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» chez les leurs : Pardonnez-nous, ce n'est pas par notre égoisrr me que nous fûmes coupables; pleurez avec nous vos frères " qui roulent dans l'onde, dans l'air, dans le feu, dans les " flammes, dans les fleuves, dans les cratères, dans les tor- " rents; sauvez-les en vous aimant moins et en vous donnant n moins à vous-mêmes! sauvez-les en vous aimant davantage n et en travaillant plus dignement à l'élévation et à la dignité " de votre amour! Sojez plus que la bête en vos œuvres, en " vos actes, en toute opération de votre vie. Soyez dignes de " votre nom, de votre caractère, de votre principe et de votre " fin. Soyez, afin de véritablement être, vous surtout quiètes " entrés en la promesse de délivrance faite à vos frères, vous " qui me connaissez, qui savez mon nom, le nom de mafamil- "le, le nom de mon péché, le nom de ma péniten-ce, le noiiï » de mon Dieu.
» Ecoutez, écoutez, voici le mystère qui entoure ma tête et " mes reins : Si vous laissez vos frères perdus dans leurs en- " fers, ils domineront la terre, ils la perdront, et tous les " moyens qui a^ous avaient été donnés pour les sauver leur " serviront à l'invention de nouveaux crimes avec lesquels ils " vous perdront en perdant votre ftunille et votre génération.. »• Ce qu'ils roulent au-dedans, ils auront le pouvoir de le rou- '» 1er au dehors. Yotre heure est fixée; la chaîne qui vous tientt " sera brisée jusqu'au dernier anneau; vous tenterez tout pour "resceller ce qui ne sera plus rescellable; vous serez comm«?
» les feuilles du platane que le vent et les gelées d'automne >• précipitent dans la rivière ou le ruisseau; vous tomberez >• dans des mains ennemies et vous serez jetés au pourrissoir. ♦' Pourtant le salut vous est facile, car ceux qui sont vos frè- »' res n'aspirent qu'à vous connaître en votre vie sous le droit " de leur père, et à vous servir avec la tendresse et la douce » obéissance de vos enfants. »»
Ces paroles achevées une multitude des plus nombreuses se dessina entourant l'Homme et la Femme qui avaient chanté ce que je viens de traduire. Cette multitude était tournée du côté du rocher qui fermait la seconde enceinte du sanctuaire* Ces êtres n'avaient que la tête qui eût quelque chose d'humain : leur corps avait l'apparence de fumée, d'eau, de soufre, de bitume, de résine, de feu, de flamme, d'or, d'argent, de cuivre ^ de toute sorte de métaux en fusion; ils s'agitaient comme s'ils eussent eu le plus extrême besoin de franchir l'obstacle qui les séparait du lieu qu'ils fixaient; leurs traits prenaient toutes les formes de la douleur, de la fatigue, de la souffrance, du désespoir; ils se refoulaient ensuite les uns sur les autres et faisaient par des efforts nouveaux des tentatives nouvelles qui restaient infructueuses comme les premières. Enfin tous ces êtres crièrent comme d'une seule voix : = - Quand donc ce rocher '» tombera- t-il en poussière? quand donc le sacrifice de l'hom- » me nous sera-t-il permis? «
L'Ange qui m'avait fait prendre trois épines et qui m'avait dit de me les enfoncer dans le front vint à moi et me dit : = " Vous voyez qu'il ne suffit pas de se trouver bien dans ce H qu'on nomme si légèrement son présent, encore bien moins •' dans ce qu'on appelle si indifféremment son passé. Le com- *' mencement de l'homme est court et rapproché pour celui qui »' ne sait rien de cette grande et sublime histoire. Mais pour H ceux qui se sont réjouis du retour à la science de leur origine, *• que de devoirs! Ahî la matérialité n'a plus d'excuse alors.
V. Otez, me dit-il, les trois épines de votre front. " — Je leâ ôtai; mais au lieu de trois épines il tomba trois perles de mon front : une jaillit et s'attacha au front de l'Homme dont j'ai rapporté le chant; la seconde jaillit et se fixa au front de sa compagne; la troisième en tombant traversa toute cette première partie du sanctuaire, fut frapper le rocher, et le rocheû s'ouvrit. L'Homme qui avait la perle au front avait reçu avec elle le droit de former des épaules, des bras et une poitrine à tous les êtres qui l'entouraient. Des cris d'allégresse se firent aussitôt entendre dans toute cette partie du sanctuaire; mais îa perle qui était placée au front de la Femme se brisa, il en sortit une flamme qui se divisa dans l'espace et s'infiltra en chacune de ces créatures, et par elle chacune de ces créatures eut un cœur.
L'Ange me dit : ^= « Il est temps de partir, car ce nouveau '' bienfait pourrait t'être nuisible et il tournerait contre Dieu. " — A peine l'Ange avait-il achevé sa dernière parole, que je me sentis entouré, pressé par ces êtres qui m'appelaient le dieu de Dieu, le trois fois saint de son salut, la plus grande joie de son ciel etc., etc. J'eus réellement peur, j'appelai le secours de l'Ange; il me dit de marcher sans regarder ni à droite ni à gauche, de suivre la voie que la perle avait tracée, et de tenir mes mains élevées au-dessus de ma tête. Alors il se fit un bruit terrible de pleurs et de gémissements, de cris et de la* mentations.
Avant d'entrer dans l'ouverture du rocher, l'Ange me dit i = « Remets tes pouvoirs à l'Homme et à la Femme; cette >> partie du premier passé leur appartiendra. » — « Comment >' ferai-je et que leur dirai-je, demandai-je à l'Ange? « = " Souffle sur eux trois fois en formant le signe de la croix du " souffle de ton haleine, et dis-leur : —Je vous reçois et vous " confère l'ordre de l'entier sacrifice du matin; je vous institue '> les auxiliaires des préposés à cette première partie du sanc-
» tuaire; je vous donne droit sur tout ce qui tient à la porte : " d'Éphraïm : à vous l'air et l'espérance des montagnes de Ju- " dée et de Samarie. Je vous donne les douze noms de ceux " qui ont été appelés les douze premières pierres de la porte »' de Salomon; portez ces noms comme un collier à votre cou " et comme une ceinture à vos reins. «•
Je fis et je dis ce qui m'avait été dit. L'Homme et la Femme devinrent resplendissants; ils dirent trois fois : Amen! et ils le firent répéter une fois à ceux au milieu desquels je les laissai.
J'entrai avec l'Ange dans l'ouverture du rocher. L'Ange me fit retourner et il me dit : == » S'ils passaient, ils seraient " plus malheureux qu'ils aient jamais été, et les tiens seraient » plus entravés encore. Écris donc sur chacune des parois de » ce passage, à droite les douze noms des douze pontifes qui " ont douze noms dans chacune des lettres avec lesquelles tu " écris leur nom; nomme cette première série : le collège " THÉOLOGAL. Sur la paroi de gauche écris ces trois noms :
>' VALLÉE DE VISION, EHGLEMPHAËL, THRÉASTHAËL. »
Je fis; et l'Ange me dit : = « Dès l'Éden les créatures se " liguèrent ensemble pour instituer leur coupable individua- " lisme; elles en firent leur code social, leur religion morale, " leur évangile et leur Dieu. Alors le fini voulut et prit pour * lui tous les abîmes qui le séparaient de l'Infini; il se passion- " na pour le temps, et relégua comme un rêve pénible et gê- " nant la raison de sagesse qui mesure les droits possibles à » une sainte éternité : la matière devint le but de toutes les " pensées de ceux qui ployés sous le Ciel ne voulaient pas s'a- »' vouer dépassés par sa puissance. On prit à tâche de fermer »' sa mémoire à ce qui restait encore des connaissances de Tes- »> prit; on aima le mal parce qu'il était plus saisissable et qu'il " s'accordait mieux avec la fièvre et le délire des passions. La » terre fut adorée parce qu'elle se prêtait volontiers à la folie " des jouissances du corps; l'âme humaine s'associa à tous les
»' instincts du cœur pour inventer des causes nouvelles et de " nouveaux moyens d'anticipation au favoritisme de tous leurs »♦ excès.
» Le règne funeste de ce premier antéclirist fut nommé dans » le ciel LE RÈGNE DE l'abîme. C'est pourquoi il dut être pré- " cipité comme la mort l'a été dans les multiples abîmes du " déluge. Mais voici que les créatures, toutes-puissantes qu'el- » les sont de leur liberté, ne peuvent néanmoins prévaloir con- " tre leur Créateur. Tant qu'elles seront créatures, elles seront » contraintes, par la loi de justice dans laquelle elles ont été " créées, de concourir et de servir tous les desseins du Très- » Haut, parce que tous ses desseins sont en raison du bien-être " et de la gloire des créatures, comme ils sont en rapport avec '» la plénitude de la justice à laquelle elles appartiennent. " Quoiqu'elles fassent, elles ne peuvent trouver de repos et do " bonheur qu'en rentrant dans l'ordre de cette suprême justice »• qui est en Celui qui les a créées.
»' Regarde et juge, me dit l'Ange du Seigneur, voici ceux " qui ont appartenu à l'ordre post-diluvien. Descends, fils de " l'homme, ajouta le messager divin, je te mets au milieu de " la poitrine la flamme de mon front. *
Je vis là une multitude incalculable de petits points phosphorescents tournant toujours comme autour d'une roue. Je vis qu'il j avait à chacune des parties de ce grand cercle deux colonnes qui étaient semblables à ces rayons qui traA^ersent certains nuages dans les jours orageux. Toutes ces petites flammes phosphorescentes allaient sans cesse vers une de ces deux colonnes, et repoussées toujours, elles ne cessaient d'aller de l'une à l'autre sans produire d'autre résultat que de perdre au contact de l'une toute leur phosphorescence, et de reprendre à l'autre une teinte plus rouge, ce qui leur donnait une grande ressemblance avec un petit charbon embrasé. A chaque contact avec ces colonnes, ces petits points lumineux poussjîient
un cri sourd et comme étranglé; mais quand ils se heurtaient les uns contre les autres le cri était acre, lent, et se terminait comme un blasphème. Ces petites phosphorescences couraient avec tant d'activité et de frénésie qne je croyais toujours que tout allait s'agglomérer et produire une masse de feu pour se consumer, mais il n'en était rien : les mêmes cris se reproduis saient sans cesse, la même vitesse, la même frénésie dans le même tournoiement. Je n'osais m'avancer, j'avais peur de ne pouvoir résister à ce tourbillon terrible qui produisait de lui* même un bruit semblable à celui d'une multitude de roues mues par une machine à vapeur. — Une voix me dit : •• Tra- »' verse ces cercles. " Je fis le signe de la croix et je m'élançai pour franchir cette espèce de trombe.
Alors j'entendis des multitudes de voix gémir, crier, pleurer, appeler les hommes qu'elles nommaient leurs frères, chantant le nom du Seigneur, disant qu'il est bon, digne, juste 3 saint et miséricordieux. Elles recommençaient ensuite leurs cris de détresse, leurs lugubres gémissements; puis d'une commune voix, mais si douloureuse, si déchirante, elles crièrent : = " O vous qui êtes nos frères, nous retiendrez- vous encore »' longtemps le jubilé qui doit nous délier? Vous avez menti à » la bonté du Seigneur; c'est vous qui êtes cruels, terribles, » inexorables! « — Je fus effrayé, car je me vis pressé de toutes parts par ces malheureux êtres. = •♦ Ah! leur dis-je, que puis-je pour vous? »» = « Tout! crièrent-elles, mais va plus >♦ loin, tu n'as rien vu encore. •»
Quand je fus au milieu, je vis un grand monstre qui avait une tête d'hydre, des bras et une poitrine de harpie, le reste du corps d'un pourceau et les pieds d'un bouc. Il hurlait de façon à ébranler cette affreuse caverne; il insultait, il outrageait la foi, la prière, l'espérance de ces malheureuses victimes. Il ne pouvait se jeter sur elles, car je remarquai qu'il était enchaîné; mais il accablait de reproches, de flatteries, de mena-
ces, de promesses 5 de fureur, de colère tout ce qui se mouvait autour de lui; ses paroles de reproches prenaient les formes de toutes les infractions auxquelles nous pousse Fégoïsme de toutes les injustices naissant de l'individualisme; puis ses menaces étaient semblables à ces commandements donnés par le Très- Haut au mont Sinaï; ses flatteries étaient un abandon absolu il l'égoïsme, une séparation voulue, de la masse générale; ses promesses annonçaient le résultat avantageux qui se prononçait dans la nature humaine, c'était une espérance de triomphe par Ja foi et l'amour du soi; elles montraient l'homme tardant à les délivrer pour leur amasser une puissance plus étendue et plus durable; enfin des rires stridents, méchants, sai^don-iques et moqueurs exprimaient ses colères et ses fureurs.
Alors ces pauvres victimes crièrent : = "• Toi à qui il est ^' donné de pénétrer en nos demeures, ne va pas t'en prendre à " Dieu! il nous a libérées, il nous a sauvées; mais la justice qui " est en nous nous pousse elle-même à l'état où tu nous vois-. " Jusqu'à ce que le tabernacle «lohîmique soit ouvert, nous se- " rons ainsi. — Cette première colonne que tu vois est celle des " grâces d'abnégation, de pur désintéressement, d'intelligent « dévoûment et de sage correspondance avec l'infinie et suprc^ ^' me miséricorde de la Victime ét<îrnelle. Les vraies victimes " de la terre doivent par leur fidélité à ces grâces devenir le ^^ saint autel d'iElohim, son divin tabernacle, son temple, son " palais, son trône et les courants suprêmes d'un éternel jubilé " qui reconstituera toutes choses dans leur premier état. C'est ^' la queue du serpent qui doit l^étrangler lui-même, et par là ^' briser tous les fatals anneaux qui tiennent tributaires et soli- •" daires toutes les créatures du ciel et de la terre.
" Ce géant qui est au milieu de nous, c'est l'esprit de tou- ^' tes les passions et de toutes les engeances de l'égoïsme; c'est >' le terrible dieu choisi par les habitants de la terre. Nous ^' voyons en lui toute l'horreur de nos excès, toute la laideur
" de nos coupables satisfactions, tout le bien qu'il nous était '» possible de faire, celui auquel nos frères ont satisfait, le mal " que nous avons fortifié, les difficultés que nous avons créées " aux générations qui devaient nous suivre. Leur amour d'el- " les-mêmes nous écrase, et leur égoïsme nous torture jusqu'à »' ce qu'une famille entière ait constitué un foyer de parfaite " opposition à tous ces dérèglements, jusqu'à ce qu'elle ait con- " senti à enfanter en terre l'esprit véritable de la vie de pure di- " lection, jusqu'à ce qu'elle ait conçu et mis au monde un Caïn " d'abnégation, d'entier désintéressement, et un Abel justement " et saintement immortel, jusqu'à ce que ce Caïn ait fécondé la " dilection, et cet Abel donné un fils à l'immortalité, jusqu'à " ce qu'enfin naissent sous le soleil des humains l'intègre con- -» stitution de la guerre solennelle contre l'égoïsme et le saint " apostolat de l'angélique liberté. Alors seulement, nous ren- " trerons dans les lois d'une juste et sainte hardiesse, dans la >' propriété d'un labeur progressif de gloire et d'honneur.
»• Quand le jubilé du tabernacle aelohimique aura été sciem- " ment célébré, quand les douze apôtres d'aElohim seront jus- " tement vêtus en aslohimites, nous serons admis à préparer " nos âmes pour la reprise de nos corps, afin de bâtir la ville " sainte et le temple de la Jérusalem des hommes, pour faire " un divin parallèle avec le temple et la Jérusalem de Dieu, " temple du nord et du midi, de l'Alpha et de l'Oméga. » J'entendis une voix puissante et forte qui me dit : = « Achève de traverser cette demeure, et dirige-toi vers " les colonnes qui portent au ciel , car l'autre est la colonne des " solidarités qui apporte en ce lieu toutes les résistances au » bien compris, toutes les recherches coupables de ceux qui »' croient s'attribuer le droit de violer la loi de sainte justice " et les ordonnances du Créateur : c'est par cette colonne que » s'alimente la cruelle dette de solidarité, ainsi que la respon- »' sabilité de toutes les usurpations de l'égoïsme. ••
— âô9 —
Je ine dirigeai vers la colonne qui m'avait cté indiquée comme devant être la porte de ma sortie. Je m'aperçus qu'au lieu d'être sur un plateau droit et uni, je descendais même trèsrapidement; la clarté diminuait à mesure que je descendais. Bientôt je n'eus plus que la lueur vacillante d'un douteux crépuscule; mes pas se trouvèrent embarrassés; j'entendis comme un bruit flasqueux l'action de mes pieds se levant et retombant dans une boue tantôt liquide, tantôt épaisse et gluante. J'entendis un bruit semblable à celui de corps inertes qui tomberaient les uns sur les autres, et qui, en tombant, répandraient dans leur choc des matières corrompues, putréfiantes et morbides. Je sentis, en avançant, que quelque chose grouillait dans cette fange noire et gluante; mais pourtant je ne pus distinguer aucun être positivement palpable; j'avançai encore, saisi de crainte et d'horreur.
Alors j'entendis un bruit semblable à celui du battement des ailes d'un grand nombre de chauves-souris, puis des gémissements sourds, étouffés, qui venaient traverser ma poitrine et m'entraient dans le cœur comme la pointe aigûe d'un glaive; j'avançai en chancelant; une voix me dit ; = • Arrête! >♦ ces bolges que tu viens de traverser sont les cachots des pré- " dicateurs de l'égoïsme, des prêtres de ce cruel démon, des " ministres de l'individualisme, des dévots au culte criminel " du soi : ils sont ainsi par eux-mêmes. Le Ciel leur a pardon- " né; mais ayant reçu la clé de la justice, ils l'ont emportée ," avec eux, et comme ils sont forcés, par sa propre possession, " de s'en servir, voici les lieux qu'ils ouvrent pour arriver à " cet orifice qui leur apportera, par la conversion de leurs frè- " res, le rayon de remise et de réintégration donnant à cette " clé sa seule et véritable direction. Écoute! ..." — Je restai stupéfait, anéanti.
Alors des voix lentes, semblant couler comme un ruisseau de lie épaisse et corrompue, dirent : = « Qu'il est terrible d'à-
^' Voir reçu la clé de la vérité , et de n'avoir ouvert avec elle " que des tombes et des sépulcres! Oh! qu'il est amer d'avoir " reçu le moyen de diriger cette clé, et d'avoir fermé avec elle " toutes les portes qui ouvrent des issues pour aller à Dieu! " Qu'il est terrible d'avoir livré cette clé à l'égoïsmet jusqu'à " ce qu'il ait été vaincu, il aura droit sur elle. -^ J^lobimitesj v» ^Elokimites, quand donc vivrez-vous? quand donc entrerez- " vous dans votre sacerdoce? quand ferez-vous entendre vos " douze voix? quand direz-vous : = « Nous célébeôns, nous
" TEOCLÂMONS LE JUBILE DE LA TEERE, DES PEUPLES, DES SlÈ^ " CLES ET DES NATIONS QUI SONT SOUS LA TEEEE, DANS LA TEBEE, " SUE LA TEEEE ET EN TOUT CE QUI ENViEONNE LA TEERE. " — *
Et elles recommençaient : « ^lohimites, 2Elohimites, quand •' donc vivrez-vous? quand donc eiitrerez-vous dans votre sa-- » cerdoce? »
Je me sentis saisi par une vive et intelligente douleur; mon âme fut broyée, mon cœur déchiré! « Pauvres âmes, m'écri-^ " ai-je, frères malheureux, que Dieu le veuille, et je jure de >' rester avec vous! » — Alors il se fît un bruit comme jamais je n'en ai entendu; les plus amères souffrances, les plus déchirantes douleurs n'eurent point de cris semblables! = » Oh! di- » rent ensuite toutes ces voix réunies dans un solennel accent " de désespoir, ainsi disent les hommes; les grands, les héros " parmi eux s'enorgueillissent d'être prêts à partager le sort et " la misère de ceux qui crient vers eux; mais pour les sauver, " pour les rendre libres, pour tenter leur délivrance, pour " tourner le chanvre et tordre les fils qui doivent servir à fai- " re l'échelle de leur liberté, combien se sont soustraits au ciel, n à Dieu, préférant se perdre eux-mêmes et venir augmenter '» notre malheur plutôt que de se sacrifier à un ordre caché, " long, mais certain! Fuis-nous, fuis^nous, et va dire à nos " frères que notre nombre est terrible; que ce ne sont pas des " compagnons que nous appelons, mais des sauveurs, des amis.
V' des ribèrateurs. Ya, quitte ces limbes, et crie sur le sol deâ >' vivants, à tes amis et à tes frères ; -^ « iElohimites, ^lo- " himites, levez-vous, ne résistez plus à la vie! par pitié, as- >' seyez-vous sur le troue si puissant de votre sacerdoce! pu- •" bliez l'année de grâce, l'année de délivrance, l'année de ^' rentrée en possession-. Sonnez, sonnez, trompettes sacerdo*- '" taies, sonnez le grand, le saint, l'universel jubilé du temps ^' et de réternité! ^
Ma tête se courba, mes genoux ployèreét; je laissai échap* per de mon cœur un cri d'ineffable sympathie; je dis, tombant de honte et d'espérance : Je vous le jure, vous serez délivrés! — Je crus être tombé pour ne plus me relever. Je fermai les yeux tant j'avais peur de voir le sol sur lequel j'étais tombé, Jes êtres qui allaient m'entourer! Je ne sais si eet état dura longtemps; je seiitis enfin une fraîcheur semblable à celle de notre atmosphère ordîflaire, j'ouvris les yeux : j'étais en face *de la troisième partie du sanctuaire.
J'avais deV^ant moi ce cadavre inerte et sans vie <iont les dé* •chirures et les plaies étaient comme si la vie venait -de les aban* donner. --^ L'Ange qui m'avait jusque 14 servi de guide était ^agenouillé près de ce cadavre; il pleurait à chau-des larmes. -^ Deux vieillards que je reconnus pour être ceux qui m'avaient donné à laver mes mains et mes pieds, ètaieîtt aussi agenouil* lés; ils pleuraient abondamment. Je m'agenouillai et je frappai ma poitrine , car e'était laon Dieu qui était là comme au jour où on le descendit de la t:roix. Oh! je Taffirme, je versai des larmes bien brûlantes; je erus-, je ne sais trop pourquoi, que là où mes larmes tombaient la chair se ranimait; je m'approchai plus près, l'Ange s^inclina plus bas> l'âme des vieillards s'é^ chappa en sanglots. C'était vrai : ma douleur, mes cris, mes pleurs, le souffle brûlant qui s'exhalait de ma poitrine ranimait ce corps divin. Je n'y tins plus, je m'étendis sur ce corps, je toe souvins de l'antique prophète. O surprise! ô amour! la vie
revint! je sentis le cœur battre, le sang circuler, les plaies se fermer. Mon Dieul mon Dieu! les prophètes et les voyants ne sont rien, pas même eux; car si j'avais été moi, rien que moi, je devais mourir, non pas une fois, mais mille fois!
Je me levai, et Jésus se leva, il ne me dit rien, il resta droit ses bras croisés sur sa poitrine. — L'Ange devint radieux; un des vieillards prit subitement une figure toute lumineuse, et deux rayons plus resplendissants que ceux de notre soleil sortirent de son front; l'autre, celui qui m'avait lavé les pieds, devint brillant comme une étoile : il se trouva vêtu d'un manteau blanc, ses cheveux brillaient comme de la neige réfléchissant une incandescente lumière. Il avait une longue robe rouge sur laquelle je vis écrits tous les noms de ceux qui avaient habité le ciel et de tous ceux qui avaient habité la terre. Je me remis à genoux; l'Ange vint à moi et me dit : ==^ " Il faut encore passer cette partie dernière -du sanctu- " aire avant d'entrer dans le tabernacle d'Adonaï. «
— " Mais, répondîs-je, comment passerai-je? le Seigneur »> et les deux vieillards m'en ferment l'entrée. "
== « Emporte ce qui t'appartient, et alors tu commanderas » aux deux vieillards de te suivre. »
— " Mais, repris-je, je n'ai rien ici qui m'appartienne, je » ne m'appartiens pas moi-même. «
= «♦ Si donc tune t'appartiens pas véritablement, il estjus- »' te que Celui à qui tu te donnes soit à toi pour opérer ses » œuvres et te faire la main et la voix de sa volonté. "
Je m'agenouillai, et prenant les pieds de mon divin Maître entre mes bras, je m'écriai ; — . " Seigneur, Seigneur, je ne " puis rien sans vous! »
== " Le crois-tu? me dit ce divin Maître. «
— " O mon Dieu, mon roi, mon tout, oui je le crois! "
= « Sthrathanaël, voici ce que pouvaient tous ceux que tu »' vas voir. Je n'ai jamais appelé à moi pour repousser; je n'ai
jamais dit à riiomme : Faites ceci en mon nom et j'y resterai étranger. J'ai dit : Faites ce que je vous appelle à faire, et je vous en tiendrai compte, honneur et gloire. Servez mes desseins comme je veux qu'ils soient servis, et je serai avec vous pour les servir; soyez vraiment à moi, et je ne vous quitterai pas; mais si vous me quittez le premier, vous aurez des peines et des fatigues infinies pour me retrouver. " Celui qui aime sert ce qu'il aime, c'est-à-dire qu'il est heureux de trouver en lui des facultés et des moyens pour exprimer son bonheur et sa joie d'aimer. Celui qui aime autre chose que son Dieu, sans l'aimer pour son Dieu et sans en vouloir faire une cause ou un moyen de procurer la gloire de son Dieu, verra cette chose le fuir, périr et l'abandonner. Il périra lui-même, et il ne lui restera rien de son culte qu'un poids qui le tiendra plus longtemps dans l'impossibilité de gravir vers la justice d'un amour auquel il a préféré une injustice.
" Malheur à qui quitte la vie et se donne à la mort! car bien que Dieu pardonne, la créature solidaire veut le pardon de ceux qui ont participé, souffert et augmenté leur dette de solidarité dans ses propres et personnelles infractions, et elle ne se pardonne pas à elle-même, tant elle a horreur de soi, avant d'avoir été pardonnée par son siècle, son temps, sa patrie, sa génération! Elle est heureuse dans l'état et la condition qui lui ont été octroyés par le pardon divin; mais elle ne l'est pas du côté affini taire de sa solidarité avec la généralité des êtres auxquels elle appartient. " J'entrai dans cette troisième partie du sanctuaire. Il y faisait une nuit épaisse. Tout mon être se glaça par l'effet d'une horreur indicible; d'affreux pressentiments m'assaillirent; j'essayai de retourner en arrière, mais cela me fut impossible. — Mon Dieu! mon Dieu, m'écriai~je, où suis-je donc? — Une voix sortit de ma poitrine, et me dit : = - D:uis le saint des saints;
'' dans les trésors divins des mérites de la vie, de la mort àù >' Fils de Dieu; dans le tabernacle de sa perpétuelle immola- » tion, de sa continuelle présence; dans la salle du banquet où »' son corps et son sang sont donnés sans cesse en nourriture " et en breuvao-e. «
Alors une lumière sortit d'où j'avais entendu la voix, et je vis que cette lumière et cette voix venaient du trésor eucharistique que j'avais le bonheur de porter. A la faveur de la lumière sainte qui s'échappait de la divine Hostie, je vis les deux vieillards : l'un était à ma droite j l'autre à ma gauche* Celui de droite me dit : == « Remarquez attentivement tout " ce que vous verrez à votre droite > et vous le reproduirez " pour en instruire vos frères. »»
Comme il finissait de parler, je vis une Femme assise sui* Un trône; elle était d'une magnifique beauté. Autour d'elle, étaient des bains d'une eau claire, limpide et délicieusement parfumée. Cette femme vctue de blanc avait la tête nue, mais une chevelure si belle, ai magnifique qu'elle seule aurait suffi à lui faire un vêtement. Elle avait pour toute parure une étoile ait milieu du front» Une de ses mains était levée vers le ciel, et l'autre abaissée sur la terre semblait commander impérativement. --=• J'entendis quelque chose qui remuait autour des superbes bassins qui contenaient l'eau et qui semblaient êtres de mystérieuses baignoires ; ce bruit ressemblait à celui d'un amas de crabes placé dans un encaissement profond. Je me tournai de ce côté, et je vis en effet mie innombrable quantité de ces crustacés les pattes enchevêtrées les unes dans les auti'es. Je remarquai qu'ils n'avaient pas l'écaillé dure comme l'ont ordinairement ceux que nous péchons dans nos petits ports- mais ce qui me fit une impression poignante, c'est que je vis et compris que ces êtres avaient été des hommes! .... Le bruit sourd et écumeux qu'ils faisaient entendre venait de ce qu'il n'y avait que le bout de leurs pattes qui fût d'une sub*
stalice dure et perçante; alors chaque fois qu'ils se remuaient, leurs pattes acérées et dures perçaient toutes leurs autres parties molles et sensibles. Ils essayaient d'échapper à la pression les uns des autres, et à cause de cela, ils la provoquaient de nouveau, de sorte que leur activité était sans cesse stimulée par mille et mille douleurs qui ne leur permettaient aucun tolérable arrêt. Les plaies et les déchirures qu'ils se faisaient les uns et les autres se guérissaient par d'autres plaies et d'autres déchirures. — Je voulus détourner la tête; mais le vieillard qui était à ma droite me dit : =^ « Regardez. »> Je rapprochai mon regard.
Alors je vis ces malheureux êtres excités encore par une autre cause que celle que j'avais aperçue : c'est qu'ils tentaient d'arriver aux bords de ces bains qui étaient tout près d'eux et dont ils sentaient intelligemment la fraîcheur et le parfum. J'en vis plusieurs qui, parvenant à s'arracher des serres de leurs frères, touchaient déjà à ces bords tant enviés. Alors les pattes qui avaient touché ces bords devenaient des mains semblables à nos mains; quelquefois elles s'avançaient assez loin et devenaient un bras; mais alors une telle multitude s'accrochaient à ceux-ci, les déchiraient tellement que le poids et une insurmontable recrudescence de douleur les entraînaient dans la masse commune qui alors s'excitant tout entière contre eux les replongeait sous son poids terrible et sous les effrayants efforts qu'elle faisait pour atteindre à son tour ce qu'ils avaient atteint et subir, hélas! le même résultat. —Je remarquai que le doigt de la Femme, dont la main était étendue sur la terre, donnait précisément sur ce plus que douloureux tableau.
Le vieillard de gauche me dit : = « Regardez maintenant " de ce côté. >*
Je vis un nombre considérable d'hommeâ assis sur une barre de fer rougie à la fournaise. Ils étaient élevés à environ trois coudées du sol; une colonne d'air tombait sur leur cou et pas-
— ait) —
sait sur cliaciuie de leurs épaules, coiume une étole et les empêchait de se pouvoir rejeter en arrière. Je vis que leurs jeux avaient acquis, à force d^efiorts et de fixité, des proportions réellement monstrueuses; leurs bras pendaient et suintaient une eau rousse qui paraissait tomber à terre. Mais le vieillard me dit : =î M Reo'ardez au-dessous de ce triste siéo-e. "
Je vis alors que les cuisses, les jambes et les pieds de ces malheureux suintaient comme leurs bras une eau épaisse et rousse; puis sous leurs pieds, je vis le commencement de cette grande souille remplie de ces êtres horribles dont j'ai fait déjà la description. — Alors j'entendis des cris et des reproches que nulle langue ne pourrait traduire ; les reproches qui partaient de la souille étaient proférés ])ar les êtres qui y grouillaient. — La Femme de droite parla; voici ce qu'elle dit :
=^ « Malheur, malheur à qui peut sauver ses frères, et qui n les laisse se perdre! car un jour viendra où le crime et la >* mort des perdus seront attribués à ceux qui ont été insensi- " blés ou indifférents; ils auront sans cesse devant les yeux de » la justice qui s'éveillera en eux, les victimes de leur insensi- " bilité et de leur indifférence : ils ont été à eux seuls, ils y se- » ront abandonnés. Le funeste équilibre de leur moi les retien- >' dra de toute sa puissance, et leur solidarité naturelle et spi- » rituelle passera sans cesse sous leurs atones regards.
'» Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui connaissant » la mission de salut et qui, en étant solennellement investis, » ont laissé cette mission sans la faire valoir, et l'abîme s'ouvrir " quand il leur était donné de le fermer! Malheur, trois fuis " malheur à ceux qui avaient le droit de baptiser leurs frères, " et qui ne les ont pas baptisés! la grâce du baptême se tien- " dra devant eux, leur montrant sans interruption leurs victi- » mes, et elle excitera du doigt de sa puissance les reproclies >' et les accusations de ceux qui ne seront rL^levés et baptisés " qu'au jour du grand et éternel jubilé du Christ glorieux. '»
Alors j'entendis cinnnie le soutHe d'une trombe (.[ui ■i'i.'nà les flots pour s'ccliapper du sein des ondes. Ce souftle se changea en d'innombrables voix qui disaient : == « Quand donc l'Esprit " d'iEloliim se répandra-t-il sur la terre? quand donc naîtront " dans le cœur des hommes les pouvoirs selohimiques? quand >' donc les âmes de nos frères seront-elles accessibles à la gran- " de et solennelle conception de ce triple sacerdoce qui lenr >' donnera droit sur le passé, sur le présent et sur l'avenir? " ^^îohimites, iElobimites, quand donc crierez- vous sur les " hauteurs du mont Garmel : « Voici le jubilé des tivakts
" ET DES MORTS ! VOICI LA PREMIERE PORTE DE LA RESURRECTION " QUI s'ouvre! ESPRITS RÉSERVES POUR LE PREMIER JUGEMENT, " LEVEZ -VOUS, ET SOYEZ REVETUS DE l'aNTICIPATION SACREE DE
» NOS POUVOIRS JUBILAIRES"! ^lohimites, ^Eiohimites, regar- " dez-nous, et malgré notre espérance, malheur, malheur, " malheur à vous, si vous profanez les pouvoirs divins et mi- " séricordieux d'iElohim!!! "
= " Passons, " dit le vieillard de ma droite. — Je voulus regarder ceux qui étaient assis sur la barre de fer rougi, afin de voir s'il n'y avait point aussi pour eux quelque signe d'espérance. Hélas! ils étaient restés muets, fixant toujours leurs yeux sans pouvoir les détourner de cette souille où se mouvaient et se déchiraient, comme avant leurs cris, ces malheureuses créatures d'une forme si ignominieuse.
J'avançai; une odeur fétide, semblable à celle qui doit s'exhaler d'un marais vaseux et pourri, me causa une bien douloureuse suffocation. Mon Dieu! mon Dieu! je vis une grande mare d'une eau noire frangée de teintes semblables à du sang fraîchement répandu. Dans cette mare étaient enfoncés jusqu'à la poitrine des milliers de milliers de ciéatures semblables à des cadavres affamés; ils aboyaient comme des chiens poussés par la f^u'm. — Un corps frais et vivant, le corps d'un homme dan-s la fleur de l'âge, tombait à la surfine de cette m.are infecte;
fdtlâ ces cadavres se ruaient comme des hvdropliobes sur tfë corps; iis se heurtaient les uns les autres et se déchiraient avec line telle fureur, une telle rage, que le plus grand nombre tombait au fond de la mare, entraînant avec soi le corps qui y disparaissait après avoir glissé dans leurs mains dont les doigts étaient inertes. Alors recommençaient des cris nouveaux, des rages nouvelles ^ et le corps semblait tomber de nouveau : mê^ lue empressement, même fureur, même déception, même colère, même rage!
Près de cette mare était une Femme d'une majesté suprê^ me, aux regards les plus doux et les plus maternels. Elle était vêtue d'une longue robe rouge; un éphod de même couleur^ mais garni d'une large bordure d'hermine, couvrait ses épaules et revenait en forme de croix sur le devant: sa main droite était levée vers le ciel, sa main gauche semblait désigner à quelqu'un la mare dégoûtante et les malheureuses créatures qui y étaient enfoncées ; une flamme vive sortait de son front - — Autour d'elle une table splendide était servie; je ne voyais partout que du pain et du vin; mais de ce pain et de ce vin je sentais s'exhaler toutes les délices, toutes les ambroisies capables d'être désirées par les intelligences les plus délicates et les plus subtiles. Ilélas! hélas! je vis alors que ce n'était qu'après avoir fixé leurs regards fiévreux sur cette Femme et sur la ta-* ble servie qui l'entourait, que ces malheureux surexcités dans tout leur être, par tous les impuissants efforts qu'ils tentaient^ afin de s'approcher de ce simple, mais plus que royal banquet ^ je vis 3 dis-je, que ce corps qui paraissait tomber au milieu d'eux et qu'ils semblaient devoir saisir, n'était qu'une funeste et décevante illusion enfantée par leur rage et leur délire! . . .
Mon vieillard de gauche me dit : == " Regarde de ce côté >' ceux à qui s'adresse la grâce suprême de la divine Eucharis^ i' tie. " -— Ciel, me condamnerez- vous à continuer cette san* glante, épouvantable et lugubre histoire? . * *
J'e VIS de ce côté comme un marais abandonné; il était coupé de larges ruisseaux dans le lit fangeux desquels roulait un sang noir et fétide; des êtres à figure hideuse, mélange inappréciable de rapports avec la ressemblance humaine et les figures de la fouine, du chacal et de la hyène, se trouvaient enfoncés dans la terre boueuse et gluante, de façon à avoir incessamment sous leurs reo-ards le cours san£!;uin oient des fêtiez &
des ruisseaux, et, pour les reposer, la grande et terrible mare, ainsi que les atroces souffrances des malheureux qui y étaient enfermés. Une large flamme couvrait leurs épaules; leur crâne était rempli de petits serpents qui en perçaient à tout instant les parois; puis, qui, effrayés de l'air qu'ils sentaient, se renfonçaient dans les cases formant leurs nids, pour chercher ensuite une nouvelle issue qui se refermait d'elle-même sitôt qu'elle était abandonnée. Ces hommes tenaient tous un calice dans leurs mains : ce calice semblait être incrusté dans leurs doigts; leur bouche s'y portait incessamment comme poussée par une puissance à laquelle elle ne pouvait résister; leur langue s'allongeait, essayant d'aspirer ce que contenait ce calice. Alors un énorme serpent s'élançait à leur langue, il pénétrait dans leur gorge en leur faisant éprouver toute la souffrance de la suffocation et de l'étouffement; il descendait dans leur poitrine, il mordait leurs poumons ; ils enflaient alors comme des tonneaux; leur poitrine crevait, ils poussaient un mugissement à effrayer l'enfer même. Le serpent sortait, rentrait dans le calice; les malheureux redevenaient ce qu'ils étaient avant l'absorption du serpent, et les mêmes scènes se répétaient toujours de la même manière!
La Femme qui était assise dit : =^ " Malheur a ceux qui
'> MÉPRISENT LE CORPS ET LE SANG DU FiLS DE DiEu! Malheur
" à ceux qui le reçoivent comme mort et non comme leur de- " vant donner la vie! malheur à ceux qui en abusent par égo- " ïsme et par hypocrisie! malheur à ceux qui mangent cette
>• Chair divine et qui boivent ce Sang divin sans en être nour- » ris! mais malheur, malheur à ceux qui ont appris aux créa- " tures du Seigneur à abuser de ce mystère divin! malheur, » malheur, malheur à ceux qui Pont déshonoré et discrédité ^ par leur conduite et par leurs scandales! malheur trois fois, " trois fois malheur à ceux qui s'en sont servis pour livrer « leurs frères, pour les perdre, pour les vendre, pour les tuer!
" Malheur sept fois, sept fois malheur à ceux qui ont donné « leurs frères au démon, qui les lui ont asservis, qui lui ont '» donné entrée et puissance en eux, en les poussant, les forçant, " les tentant pour leur faire servir, commettre, accomplir, pro- " mulguer le sacrilège! Ceux-là qui avaient le droit divin sont » les premiers répondants des outrages et des sacrilèges qui » ont été, qui sont et qui seront à cause d'eux, par eux et en >' mémoire d'eux; leurs victimes ne cesseront de les tourmenter; " la peine de leurs saci'iléges recevra les formes qui convien- " dront au jugement de leur conscience; elles auront le pou- »» voir de les envoyer tourmenter ceux qui les ont instruits en " ces crimes, et le châtiment qu'elles subiront passera d'elles, " comme double et triple châtiment, en l'âme et en l'esprit de " ceux qui étaient les gardiens et les économes de ces augustes »» moyens, de ces infinis et divins trésors : leur grandeur et " leur immensité seront multipliées en tourments et en anathè- » mes pour ceux qui en devaient faire la gloire de leur iuves- »' titure et celle de la famille qui leur avait été confiée par Ce- " lui qui est la grâce, la vie, la puissance et la divinité de cet " auguste sacrement. »» — La Femme cessa de parler.
Alors des voix épuisées, lourdes et traînantes dirent ;
= ♦» L'éclair qui vient de passer devant le lieu de notre » supplice nous annonce-t-il enfin la sainte aurore du jour qui « nous délivrera? car pour nous le soulagement ne peut nous »» séduire : la délivrance! telle est notre attente. Nous savons »' que des hommes, vivaiit de la vie dont nous avons vécu.
»' seront appelés les hosties volontaires et généreuses qui, s%i- " nîssant au malheur de tous leurs frères, réuniront leur dette >» et la réduiront en farine pour la pétrir avec les larmes sym- »> pathiques de leur cœur, et en faire une hostie dont ils se fe- »' ront, en la vertu divine de l'amour de Jésus-Christ, la vie, " la puissance et le spirituel pouvoir! Ils doivent venir à nous >♦ du tabernacle gelohimique nous annoncer le grand jour jubi- »• laire pris par avance sur le grand jour du Seigneur qui sera " le jour éternel des sauvés et des heureux.
>» Ah! jour des aelohimites, viens, viens vite; toi seul seras " l'annonce certaine de notre délivrance! Jubilé, jubilé saint, " nous savons que tu es descendu du Ciel; mais qui t'annonce- » ra? Viens, viens vite, sauve-nous! sauve-nous!! "
Du côté du noir marais, mêmes tourments, même supplice; pas d'autre cri que celui qui précède le moment terrible de la sortie du serpent pour lui rendre une nouvelle cruauté et lui faire répandre un nouveau venin dans le calice du sacrilège!
Avançons, me dit encore mon guide de droite. Cette fois nous entrâmes dans un lieu subtilement éclairé. Une lumière aiguë était répandue dans toute l'atmosphère; une Femme d'une incomparable beauté, vêtue d'une longue robe blanche, ayant aux reins une ceijiture d'émeraude, sur ses épaules un long et soyeux manteau du plus parfait azur, une couronne de rubis sur sa tête, avait les yeux levés au ciel et les deux mains jointes; elle était assise sur un trône fait de douze pierres précieuses. Sur ce trône on distinguait une balance dont les plateaux étaient d'une parfaite égalité, un trépied sur lequel brûlait un encens pur, un sceptre formé d'une croix et d'une main portant à l'annulaire un anneau d'un pur diamant. Douze noms étaient écrits sur ce trône ; les lettres qui formaient ces noms étaient toutes lumineuses. La Femme priait, et on voyait de ses paupières couler lentement et par intervalle de grosses hirmes qui tombant sur ses vêtements sV clian-
goaient en noms de miséricorde, de pitié, de clémence et de pardon. Sous son pied droit étaient un glaive et une épée brisés en plusieurs morceaux; sous son pied gauche on distinguait trois masques déchirés.
Autour du trône, une multitude innombrable d'enfants difformes, rachitiques, morbides élevaient leurs mains avec de pénibles efforts; ils ne pouvaient rester dans cette attitude : la grande lumière qui environnait la Femme leur faisait éprouver des douleurs si vives, qu'ils étaient forcés d'étendre leurs mains sur leurs yeux; ils voulaient crier, mais leur voix n'arrivait pas même à la naissance de leur gorge. — Une autre multitude non moins grande était unie à celle-ci; tous ceux qui la composaient étaient nus. Ils étaient si honteux, si affectés de leur nudité, qu'ils essayaient tous les moj^ens possibles pour se cacher les uns aux autres, et à la lumière qui tombait sur tous, sans laisser aucune ombre. Ils étaient dans une préoccupation si active, si incessante, que tout leur corps était couvert d'une écume jaunâtre qui répandait autour d'eux une odeur acre et infecte. Ils criaient, mais leurs cris n'avaient aucune forme : on aurait dit qu'ils n'avaient pas la conscience de les formuler ni l'intelligence de leur donner un sens.
Mon vieillard de gauche me dit : = » Regarde de ce côté. »» — J'y portai ma vue. C'était la même clarté; il y avait aussi un trône; il était composé d'or, d'argent, de cuivre, de pourpre, de velours, de soie et de dentelles. Une large draperie moitié velours blanc, moitié pourpre, frangée de crépine d'or se leva. — Alors je vis sous le trône mille instruments de torture, de supplice et de mort; puis des cornues, des alambics, des mortiers, des minerais, des plantes fraîches dont les sucs m'étaient visibles et ne me laissaient rien ignorer de leur force vénéneuse; des substances de toute espèce et de toute sorte; des fioles remplies, d'autres vides; des essences subtiles et volatiles propres à donner toute sorte de maladies et toute sorte
de mort; des vases sacrés, des croix, des reliques roulant pèle* mêle avec des poignards, des ongles de fer, des cylindres, des étaux de toute grandeur et de toute forme, des crucifix, des chapelets, des bagues, des chaînes, des carcans, des baillons, des boulons, des entonnoirs fins comme des filtres, d'autres ])lus larges ayant un pied de tube et courbés, macules encore de sang et de matières qui décelaient que ces cruels instrumeïits pénétraient dans les corps humains pour y introduire des causes de tortures , des supplices affreux ! Tout cela gisait çà et là. Je vis des potences, des chevalets, des trapèzes de fer qui se faisaient rougir à la fournaise, de Peau bénite, des ceintures hérissées de pointes longues depuis six lignes jusqu^à dix-huit; les cadenas qui fermaient ces ceintures et les pointes aiglies qui les garnissaient étaient encore chargés de sang et de lambeaux de chair; - des colliers de fer qui se scellaient au cou de la victime avaient un anneau très-épais auquel tenait une chaîne de même métal; au bout de cette chaîne qui n'avait que deux pieds de long se trouvaient fixées, dans un plus grand anneau plus fort que celui du cou, deux entraves qui se fermaient avec une vis énorme : un squelette était pris dans ce barbare et cruel instrument; les pieds de la victime reployés en arrière étaient passés dans les entraves vissées à la cheville et remontaient, forcés par la chaîne à laquelle ils tenaient, à deux pieds de l'encolure, les bras seuls étaient libres; - des cercueils de fer que l'on chauffait tandis qu'on y avait enfermé un homme vivant; ces cercueils avaient de petites portes entrées dans les châssis pratiqués dans leurs parois; quand le patient suffoquait, quand il allait être asphixié, on ouvrait une de ces petites portes, souvent toutes à la fois, car ce travail se faisait devant moi comme il dut se faire tant de fois pour ceux qui y furent condamnés. — Un caveau s'ouvrit sous ce terrible trône; tous ces instruments inventés par l'enfer furent mis en œuvre! Je vis des malheureux scellés à une colonne de fer creux que l'on
cbaufFait jusqu'à ce qu'elle fût ronge; d'autres qui étalent attachés à des poteaux, et que chaque jour ou plusieurs fois le jour on brûlait partiellement. — Je m'arrête! mon Dieu, mon Dieu, je veux bien écrire encore, mais je sens que ma main ne veut plus m'obéir : mon cœur se glace! Pardon, pardon! sauvez-moi, et ne me contraignez pas à écrire le reste ! !
Les peintures de l'enfer sorties de la plume du Dante n'ont été, maintenant je le crois, que des réminiscences des sanglants épisodes avec lesquels l'avaient bercé dans son enfance quelques témoins conservés pour eifrajer l'avenir sur la férocité, la cruauté, la rage de ces sacrilèges qui prêchaient et servaient ce que l'enfer seul avait pu nommer la tiîÈs-sainte ikquisitioîs^ ! Oh! merci mon Dieu, je vais cesser de peindre les horribles détails de ces martyres que le respect et la sympathie dus aux victimes rendent intraduisibles! mais j'aurai, je l'espère, le courage, et je puiserai en la Justice des justices la force nécessaire pour montrer l'état actuel de leurs sacrilèges et hypocrites bourreaux.
Le trône sous lequel une sorte de caveau s'était ouvert attira mon attention : une Femme m'y apparut comme venant de s'y asseoir; cette Femme avait une longue robe éearîate; elle avait aux reîiis une ceinture d'or artistement travaillée; ses épaules étaient couvertes d'un manteau de drap d'or; sur sa tête une triple tiare or et pierreries ; la taille et les mxenibres de cette Femme étaient robustes; sa tête avait l'attitude d'une féroce fierté; ses regards semblaient s'être étudiés à reproduire celui des aigles à l'instant où ils couvent leur proie; ses joues étaient rouge pourpre, ses lèvres minces comme celles de l'astuce, et elles se relevaient un peu à leurs extrémités, comme celles du mépris et du dédain; ses cheveux étaient blancs et tombaient comme des torsades jusque sur le trône; elle avait un sceptre dans la main droite, c'était une croix à laquelle se trouvaient ioints, et comme fondus ensemble, une tête à trois
visages, une chuîne de fer, une corne d^ibondancc, un serpent d'or, un cercle d'airain et un burin qui devait marquer en rouge partout où i! passait. Sur les genoux de cette Femme étaient étalés des signes de grande puissance, de grande autorité, des bourses pleines d'or, des écrins remplis de pierres précieuses, des livres dont chaque page portait, écrits en liquide rouge, des chiffres considérables qui composaient des énumérations de sentences.
Le trône se brisa, il devint comme une épaisse fumée; la Femme resta assise, comme elle était avant, sur le trône; puis tout autour d'elle, aussi loin que ma vue pouvait s'étendre, voici les scènes qui s'aninièrent : — la grande clarté augmenta encore, et je vis que du corps de la Femme sortait une infinité de rayons qui se communiquaient et activaient toutes les horreurs que je vais essayer de décrire :
Mille caveaux ou souterreins semblables aux premiers dont j'ai parlé qui s'étaient ouverts sous le trône, parurent ouverts formant un cercle au milieu duquel se trouvait élevé le trône de fumée sur lequel la Femme était assise. En face d'elle étaient tous les chefs au nom desquels agissaient les féroces bourreaux à qui étaient donnés de jeunes hommes, des vieillards, des enfants, de jeunes filles, déjeunes femmes et des femmes du dernier âge, pour être torturés, broyés, tenaillés, étouffés, brûlés et enfermés vivants dans des murailles, nus et sans aliments : les cris, les prières, les supplications de cette multitude de victimes se changeaient en morceaux de chair, en pluie de sang, et tout cela tombait dans une basse fosse où étaient entassés des hommes mitres, tiares, tonsurés. Une faim dévorante et une soif inexprimable s'étaient emparées de tous ces êtres : alors ils se ruaient les uns sur les autres pour saisir ces morceaux de chair qui entraient de suite en décomposîtion, et co sang qui ne leur arrivait que corrompu; alors ils avakieiit cette chair putréfiée^ et buvaient cesan;}; tout noir; pui?i par
des efîbrts inouïs qui leur faisaient sortir le sang par tous les pores, ils vomissaient ces restes innommables et recommençaient pour être soumis sans interruption à ce très-juste, mais terrible cliâtiment.
A côté de ceux-là étaient d'autres hommes vêtus de toute sorte de costumes monacaux. Ils étaient assis sur des strades qui ressemblaient à du fer chauffé jusqu'à ce qu'il fût intolérable au contact de tout corps humain. Ces hommes répétaient entre leurs dents des litanies, des prières et des psaumes; des cris déchirants, des supplications solennelles, des râles affreux arrivaient à leurs oreilles et ne dérangeaient en rien leur grognement monotone. Mais ces cris, ces conjurations, ces appels à la justice de Dieu prenaient des formes : ils se changeaient en petits rats noirs dont le corps était flasque comme celui de la sangsue que l'on prive de nourriture. Ils n'avaient de résistible et de solide que leurs petites pattes dont chaque griffe ressemblait à une dent de carde à carder la laine. Ces petits animaux étaient d'une agilité effrayante; ils se précipitaient sur ces hommes assis et leur entraient dans la tête, dans la poitrine et dans le ventre, par le nez, par la bouche et par les oreilles; on entendait l'épouvantable grattage de leurs pattes contre les parois du crâne et du cerveau, le bruit des fibres qu'ils déchiraient dans la poitrine, des entrailles qu'ils broyaient dans le ventre. Puis ils se hâtaient de se faire une ouverture pour fuir et disparaître, afin de laisser la place libre à une nouvelle production de môme genre. Ceux-ci faisaient la droite des premiers.
Pour former la gauche, c'était une autre basse fosse ou plutôt une réunion d'abîmes sur lesquels se trouvaient comme sus* pendus des liommes de toute sorte d'ordres ecclésiastiques. Ils étaient dans la posture d'un confesseur; ils semblaient écouter attentivement, comme si une voix eût parlé à leur oreille; ils avaient sur les genoux un livre dans lequel ils traçaient certaines phrases avec un crayon qui prenait ces trois couleurs :
i*ouge, bleu et noir. Les mots rouges étaient : tortures ou AVEUX ; les mots bleus étaient : mort secrète et dépouillement ; les mots noirs étaient : mort PUBLIQUE ET appropriation