit l'homme, il ne serait pas permis de le fai^ î:e descendre à tant de bassesse. Ces traits de honte parcourent l'ère chrétienne depuis son premier jour, depuis son premier crime jusqu'à son dernier. Le Ciel s'est prononcé de la plus terrible m.anière. Voici, dans cet épisode, ce que la pure lumière nous montre à tous i

Le sacerdoce deviendra cauteleux, hypocrite J aux juges dont il aura peur, aux gardes qu'il craindra, aux princes qui ont puissance il cédera sans remords l'auguste dignité que glorifie l'épreuve; le prêtre sera vraiment prêtre si son égoïsme ne redoute rien; mais il finira un jour par ployer ses pouvoirs aux ordres et aux caprices de ce qui peut servir ou ses amours honteux, ou ses basses convoitises; il sera soh esclave 3 n'osera rien sur lui-même, oubliera son Dieu, et ses actes diront qu^il iie le coimaît pas; sa vie, ses actions, au juge^ ment des hounnes, au jugement de Dieu seront des jurements^ des imprécations affirmant que son cœur n'a rien de commun avec le cœur divin de Jésus le doux Maître. — Ministre du Seigneur, il abdiquera ses droits, la suprême justice, Tétude de la science qui remonte vers Dieu, les hauts soins du salut

de ses frères ses semblables, pour les basses volontés, pouî* les grossiers services que donnent la table, la cave, le luxe et les jouissances d'un fojer sans femme où règne une servante disant : Je veux! tout en semblant dire devant le maître : Monsieur le veut, nous le voulons*

Trois fois Pierre est tombé devant des riens, à faire douter même que cela fût possible! Mon Dieu, mon Dieu, vous ne pouviez pas montrer plus énergiquement la décadence de votre Église! Tous la mettez sur un banc au milieu d'une cour peuplée de faux témoins, de gens soldés pour le crime et pour le mensonge; exposée aux rires, aux huées, à Pinquisition de valets et de soldats. Le crime a ses héros; la Vérité semble n'avoir pour elle que des lâches! Mon Dieu, mon Dieu, des faux serments pour se lier au sacrilège! tant d'adresse pour se défendre de vous aimer, d'être à vous, de vous connaître, de vous appartenir !.. . Ehlhiaël, c'est affreux! cachons-nous, j'ai honte et je tremble!

Église divine, où vas-tu? où vas-tu? quel contraste effrayant, désolant et lugubre ! Aux fêtes de la Pâque, au grand banquet où l'on mangeait l'agneau, à la table où Jésus devait ouvrir la cène, tous les douze y étaient, pas un n'y manquait. Au jour du Golgotha, un seul de ses disciples se trouve entre les femmes sous l'arbre de la croix»

Ces femmes si peu connues, simples, pieuses et bonnes, sont toutes ensemble près de la Mère de Jésus; les risées^ les crachats ne vont point à leur âme : ce qui est pour elles, elles ne le voient pas; on dirait souvent que leur cœur marche seul, et que leur vie est d'être en tout, sans merci, fidèle à la douleur* Il serait inutile de leur demander à qui elles sont, qui elles suivent. Si une servante stupide et ricaneuse leur faisait une semblable demande, l'attitude suprême de leur royale douleur la foudroierait. Si quelque grande reine. César lui-même, leur adressait orgueilleusement cette question : —

" N*êtes-YOus pas avec cet homme? " Elles pourraient ne pas comprendre et répondre : " Quel homme? » — Jésus, pourrait expliquer le prince. — Alors, sans se troubler, sans pécher, elles pourraient dire : • Jésus, c'est nous ! » car en vérité, elles ne sont plus elles; Jésus est toute leur attention, toute leur âme, tout leur cœur, toute leur vie, toute leur douleur. Partout où il passait, elles se faisaient passage; là où elles n'allaient pas, là seulement les arrêtait son cœur.

La fière Salomé qui du vieux peuple hébreu conserve la mémoire, voit tous les prophètes accomplis en Jésus; son front rougit des trois crimes de Pierre; ses grands yeux noirs brillent d'une indignation sainte, qW'^ voudrait être reine pour témoigner l'honneur que mérite si bien la divine Victime.

Marie Cléophas est là comme un beau saule, les regards attachés sur la voie de Jésus.

Madeleine échevelée, sans voile et sans résille, soutient Marie qui soutient son âme : elles ne luttent pas, elles se fondent ensemble. — Marie ne pleure plus; Madeleine Marie regarde son passé et retrouve des larmes, puis elle presse de Marie les mains toutes pures; elle avale ses sanglots et regarde Jésus.

Jean s'est avancé sur la montagne du Calvaire; il voit le grand cortège de l'amour des amours qui se nomme ainsi : — Victime déciiirée, victime des victimes. Femme au sein mis

EN pièces, souveraine DES ANGOISSES, EEINE DE LA DOULEUR, LARMES , DÉCHIREMENTS , SANGLOTS ET LARMES ENCORE , VOIE d'agonie, MARCHE DE MORT, MONTAGNE DE SANGÎ — L' Apôtre

a le cœur pris : = " Comme elles l'aiment! dit-il, et comment »» en effet ne l'aimerai t-on pas? Ah Jésus! ah Jésus! crie le » jeune apôtre, c'est le cœur de ta Mère qui m'apprend com- »' ment l'on t'aime! O Femme, Femme, que n'ai-je eu votre »» cœur î »

Vous comprenez jinon Fils, quelle doit être la crainte de ces onze disciples en revoyant Jésus. Vous voyez, mon Enfant, comme leur âme est saisie, et vous bénirez mieux la bonté du Seigneur. — La paix soit avec tous î J'oublie toutes vos faiblesses, j'oublie ce que vous-mêmes ne pouvez oublier. Je vous donne ma paix! C'est dire je vous pardonne. Les images sont finies, le réel pour vous va commencer; les univers sauront que vous fûtes des types, de vivantes images, l'exemple, la sentence, la veille, l'expérience de ma génération. — Maintenant, vous payerez votre foi par des larmes; vous payerez votre amour par le sang et la mort; maintenant vous brillerez sur les monts du martyre comme des phares nouveaux, comme des astres géants; vous connaîtrez le prix d'une vie qui enseigne ; votre solde maintenant se fera par le glaive, la prison, la douleur!

Tous alors dirent : Oui! Tous bénirent et rendirent grâces; tout le temps qu'ils vécurent ils accusèrent leurs fautes, et tous les lavèrent au feu du sacrifice, dans les larmes d'abord, dans de grandes souffrances, dans de larges fatigues, et beaucoup dans leur sang!

Cette dernière partie est prêcbée bien souvent dans nos belles églises; mais, comme de l'Évangile, on ajoute en soimême : C'était en ce temps-là!

Le jubilé, mon Fils, en remettant ces faits aux yeux et aux cœurs que nous lui donnions, ce jubilé divin criait d'un pieux et relevant langage :

= " Rentrez tous au Cénacle, venez à Emmaiis, Jésus » vous y dira : — La paix soit avec vous! ne ceaignez point,

» JE NE SUIS PAS UN FANTOME, JE SUIS JÉSUS, JE SUIS LE ChEÎST,

Ami. je dis aussi du profond de mon âme : Frère, mon Frère, à vous, à tous mes frères, que la paix soit avec vous! Je ne puis dire, moi, je vous donne la paix; mais Dieu m'a dit de dire, et joyeux je vous le dis : Soyez bénis, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Pierre du Seigneur t Sthrathanaël

jn

Du Carmel, le 14 janvier 1853.

Londi'es*

J. M. J. QUIS UT DEU3Î

Chère Aslhanaël,

Jusqu'à ce qu'un Pontife vous soit donné, j'adresse au vieillard de Ninive, par les trois Maries du fort, ce que l'Esprit de Dieu veut que reçoive la grande ville. Par elles et par vous qui êtes les larmes de la première tour, je salue les patriarches et les anges de l'aveuglée cité; un signe de croix sur votre front, un baiser paternel à tous et une bénédiction à chaque patriarche, à chaque ange, à chaque enfant.

Unissez-vous, cercle béni et bien-aimé, pour qu'avec les cercles généraux de la terre et les cercles particuliers des sphères divines nous ne fassions tous qu'un seul et même cercle renfermant le Carmel des promesses et l'esprit Thréasthaëlique de tout accomplissement; livrez-vous à des ardeurs nouvelles, à une ferveur plus réfléchie et plus active, à la prière d'élévation, à la pratique des œuvres de secours et de miséricorde, à une patience toute nouvelle; excitez-vous à une confiance dans la Bonté divine qui puisse surmonter toutes les tentations auxquelles succombent tant de pauvres créatures. Nous sommes appelés à célébrer dans la terre de notre exil la solennelle

DÉDICACE DU CaRMEL UNIVERSEL, DU ThrÉASTHAËL DU CIEL ET

DE LA TERBE. Nous sommes peu préparés à une telle solennité; nous avons besoin du concours et de la force de tous ceux qui nous ont été donnés; nous savons combien Ninive nous est venue en aide en plusieurs grandes circonstances, et par le canal et l'union avec ce cercle aimé de Dieu, les cercles d'Orléans, de Tours et du midi.

La terre semble en ce moment menacée par les enfants du désespoir; la nature s'est mise du côté des menaçants. En vérité l'œil qui voit dans le livre des destinées des hommes ne peut être sans larmes et sans douleur; une fièvre abrutissante et contagieuse a envahi la plus large partie du domaine des hommes : les plus fiers se sont sentis pâlir; la démence, l'inerte folie se sont emparées de ceux qui faisaient encore croire à leur sagesse. Le champ appelé la terre du Seigneur est devenu effrayant de stérilité; le satisfactisme s'est abattu comme un vorace vautour sur toutes les consciences endormies; il les a dévorées jusqu'au foie, de sorte que tout ce qui se remue encore sur la voie dite du salut n'est plus, généralement parlant, que cadavre!

Au milieu de cette stupeur immense qui travaille le monde, comme les feux souterrains des volcans travaillent les fondements de la terre, si quelques grands cris s'échappent encore, si quelques débats suprêmes ont lieu, si quelques grands mouvements s'opèrent au sein de ce vaste sommeil qui retient toutes les sociétés comme dans un tombeau, cette maison de veille, cette redoute avancée qu'on nomme communément la maison de Dieu, la force des hommes, est la plus étrangère à ces restes de sagesse, ou à ces grands pressentiments. Les phalanges suprêmes qui publient que la puissance de leur étendard est dans le ciel et que leur pouvoir est le pouvoir de Dieu, ces phalanges qui devaient être l'action permanente de la gloire des destinées humaines, se tiennent couchées comme la paresse ou comme le serpent repu. Elles semblent dire, sans remords et sans honte, à tous les peuples et à toutes les nations qui devaient vivre de l'air fécond de leur investiture et de leur espérance : — » Laissez-nous, laissez-nous! notre mission n'a pas été comprise, nous ne sommes que pour combattre contre ce qui nous importune ou nous fatigue, contre ce qui revendique notre pouvoir et notre autorité. Vos misères et vos souffrances

nous doivent être étrangères; nous ne sommes que les héritiers de la gloire et non les victimes de l'expiation. Vous ne nous êtes quelque chose, vous, que comme victimes expiatoires; votre droit est de vous offrir, et notre mandat de vous immoler. Le Christ, c'est l'expiation et le salut : par conséquent nous sommes christs avec le Christ; son immolation est à nous, et le salut qui était en lui nous appartient pour l'appliquer à ceux qui nous sont soumis. Le Christ ne nous fait les économes de sa toute-puissance qu'après avoir satisfait pour nous à la possession de ses mérites; nous enseignons la croix, mais nous ne la portons pas : le Christ l'a portée pour nous. Nous, envoyés de sa résurrection et non les disciples de sa mort, nous sommes affranchis, et vous nous appartenez pour que nous vous affranchissions; vous êtes les hosties que nous devons offrir, et nous vous devons, selon la vérité de votre dépouillement, la protection de notre ministère ou la réprobation qui vous rend nuls devant Celui qui n'est plus lui dans la décision ou le jugement qui est à nous! "

Sathan parla ainsi au jour de sa fuite de la maison de son Créateur; c'est ainsi qu'il parle et qu'il traite encore aujourd'hui tous ceux qu'il a engagés et séduits. Il n'y aurait réellement plus d'espérance si la justice du Seigneur suivait positivement son cours. Sathan s'est servi des princes de la terre qui, n'étant pas les princes de la paix pour être frères de Jésus-Christ, deviennent ses frères, à lui, par l'empire du monde dont ils partagent les illusions, les turpitudes, les injustices et les iniquités. Alors cette maison qui porte à son fronton le nom saint et juste du Seigneur n'est plus qu'une maison d'hypocrisie et d'anathème; la société qui compose cette maison n'est plus qu'une société décomposée; ses flancs sont inféconds, ses engendrements ne sont que des commencements de crime que la rage de Sathan développe, car les entrailles de cette société ne peuvent rien, atteintes qu'elles sont de îa stérilité de

leur principe. Les rois sont tous troublés; les plus vieux empires semblent être voués à la peur de ce qui faisait leur force naguère. Depuis l'Orient jusqu'à la Chine, l'esprit des pressentiments tonne dans les airs et dans les âmes de telle sorte que malgré soi, en face de tous les renversements qui ont passé dans la vie des peuples, ceux qui s'avancent font dire en inclinant la tête devant ce qui nous menace : — Tous ces renversements n'ont été rien I . . .

La France, cette nation si brillante au milieu des autres nations, cette étoile qui semblait n'emprunter de lumière qu'au disque suprême qui environne la majesté de Dieu, cette France qui devait, à l'exemple du Yerbe incarné, au milieu de toutes les nations, croître toujours en grâce et en sagesse, qu'estelle devenue? Sa beauté, sa grâce, sa sagesse devaient se modeler sur ce tableau sacré que le Fils du Dieu vivant avait légué à l'épouse de son cœur, à cette épouse qu'il appelait sa Bien-aimée, la nourrice, la protectrice et l'amie de sa génération! Cette grande reine qui, détournant la tête de tous les sceptres du monde, devait se tenir droite au milieu de la terre pour attirer peuples et nations au bonheur de vivre à l'ombre de ce diadème salué et admiré des vertus des cieux, cette femme forte qui ne devait enfanter que des rois marqués au front du cachet divin qui porte ces mots éternels : déliveance, honneur , GLOIEE ET LIBERTÉ î Cette femme appelée chaque jour au conseil céleste de l'Ancien des temps devait à la France qu'elle avait nommée, de concert avec le Ciel, sa fille aînée l'instruction digne de son origine et de son nom; elle lui devait une éducation capable de répondre à la devise sacrée inscrite sur le blason du divin Rédempteur. Pour la mère et pour la fille il ne devait point y avoir parmi les hommes d'étrangers ni d'ennemis; le glaive et les armes meurtrières devaient être inconnus, ou s'ils étaient restés comme suite ou restes d'un lointain héritage, il fallait en faire des socs de charrue pour

^311 — labourer îa terre, et des houlettes pour armer les pasteurs contre les reptiles qui enveniment l'herbe que doivent paître les troupeaux, et contre les betes fauves qui sortent des bois ou descendent des montagnes. Il n'y avait qu'un art nécessaire à apprendre à cette fille si intelligente et si noble 3 Fart d'aimer en esprit et en vérité; qu'une seule chose à lui défendre, celle qui est contraire à l'amour de Dieu et du prochain.

Mais hélas! les passions furent fiattées dans ce cœur hardi et juvénile; on lui paprit bientôt à les satisfaire, et on éveilla avec une incrojmble facilité toutes celles qui l'ont mûrie si vite et qui l'ont aujourd'hui couverte de tous les symptômes d'une affreuse décadence. Aussi maintenant la mère et la fille se roulent dans leur fièvre qu'on croirait agonisante; elles se sentent à tout instant prêtes de défaillir, et la sueur d'une mortelle inquiétude inonde leurs traits. Parfois, quand les enchanteurs et les joueurs de flûte qui ont mission de les perdre l'une et l'autre s'arrêtent fatigués de leur propre bacchanale, on les entend crier avec toutes les étreintes de l'angoisse : — «« Quel sera donc notre sort futur? " Alors les magiciens, les faux prophètes en religion et en politique arrivent en foule. — L'ime leur demande : « Est-ce que vous ne vous apercevez pas " que tout tourne, que tout croule? est-ce fini? le Maître " vient-il? est-ce lui qui va paraître? » — L'autre crie : - Mais »' vous ne voyez donc pas que le vieil ordre européen expire? " vous ne voyez donc pas que le vide se fait autour de nous? " L'autorité de l'expérience et de l'âge, la sagesse, le génie, le " talent, la vertu, tout cela se voile, se nie; la nuit s'étend " partout avec une vitesse désespérante! " — « Ma mère, crie " la fille aînée, le flambeau est éteint au milieu des steppes " humaines; la stérilité s'est étendue comme un fleuve sur moi >' et sur mes sœurs! " — « Grâce! crie la mère, j'étouffe! j'é- " touffe! j'ai soif! ma gorge brûle, mes entrailles se déchirent!

^' malheur! malheur! je ne peux plus rien!

= " Écoutez, écoutez, erie contre ces cris la phalange cor- >' ruptrice, voici le salut qui vient! pour arriver à nous, l'ange »' de Dieu appelle à l'autel quelques nouvelles victimes! Le Li- » bérateur vient! entendez le bruit des pas de ses coursiers; » écoutez les cris qui le désignent et qui le suivent! il vient! " lui seul vous sauvera; mais vite, vite, ne gardez aucune ré- •' serve : des victimes! des victimes! des victimes!

Un des magiciens s'avance : = " Je ne suis pas assez élevé, dit-il, pour bien voir dans le livre des mystères. >» — Un autre demande une autorité dominante pour augmenter le crédit et l'effet de ses visions. Lambeau par lambeau, à peine la grande reine et sa fille aînée ont-elles encore en leur pouvoir un parchemin libre parmi les titres immenses qui furent copiés sur les trésors de l'Éternel.

O vous qui lisez ces pages, donnez une larme par douleur à ces deux si tristes imao^es; regardez autour de vous, et fixant l'horizon, apprêtez- vous à crier grâce! Longtemps, longtemps le vrai prophète criera Pitié! pitié! pitié!

Voyons autour de nous ce qui se dit, ce qui se passe : les multitudes s'agitent sans savoir pourquoi; la cité semble être livrée à une vie toute transitoire; la religion n'a plus de droit, n'a plus d'empire, elle est réduite à se cacher comme autrefois faisait le crime; la morale a mille sens, mille interprétations qui ne la constituent plus qu'une plage déserte et abandonnée de la justice, de la sagesse, de l'ordre et de la vérité. Tout le monde s'agite pour se tromper, pour se séduire; chacun se regarde et se déplore en face de l'illusion passée et se veut ranimer à une nouvelle illusion. On crie plus fort à mesure qu'on baisse; et plus la fin approche, phis on croit que l'on commence. — Les princes, les rois, les hommes d'arme, les gens de licgoce, les rois du sanctuaire^ les hommes à mitre et à tiare

se figurent être tons ce qu'ils se sont donné Part de paraître. Les orateurs, les juges, les enfants, les jeunes hommes, tous croient à leurs rêves, à leurs discours, à leur justice et jusqu'à leurs propres rires qu'ils prennent pour des applaudissements; les intérêts particuliers, les ambitions personnelles ne se dépouillent de leur nuage que pour cacher à tous la gravité du moment.

L'Ange des cieux qui regarde le monde en descendant avertir les hommes dit avec l'éloquence de la douleur et de la pitié : = « Insensés! insensés! vous ne vous apercevez pas que vous n'êtes plus ni une vague, ni un flot sur ce vaste océan terrestre, mais seulement une ride à la surface d'un abîme! Penseurs et censeurs, vous vous rassurez devant cette multitude d'idées qui a, dites-vous, effacé pour jamais les traces honteuses des temps esclaves et barbares; le ferment de ces idées qui font votre orgueil n'a rien apporté de soluble capable de fournir une essence à votre espérance et à votre bonheur. La sève de votre justice n'est pas plus féconde; le vieux vase, en perdant sa liqueur âpre et mordante, n'a rien laissé au vase nouveau : des deux, il ne reste donc qu'un vase brisé et un vide! "

Le monde nouveau est en une mer lointaine; que le vieux monde s'affaiblisse sur lui-même, cela n'avancera pas d'un instant le nouveau; notre époque pourtant doit être pour nous, pour tous, le chemin de halage par lequel les générations malheureuses doivent de leurs suprêmes efforts tirer l'ancien monde vers ce monde inconnu qui seul peut féconder nos pressentives espérances. Les peuples les plus familiarisés avec la réflexion, le jugement et la logique se demandent, comme à Fenvi, quand et comment ce vieux monde disparaîtra-t-il? quels accidents en pourront suspendre l'ordre et le mouvement?

Rappelons-nous le peuple par excellence, celui qui a pardessus tous les peuples les droits de fierté et d'orgueil les plus incontestables, ce peuple qui était appelé de Dieu îui-meoie

son [)t)Ui)le, et qiie les siècles et les géncriitioiis ont toujours iiominé et nomment toujours le peuple de Dieu. Quel peuple eut un pareil temple, de tels pontifes , de tels patriarches, de tels prophètes? Oii est ce peuple dont l'auguste et souveraine mémoire est chantée par tous les poètes qui ont réglé leurs notes et fixé les cordes de leur l^^re sur les soupirs et les pierres sanglantes du G-olgotha? Que sont devenus ces patriarches, ces pontifes, ces prophètes? Le temple n^est plus, les faux pontifes et les prophètes menteurs sont enfermés dans la poussière des sépulcres; mais les vrais pontifes, les vrais prophètes, les pieux et les saints patriarches suivent, dans des chars invisibles, Élîe et Enoch à leur tête, ce peuple qui, épars, disséminé, proscrit, n'en est pas moins le peuple par excellence, le grand peuple, le peuple rojal et sacerdotal^ en un mot, le peuple de Dieu, pour qui les propliéties elles-mêmes sont conservées, pour qui toutes les glorieuses espérances sont réservées! Ce vieux peuple marche depuis plus de trois mille ans en avant de ce monde nouveau dont il a tué l'aube sacrée, il y a dix-huit-cents et quelques années, trompé qu'il était par sa paresse et par son orgueil qui lui ont fait prendre le matin pour le midi.

Comment a fini cette Rome qui enchaînait toujours, et qui attelait à ses chariots les princes et les guerriers qui refusaient de ployer sous le fer et le feu de ses batailles? Que sont devenus ces hommes qui se faisaient appeler des dieux? ces règnes où l'homme avait la satanique hardiesse de se substituer au règne de la loi?— ^ Ces grandes ruines ne sont que des images. Les crimes et la folie des juifs sont rentrés chez les chrétiens; la fierté et le despotisme de Rome et de ses empereurs, son idolâtrie et ses vices sont rentrés sous d'autres formes; la tiare et la croix ont scellé au-dessus des sept collines, pour être lu de tout l'univers, ce titre plus grand que le monde : la ville Éternelle! La tiare a souillé la croix, et la croix n'a plus été,

liéïasî pour le plus graiid nombre^ qu'un mât souverain élevé pour l'abaissement des peuples dans le gigantesque et apostasiaque vaisseau du despotisme! La vieille Rome n'est pas morte; il faut que la reine des gentils, ainsi que la déicide reine des liébreuK soient jugées vivantes! . . .

Le genre humain n'est point hors de page, comme Tont pré* tendu tant de faux prophètes; non, la page de chaque siècle n'est que tournée, les nations doivent être émancipées : le Fils de Jéhovah a payé de son sang et de sa vie cette émancipation* Si les tuteurs existent encore, c'est parce que les générations ont abusé de leur force et de leur âge. La sainte liberté du Fils de Dieu n'a eu qu'un commencement de prédication; les tuteurs par succession se sont concertés criminellement ensem* ble, ils ont dit : « Ne donnons pas davantage, ne lâchons pas " les lisières, n'éveillons pas le jugement, ne parlons pas au " cœur ni à l'oreille ouverte de la pensée; laissons marcher ces " pupilles, amusons-les ; le jeu et la fatigue du jeu les engour- » diront, nous serons plus longtemps leurs maîtres. Et qui sait! " les temps se passeront peut-être ainsi sans que jamais ils s'ar* " rêtent à réfléchir qu'ils ont des droits d'honneur et de gloire, " une hérédité qui ne relève que des cieux. >*

Et c'est ainsi que ces tuteurs infâmes pour mieux se couvrir et se cacher ont pris des noms et des masques quHls ont appelles divins et représentation de Dieu! Depuis David jusqu'à nos jours, le travestissement et l'entente ont réussi; mais voici qu'une aurore nouvelle se dessine; son jour qui plane sur le mont Calvaire a oublié Rome en passant. Elle a passé aussi inaperçue sur les trônes et sur les maisons à diadème; mais l'ange qui salua le dernier le majorât des nations descendant de l'arbre sanglant de la croix, et qui marche le premier à la tête de l'auguste et mystérieux cortège de cette aurore divine, a crié dans les airs et dans les plus étroites rues des cités ï La vocation des peuples commence! . . .

Voici venir la Justice, le Rémunérateur, l'unique Droit, l'Incorruptible. Hâte- toi, société de maîtres et de despotes' hâte-toi de jouir de tes infidélités, de tes usurpations, de ton despotisme : ton heure est fixée! il te faudra subir un jugement terrible; il faudra que ton front se courbe de toute la hauteur de l'injustice avec laquelle ton orgueil t'a élevée. La liberté doit avoir son triomphe; la religion de Jésus-Christ ne vous a jamais dit autre chose : elle vous a montré dans les peuples et dans les écrits de ses prophètes, que le temps de l'humiliation devait reparaître sur son front malgré tout ce qui aura été permis et fait pour le déprimer. Tout ordre qui ne sera pas établi sur les règles et la base de l'esprit de sage et divine liberté ne pourra maintenir aucune régularité; rien dans vos tentatives ne réussira, parce que vos résistances aux volontés de Jésus- Christ empêchent toute solidité pour vos propres établissements. Vous avez vouki asservir son droit et sa morale, faire triompher la personnelle entente de vos idées, eh bien! ce sera par l'anarchie même des idées que vous serez combattus et réduits à servir vos vainqueurs. Yous avez mis votre espérance dans l'or et les richesses, et pour amasser ces moyens de sécurité, vous avez été sans pitié et sans entrailles; votre or et vos richesses formeront la raison de vos supplices î

Et toi, maison de Dieu, malheureuse qui es née sur la paille, et qui portes sur ton sein, écrit en caractères ineffaçables : — Nul ne sera enfant ou teèiie de Jésus-Christ, s'il n'est pauvre par esprit de justice et de vérité! nul

NE SERA SAUVÉ Qu'iL NE SOIT NÉ COMME JÉSUS-ChRIST DANS LA MAISON d'abnégation ET DE VÉRITABLE CHARITÉ î - eh bien !

en te montrant aux enfants que ton sein allaitait, tu n'as pas rougi d'envier la pourpre, de t'en rendre propriétaire, de ne plus porter d'autre vêtement! Ah! tu oubliais bien facilement qu'à l'époque du retour du Roi de la crèche, la pourpre qui est l'insigne de la puissance du monde ne sera plus alors que

la couche distiiictive de ceux qui en ont fait insensément le principal sujet de leur malheur! J'ai entendu ceux que tu as nommés princes et grands, ô maison de Dieu! ils ont dit et ils disent encore : La yieille Eueope se meuet; ses dernières SECOUSSES SONT LES DERNIERS EFFORTS DE SON AGONIE ! Ils

se réjouissent presque de sa mort.

Mais quelle est donc l'Europe nouvelle dont ils pressentent la naissance? Hélas! je le sais, la maison de Dieu s'est crue Dieu, et ceux qui l'habitent, des dieux. Alors cette Europe nouvelle qu'ils attendent, ils ont la folie de croire qu'elle sera l'ouvrage de leurs mains! — Kon, non, ce n'est pas seulement l'Europe qui doit périr, c'est le monde entier, c'est-à-dire les vieilles lois, la vieille constitution des sociétés. Un ordre nouveau est indispensable à une ère nouvelle; les temps de l'abaissement étant passés, les lois qui les servaient sont usées comme eux. — Au temps du relèvement et de la glorification, c'est Celui qui relève et qui seul peut glorifier par sa glorification qui sait quelles lois et quelle constitution conviennent à ce temps qui lui appartient.

Pour vous, hélas! qui avez usurpé l'anticipation de cette gloire, qui vous êtes soustraits à cette noble et expiatoire abnégation, à cette charité qui vous montrait tout homme, non un esclave, non une victime, non une chose, non un sujet, mais un frère, vous êtes arrivés à la fin de vos jouissances; vous êtes enfermés entre les murailles les plus épaisses que connaisse la sagesse morale : ces deux murailles se nomment l'impossibilité du passé et l'impossibilité de l'avenir. Vous mourrez de déception, car vous comptez que le bien renaîtra du mal qui vous déborde; vous êtes habitués à ne vivre que des conseils de votre orgueil et des rêves de votre égoïsmè. Non, non , il n'en sera pas ainsi : la nature morale dérangée à sa source ne peut plus marcher correctement.

Aliî mes Enfants, aliî chers Ninivites, redoublez de pîtië et de sollicitude; écoutez ces solennelles paroles: iSTon, non, quiconque n'est pas chrétien, en esprit et en vérité, ne peut voir à l'horizon les terribles et prophétiques signes qui s'y dessinent! Non, si nous ne remontons pas à la première lettre de l'Évaugile pour en tirer l'esprit et nous en nourrir, nous ne pouvons conserver aucune espérance de salut ni même de pitié pour les malheureux qui ont profané cet esprit pour se couvrir de la lettre qui le renferme, en imposant à leurs frères le goût et l'asservissement de leurs passions, en humiliant les enfants de Dieu par un assujétissement indigne de leur titre, et en profanant la lumière qui les devait conduire, de telle sorte que malgré le vif et salutaire éclat de cette lumière, ils sont entrés dans des ténèbres plus effrayantes et plus dangereuses que celles qui enveloppaient le monde avant la venue du Rédempteur et du Sauveur. Hélas! ce que je dis est effrayant; je m'effraie moi-même lorsque j'y pense!

Mais où sont ces trois grandes lois de l'univers, loi divine, loi morale, loi politique? La loi divine, unité de Dieu en trois personnes; la loi morale 5 abnégation, charité; la loi politique, liberté, égalité, fraternité? Ne vous semble-t-il pas, chers bienaimés, en lisant ces paroles n'être encore, malgré le temps que nous avons parcouru, qu'à cette période de l'Évangile qui est le chapitre des malédictions? Ces disciples, ces pontifes, ces prêtres ne semblent-ils pas vraiment ne s'être instruits que de cette sentence, non pour éviter le jugement qu'elle renferme, mais pour pratiquer impieusement ce qu'elle condamne, ce qu'elle défend?

Malheur à vous qui chargez vos frères, vos semblables de fardeaux qu'ils n'ont pas la force de porter! malheur à vous qui traitez vos frères comme vous craindriez d'être traités vous-mêmes! malheur à vous qui avez peur de toucher du doirrt à la somme que vous faites porter à ceux qui sont corn-

me vous les enfants de Dieu» Vous n'avez vu en vos frères que des corps, et vous aviez reçu la mission de Jésus-Christ pour mieux comprendre et mieux aider à leur esprit et à leur intelligence; vous avez reçu du Fils de Dieu la loi de liberté produite de son amour, et vous avez agi comme si cette loi avait été réellement crucifiée avec lui sur le Calvaire. Eh bien! malheur à vous ! votre vie sera payée de son hypocrisie et de ses mensonges; cette liberté descendra pour vous de ce Calvaire où vous seuls Pavez sacrilégement crucifiée après que Jésus en fut descendu. Elle en descendra pour remettre aux nations un testament nouveau que l'amour divin a écrit en leur faveur; et elle dira à tous les peuples assemblés que c'est vous seuls qui avez osé être les entraves de ces miséricordieuses et émancipatrices clauses I Vous êtes à votre dernier jour; votre entente nouvelle, vos cris de triomphe à cette heure de ténèbres qui couvrent l'univers annoncent plus que jamais que le jour de la réhabilitation va paraître. Vous vous étayez de cette vanité de l'enfer; la résistance des passions est une barrière puissante que la justice de Dieu peut seule franchir, et Dieu étant éternel laisse passer beaucoup de temps avant de laisser éclater les rigueurs de sa justice!

Écoutez, écoutez, enfants de l'Eglise du Seigneur, criez et jetez ces paroles à tous les échos de la France; la justice de Dieu a parlé, le Tout -Puissant s'est levé dans le Thréasthaël, sa voix a ébranlé l'ancien et le nouveau Carmel !

=== " Tu n'iras pas plus loin, ville des rois et des prophètes I Jérusalem, Jérusalem, tu vas être frappée; il ne restera de toi pierre sur pierre qui ne soit renversée. Villes et cités, trônes et autels, je vous ai renouvelé sans cesse ces prophétiques menaces; je vous ai envoyé sans épargne apôtres et prophètes, voyants et prédicants; j'ai inspiré prêtres et peuples; j'ai tenu mes promesses en tout et partout. Les jeunes enfants et les vieillards ont dit leurs songes et leurs visions;

'♦ les augures et les anciens oracles ont été forcés de vous aver- " tir; le fidèle et l'infidèle ont reçu les arômes lumineux qui " devaient éclairer pour faire reprendre la voie à ceux qui s'en » sont écartés, et pour y faire entrer ceux qui n'y étaient pas " encore entrés. J'ai ouvert des ruisseaux de tous les côtés de » la montagne, mais leurs eaux ont été dédaignées. Vous avez " voulu boire le vin de l'allégresse, et vous saviez que ce vin ^ ne devait être bu qu'à mon retour, que vous ne pouviez le " boire seuls, qu'il fallait que je vinsse pour mettre fin aupar- " avant à toutes les douleurs et à toutes les larmes.

" Je vous ai envoyé Élie; vous avez dû le reconnaître, car " c'était lui seul qui des jours sacrés et glorieux devait vous " dire la gloire et la venue; c'était lui qui devait souffler sur » toutes les ombres et vous mettre le doigt sur la somme des " mystères; c'était lui dans la voix duquel vous deviez recon- '» naître l'héritier et le centre éclairé des prophéties et des pro- " phètes; c'était lui qui, entendu de vous, vous eût frappé « comme du sceptre intelligent que portait Isaïe; ses prières » et ses larmes vous auraient convaincus que l'âme de Jérémie « était dans son âme; vous auriez vu le nom d'Ezéchiel sur " son front, et vous auriez trouvé la voix de Daniel dans la » première écorce de son cœur. Le souffle du Ciel en passant »» sur sa tête vous aurait montré dans ses yeux l'intelligence " qui lui a été donnée de toutes les trames et de toutes les ini- » quités du sanctuaire et de la terre. Il vous aurait arrachés " aux parois dégradantes de votre tombe en vous reportant de " votre dernier âge à l'âge des premiers cieux, à l'enfance des H temps; il eût fait tomber les plis humiliants de votre front, " et sous cette vieille toile ouvrage des araignées qu'enfantent " vos passions, il vous eût fait voir dans la flamme de l'amour " vos signes angéliques et archangéliques. Avant la Genèse, « il vous eût montré le nom, la vie, l'honneur et le crime n d'Adam; en vous touchant au cœur vous auriez vu, vous

'» auriez compris que c'est celui-là qui a son nom écrit en Jet- >» très d'or et de feu au livre de la vie. — Son nom des temps » est Élie; son nom d'esprit est labeur; son nom social est " consolation; et ces noms sont dans ce seul nom Pierre du " Seigneur; et ce nom n'est que la première lettre du nom » de la mission qu'il a reçue pour conduire au règne de Dieu » les sept mondes des esprits.

» Hommes altiers et ennemis de vos frères, il vous eût re- " levés de cette fosse égoïste dans laquelle vous vous êtes en- " foncés croyant n'y rester que le temps de consulter ses ondes; " mais n'ayant pas prévu la quantité de vase qui fait son fond , " il vous a été impossible de vous en tirer seuls; il vous eût " montré comment on est père, frère et ami, comment on ai- " me les deux patries sans intervertir les droits de chacune et » sans abaisser l'une à la bonté de l'autre. Yous n'avez pas » voulu, hélas! vous ne voulez pas de voix qui vous trouble; " vous ne voulez pas de voix qui vous sauve.

>» Quand quelques têtes couronnées se courbent devant vous " pour mieux vous courber vous-mêmes entièrement à leurs " pactes plus ou moins barbares, vous dites : « Il est donc vrai " que nous sommes toujours et que le Ciel est pour nous -• ! — - " Quand les princes et les grands de la terre vous invitent à «bénir les trophées de leur despotisme, et à vous lier à leur " funeste solidarité, vous dites : - Nous sommes seuls princes, " seuls grands, car les princes et les grands viennent à nous " î » Hélas! vous ne savez pas qu'alors vous êtes toujours moins, » et même que vous cessez d'être. Vous croyez ceux qui se " prosternent devant vous, et vous vous engouez dans l'ivresse " de votre orgueil!

» Malheureux! vous ne voyez pas ce que vous aurait fait " voir Élie : il vous aurait fait remarquer qu'il y a toujours »> deux cortèges qui accompagnent ces hommes à grands pou- » voirs, ces colosses de juridiction : Tun se compose de leurs

" admirateurs intéressés, de leurs courtisans, de leurs complî- " ces, de leurs séides, celui-là est brillant et doré; l'autre est " le plus nombreux, ce sont leurs victimes, leurs martyrs. *» Ces derniers viennent vous dire : Attendez pour vous ré- « jouir, pour baiser, pour bénir ces hommes à épée et à diadè- <« me; sachez qu'ils nous ont donné la mort pour mère et pour " nourrice; sachez que nos os et notre sang errent et arrose " toutes les routes qu'ils ont parcourues pour venir à vous! " Yous voyez, ils vous regardent comme plus coupables qu'eux " puisqu'ils viennent vous solliciter de bénir et de célébrer " leurs crimes : • Christ, tu nous entends et tu nous vois! prê- « très du Christ, regardez-nous, entendez-nous-!

" Si vous eussiez reçu Élie, vous eussiez vu et entendu; " vous l'avez repoussé, vous ne voyez pas, vous n'entendez " pas la voix des martyrs et du sang, dès-lors vous êtes jugés! »' Vous n'irez pas plus loin, car j'ai défendu à Élie de prendre " votre défense; vous n'irez pas plus loin, parce que vous êtes " armés contre votre défenseur et votre ami; vous n'irez pas » plus loin, parce que votre cruauté a tué votre unique conso- " lation. — Malheur à vous! dès aujourd'hui mon Carmel vous " est fermé; la famille que j'y ai cachée, je la veux entière- " ment détachée de vous. Je lui ferai connaître tous vos cri- " mes, toutes vos injustices, tous vos sacrilèges. Elle seule se- " ra, ainsi que ceux qu'elle adoptera, ma famille pontificale. " Je la ferai vous mépriser, vous oublier; et si par une de ces » ruses dont je sais capable sa générosité, elle vous donnait »• entrée dans mon sanctuaire, j'envelopperais alors le cœur »• d'Élie, et animant subitement son esprit, vous le verriez sur " le seuil de mon Thréasthaël vous crier avec une voix forte " comme le tonnerre :

== - Tueurs de l'œuvre de Dieu, arrière! l'Esprit de " Dieu ne vous connaît pas!!!... "

Ma Fille bien-aimée, qu'ai-je donc pu écrire depuis que je me suis placé pour vous dire seulement quelques-unes de ces paroles que l'affection du père, du frère et de l'ami aime à foire entendre à ceux qui lui sont unis par la prière, l'espérance et la foi. La chute du jour me dit seule le temps que j'ai mis à faire cette lettre qui, fille des heures, ressemble presqu'à un livre. Que le bon Dieu prépare vos pauvres yeux comme je sais qu'il prépare votre cœur! Depuis longtemps j'attendais à vous adresser quelques lignes : Dieu a-t-il été généreux, ou bien n'a-t-il changé les lignes en pages que pour ajouter à votre pénitence? Alors je m'en prendrais à moi, car je ne voudrais jamais ajouter à la croix d'autrui, et surtout à celle des miens! Qu'il en soit ce qu'il plaira à Dieu! Sans compter et sans raisonner, pardonnez-moi et priez toujours pour moi; je dirai même ; aimez-moi et bénissez-moi, comme j'aime à vous aimer et à vous bénir, au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. Amen.

PlEREE DU SEiaNEUR t

Stheathanaël

Jll

Du Carmel, le 6 octobre 1852.

Londres.

J. M. J. QUIS UT DEUS

Frère et fils bien-aimé.

Mon Père, car vous l'êtes toujours pour mon respect, pour ma vénération et pour la chrétienne édification que j'ai toujours reçue de vous, il y a longtemps que mon âme désire vous trouver au milieu de cette famille toute pontificale, comme celle qui m'entoure. J'ai volé souvent vers vous comme vers une région sainte et heureuse dans laquelle on trouve la science de la piété, de la justice, de la dignité, de la mansuétude, de l'adoration, de l'humilité, de la gloire vraie et du parfait honneur. Aimé, bien-aimé, j'ai toujours vos traits présents, la noble candeur qui s'étend sur votre front, comme sur une jeune tête de ce monde nouveau qui va s'ouvrir et qui est déjà ouvert pour notre vie spirituelle. Ah! je n'ai rien perdu de cette attentive remarque dont Dieu m'a tant de fois gratifié en me permettant de lire au feu de vos regards la vie large, puissante et intelligente de votre cœur. J'aime à rassembler souvent ces éléments créateurs que l'Eternel met avec tant de bonté à la portée de notre reconnaissance. J'aime à m'en servir et à compléter ce tout qui constitue, malgré toutes les distances et toute la malice des hommes, la vie et la réalité d'un élu avec lequel l'esprit et le cœur peuvent mutuellement s'entretenir et s'édifier.

J'ai apprécié toutes les tracasseries, toutes les méchancetés que n'ont cessé de vous susciter, à cause de Dieu et de sa vérité, les hypocrites délégués de Sathan. Pardon, mon Ami, je n'ai peut-être pas été aussi homme qvie j'aurais dû l'être, j'ai

presque souri, j'ai presque été joyeux de ces lâchetés nouvelles par lesquelles je me prenais à vous regarder comme infiniment grandi et comme triplement élevé en spiritualité , en face même de ces faux géants qui ne croient à leur grandeur, qu'à mesure que leur âme basse et vénale descend de crime en crime, de sacrilège en sacrilège et d'infamie en infamie. Oh ! vous me pardonnerez de m'être plu à vous considérer sous votre faix de victime, comme un juste héros, un roi irritant de sa majesté et de sa dignité des histrions qui ne passent leur vie qu'à singer la grandeur, et qui épuisent les coups de leur vanité et la sueur de leur orgueil à jouer des scènes célestes sans qu'il leur soit possible de dissimuler, aux regards qui les fixent, leur cœur et leur âme de démon. J'étais fier, mon Ami , et ma fierté me paraissait d'autant plus juste que mon admiration vous fixait en fils et que mon respect vous nommait mon père. J'aurais presque craint que vos bourreaux s'arrêtassent, tant il est vrai que ceux qu'on aime bien avarisent notre cœur et ne lui permettent plus de dire Assez à la sainte élévation qu'il admire. Oh! je m'en suis accusé devant Dieu, mais je ne sais pourquoi je le faisais plutôt comme une louange que comme un acte de repentir. Je vous trouvais si grand, si élevé sous ce dépouillement consommé avec la brutalité des plus communs larrons! je disais : Encore, encore, qu'il ne lui reste rien qui fasse similitude avec ces dehors qu'ils ont souillés, prostitués, profanés! Encore, encore, soyez conséquents jusqu'à la fin; de l'ordre dans votre infernal désordre! défendez-lui de porter aucun des insignes de votre méprisable et éternellement dégoûtante apostasie. Courage! courage! Sathan, il ne doit v avoir rien de commun entre le Prêtre de Dieu et tes méprisables prêtres. Courage! enfer, épuise toute ta colère et toute ton indignation contre ce cœur qui te repousse et s'élève contre ton engeance avec toute la suprême autorité d'un saint anathème. Allons! démons, signez ces passe-ports qui attestent ad

Ciel et à la terre que cette âme et ce cœur sont trop purs pour être plus longtemps tentés par votre calice. Jésus, le frère aîné de cette victime, fut aussi dépouillé par vous, et vous hurlâtes en le dépouillant, qu'il n'était pas digne de s'allier à vos turpitudes, à vos scélératesses, à vos profanations, à vos hypocrisies et à vos sacrilèges. Vous lui ôtâtes jusqu'à sa tunique sans couture, parce que le tissu qui la composait avait poussé dans le champ de vos impuretés, et qu'alors nul contact impur n'était permis à cet homme.

Oh! il vous arrive d'avoir parfois une vaste logique au plus fort même de votre démence! Mystères de ténèbres, vous êtes contraints de céder, malgré votre force, aux rayons de lumière que la Justice divine fait parvenir à ses enfants! Stupides geôliers, vous vous hâtez de déshabiller une ombre, tant vous avez l'horrible manie d'aimer avoir nus des prisonniers! Bourreaux insensés, vous tombez avec fureur sur des étoiles que vous prenez pour des pygmées, et dont l'éclat vous blesse bientôt comme les éclats brûlants de ces fiers météores qui rasent en passant dans des périodes non assignées le dôme stellaire qui vous sépare de Dieu. Rois de théâtre, votre habitude de mentir s'est formée en serpent dans vos entrailles, et chaque fois que vous vous sentez siffles par un véritable roi vous tombez dans des convulsions qui tuent votre sérieux, vous blessent et vous déchirent. Yalets de la grande apostasie, votre livrée vous brûle chaque fois que se dresse devant vous un des humbles fils de la Vérité. Gnomes souterrains, vous sentez qu'il faut s'évanouir devant la franche clarté qui s'échappe du cœur loyal et intelligent des envoyés du jour de Dieu. Profanateurs, vous tremblez quand on vous parle de ce jour; votre foi se réveille pour augmenter seulement votre peur, et vous croj^ez alors qu'étant plus cruels, vous éteindrez cette voix qui en disant le jour de Dieu, prononce comme une sentence divine votre dernier jour. Prêtres de Mammon, vous vous hâtez de

dévorer les victimes qui s'offrent à Dieu, de crainte que ne le faisant pas, votre dieu dévorant ne vous dévore! Oh! comme votre rage s'anime au fond du vide de votre cœur quand vous voyez cette paix, ce calme, cette sécurité qui remplissent le cœur de ceux qui n'ont point voulu sacrifier à la bête. Orgueil , comme tu es puni par l'attitude humble et respectueuse de ces fidèles qui surmontent toutes leurs justes répugnances en ne foudroyant pas, de la suprême autorité qu'ils ont conservée et grandie, les esclaves qui n'ont d'autres arguments à faire entendre que le nom insolent et sacrilège de leurs foudres.

O mon Père, ne pleurez pas! l'œil de vos enfants est trop fier de la dignité qui brille aujourd'hui plus que jamais dans les vôtres. Mon Frère, relevez votre tête, jamais le diadème de l'honneur n'y brilla si bien. Ami, ne te détourne pas, nous avons trop de bonheur de ce dépouillement qui nous révèle ta gloire. Prêtre, entonne un laudate solennel : les apostats avouent que tu n'es pas leur frère, et ces profanateurs, qu'ils ne te connaissent pas. Ils ont servi Dieu comme Sathan est astreint à le servir malgré ses blasphèmes. Ils t'ont dépouillé de Bélial, du vieil homme, et ils ont dit dans leur rage : Qu'il soit remarqué et insulté par nous, comme l'homme céleste, comme l'homme nouveau. Lève tes mains, que nous qui te connaissons et les connaissons, recevions la première bénédiction de ton aifranchissement , de ta liberté. Ils t'ont arraché le deuil de leur simonie, de leurs forfaits, de leurs abominations; ils t'ont défendu leur livrée, non parce qu'ils le voulaient, mais parce que Dieu t'a grandi et fait vouloir ce qui était de ton droit comme son ministre, et comme justice à l'appel qu'il t'a fait en te sacrant son défenseur. Oui, bénis-nous, non martyr mais athlète, non vaincu mais vainqueur, non jugé mais juge, non condamné mais condamnation, non flétri mais anathème des flétrisseurs, non interdit mais foudre terrifiante qui as fait pâlir les prétendus pouvoirs des félons interdicteurs. Bénis-

îioiis au milieu de ce Carmel où. le Ciela marqué ta place, dn milieu de ce sanctuaire où tous, depuis l'enfant jusqu'au vieillard, ont le droit de lever la main pour absoudre et pour bénir. Bénis-nous du Sina de cette famille sacerdotale dont tu es le prophète, le pontife et le patriarche. Bénis-nous sous les premiers éclats de ta nouvelle couronne; nous sommes tes fils, tes frères; et moi que le Ciel, pour mieux t'admirer et te mieux aimer encore, a fait ton fils, j'étends mes bras, ma poitrine et mon cœur, et je dis à Dieu, à Marie, à la poussière des temps, à l'âme toujours vivante de ton père et de ta mère, à l'Épouse de la croix, à la Reine du Calvaire, à l'Église catholique qui règne sur les siècles, et qui n'a point pour bornes les sept buttes ROMAINES : Pour votre amour et pour votre gloire, je salue, je vénère et je bénis aujourd'hui plus solennellement que jamais, le Pontife de Science, le libre du Carmel, l'afFranchi de la grande apostasie, le vieillard du Thréasthaël, comme je bénis, dans les mêmes admirations, les Pontifes d'Ordre, de Sagesse et d'Adoration, d'Honneur, de Justice, de Dignité, de Mansuétude, de Gloire, de Piété et de Témoignage. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Pierre du Seigneur t Sthrathanaël Jll

Du Carmel, le 11 août 1852.

Londres.

J. M. .T. QUIS UT DEUSÎ

Chère victime, prêtée du Dieu yivant,

Mon âme est fière d'aller à vous : les disciples de Jésus- Christ ne se trouvent guère dans les palais, et plus rarement encore sur des trônes; mais quand on se rappelle les paroles divines du Prêtre éternel, il est rare qu'on se trompe en cherchant dans les sujets du malheur, dans les poursuivis par la haine, dans les cachots, dans les prisons, quelques-uns de ces véritables imitateurs du grand Roi du Calvaire. Pour moi, digne Ami, la route de la persécution n'est nullement étrangère : je suis fait aux routes entretenues par la haine et le despotisme; mais je l'avoue, je m'étonne toujours de plus en plus du bonheur que trouvent dans leurs colères et dans leurs fureurs , ceux qui ne s'attaquent pour les justifier qu'à des hommes de paix et de foi. Ouvrez-moi sans crainte la porte de votre cachot, noble héritier des apôtres et des martjn's, ouvrez-moi le sanctuaire de vos méditations et de vos larmes, cet oratoire où votre bon cœur se modelant sur celui du divin Maître prie avec lui pour vos bourreaux. Pieux reclu, mon front se courbe, et ma main s'étend avec respect pour chercher la vôtre. Mes yeux s'arrêtent avec une muette admiration devant cette auréole de paix qui vous environne. Je crains presque d'interrompre ce silence mystérieux qui habite l'intérieur de votre demeure : dans ce calme sacré la Divinité doit se plaire à recueillir, elle seule, tous les trésors de ferveur, de prière et d'adoration que répandent voire âme et votre cœur. Dans ce se-

jour de crime qu'une fois enfin habite l'innocence ^ oli! bënissez-moi, mon Ami, mon Fils et mon Frère, bénissez-moi comme sait bénir la bonté épurée et instruite aux hautes écoles du sacrifice. Vous m'ouvrez vos bras; vous me permettez de rester quelques instants avec vous dans ce cabinet d'étude où se plaît à vous perfectionner la divine Sagesse. O mon Dieu! prenez vous-même la direction de mon cœur, soyez vous-même en moi l'énoncé des paroles de consolation, de justification dont je sens mon âme remplie pour tout ce qui souffre de l'injustice et de la cruauté des hommes.

Comme je vous admire, mon Ami, comme je vous trouve digne de votre caractère et de votre sacerdoce, dans cette cellule que vos ennemis nomment si fièrement leur redoute! Ah! s'ils vous voyaient, s'il leur était permis de lire sur ce front où la pureté forme un contraste si différent avec les leurs, s'ils pouvaient lire comme les anges de Dieu, la vertu de 'Jésus- Christ si candidement répandue sur vos traits! Mais que dis-je? c'est cette différence avec eux qui a fait leur colère et qui a motivé leur inqualifiable cruauté! Douce Victime, votre douceur s'est élevée contre eux : vous ne pouvez croire ce qu'il y a d'accablant pour eux dans cette vertu pratiquée si constamment par vous. Vous vous êtes entendu avec la Divinité qui ne leur parle plus depuis longtemps; vous avez voulu vous rapprocher de ce don de prophétie dont, ajuste titre, ces trèsgrands ont peur. Vous vous êtes dit sous l'éclat du rayon divin : Je suis prêtre du Dieu vivant, héritier de la foi, collaborateur de ces hommes qui quittèrent tout pour Jésus-Christ; je suis donc à Jésus-Christ, rien qu'à Jésus-Christ, revêtu du sacerdoce de Jésus-Christ, mais non prêtre d'un homme qui veut être prince, non revêtu du sacerdoce d'un homme qui n'a rien de commun avec les apôtres, qui ne sait point Jésus crucifié, mais dont toutes les connaissances s'appliquent à ce qu'est venu détruire Jésus crucifié.

Dès-îors vous avez cru de votre devoir de parler en apôtre i vous avez osé répondre que la prophétie était encore dans TÉglise; vous n'avez pas craint d'avancer que le Ciel regardait noir du côté du temple; vous avez dit que les princes de l'église avaient oublié que le Conférateur du sacerdoce de salut n'a* vait jamais parlé de prince comme faisant partie de son égalitaire institution, mais qu'au contraire ce nom de prince avait été par lui donné à Sathan, qu'il lui avait servi pour désigner son ennemi, pour exprimer un anatlième; vous avez été jusqu'à croire que Jésus-Christ était vivant dans la divine Eucharistie, vous l'avez annoncé, vous l'avez soutenu» Ah! cruel, vous ne saviez donc pas que vous prononciez par ces affirmations votre sentence et votre retranchement de ce corps qui ne croit plu3 depuis longtemps à de tels enfantillages. Vous croyez à la prophétie; mais vous ne vous doutez pas de tout ce qu'il y a de terrible dans une telle croyance : si malheureusement il allait être vrai que la prophétie existât encore, s'il allait y avoir encore des Isaïe, des Jérémie, des Ézéchiel, si tout cela n'allait pas être un mythe ou bien un passé bien passé, mais alors où serait la garantie de ces passions si bien enveloppées, si magnifiquement travesties, si bien prises pour des vertus et de trèshautes vertus même? Allons I il n'y a pas plus de prophéties qu'il n'y a de possibilité au pain consacré de révéler la vie de Jésus-Christ, comme chair et comme sang î le grand Clausel de Montai sait à quoi s'en tenir sur cette raison. Il n'y a pas de prophètes sans doute se répètent les consciences qui craignent qu'il y en ait; mais pourtant trois prêtres de mon diocèse, trois hommes qui ont fait leurs preuves de zèle et de dévoûment à cette cause qui nous a mis une couronne sur la tête et un sceptre dans la main, la foi de ces hommes est connue, leur piété est incontestable, ils croient, ils peuvent faire croire> ils peuvent être crus; haro, haro, haro! Oui, mon Ami, c'était un crime et un grand crime. Vous ne savez pas toute la préoc-

cupation à laquelle vous avez forcé cet homme qui appelle porter le poids de sa houlette les quelques minutes où il soutient équilibrement, sur les dalles tapissées du temple, cette crosse d'or si somptueuse qui le fait roi au milieu du sanctuaire , dieu en face du tabernacle; vous ne savez pas qu'il a compris que vos rapports étaient désormais impossibles.

Ne craignez rien! il n'aurait pas voulu se présenter même en juge, si vous eussiez voulu aller à son tribunal vous soumettre à une apostasie ou à une abjuration de la vérité qui vous avait élevé si au-dessus de lui. Non, ses traits ne pouvaient se trouver en face des vôtres. Qui sait! si par malheur vous aviez vu ce qu'ils cachaient, si ce don de voyance eût été en vous! mais vous en saviez déjà assez par des actes où la loi surnaturelle n'est pas nécessaire pour former un parfait jugement. D'ailleurs votre foi seule présageait déjà par elle-même le plus grave danger : car tout en faisant bon compte de cette divine vertu, il savait bien que ceux qui ont la véritable foi ont le désir et la volonté des œuvres avec elle : trois hommes de foi dans un diocèse, mais c'est un fléau! Trois hommes de foi, trois prêtres selon la foi pouvaient se dire à eux-mêmes et à leur conscience ce que disait aussi à un évêque la sœur Euphémine de Port-Royal : == « Quand les évêques n'ont plus " l'esprit de la foi, quand ils sont au-dessous de leur caractère, " c'est aux prêtres à défendre la foi et à s'élever au-dessus de " mesquines considérations. » Ce qui équivaut aux paroles textuelles de cette sœur de Pascal : = « Quand les évêques ont " des courages de filles, il convient que les filles aient des cou- " rages d'évêques. « — Pauvre chère victime, vous ne vous croyiez pas si criminel.

Maintenant, noble Ami, ne vous étonnez plus du concert impie où les calomnies, les assimilations les plus honteuses et les plus iniques, les insinuations les plus dégoûtantes, les qualifications les plus infamantes ont vibré contre vous : il fallait

éteindre la lumière que pouvait répandre votre foi. Vous étiez trois juges dont le silence même ne laissait pas de troubler le sommeil des prévaricateurs, des hypocrites mercenaires. Vous vous êtes demandé peut-être bien des fois : Mais pourquoi ces tribunaux qui ne sont appelés à connaître que des dépravations sociales, des crimes commis envers la société, pourquoi m'ontils donc traîné à leur barre comme un criminel, comme un malfaiteur? Vous demandez pourquoi? mais, cher Bien-aimé, c'est que ces hommes qui principalisent la maison de Jésus-Christ veulent vivre en paix, et que pour arriver à cette fin, ils se sont liés à un autre sacerdoce qu'ils saluent pour en être salués, qu'ils soutiennent pour en être soutenus, qu'ils bénissent pour en être bénis, qu'ils menacent "pour en être servis, qu'ils ont atteint et frappé assez de fois pour en être craints. Ils en connaissent toutes les erreurs, tous les vices mêmes, mais c'est à cause de cela que leur union est plus durable, et que leur entente est défendue : c'est leur grande fontaine ablutive. Quand leurs mains ont trempé là, ils les lèvent en l'air et s'écrient : — " La justice a parlé; nos victimes sont reconnues coupables, " et nous par conséquent nous sommes innocents. •• Ils se disent romains pour perpétuer l'emploi de certains empereurs qui ne se contentaient pas de la mort de leurs victimes, attendu qu'ils savouraient encore de plus doux plaisirs dans la profanation de leurs cadavres.

Courage! saint Ami, courage! ceux sur lesquels ils se ruent sont à Dieu, et ce n'est qu'à cause de cela qu'ils les poursuivent et qu'ils mettent toute leur rage à les atteindre. Ce qui étonne, ce qui effraie, c'est le cynisme de tous ces prêtres qui épousent leurs cruautés et leurs infamies; c'est de voir que le caractère apostolique est entièrement effacé de toutes ces consciences et de tous ces cœurs. Ah grand Dieu! le prêtre parjure, le prêtre prévaricateur est un bien affreux spectacle! Sathan, pour les perdre, pour se les attacher, a dû entrer dans leur poitrine

Itîl jour de leurs grands sacrilèges et, s'attaquant à leur mal-* îieureux cœur, il n'a pas quitté qu'il n'en ait dévoré jusqu'à la dernière fibre* Ali! mon Ami bien-aimé, votre situation est si élevée en face de la conscience atrophiée de ces ni cheétiens NI HOMMES, qu'en vérité on hésite à remarquer votre abandon , presque même à vous plaindre de l'état dans lequel leur passion et leur barbarie vous ont placé*

Mais ceux qui osent approuver ces tyrans sacrilèges, ces apparences de prêtres qui occupent leurs instants à attiser le feu dans lequel des hommes, prétendus de Dieu, ont ainsi abominablement jeté leurs frères, peut^on, est^il possible de leur assigner une autre vie qu'une vie surabondamment infernale? Oh! soyez en persuadé, ces êtres-là ne croient pas en Dieu, ils ne le connaissent pas, ils n'en veulent pas.

Ecoutez-moi, mon Ami^ votre charité doit tout connaître : Les évêques qui marchent de concert avec votre évêque ne sont rien, s'ils partagent ses injustices, son orgueil, son despotisme; et je veux même être plus explicite : ces prétendus évêques qui ont fait cette loi et qui la veulent imposer à leurs frères sont positivement des démons! Oui, l'enfer seul a pu dicter ces sacrilèges paroles : -— « Maîtres des poùvoies du Ciel, «♦ nous faisons ce que nous voulons, comme nous le voulons et »' quand nous le voulons. Quiconque s'élèvera contre cet en- *' seignement et se refusera à sa pratique sera traité par nous ** comme iuipie et rebelle, il encourra notre censure, il sera ♦• honni, flétri, lapidé et excommunié. •*

Oh! que les cœurs qui anathématisent une telle loi ont de respect à espérer de tout ce qui est juste et véritablement chrétien! Oh! que ceux qui sont frappés pour leur refus de soumission à une telle usurpation doivent être fiers d'être marqués des caractères qui révèlent leur dignité» Thonneur de leur foi et l'intelligence de leur caractère! Ces hommes qui ont trouvé tant de raisons de vous craindre vous si paisible, si dévoué,

si îiospîtaîîer; ces hommes qui ont épuisé le vocabulaire des Injures sur votre nom et sur votre conscience, comment pourraient-ils se justifier? Malgré l'habile argot dont ils s'instruisent pour donner le nom de crime au bien, et le nom de bien au crime, je les mettrais au défi de soutenir leurs raisons et leurs droits à cette lutte à jamais scandaleuse qui n'a humainement môme aucune possibilité de justification.

Que voulait donc cette troupe ameutée, ces fanatiques qui criaient dans la chaire et dans les rues : -— Ruez-vous sur vos frères, insultez-les, oiitragez-les, tuez-les! En vérité, devant de telles scènes, des hommes qui doutent de la vérité de ce christianisme tant accusé doivent se nourrir d'une souveraine indignation et d'un profond mépris pour une religion qui fournit et alimente de telles passions, et qui les fait servir par de tels prêtres.

Mais les hommes de hauts scandales ne furent pas atteints par de telles fureurs. Le cardinal de la Roche -Aymon qui vi^ vait en concubinage avec une femme qui l'avait fait père d'une multitude d'enfants; l'évêque d'Orléans qui entretenait en tiers la Guimard; l'archevêque de Toulouse Gélanti qui dépassait en incrédulité le fameux Diderot; M. Amelot évêque de Yan^ nés qui avouait, et dont la vie l'avouait bien mieux ^ qu'en impureté il avait tous les goûts possibles; tous ces prêtres, ces grands-vicaires, ces moines, ces abbés, ces princes surpris tant de fois dans les lupanars de la capitale; le fameux abbé Bourdet rival de la femme de son domestique et qui l'a tuée afin d'être le seul amant du mari; Loflfra dont le nom semble laisser aux lèvres qui le prononcent du sang corrompu, et une foule d'autres que je m'épargne de nommer, bien que je sache positivement et véritablement leurs scandales et leurs crimes; la sainte milice, (pardon mon Dieu!) celle qui se dit si sacrilégement sainte, s'est-elle jamais levée contre ces misérables, contre ces infâmes? a-t-elle fulminé contre eirx cette série d'é-

pîthètes et de malédictions qu'elle jette à la face de trois hom- «mes qui n'ont à se reprocher que de n'avoir pas ouvert plus tôt les yeux sur ces saltimbanques qui ont l'audace et l'impudeur déjouer le Fils de Dieu, le Rédempteur des hommes, le Saint des saints pour recueillir assez d'or afin d'enchaîner la terre et l'esprit humain à leur propre culte et à leur personnelle adoration? — Réjouissez-vous, Saint du Seigneur qui n'avez pas trempé vos mains dans cette piscine apostasiaque, qui n'avez voulu jurer ni haine à l'esprit de Dieu, ni amour à l'esclavage de l'humanité! Réjouissez-vous, vous qui n'êtes point persécuté à cause de vos crimes, mais à cause de votre foi, à cause de des vertus chrétiennes que vous vénérez et que vous pratiquez! Réjouissez-vous, vous qui ayant vu par le rayon divin ce que vit autrefois le prophète Ézéchiel, vous êtes arraché au pacte de cette apostasie qui a déjà fait entrer bien des fois l'abomination et la désolation dans le lieu saint! Réjouissez-vous, vous qui êtes élevé au-dessus de ces esclaves de Pythagore, et qui avez compris que le jurare in veeba magistei auquel vous deviez obéissance et soumission n'appartient pas à ceux qui nient la prophétie et la présence divine de Jésus-Christ dans l'auguste Eucharistie! Oh! réjouissez-vous, cher et saint Prisonnier : les lois qui vous tiennent enfermé ne peuvent enfermer que votre corps; mais les lois qui emprisonnent la justice, la charité et l'humanité de vos ennemis, enchaînent et leur cœur et leur âme! Réjouissez-vous! vous avez été persécuté par la grande apostasie: c'est le signe de votre élection. Réjouissez- vous! les jours où le Ciel prendra votre défense ne sont pas loin : la livrée de courtisan qui rougit sur la pâle et noire poitrine de l'antipontife de Nancy et de Toul ne lui servira pas de bouclier contre le glaive de l'ange exterminateur; la croix d'or sera cachée alors, mais^ hélas! elle ne sera jamais la croix de grâce. La pompe orgueilleuse qui se dresse devant ces insignifiants prêtres qui ne paissent plus le troupeau de Jésus-Christ, et

qui doivent, avant de se courber devant Dieu, se courber devant elle, vous la verrez tomber abandonnée par ceux qui lui ont sac.iKé leur âme et celle de leurs frères, vous la verrez, dis-je, tomber honteuse et impuissante dans la boue et dans le sang. Mais cela n'est rien; ce qui est quelque chose, c'est la p.ésence de Jésus-Christ, ce sont ces demandes qu'il adressera à ces profanateurs de sa loi, de son sang et de sa vie, comme autrefois il les fit entendre à l'homme de l'Eden.

Priez pour moi, chère bien chère et bien noble Victime. Bénissez-moi sur l'autel de votre solitude, dans votre prière de soumission, dans votre tabernacle d'immolation; bénissezmoi dès-à-présent, comme je vous bénis moi-même maintenant dans l'action de grâces de mon admiration et de l'édification que m'ont donnée et que me donnent encore votre patience, votre résignation, votre adoration, votre charité, votre pardon. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Pierre du Seigneur t Sthrathanaël

Du Carmel, le 11 septembre 1852.

.T. M. J. • QÙIS tT DEtJs!

VvHEKE FILLE BIEN-AIMEE,

Voilà plusieurs lettres que vous m'adressez et que j'ai été forcé de laisser sans réponse. Hélas! pourquoi ne puis-je satisfaire toujours aux vifs désirs qui se pressent dans mon cœur par rapport à tous les enfants bien-aimés que la tendre générosité de Dieu m'a donnés pour famille! Ali! je vous en prie, ne croyez pas que mon silence apparent soit un vrai silence. Je vous aime avec une parcelle de ce suprême amour dont Dieu nourrit le cœur de ses prophètes et de ses pontifes. Si je ne vous réponds pas par caractère écrit, mon âme et mon esprit ne vous quittent pas; je connais toutes vos peines, toutes vos perplexités. Je sais combien l'ennemi de l'Œuvre de Dieu est déchaîné et irrité contre tout ce qui appartient à la foi, à l'espérance et à l'amour de cette divine Œuvre, je sais que les plus acharnés contre elle et contre ceux qui v sont attachés sont ceux-là même près desquels on devrait trouver appui et secours; je sais que la colère et la haine de ces pharisiens nouveaux, de ces antiprêtres, de ces apostats proviennent même de la cause qui les force à reconnaître leur apostasie, leurs sacrilèges, et leur idolâtrie; je sais qu'il suffit, pour les tourmenter et tourmenter en eux les esprits du mal à qui ils ont donné l'entrée, d'une seule sympathie avec la vérité qu'ils ont livrée ou désertée, d'une seule âme qui voit, par la lumière de la révélation qu'ils ont voulu éteindre, qu'ils craignent et qu'ils détestent, les turpitudes et les profanations qu'ils s'efforcent de

croire invisibles et même insoupçonnables! Hélas î chère bienchère Fille, l'idée de la possil)ilité d'une révélation actuelle est plus qu'il n'en faut pour perturber leur esprit, assombrir et enfiévrer leur âme, pour mettre en délire ce qui leur reste encore de cet organe qu'on nomme le cœur. Nous sommes revenus au temps de la prédication du Sauveur : les gardiens et les interprétateurs de la loi ont regardé la loi comme étant la leur et devant v ployer toute résistance, comme un trophée à leur gloire, l'interprétant comme les en affranchissant et comme en étant pour toujours les maîtres sans que le Ciel même pût sans crime arrêter leurs droits et changer les formes qui leur sont favorables.

Les gentils ne valent pas mieux que les fils d'Héber : la raison palpable et visible a été lapidée, crucifiée; la raison essentielle, intelligente et éternelle ne doit pas avoir un meilleur sort. La lettre a été frappée dans l'esprit; l'esprit sera frappé dans la lettre. Le commencement a été noyé dans le sang; la fin sera noyée dans l'anathème et dans l'imprécation. Le corps a été honni, souillé et outragé; l'esprit sera profané, sacrilégié et abominé. Le temple a fourni l'argent pour perdre le Juste, pour solder la trahison, l'infamie, la cruauté; le temple encore fournira non seulement de l'or et de l'argent, mais les trésors spirituels pour trahir l'esprit de Dieu par ses propres dons, la vérité divine par ce qui y conduit, par ce qui y donne droit et participation. Cette fois enfin, ce sont les dons de Dieu par lesquels ils veulent l'attaquer, le poursuivre et l'anéantir! La parole de paix qui leur a été remise doit être et devient effectivement la première servante de leur crainte et de leur colère; la parole de salut qui leur a été léguée au bénéfice de tous est soumise sans pudeur au service de leurs haineux anathèmes; la parole de lumière qui doit, comme une pierre de touche, les assurer des acquêts qui leur sont prorais, est vendue aux ténèbres, à l'enfer et à leurs passions, pour celle qui doit assurer

le plus solidement et le plus longtemps leur injustice et leur despotisme. La prophétie n'est plus possible, disent-ils, quand cette prophétie dit leurs iniquités, leur pacte infâme, leurs transgressions, leurs sacrilèges et leurs profanations; elle existe, elle est vraie, quand elle les encense, quand elle les loue, quand elle les applaudit. La révélation est achevée, disent-ils, quand cette révélation parle de leurs crimes, de la honte qu'ils expriment au nom de Dieu, de leur cupidité, de leur lucre, de leur simonie; elle se continue, elle doit se continuer, quand elle promet des esclaves, des moyens de recette, quand elle ordonne une soumission aveugle à tout ce qui peut et doit leur plaire, une obéissance de valet à tout ce qui peut consolider leur exploitation, leur indifférence, leur comptoir et leur domination. Dieu ne parle plus, et comment parlerait-il? ils se donnent bien garde de l'interroger, crainte qu'à travers ce qu'ils aimeraient à savoir, il se trouvât quelque chose condamnant ce qu'ils pratiquent et ce à quoi ils s'attachent particulièrement. Dieu ne parle plus et ne doit plus parler, puisqu'ils ont suffisamment oublié ou méprisé sa parole. Dieu rie parle plus et ne doit plus parler, parce que s'il parlait, sa voix pour eux devrait être un tonnerre, et sa parole, un glaive mortel. Dieu ne parle plus, et miême leur vie semble aller plus loin : existe-t-il bien certainement? car les temples chrétiens sont aussi remplis de vendeurs et d'acheteurs que le temple des aaronites, et temples, vendeurs et acheteurs vivent. Si Dieu parlait, il anathématiserait le temple; s'il était, il ne permettrait pas que ses pontifes et ses prêtres s'y installassent comme à un comptoir dans une boutique! — Dieu parle, si on y tient, mais c'est par eux qu'il parle; il n'a pas et ne peut pas avoir d'autre parole que celle qu'il leur a remise : donc, tant qu'ils parleront. Dieu se taira et sera forcé de se taire. Pourtant il serait possible qu'il commît quelques infractions au contrat qu'il leur a remis; mais cela ne serait jamais que pour affermir leur

puissance, pour l'augmenter, pour élever plus haut leur trône, pour leur fournir un plus grand nombre d'esclaves, étendre plus parfaitement le réseau de leur omnipotence et agrandir le sceptre de leur domination.

C'est dans des sentiments pareils qu'un des leurs disait dans une nombreuse réunion : — » Vous parlez de révélations fai- » tes par la Sainte Vierge, eli bien! je vais vous en faire une » qui place son autorité bien au-dessous de la nôtre. En effet » la Mère de Dieu n'a pu qu'une fois donner la vie à son Fils, " tandis que moi, je le fais venir sur la terre autant de fois que " je le juge convenable. " — Un autre épris des mêmes sentiments disait dans un sermon : " La Sainte Vierge, toute gran- " de qu'elle est, n'a pourtant été que notre premier collègue. » — Un certain Valderama, dans un nombreux auditoire, osa laisser tomber de la chaire, dite de vérité, des paroles semblables, mais accompagnées d'une épithète si ignoble que je ne veux pas souiller ma plume en la faisant servir à la retracer. Ce même Valderama disait encore que si Moïse avait opéré de très-grandes merveilles jusqu'à submerger Pharaon et son armée dans la mer rouge, c'était l'ineffable nom de Dieu, gravé sur sa baguette, qui opérait de tels prodiges. Les Apôtres avaient aussi, disait-il, fait de nombreux miracles : c'était toujours au nom de Dieu et par le pouvoir spirituel qu'ils en avaient reçu; mais qu'il connaissait un prêtre qui avait fait plus de miracles que Moïse et autant que les apôtres avec son nom à lui écrit sur du papier. » Voilà, dit-il en terminant cette audacieuse tirade, voilà ce (|ui est aussi effrayant qu'admirable. » Plélas! c'est ainsi que d'orgueil en orgueil ils ont oublié qui les avait élevés, et ils ont cru que pour éteindre leur obligation d'anéantissement et de reconnaissance, ils n'avaient qu'à s'appliquer à eux-mêmes ce qu'ils avaient trop longtemps cru ne leur être qu'un dépôt. La première piété qui leur inspira de se purifier les mains dans l'encens qu'ils répanda'jnt sur l'autel

do Seigneur leur est bien étrangère aujourdluii : loin de croU re devoir se purifier, et de remplir leur vie du chaste et légitime parfum de? vertus chrétiennes, ils ne voient dans la fumée et dans l'odeur de l'encens qu'ils se sont offert, qu'un nuage parfumé à travers lequel leur divinité se dessine et se révèle plus parfaitement!

Chère Fille, chère Fille, il faut qu'ils nous soient plus chers qu'ils ne le sont véritablement à eux-mêmes. S'ils se lignent pour anéantir la parole de miséricorde et de pardon que nous fait entendre la pitié du Seigneur, travaillons avec cette divine parole pour les soustraire à la sévérité et à la raison de sa jus* tice. S'ils ilous attaquent et nous tourmentent, regardons-les comme des malheureux pris de fièvre et livrés au délire; s'ils nous nomment impies, nous savons bien toute l'injustice qu'ils enveloppent dans ce nom, puisque nous ne voulons que Dieu, que sa gloire, que son amour. S'ils nous traitent d'hérétiques, pleurons sur eux qui ont la vérité et qui ne la connaissent pas; à leurs mépris, à leurs injures, opposons la prière et la pitié; à leurs calomnies et à leurs outrages, le calme, le silence et la dignité.

Élevons-nous vers le ciel, la sainte et divine patrie; portons nos regards sur les promesses fidèles du Seigneur. Épuronsnous de plus en plus; corrigeons-nous par la même lumière qui nous montre leur malice et leur cruauté; tâchons de ne rien mériter de leur colère, mais essayons d'en rendre méritoire pour nous chaque atteinte et chaque attaque; ne nous préoccupons pas de leurs calomnies; tâchons qu'il ne nous en soit attribué par notre Père céleste que la grâce d'en avoir été les innocentes victimes; repoussés d'eux, ne les pleurons pas, pleurons sur eux et rapprochons-nous de Celui qui nous a choisis pour le sacrifice et pour l'expiation. Les sacrifices des pécheurs et pour les péchés ne peuvent être des sacrifices de joie et d'allégresse; le pécheur s'est rendu tributaire de la douleur, il doit

payer de larmes; les péchés appellent la pénitence et nécessî* tent l'expiation. Levons les yeux plus souvent vers notre première patrie; la terre nous paraîtra ne pas durer toujours, ses trônes sont périssables comme elle, sa justice est très-équivoque, sa paix est trop tourmentée pour être vraie. Ah! puisque les persécutions et les coups de l'injustice sont les fils conduc* teurs qui nous enlèvent de notre exil et nous portent sans dan* ger dans le sein de la divine et souveraine Justice, puisque dans le calice de la tribulation nous trouvons, parmi l'amertume qui s'y trouve, ce nectar divin qui enivre de Dieu, laissons-nous enivrer; que la terre se satisfasse, nous n'y sommes que passagers; occupons-nous du ciel, et pour profitablement nous en occuper, donnons notre cœur à Celui qui nous a mérité la paix et l'allégresse des saints. Laissons passer les aveugles qui ne veulent pas voir, les sourds qui ne veulent pas entendre, les boiteux qui ne veulent pas marcher, les malades qui ne veulent pas guérir; laissons passer les cœurs qui ne veulent pas aimer, les âmes qui ne veulent pas d'amour; abandonnés à l'idée et à la grâce de Celui qui nous a rachetés, n'ayons pour vie que notre union à sa miséricordieuse vie, et pour volonté que sa sage et divine volonté.

Courage! courage! chère et bien-aimée Fille, au jour où Pidole tombera, la poussière qu'elle répandra en tombant sera surnaturel! ement éclairée : on verra l'abîme sur lequel elle appuyait sa base; on verra les dons funestes de ses adorateurs, et on entendra comment l'enfer reconnaît et récompense ses idolâtres! Pour eux, pour nous, unissons-nous avec le cœur divin de Jésus-Christ qui veut attendre jusqu'au dernier moment pour les presser de se rendre dignes de sa générosité, et de se soustraire à la force du bras de sa justice. Plus les coupables sont coupables, plus ils sont nombreux, plus nous devons activer toutes nos sollicitudes; à la haine et à la malédiction opposons sa£:euient l'auiour et la bénédiction.

Chère et bien-aimëe Fille , mon cœur, mon âme et mon esprit vous bénissent ainsi que tous les vôtres. Bénissez votre chère réunion comme je la bénis en vous bénissant.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

PiEKKE DU Seigneur t Sthkathanaël

Du Carmel, le 24 septembre 1852.

Londres.

J. M. J. QTJIS UT DEUS!

Maeie de la voie.

Cette lettre, Fille bien-airaée, est un grand cri jeté au milieu de notre France, au milieu de la grande Lutèce, au milieu du monde entier, au milieu de l'univers.

La voie de la douleur s'est élargie pour les malheureuses créatures qui ne veulent que la terre; - la voie du crime s'est élargie pour laisser passer en triomphateurs toutes les âmes fausses, basses, cruelles et hypocrites; - la voie de l'égoïsme est si large aujourd'hui qu'on y voit passer, attaché à un char de forban ou de pirate, tout l'équipage volé de l'honneur, de la bonne foi, de la justice, de la prudence, de l'équité; - la voie de l'humiliation et de l'abaissement est tellement grande qu'on y voit passer sans gêne tous les hommes en général et tous les caractères en particulier : toutes les hiérarchies s'y prélassent et s'y admirent, les rois, les princes, les hommes d'armes, les hommes d'état; les corps religieux, les spéculateurs, les jurisconsultes, les gouverneurs et les gouvernements. ... La voie de la proscription est longue si elle n'est pas large; elle s'étend comme des bras de polype, et elle prend à son centre pêle-mêle pour pousser à ses extrémités, sans pitié, sans ordre, sans mesure et sans interruption, tout ce qui peut entretenir sa fièvre et sa cruauté. La voie de l'exil s'est étendue jusqu'au-delà des mers; les tombereaux chargés de victimes roulent sur tous les ports : Méditerrannée ou Océan entend, se confondant aA^ec les cris aigus de la tempête et le bruit sinistre des flots, des voix déchirantes, des sanglots infinis, des cris de désolation

34Ô — qui s^ecîiappent chaque jour et à toute heure des nobles poitrines de ceux qu'on chasse de leur patrie, qu'on arrache à leur pays, à leur famille, à leurs travaux!

La voie de la pitié est fermée; la voie de la justice est sans issue; la voie de l'espérance est obstruée; la voie de l'avenir est remplie des éboulements de hautes montagnes, des frag* ments énormes de roches et de rochers. Tout homme de cœur, tout être non cupide est abattu, ébranlé, effrayé, atterré! — l'homme du sillon, l'homme d'étude, le magistrat, le capitaine, le poète, le législateur, l'ouvrier, le jeune soldat, tout est frappé, tout est chassé, tout est proscrit, tout est exilé! Pourquoi? Pour croire à l'avenir, pour avoir pleuré sur le présent, pour avoir voulu défendre un tout frais passé, pour avoir senti battre son cœur, pour avoir levé les yeux du côté de cette voie couverte de nuages, et que l'on nomme espérance.

Jadis on vit des têtes à couronnes, des noms armoiries, des origines blasonnées, prendre la fuite, abandonner un sol tremblant, une terre qui menaçait de devenir un abîme : une voie de sang semblait s'ouvrir au sein même de notre France! Mais aujourd'hui, c'est le peuple, l'infortune, le travail, l'ardeur, le courage, l'ignorance, le savoir, qui sont poussés pêle-mêle sur chaque route qui mène loin de la patrie, sur chaque continent qui doit conduire à la faim, à la misère, à l'agonie, à la mort tous ces Français qui ne savent d'autre langage que celui qui distingue leur nation, et qui n'ont de fortune et de secours que la honte qu'ils laissent derrière eux, et les déchirements qu'ils emportent dans leurs cœurs, qui n'ont d'espérance que devoir abandonnés, livrés, vendus à la souffrance, à la persécution, à l'outrage, à la dernière pauvreté, leurs femmes, leurs enfants, leurs pères et leurs mères qu'ils ont été forcés de laisser à la haine, à la colère, à la fureur, à l'orgueil et à la cruauté de ceux qui les ont traités avec tout le cynisme de la colère et de îa rnge!

Àii! feil n'a pas assez de larmes pour répondre à ce q^iiHl rencontre, le cœur assez de profondeur pour faire face à toutes les angoisses dont il est témoin! Les voies agrandies de la proscription et de l'exil sont sillonnées par des hommes en veste et en sabots : on voit qu'ils ont quitté le modeste atelier du faubourg ou les chemins ruraux des humbles campagnes; leur front est fier, malgré les larmes qui se roulent et semblent vouloir ne pas sortir dô leurs paupières avant l'heure mystérieuse où tout homme pleure seul devant lui-même, et où la douleur a le droit de se montrer en toute liberté»

Où vont ces hommes à large poitrine qu'on dirait venir dé quitter tout à coup l'atelier ou la charrue? où vont-ils? Hélas! ils n'en savent rien. Que deviendront-ils? Ils ne le savent pas» Ils vont comme vont ces gerbes de froment liées le matin par le laboureur qui souriait de bonheur en les liant, mais qui pleure et qui crie le soir en trouvant son champ vide et ses chères espérances enlevées sans miséricorde et sans pitié par la trombe vomie sur la terre dans un des accès de colère de l'inexorable tempête; ils deviendront plus malheureux chaque jour, et chaque heure les approchera plus près de l'agonie et du désespoir. Ce sont des arbres arrachés au sol qui seul leur convient : leurs racines sont déchirées, rien ne peut plus les attirer ni les retenir. Comme les innocentes hirondelles, ils ont essayé des haltes en-deçà des frontières où les climats sont bien différents du leur; mais l'appât qui les tentait et auquel le plus fort a peine à résister, c'était ce bonheur d'entendre parler français encore!

Hélas! ceux qui sont restés sentais plus heureux? la voie de la liberté est-ellé plus largement ouverte pour eux? Nou, oh! non, cette voie s'est, fermée chaque jour davantage et elle s'est resserrée de toute la haine que portent, à ceux qui ne sont plus à la portée du joug, les insensés qui croient que le seul espoir de toute l'humanité est enfermé dans l'hypocrisie de leur cœur

et dans le fiel graveleux de leiirs entrailles. Toutes les voies du bien sont fermées; et ce qui coûte le plus à dire, à écrire surtout, c'est que la voie qui jusque là était restée ouverte au plus abandonné, au plus malheureux, cette voie qui était la propriété de toute véritable foi, de toute juste confiance, cette voie qui ne passe pas dans les propriétés du despotisme et de l'injustice, mais qui passe directement du cœur souffrant au cœur du Dieu crucifié, cette voie sainte et divine, bélas! hélas! elle se ferme, et déjà pour le plus grand nombre elle est fermée!

Autrefois, il n'y a même que quelques années, quand les tours crénelées tombaient, quand les écussons étaient arrachés des portes ogivales des vieux domaines, quand le châtelain disait adieu aux mânes de ses ayeux qui devaient fuir à la flamme et à la poussière d'une demeure qui n'allait être bientôt plus qu'une ruine, quand il disait adieu à tout ce qui avait constitué son amour et sa vie, souvent, presque toujours un vieillard marqué du signe de Dieu se présentait à son cœur déchiré; il lui parlait un langage qui n'apparaît presque jamais dans les castels et dans les hauts manoirs. Ce vieillard avait pu parfois se laisser surprendre à voir un second dieu, un premier peutêtre dans le duc, le comte ou le baron; mais à ce moment solennel le vieillard entendait la voix tonnante et souveraine du Dieu seul et unique, il l'entendait le pressant plus que tout autre à réparer, à payer même chaque infraction à la justice de la foi, à la sagesse de la charité et à l'honneur de la commune espérance. L'autel du sacrifice était dressé, le vieillard allait s'y rendre; alors il disait à l'homme de nom tout ce que sa foi réveillée lui disait, tout ce que sa charité ranimée lui inspirait, tout ce que sa sainte espérance du ciel lui montrait. Longtemps peut-être le seigneur avait eu le pas sur le prêtre; cette fois, et c'était juste, le vieux prêtre marchait le premier, afin de cacher de toute la hauteur de son divin ministère, à

— 34Ô — celui qui venait après lui, l'échafaud qui allait faire non plus un seigneur et un prêtre, mais deux enfants de Dieu, deux frères.

Quel contraste! aujourd'hui où la voix de Dieu parle avec tant de sévérité et avec une si claire sagesse, aujourd'hui où la France est en proie à une sombre et noire terreur, où chaque matin on trouve une maison vide, chaque soir un foyer de moins que le matin; où souvent, bien souvent on entend à travers des murailles épaisses et sourdes la voix de la mort qui glapit n'ayant pas la force de rugir, tant elle est forcée d'avaler vite de chastes et palpitantes victimes! aujourd'hui où le ciel lui-même est consterné devant le sauvagisme qui ravage la France, où est le prêtre, le jeune ou le vieillard? Le roi du travail est jeté dans un cachot; le pauvre artisan, le noble laboureur sont voués à la mort, à Cayenne reine des grandes et longues agonies, à Lambessa atmosphère de fièvre et de folie ; Où est le prêtre, où est le Ciel pour tous ces malheureux, pour toutes ces victimes? — Le prêtre! il lit son bréviaire; il dîne; il visite la force, le pouvoir; il sermonne ses ouailles; il leur apprend à faire des bouquets pour fêter des saints à grand sabre, à cœur de tigre; il leur montre comment se confectionnent les drapeaux à l'honneur des forbans et des bourreaux; il fait sonner les cloches qui ne devraient appeler que pour Dieu et la prière; il veut qu'elles célèbrent le triomphateur qui traverse sa contrée avec des sentences de mort dans sa poche, des lettres d'exil dans sa main et du sang humain tout chaud sur le vernis de ses bottes. - Le prêtre! il est absent : le maître l'a appelé pour remplir un rôle dans une grande comédie qui se joue à la honte de la nation et la doit vouer à toute sorte de risées et de mépris. - Le prêtre! il est à son temple, il porte l'encens à son dieu! que dis-je? à un de ses dieux : il en a tant! il n'est pas toujours certain du véritable nom qu'il porte; mais que lui importe que ce soit

Néron, Claude, Yitellius, Domitien ou Caligula? Ce dieu sourit, promet de lui être propice, n'est-ce pas suffisant? n'estpas assez? — Où est le prêtre? Il est le chapeau bas, la tête découverte, les deux mains cachées dans son surtout, dans sa moelleuse douillette; il est dans le vestibule, non pas celui qui conduit au sanctuaire, mais celui-là qui mène aux antichambres du Saturne du jour. — Où est le prêtre? Il est allé plein d'anxiété et d'inquiétude solliciter le protecteur é vantail d'une courtisane pour obtenir une place plus lucrative, plus impo^ santé, plus parfumée, plus largement payé. — Où est le prêtre? Il rode, il court des ombres de l'alcôve d'une prostituée étrangère jusqu'à la salle des orgies, afin d'être le premier à saluer et à bénir les restes de la débauche et de la prostitution. — Où est le prêtre? Il a fui son église moins froide que son cœur, son autel moins dur que son âme, son tabernacle auquel il ne croit plus depuis longtemps, et il est allé s'associer et se mêler à tout ce qui flaire et veut prendre part à une trop passagère curée. Comme il se presse, comme il se ploie, comme il s'agite! Il semble qu'il a encore, comme malgré lui, un vieux reste de cette foi qui n'a pu entièrement mourir dans le cœur de notre France : on dirait qu'il a vu la mort vêtue de sa colère s'avancer lassée d'avoir brisé tant de victimes, et pour son repos voulant briser à son tour, même avant leur tour, ses gais pourvoyeurs; on dirait que dans ces antichambres, dans ces salles dorées, dans ces brillants salons, dans ces brûlants boudoirs l'odeur des cimetières domine; on dirait que chaque coupe qu'on y vide donne une surprise, mais presse plus activement de demander d'agir; on dirait que ces possesseurs de la grande histoire des châtiments divins sont comme forcés de traîner après eux toutes les voix d'anathème et de malédiction; on dirait que leur affairement, leur activité, leur souplesse ont entendu quelques-uns de ces cris qui descendent du Ciel aux jours les plus avancés dans son indignation, ils

Veulent avoir, ils Veulent posséder, ils veulent s'appuyer, îîs Veulent tenir. La voie du châtiment est ouverte plus large que le peuvent être toutes les voies de la perversité humaine; la voie de la punition roule déjà tous les avant-coureurs de sa justice et de sa puissance : elle n'est nullement cachée pour ceux qui fixent leurs regards vers le Ciel; le sang appelle le sang; les crimes^ des sentences; les forfaits, des châtiments; l'hypocrisie, des anathèmes; l'idolâtrie, la malédiction; le sa* crilége^ la mort; et la profanation, des larmes et l'expiation î

Une femme est nom^mée par le Ciel Maeie de la voie; c'est un nom de mystère et de prophétie, ce nom veut dire : Incarnation du cei d'alarme, esprit de veille et de vigilance, AIDE ET unité DANS LE DESIR DE FAIRE ENTENDRE A TOlJâ

LES HOMMES LE PRENEZ GARDE, LE TREMBLEZ qui retentit DU trône de Dieu jusqu'au tabernacle élevé par la foi et par l'amour des mortels. — Oui, Marie, dites-le bien haut au fort de votre prière; bien fort à toUs ces esprits qui peuplent les demeures et qui habitent l'air. Crieig avec moi : '= " Prenez garde, prenez garde, honteuses et criminelles en- " geances! prenez garde, hommes de sang, hommes de colère, »' hommes de haine, hommes de mort! ^ prenez garde 3 horn- >' mes d'orgueil, hommes d'argent! - prenez garde, hommes du >' temple, hommes du sanctuaire : Voici l'heure de Dieu qui >' va frapper sur le timbre de sa justice! Voici que des monts >' du silence vont sortir d'implacables, d'inexorables voix!

» Tremblez, tremblez, vous qui avez déserté, abandonné '» la justice, vous qui avez pourvu les tombeaux d'enfants de » Dieu, de ceux que la nature et le sang de Jésus-Christ » avaient faits vos frères! Tremblez devant l'œil vide de la >♦ mort et devant les cendres rougeâtres de vos hécatombes ! " Tremblez, voici le Fort qui s'avance pour défendre le sang, " la vie et la mort du faible! Tremblez, elles ne sont pas mor- >^ tes vos victimes : vous les avez frappées dans la mission du

« sang de Jésus-Christ; elles vivent, les voilà, Tépée de Fange ^ exterminateur dans leur main, les chaînes de la justice au- » tour de leurs reins! Despotes, bourreaux, poussière, trem- " blez! vos victimes ont acquis sous vos coups le souffle tout- " puissant du Seigneur.

" Ne fuyez pas, n'essajez pas de fuir, vous qui deviez par- " don et miséricorde! voilà vos juges qui vont vous envelop- " per dans les rets funestes de votre propre jugement. Hom- " mes dont les mains appartenaient aux cieux et aux enfants " malheureux de la terre, tremblez! ceux que vous avez aban- » donnés, accusés, trompés, vendus, livrés, les voilà! une flam- " me dévorante remplace en leur âme la pitié que vous leur " avez volée. Vous allez tomber, rouler, rugir, crier, maudi- » re, périr! vous fûtes calmes devant les maux de ceux qui " vous avaient été confiés au taux du sang du Rédempteur; >' vous fûtes insensibles à leurs cris, à leur détresse, à leurs " misères, à leurs souffrances! barbares, cruels, vous fûtes » des monstres sans entrailles, car vous les foulâtes du pied; " quand leurs bourreaux les eurent immolés, vous les souilla- " tes pour flatter l'idole de votre cœur cupide et égoïste; vous >^ n'eûtes point de larmes pour leur martyre; vous ne cherchâ- " tes point à assister leur mort, comme amis, comme pères et " comme frères; vous fûtes, en tout et partout, sans entrailles- » et sans pitié! Eh bien! j'éteindrai en leur cœur la source " généreuse des larmes, j'étoufferai dans leur âme la douce n vie de la compassion; je leur dirai devant vos maux et au ^ fort de votre punition : Le marin qui se noie empêche-t-il " la lune de paraître? sa mort arrête-t-elle les caresses qui ^ peuplent conmie de vivants sourires les vagues roulantes de ^ l'océan? quand il se sent saisi par l'inflexible abîme, que sa " poitrine, que sa gorge, que ses oreilles sont envahies par » les doigts glacés de la mort, les étoiles pâlissent-elles? leur « parure est-elle moins brillante? la nuit cesse-t-elle de domi-

" ner la terre , et voit-on plus de noir dans le calme azur des " deux? Soyez comme la lune, comme les flots, comme les " étoiles, comme la nuit, comme l'azur des cieux : Servez, et

" LAISSEZ PASSER LA JUSTICE DE DiEu! "

Chère Fille bien-aimée, je ne sais pas ce que contiennent ces lignes. Je sais que je devais me servir de votre nom, de votre adresse pour dire ce qu'il plaisait à Dieu qui fût dit; je me suis effacé pour laisser parler le seul Sage et le seul Juste, Le temps et le moment me laissent pour bonheur de vous répéter que je suis heureux de vous aimer, de prier pour vous, avec vous, de vous bénir au saint autel, le matin et le soir, la nuit souvent, bien souvent, je vous l'assure, et tout particulièrement en ce moment. Que cette bénédiction vous soit auprès du Très -Haut la réponse à vos demandes et à vos désirs, qu'elle vous mérite tout ce qui doit sanctifier votre vie et rendre plus radieuse votre éternité. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Pierre du Seigneur t Sthrathanaël Jll

Du Carmel, le 19 novembre 1852.

Londres.

Extrait d'une lettre de Stîiratlianaël à Etliédhoël. 19 septembre 1847*

Les ëvéneiiients se succèdent avec une effrayante rapidité* L'esprit du mal croit à son triomphe : la terre est presque tou^ te à lui. Le nom de Dieu n'a plus qu'un retentissement éplié" lîière. La gloire du Très -Haut est usurpée par ses prêtres. L'or du temple n'est plus pur, et le sanctuaire est un lieu de honte et de dégoût pour Celui qui y fait sa demeure* Il n'y a plus de maisons infâmes où la Victime eucharistique soit outragée, comme il y en avait au jour de la révélation de la puissance du Règne d'amour; mais le même esprit qui attaquait Jésus-Christ dans son divin Sacrement a rugi de la gloire qu'il en a tirée, et il s'est porté à jeter dans le cœur des hommes une indifférence et une apathie plus insultantes que les accès de sa haine et de son envie. Aujourd'hui, un feu nouveau est soufflé sur notre globe : ce feu, le plus terrible et le plus hideux des enfers, est l'hypocrisie ! ... On se signe christ, et on crie A moi et Baal!

Le souverain Seigneur m'a appelé devant son trône, en me Jnontrant la terre et les nations qui la peuplent, il m'a dit :

= " La grande idole est dans le monde; elle a un temple ^' vivant et intelligent; elle a des prêtres et des pontifes.

" En vérité, en vérité, je te le jure, jamais châtiment n'au- <» ra égalé celui que le monde se prépare! le déluge fut une *> douceur devant ce que l'homme fera sortir de lui-même.

^ On se tranquillise, on s'endort dans ce qu'on nomme : tjnë '» réaction religieuse! . . . c'est comme si l'on disait : — Eni- «♦ vrons-nous aux noces du Christ et de Baal! — Ah! malheur, *' malheur à ceux qui ont dit : Fêtons, et appelons les nations >* aux pompes de cette union! . . . **

AU

COLLEGE THEOLOGAL

DU THRÉASTHAËL.

J. M. J. QUIS UT DEUS

Trois heures sonnaient à une des horloges de la ville; la lune paraissait briller de tout son éclat, car ma chambre était éclairée comme si le jour se fût déjà répandu partout. Mon sommeil avait été lourd et pénible; j'étais parfaitement réveillé. J'ai cru alors entendre les pas de quelqu'un qui passait dans notre corridor comme pour se rendre à la chapelle; ces pas me paraissaient dissimulés, craintifs, comme ceux d'une personne qui ne voudrait pas être entendue. J'élevai mon cœur vers Dieu, et je cherchai à unir mon intention à celle de cette personne qui choisissait ainsi cette heure avancée de la nuit pour visiter la demeure de ce Dieu qui veille sans cesse et qui attend toujours. J'entendis ouvrir aussi discrètement que possible la porte du sanctuaire; puis j'entendis de nouveaux pas, comme si une seconde personne suivait la première, et encore, et encore. Je comptai, à mesure que je les percevais, ces bruits de pas que je personnifiais; ce nombre s'arrêta à douze. Le silence reprit. J'étais un peu ému, mais non surpris ; je priai plus instamment.

Un nouveau bruit se produisit, c'était des pas encore; ils étaient plus lents, plus mesurés, plus lourds que les premiers. Je me remis à compter, et je fus jusqu'au nombre dix-sept; puis le silence revint ; je priai avec une nouvelle ferveur.

Comme j'étais abandonné à une de ces élévations de l'âme dont la nature physique ne peut guère faire l'appréciation, je fus interrompu tout à coup par l'audition d'un chant très-solennel, et ensuite par plusieurs coups frappés à ma porte. Je m'humiliai devant le Seigneur; je me repentis de mes péchés; je m'abandonnai à la volonté de mon Dieu, et je lui demandai de me la faire connaître, disposé que j'étais à la servir en tout ce qui me serait possible.

Ma porte s'ouvrit, et une vive clarté se répandit dans ma chambre. Alors je vis l'Ange qui demeure près du trône d'Adonaï, il me dit : = - Le Seigneur vous attend, levez-vous. » — A peine avait-il achevé ces mots que je me trouvai au bas de mon lit. L'Ange me dit: = « Passez cette tunique, mettez » cette ceinture. » La tunique était de laine blanche et la ceinture, un cordon rouge et blanc ayant un gland rouge à chacune de ses extrémités. — Comme j'allais passer le seuil de ma chambre, un vieillard me présenta un bassin plein d'eau, et me dit : = « Lavez vos mains avant d'entrer dans l'assemblée »» du Seigneur. » — Je lavai mes mains; étant lavées, il me présenta un linge très-blanc pour les essuyer.

Arrivé au seuil du sanctuaire, un autre vieillard me présenta également un bassin, et il me dit : = « Lavez vos pieds » avant de monter la colline où repose le tabernacle du Sei- *> gneur. »» — L'Ange était toujours près de moi; il me prit sous le bras et je me trouvai élevé de terre au-dessus du bassin, de sorte que le vieillard pût me laver les pieds sans que je fusse assis et sans que l'un de mes pieds posât à terre; il me les essuya avec un linge blanc; il me baisa au front et me dit : = « Entrez dans l'assemblée du Seigneur. «

La chapelle était devenue d'une grandeur immense; elle avait une nef d'une prodigieuse hauteur; elle était divisée en trois parties; chaque partie était fermée ainsi : — la première en entrant, par une haie d'épines três-aeide; - la seconde, par UN EociiER SANS AUCUNE VEGETATION ; - la troisième, par un

CORPS MUTILÉ DONT LES PIEDS, LES MAINS ET LE COTÉ AVAIENT ÉTÉ PERCÉS AVEC DES INSTRUMENTS DE FER.

L'Ange me prit comme on prendrait un petit enfant, et il me passa par dessus la haie; puis me plaçant sur mes pieds, il me dit : = * Vois et juge. " — Je vis un Homme assis sur une escabelle; près de lui une Femme la ièie penchée connne si elle dormait : l'un et l'autre étaient vêtus de noir, et leur tête était couronnée d'ailes de corbeaux. Près d'eux était une tombe ouverte dont l'orifice était rouge comme si un sang frais venait de s'y attacher. L'ange me dit : = « Descends dans ce tom- " beau; mais avant, prends trois des plus longues épines de cet- " te haie et enfonce-les dans ton front. •» — J'obéis; alors un tourbillon de vent s'empara de moi et me transporta bien plutôt qu'il ne me fit descendre. Cette secousse fut si forte que je me sentis suffoqué, ma respiration fut tout-à-fait arrêtée, mon sang s'amassa dans ma poitrine et enveloppa mon cœur; mes yeux furent remplis de nuages noirs peuplés d'innombrables étincelles; mon front fut couvert de sueur; mon corps s'affaissa et je glissai comme sur une terre glaise dont la pente humide conduit à une flaque d'eau. Je ne sais combien de temps je restai en ce lieu ; je me trouvai comme on se trouve après un songe pénible dans un réveil qui rend heureux, et mon corps était d'une élasticité, d'une flexibilité, d'une agilité qui me surprenaient de plus en plus : je glissais à travers toutes les parois de la terre et je m'y faisais un passage avec une promptitude inexprimable; ma tête passait sitôt qu'elle touchait une paroi ou quelque obstacle que ce fût; mais ce qui m'étonna, c'est que je voyais* partout des traces de corps humains, des

conciles funèbres, et il m'était donne de distinguer les morts dont la poussière s'était liée à la terre, et de même toute celle qui n'était point mêlée avec elle. Je ne sais pas combien de temps je dus mettre à parcourir ces sortes de catacombes; ce que je sais, c'est qu'il me parut que j'avais été plusieurs années à opérer ce parcours. Enfin, je me trouvai à un centre qui me parut effrayant; je crus que je touchais à un des enfers! Je vis comme un fleuve embrasé, mille courants l'alimentaient : les uns roulaient, comme nos ruisseaux dans les jours d'orage, une résine dont l'odeur était mordante et nauséabonde; d'autres, du bitume qui semblait s'enflammer dès sa source; d'autres, du soufre qui répandait à des extrémités incalculables une fumée s'attacbant partout comme une suintement qui faisait de chaque paroi un mur de flamme: d'autres encore vomissaient des flots de p3;Tite qui formaient, en roulant les uns sur les autres, des mugissements épouvantables; puis c'était comme des torrents qui se précipitaient en fureur les uns dans les autres : on aurait dit que ces torrents n'étaient pas autre chose que de l'or, de l'argent, du cuivre, toutes matières incandescentes réduites en fusion par mille fournaises invisibles. Une voix me dit : =^ « Jette-toi dans ce fleuve, si tu veux que tous les germes qui «» se sont agglomérés autour de toi prennent vie et action. »♦ — Le bruit, la flamme, la fumée, l'insupportable odeur prirent une activité nouvelle. La voix a repris ; *= " L^heure va " sonner, et la puissance qui t'a été donnée va finir. » — Je le dis avec toute la vérité possible, je m'arrêtai au lieu d'avancer. La voix dit encore : =^ «< A quoi sert d'avoir appris à l'homme »» les mystères de la vie des esprits? "

Je me signai du signe de la croix; j'avançai malgré toutes les douleurs que je ressentais; puis d'un seul bond je m'élançai dans le fleuve* Des millions de millions de cris se firent entendre; j'entendis comme le bruit de mille tonnerres, la terre sembla se rouler sur elle-même, et me rouler avec les ondes

enflammées du fleuve où je m'étais précipité. Puis un rayon dô lumière traversa toutes ces horreurs, toutes ces ténèbres, et je me trouvai au milieu de la première partie du sanctuaire.

La haie d'épines était verte et fleurie; l'Homme était debout et avait des ailes d'aigle qui tenaient à ses épaules; il était nu, mais d'une lumineuse et chaste transparence; il avait sur le front une flamme irisée comme l'arc^en-ciel ; dans sa main droi* te une clé taillée dans une pierre précieuse; il avait autour des reins une multitude innombrable de noms écrits, ces noms paraissaient seulement n'être que des petits points semblables h des étincelles. -*- La Femme était d'une beauté indéfînissa^ ble, car en cette beauté l'œil découvrait à l'infini toutes les beautés imaginables, toutes les grâces, les amabilités, la dou-ceur, la sagesse, la pureté, la pudeur, la modestie, la délica^ tesse que l'âme la plus intelligente et la plus ingénieuse pourrait désirer. L' Homme eî la Femme chantèrent ces paroles :

== * Le crime est allé en avant perdant de son soufHe impur " tout ce qui devait s'élever à la gloire du Créateur. L'amour w de l'homme pour lui a sans cesse refoulé l'appel et les dons " du Seigneur. Les mj^stères de Dieu n'ont jîimais été acceptés " par la race pécheresse, La lutte contre la justice, la sagesse, '> et surtout contre l'amour n'a jamais cessé : grande et terri^ « ble image présentée par le Très -Haut au jugement d'Abra- " ham! Dix justes ne se présentèrent pas pour cautionner les « villes coupables; dix hommes d'abnégation en esprit et en ^ vérité ne purent être assurés dans la prière d'Abraham! Le " moi de Satlian, le moi funeste, le moi de mort, le moi de « tombeau, le moi d'enfer n'a pu être vaincu! L'enfer a dit >• partout, à chacun, à tous : Que veux-tu? que cherches-tu? »> qu'étudies-tu? qu'appelles-tu? quelle est ta volonté, ta soif, >' ton désir, ton cri, ta prière? — Et tous les siècles, tous les " âges, tous les hommes, toute la terre n'ont eu que cette ré- •* ponse : Moi^ moi, moi, moi, moi, moi, toujours moi!

" Arrête j arrête, arrête ton jugement, toi qui as ouïmes; ^ paroles! ceux qui ont dit : Nous, tous, eux, lui, ceux-là n'é- » talent pas poussés dans la lumière de la fournaise; ceux-là « étaient nourris à part, choisis comme le lit, l'oreiller et la " couche de celui qui est venu compléter Élie en se couchant " de toute sa grandeiu' sur Tenfant égoïste en qui est personni- " fiée toute l'humanité. La croix s'est dressée au milieu de la " terre comme un grand mât au milieu d'un vaisseau; elle a '^ crié à Funivers et à tous les hommes : = Sous mon ombre- » est la rie et la mort du moi. — La croix a été vendue pour " que chacun la vît sans faire d'efforts et sans être pressé de " se quitter soi-même; des croix d'or Font remplacée, et ces " funestes croix mentant à la véritable tuèrent sa voix en di- » sant aux yeux et aux oreilles : Ce n'est pas notre croix, c'est " ma croix î . . . . ^

» Les hommes du déluge criaient en s'abîmant et en vojant t s'abîmer leurs frères : Sauve-moi,, sauve-moi, sauve-moi! !E " Le Ciel, depuis la mort du Rédempteur, presse les hommes "^ d'achever leur rédemption pour reprendre le premier jour de " la rédemption de leurs frères : la génération eontmgente ne- "^ peut être fécondée par le moi : il faut que les disciples de " Jésus se JÉSUSFIENT, afin de passer comme lui à travers tous; " les abniies de l'égoïsme; il faut avoir brisé la pierre de sort " tombeau avant de pouvoir pénétrer dans le tombeau de ses^ '^ frères : les morts sont impuissants parmi les morts; la glace " du moi ne peut féconder tous ces fœtus enfermés dans les se- " culaires entrailles du passé. La glace est un engourdisse- " ment, une torpeur; la nature spirituelle est en avance de "- poids &ur la nature physique. L'égoïsme attirecle l'ordre des " abîmes ceux qu'il yi^x^ fait sortir que pour les rejeter plus ♦'• cruellement et plus douloureusement dans de nouveaux ^ »■ plus lugubres et plus profonds encore. Les hommes ne vi- "' vent que de liaine pour les autres, car ils se servent de tout

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