‹ Le glaive sur Rome et ses complices!Chapitre 28 sur 35 · GENERALE DU BIEN DES YICTIMES · texte numérisé non relu

GENERALE DU BIEN DES YICTIMES

Ces hommes étaient dans un tel état d'atonie que je les croyais n'éprouver aucune sensibilité. Hélas I je me trompais! ' leurs yeux étaient terriblement sortis de leur orbite, ils étaient fixés vers le fond de Pabîme dans lequel tout ce qu'ils écrivaient tombait à mesure; puis leurs lèvres s'ouvraient, leur visage prenait toutes les teintes de l'astuce, du calcul et de la perfidie; ils prononçaient de sourdes paroles qui tombaient également dans l'abîme sur lequel ils étaient suspendus sans pouvoir faire un mouvement en avant ni en arrière. Je ne sais ce que devenaient ces paroles et ces mots qu'ils avaient écrits; mais il fallait qu'ils fussent changés en choses bien hideuses et bien poignantes, car après les avoir fixés d'une manière à atonifîer tout leur être, leur tête enflait horriblement, leurs muscles semblaient se changer de place, et leur sang coulait goutte à goutte de toutes les parties de leur corps; puis ces gouttes devenaient des vers qui entraient dans leur chair et leur causaient de si intolérables douleurs qu'ils n'étaient qu'une vivante angoisse, une indistractive prostration.

Tout le reste de ce circulaire préau était rempli par deux autres espèces de supplices et de suppliciés : les uns étaient vêtus de bure, de serge, de drap noir, de drap rouge, de drap blanc, en prêtres, en moines, en évêques, en cardinaux, en princes, en rois, en empereurs; ils étaient tous couronnés de flammes, et on distinguait leur cervelle bouillant dans les cases du crâne qui la renferme; elle bouillait toujours et ne se consumait jamais. Ils étaient dans des fureurs, dans des colères, dans des délires, que notre langue ne peut exprimer. Mille visions venaient augmenter la déjà si immense intensité de leurs souffrances; mille mains venaient à eux apportant des vases

d'eau dont on sentait la bienfaisante fraîcheur; elles approchaient, les condamnés tendaient les bras, criant : Ah! pitié! pitié! pitié! - toutes ces mains se changeaient en figures des victimes de l'orgueil des uns, de la jalousie des autres, du despotisme de ceux-ci, de l'abus ou de la cruauté de ceux-là. L'eau se changeait en larmes, et ces larmes en une huile intelligente qui jaillissait sur leur tête, alimentait et ravivait la fureur des flammes toujours de plus en plus inexorables.

Le second ordre des suppliciés était un mélange de toutes les créatures animées par la cupidité de l'or et par le fatal amour de l'argent. Ils étaient couchés pêle-mêle dans une espèce de lac formé d'or et d'argent en fusion. Ils ne pouvaient sortir de ce liquide tant l'air extérieur leur était douloureux. Il tombait une pluie semblable à un sable brillant; ces malheureux ne pouvaient ouvrir les yeux que pour être frappés par ce sable qui leur dévorait la prunelle et leur faisait pousser des cris dont nulle comparaison ne peut être invoquée. Ils se tournaient sur le ventre dans ce liquide brûlant, et stimulés par une faim -aiguë et sauvage, ils saisissaient des apparences d'aliments, ils les portaient à leur bouche et bientôt on les voyait se tordre, se rouler, se pelotonner n'ayant plus même de forme humaine. Puis ils recommençaient leurs infructueuses tentatives et les mêmes supplices recommençaient.

La Femme assise sur le nuage de fumée se leva; elle leva son sceptre, la terre se ferma, le trône se reconstitua comme il était au commencement. Alors j'entendis un bruit solennel, c'étaient des chants d'orgue, des voix fraîches et vibrantes, d'autres graves, sonores et majestueuses. Il se fit une secousse violente sous mes pieds; cette secousse semblait avoir sa cause sous le trône; enfin, un craquement épouvantable eut lieu, et une idole d'or massif s'éleva de terre. Une multitude d'êtres sortirent avec elle; ils ne se voyaient ni les uns ni les autres; ils venaient se prosterner devant l'idole, ils la fixaient, ils se

recueillaient, puis ils regardaient autour d'eux; assurés qu'ils n'étaient pas vus, ils tiraient de dessous leur vêtement toute sorte de petits outils tous plus adroits, plus ingénieux les uns que les autres; puis ils grattaient, ils martelaient, limaient, sciaient toutes les parties saisissables de Tidole, et ils s'en retournaient les yeux modestement baissés, l'attitude humble et disposée au sacrifice; ils ponctuaient leurs traits sur le désintéressement et l'abnégation. A une certaine distance de l'idole qu'ils quittaient et dont ils emportaient quelque plus ou moins considérable débris, ceux qui y allaient pour l'adorer leur étaient alors visibles, ils les arrêtaient, les prévenaient contre elle; ils parlaient de punition, de grands châtiments inévitables aux idolâtres. On disait comme eux; mais un doute puissant s'entretenait dans le cœur de ceux qui les avaient entendus : ils avaient comme senti en ceux qui les menaçaient de châtiments, qu'ils étaient déjà chargés de ce dont ils faisaient aux autres une si sévère défense.

Trois coups de tonnerre retentirent d'une si terrible manière que je crus que tout était anéanti par la foudre, mes compagnons même, et moi avec eux. Mais il n'y avait que l'idole et ses adorateurs qui étaient tombés et qui roulaient avec elle sous une forme de poussière qui allait se perdre dans un puits ténébreux et sans fond.

Une voix douce, suave, puissante et majestueuse se fit entendre, c'était la Femme de droite qui venait de se lever et de terminer sa prière : = • Malheur! malheur, dit-elle, à ceux " qui se sont fait un trône contre le trône du Seigneur! Mal- " heur, malheur à ceux qui n'ont aimé qu'eux! Malheur, mal- » heur, trois fois malheur à ceux qui ont assimilé la doctrine " du Rédempteur aux convoitises de leur âme, à l'orgueil et » à la cruauté de leurs passions! Malheur, sept fois malheur " à ceux qui ont jeté dans le pourrissoir la foi qu'ils avaient " reçue du Fils du Dieu vivant! Malheur sept fois, sept fois

^ îiîaîheur à ceux qui ont au nom de la religion de Jésus-Clirîst « trempé leurs mains dans le sang de leurs enfants et de leurs *' frères! Malheur^ soixante fois malheur à ceux qui ont enfoui " dans les charniers de leur fanatisme et de leurs passions la " charité qu'ils avaient reçue de moi l'Epouse du Rédempteur^ *' pour en faire sans interruption lerepos^ la consolation, l'en- •' couragement et la paix des enfants de la terre! Malheur, '» soixante-dix fois sept fois malheur à ceux qui ont empoison- " ne l'esprit et l'âme des baptisés du Seigneur, par leurs cupi- ^' dites, leurs mensonges, leur hypocrisie, leurs fraudes, leurs " inventions, leur trafic infernal et leur prostitution! Malheur, " cent fois sept fois malheur à ceux qui ont tari les mamelles " de la pitié' et de la justice pour les remplir du venin bourbeux '» de leur impiété et de leurs sacrilèges! — Que tous les maux « de chaque siècle depuis la mort des saints Apôtres retombent ♦• sur leur abominable reine la grande, la sauvage apostasie! " et qu'ensuite elle les vomisse sur ceux qui ont été ses officiers " et ses serviteurs! Qu'elle tombe l'infâme, la barbare! qu'elle " tombe, l'insatiable hyène, l'insensible harpie, l'hydre sans '• cœur! qu'elle tombe! et que ses entrailles et sa vie roulent " de ténèbres en ténèbres pour être dévorées par les plus noirs ti drao'ons encore enchaînés dans les enfers !!!..... Elle est

i' tombée ! ! ! "

La Religion sainte et pure, la belle, la virginale épouse du Rédempteur, l'immaculée bénédiction des exilés en terre avait à peine fermé ses lèvres chastes et divines, que l'infâme mégère qui trônait à ma gauche s'est abîmée dans un horrible et épouvantable fracas ! Elle est tombée dans un épais tourbillon de flamme et de fumée ; elle est tombée, et son trône est tombé avec elle, et quelques secondes après sa chute, le bauge qui supportait son trône s'est effondré, et des aboiements rauques et aigus, sourds et glapissants mêlés de grognements dont le bruit remuait la base entière de la terre ont achevé l'accomplis-

sèment des premières formes du premier supplice de ce monstre inqualifiable désormais. Tous ces êtres nus et difformes qui étaient parqués autour du trône de l'image de la justice et de la religion, ont repris avec un accent d'ardeur nouvelle les signes et l'incohérence de leurs cris.

Mon vieillard de droite me dit : =^ « Écoute, et tu enten* »• dras î ^ Cette langue pénitenciaire, ce langage hélas inqualifiable s'est changé en chant, et j'ai compris ce chant; le voici :

= « Seigneur, Seigneur, nous fûmes élevés avec des mots » saints que nos oreilles entendaient sortir de bouches incrédu- >» les; nous ne reçûmes en notre enfance chrétienne qu'un lait « mêlé d'eau et presque toujours glacé. On nous apprit à par- " 1er une langue qu'on nous disait céleste, mais elle nous fut •• enseignée pouvant se mêler et se confondre avec le menson* " ge, l'orgie et le tripot; on nous montra de bonne heure que >» oui pouvait être non; - non, oui; - amour, crime; - crime, " amour; - vol, charité; - charité, sottise; -justice, égoïsme; » - égoïsme, vertu; - vengeance, élévation pieuse; - pardon, " folie; - désintéressement, démence; - usure, sagesse; - sages- >' se, impuissance; -hardiesse, audace, énergie et intelligence; " - lijpocrisie, talent, adresse; - vérité, faiblesse; - pitié, ma- »' ladie; - vertu, ridicule! Nous sommes bien vieux et nous »' n'avons rien même d'une raisonnable enfance; nous eûmes >' mille succès, et nous n'avons rien fait, nous n'avons rien ac- " quis; et la misère, l'inaction, l'impuissance en bien et en vé- >' rite de notre descendance ne font qu'alimenter, entretenir, >' fortifier notre déjà si douloureux atrophiement.

" Seigneur, Seigneur, quand viendra donc ce jour qui brilla >» devant le seul espoir de notre conscience quand nous fûmes »' forcés par nous-mêmes de ne pouvoir porter nos yeux sur " toi? quand donc viendra ce saint foyer qui réchauffera de » son juste amour, de sa chaste concorde, cette chaîne glacée *' par laquelle le funeste égoïsme tient toute la génération hu-

— 392 -~- » maine enchaînée? Ohî quand viendront dans la terre des » hommes, ces anges au cœur bon, à Fâme abnégationnée, à " la vie toute parfumée d'amour et de charité? Ah! tu Pas dit, »» Seigneur, tournez vos regards vers un brillant Carmel où la « nature humaine avec intelligence et par une passion géné- ** reuse se transformera. Ohî nous savons leurs noms, nous les >^ crions comme seul remède à notre juste peine. Miséricor- >' dieux Seigneur, envoie tes saints échos à ton divin Carmel; » envoie-les crier aux temps, aux siècles et aux hommes : >* — iElohimites, ^lobimites, quand donc, quand donc pour « nous délivrer viendrez-vous? Pontifes saints dont la robe ^ roug^e dira notre pardon, et dont Téphod de pourpre dira non tre délivrance, quand viendrez-vous? quand viendrez-vous? > Venez, venez, tendres vieillards, nous permettre de grandir, >» d'avoir des vies d'homme! venez, venez du tabernacle selo- »» himique, vous pouvez nous apprendre, nous obtenir le bon- » heur de parler pour prier comme vous et avec vous lll »

= '^ Agenouillons-nous, me dirent les deux vieillards, et » bénissons toute notre droite. * — Je m'inclinai profondément, je conjurai le miséricordieux Sauveur de n'avoir aucun égard à ce que je pouvais être, mais de donner à ma prière et à la bénédiction que nous allions laisser en ces lieux, toute l'étendue, toute la divine efficacité nécessaire à la consolation de toutes ces malheureuses victimes. Je prononçai avec les deux vieillards les paroles qui expriment les brûlants désirs an cœur et de l'âme chrétienne en faveur de la souffrance. Un long et reconnaissant amen retentit dans toute l'immensité et traversa le si long parcours de ces lieux terribles. Moi aussi, je mêlai ma voix à ces voix et j'unis mon amen à la douceur et à la reconnaissance de leur amen.

Les deux vieillards devinrent comme deux flammes vives; autour de moi tout devint noir, froid et ténébreux; les deux Sammes grandirent jusqu'à ce qu'elles me fussent arrivées sous

les bras; alors je sentis qu'elles m'enlevaient, et pendant le long espace de temps que dura cette espèce d'ascension, je ne vis que du vide et du noir; je n'éprouvai qu'une sorte de froid que Ton sent ordinairement en remontant d'une fosse très-profonde. Tout à coup je me sentis les pieds affermis; une douce clarté se dessina; j'entendis un chant suave et religieux; mes deux flammes disparurent, et je me trouvai en face de l'Ange qui était venu me prendre dans ma chambre. Il était environné d'une suprême incandescence; une radieuse étoile brillait sur son front; ses pieds reposaient sur un trône de jaspe; sa longue robe toute lumineuse tombait en onduleuses draperies et couvrait la moitié du trône en tombant à terre. La main droite de l'Ange était levée; il parla, voici ses paroles :

= « Les trois parties du temple ont été profanées; celle qui

" contient l'autel, la piscine ablutive et le tabernacle est la

" partie la plus déshonorée : l'abomination et la désolation ha-

" bitent seules les parvis consacrés au Seigneur î Mais le Tout-

" Puissant s'est fait une réserve et il l'a faite dès le commence-

»» ment; il s'est fait un autel nouveau et un nouveau taberna-

" cle, et Jéhovah est jaloux de ses trésors, il les tient cachés,

" — Qu'il est grand, Jéhovah! Gloire et bénédiction à ceux qui

" entrent dans cette divine réserve! gloire à l'âme de leur âme

n et à la famille qu'ils ont donnée à Sabaoth! Qu'il est grand,

" Sabaoth! Gloire à lui, en lui-même et au commencement

" des choses qu'il a faites! gloire, salut, gloire à Sabaoth, son

" nom est éternel ! Gloire à Jéhovah Timmensité, la piiis-

" sance et la justice ! gloire à Jéhovah ! Gloire à Sabaoth î

" Amen à sa splendeur, à sa majesté, aux cieux qui les pre-

» miers ont dit sa gloire î Gloire, salut à ce qu'il fit quand il y

» eut un soir et un matin ! Bénédiction à ceux qui marchent

" sous sa lumière ! bénédiction à ceux qui le nomment Adonaï !

» Oh! Adonaï î que ce nom est puissant! qu'il est immense!

y qu'il est incommensurable! qu'il est solennel î gloire à lut!

** Av'allt que la terre fût, le nom d'Adonaï avait porté îa vie " dans ses dernières profondeurs; avant que le ciel existât, il " était la gloire, l'essence, la beauté, la lumière, l'incandescent " ce de l'Infini; il était le titre radieux et éternel de l'éternité >' des éternelles éternités î Mais tous ces noms sont comme » effacés par le nom triple d'JElobim. JElohim, ^lohim, tu " renfermes l'assemblage autosuprême des immuables et super- " majestueuses perfections de l'Essence éternellement éternelle! »' Amen, amen, unique et incommensurable amen aux éter- >* nités des noms éternels renfermés dans le nom saint et duo- *' DÉCIMAL d'^lohira ! ! ! Amen! Amen! Amen ! ! «

J'étais resté saisi de stupeur et d'étonnement! l'Ange s'adressa à moi, il me dit : == - Coupe, avec cette pierre, la peau »' qui sert de semelle à tes pieds. « — En me disant cela, il me mettait dans la main une pierre coupante qui ressemblait à ce qu'on nomme brillant, parmi les pierres précieuses. Je fis ce qu'il m'avait dit. Il ajouta : = » Tu laveras tes mains dans le '• sang qui sortira quand tu détacheras la peau du dessous de " ton pied. " — Je fis cela; il continua : ^= « Vois cette tuni- « que rouge, quitte celle que tu portes, et passe celle-ci, •• prends aussi cette ceinture, revêts cet éphod. * — Je fis toutes ces choses.

Quand je fus auisi vêtu, il me prit })ar la main, il me fit monter sur son trône. Alors des flammes ardentes sortirent de mes pieds et me firent comme des brodequins. Je sentis également que d'autres flammes sortaient de mon front et qu'elles me faisaient une sorte de diadème. Il prit l'étoile qui était à son front, il la plaça sur ma poitrine, puis s'agenouillant, il me dit : = « Que celui qui entre dans le sanctuaire d'Ado- *. naï bénisse le Ciel et ses frères des cieux; que celui qui s'as- *' sied en face du trône d'^lohim étende ses mains sur les Sé- *' raphins, sur les Magnifiques et sur les Invincibles; que ce- '> lui qui assiste aux conseils d'^Elohim bénisse les cieux et les

» vertus des cieux; que celui qui va parler au milieu des apô- >' très et des prophètes bénisse les conducteurs des apôtres et » les serviteurs des prophètes! ♦> — Il s'inclina plus bas, et je prononçai, sans me regarder et sans penser à moi, les paroles ordinaires qui confèrent la bénédiction»

■== « Amen, amen, amenî dit-il, je rentre dans les cîeux, » ravi d'avoir reçu une fois la sainte faveur de descendre chez « les mortels. Amen! que le lieu, la demeure, la famille, « l'homme pour lesquels je suis descendu soient éternellement » bénis î Amen ! Amen ! Amen lll ^ — Il disparut

Je me trouvai subitement dans un lieu d'une simplicité si magnifique que je cherchai à me rendre compte de ce qui pouvait m'offrir cette admiration, cette joie, ce ravissement, puisqu'aucun ornement ne frappait ma vue, et que néanmoins il me semblait n'avoir jamais vu tant de magnificence. Je remarquai qu'il y avait à ma droite douze places disposées en cercle , à ma gauche, dix-sept disposées de la même manière; devant moi, assez éloigné, je distinguai un autel qu'on aurait dit avoir été taillé dans un bloc de rubis; au milieu de cet autel il y avait une lampe ayant sept becs, elle n'était pas allumée; chacun de ces becs portait le nom d'un des sept dons que nous connaissons sous cette dénomination : Dons du Sanit-Esprit, A droite de l'autel était une autre lampe ayant également sept becs; chacun d'eux portait le nom des jours de la création et le septième se nommait bénédiction. A gauche, même lampe avec sept becs encore et sur chacun de ces becs étaient gravées en relief les sept paroles de Jésus expirant sur la croix. Sur l'autel il y avait deux chandeliers à sept branches : les branches de celui de droite portaient chacune une figure tournée du côté de l'entrée du sanctuaire; ces figures étaient doubles, sauf celle du milieu qui portait une couronne d'épines. Les branches du chandelier de gauche étaient semblables à celles de celui de droite; elles étaient d'or également, mais le travail était

bien plus gracieux^ plus riche, plus fini, et les figures douLles aussi étaient ciselées avec un art exactement parfait. Elles étaient toutes tournées du côté du tabernacle; celle du milieu était plus qu'an clief-dœuvre : elle avait sur le front sept flammes qui lui formaient un diadème, et de brillants rayons enveloppaient sa partie inférieure. L'autel n'avait pas d'autre ornement.

Trois strades s'élevèrent en face de l'autel à environ cent vingt pas. Les chants les plus solennels se firent entendre subitement; les douze places de droite furent occupées par douze vieillards; celles de gauche par dix-sept. Tous les vieillards do droite portaient une longue robe rouge, une ceinture torsade blanche et rouge terminée à la naissance de la jambe par un gland rouge; ils portaient tous le même éphod, et cet éphod était en tout semblable à celui qu'il m'a été ordonné de faire et de porter. — Les dix-sept vieillards de gauche avaient de longues robes blanches, une ceinture semblable aux vieillards do droite et un éphod simple sans hermine tombant en forme de manteau jusqu'au bas de la jambe; la croix qui couvrait le devant était blanche et liserée de rouge comme le petit manteau, sauf la largeur. La première strade du milieu fut occupée par douze jeunes hommes ; ils étaient vêtus comme les vieillards de droite, mais ils portaient en plus sur la poitrine un ciboire d'or qui restait attaché à leur éphod. Derrière eux, sur la seconde strade, étaient douze autres jeunes hommes vêtus de longues robes blanches et d'éphods blancs bordés ou encadrés d'une bordure bleue; leur ceinture en torsade était blanche et bleue terminée aux extrémités par des glands bleus. La troisième strade était circulaire et avait trois gradins; ceux qui y étaient assis portaient toute sorte de vêtements, et sur ces vêtements des écharpes blanches, rouges et bleues : les écharpes rouges étaient au premier gradin, les bleues au second, les blanches au troisième; toutes ces écharpes étaient portées transversalement.

Trois autres stracles s'élevèrent derrière celles-ci; tons ceux qui s'y trouvaient étaient de tout sexe, de toute nation, de tout pays, de toute condition; tous et toutes avaient un rayon lumineux sur la tête. Ce rayon était de différentes proportions, très-peu visible sur quelques-uns, assez visible sur quelques autres, très-animé sur un certain nombre, incandescent sur un petit nombre, radieux sur sept seulement. — Le chant cessa; les lampes s'allumèrent ainsi que les deux chandeliers qui étaient sur l'autel. Cette lumière augmenta tellement celle qui existait déjà qu'il me semblait que celle du ciel ne pouvait pas être plus éclatante.

Le tabernacle s'ouvrit; il en sortit sept flammes claii-es et brillantes; elles s'élevèrent, et quand elles eurent atteint la troisième partie de l'élévation de la voûte qui me paraissait prodigieuse; elles se divisèrent en un nombre incalculable, et elles devinrent des voix, et ces voix disaient : == « Nos frères " seront sauvés, et le nom de Jéhovah s'entendra à jamais " dans les parvis divins, car cette fois-ci l'alliance ne sera pas " rompue. Gloire à Celui qui a f:iit toutes choses, il est bon, " liosannah ! »

Sept autres flammes sortirent après celles-ci : elles étaient nuancées comme l'arc-en-ciel; elles s'élevèrent et passèrent audessus des premières; elles se divisèrent comme elles, et comme elles, elles devinrent des voix qui disaient : = « Sabaoth va " préparer son triomphe; il va envoyer ses élus en son Carmel, " et l'homme ne pourra plus résister, et le Seigneur ne sera " plus contraint à punir. Le grand jour du Seigneur est dessi- " né dans son Carmel, il est vivant, et il est vu dans le sanc- " tuaire d'Adonaï. Ceux qui ont dit : Nous n'avons été appe- " lés que pour demain, seront enveloppés dans la fatigue de » leurs veilles, et les œuvres de Sabaoth passeront devant " eux semblables aux rêves qui naissent et meurent dans le " sommeil.

«» Mais Sabaotli est fort, rien ne peut lui résister; trois konl- «t mes lui suffisent : ce qu'il veut de plus, c'est pour donner »' plus de gloire. Il n'a point besoin de l'homme, mais l'homme » a besoin de lui; l'homme a aussi, (et maintenant plus que " jamais), besoin de Dieu en l'homme et de l'homme en Dieu. »* — Qu'il vienne, qu'il paraisse l'homme qui est pour les hom- " mes, qui s'est donné à Dieu pour eux! qu'il vienne celui qui » dit : Je veux être dès aujourd'hui ! Gloire à Sabaoth ! Mille ♦' sont préparés et dix-mille attendent que le cri d'appel reten- " tisse en leur terre*, en leur pajs, en leur cité. Gloire au Sei- " gneur! il est grand en ses œuvres; l'homme de chair sèche " et dépérit devant elles, mais l'homme esprit s'élève et s'é- •' claire à leur contact et à leur parfum. Alléluia à Sabaoth I " alléluia î alléluia! "

Sept autres flammes sont sorties encore du même tabernacle: elles étaient d'un rouge pourpre et taillées en forme de cœur; elles se sont élevées comme les précédentes, elles les ont dépassées et dominaient sur elles; elles se sont aussi divisées en un nombre infini devenant pareillement des voix, elles disaient: = " Adonaï est grand en miséricorde et en justice; il est grand »• en puissance, en amour; il change la pierre brute en pierre » de riche parure; il prend un peu de boue et il en fait un di- ». amant ! Gloire à Adonaï! il veut être connu et bien-aimé des " hommes; mais le cœur de l'homme a des parties trop dures, ». la pure délicatesse n'y pénètre pas. Adonaï est grand, son »» cœur est saint comme il est immense; il n'a jamais de haine, " il n'a soif que d'amour I La terre est avertie dans ses mondes •' inertes, et ses profonds abîmes ont dit oui à la voix du Sei- »' gneur! Adonaï est saint; il a sauvé son temple; les pierres M des murailles lui ont été données pour qu'il en fît de nouvel- *• les assises sur les grandes assises où s'est conservé son nom ! " L'homme est ingrat, il est faux, il est méchant; il voudrait ♦. YLvie seul, s'il veut des frères, c'est afin qu'ils ne vivent que

;• pour lui. Le jour est venu, la grande armée va recevoir \eé " ordres saints, les ordres justes, les ordres généreux du saint, '» du juste, du généreux Adonaï.

" Gloire à Adonaï sur son trône, sur son char et dans son »' tabernacle! Il veut guérir, il veut relever, reconstruire, par- » donner, justifier, magnifier, glorifier* Gloire à Adonaï! le " cœur de l'homme seul le peut bien comprendre; l'homme de " chair, l'homme de sommeil, l'homme d'indifférence ne le »• comprendront pas. Gloire à Adonaï ! il Veut être lui dans la " vie de ses créatures, les faire divines et leur donner des " droits et des pouvoirs divins. Gloire à Adonaï! parce que les " créatures cherchent incessamment et meurent en cherchant, »' sans l'avoir cherché, sans aller à lui. Gloire à Adonaï! son " nom sonne à tout instant dans le clairon des archanges; mais »' sur la terre les voix des mortels ne peuvent le faire entendre, " car Adonaï est un jugement, Adonaï est une sentence; Ado- " naï dit tout, vie, ardeur, miséricorde, grâce, tendresse, bon- " té, douceur, amour! . . . Gloire à Adonaï! parce qu'il a don- " né le temps de jeter à la terre, aux hommes, à la vie, le » grand cri d'alarme. Gloire à Adonaï I parce qu'il a réveillé les » vieillards du Carmel, et qu'il a mis dans leurs mains les nou- " velles trompettes sacerdotales. Gloire à Adonaï! parce qu'il » donnera à une voix d'homme d'entonner sur la terre le chant " solennel, le grand cantique, le grand hymne de la justice et »» de la liberté. Gloire à Adonaï! parce qu'il lui suffit de trou- » ver une seule voix qui puisse ne pas fléchir devant cinquante » mille. Gloire à Adonaï! car c'est de son souffle divin que peu- >' vent naître pour les hommes l'unité de courage, l'unité de foi, »> l'unité de morale, l'unité d'espérance, la pure association des " cœurs et la réelle association des âmes. Gloire à Adonaï qui " dit à ses choisis : =^ Vous êtes peu nombreux; vos ennemis " se comptent par cent mille, ils ont des moyens matériels ^ d'argent, de crédit, d'intrigue, de toutes les armes du monde;

* iîs sont nombreux, nombreux; ils sont fiers et bruyants . . . » ils ont de l'eau bénite et de Fencens, mais ils sont faibles en H Dieu. Gloire à Adonaï qui regarde avec délice et avec com- » plaisance trois hommes, deux borames, un Homme, et qui » dit : = Vous avez pour vous, si vous voulez être avec lui, le " Dieu de Pesprit, de la vérité, de la charité et de Famour^ » Gloire à Adonaï qui seconde les moindres efforts de ceux qui " lui appartiennent! Gloire à Adonaï î Hosannah I bosannah t » Alléluia î alléluia l Amenî Amen! Amen î! ! «

Plus de tabernaole, mais Adonaï debout, étincelant, splendide, radieux! Tous les fronts se sont courbés! Ses pieds étaient enveloppés de flammes, sa robe incandescente; son manteau semblait être composé de mille soleils; un cercle de fer brut ceignait sa longue chevelure»

= '^ Prophètes et Apôtres, dit-il. Extatiques et Yojants, ii «^ faut que vos ardeurs, que votre amour, que votre courage,. " votre foi et votre cœur s^assemblent désormais sur mon Car- »»■ mel. Je vous convoque }x>'Ur trok fois sept jours mortels, '^ afin de construire le grand tabernacle des trésors d^-^Elohim.. »• A cette heure, chaque nuit faite à l'homme, celui-là qui a " parmi vous des flammes aux pieds et sur la tête viendra ^ vous dire les volontés de Celui qui a fait les temps, qui les « garde et qui les protège; il viendra tracer au milieu de ce «• sanctuaire toutes les images qui ont été adoi'ées par les prê- '^ très et les enfants de la grande prostituée; il viendra célébrer » les grands droits d'^lohim, instruire les délivrés sur les- ^ quels vous effacerez les sept noms qui les retiennent en face

* de ma justice. Vous écouterez sa voix, et vous jugerez ceux

* dont il ratifiera les sentences» S'il vient seul, vous prendrez,. » à son entrée, une des flammes qui partent de la semelle de son

* pied droit et deux de celles qui sortent de son pied gauche; » - îe second jour, trois du pied droit et sept du pied gauche;

* - le troisième, sept du pied droit et trois fois sept du pied

" gauche. Le quatrième jour vous prendrez une des flammes » de sa tête: - le cinquième Jour vous en prendrez deux; - le " sixième vous en prendrez trois, - et le septième vous coupe- >» rez un pan de sa robe.

-y Si le premier jour de la seconde septaine il vient seul en- " core, vous couperez sa ceinture par le milieu, et vous en " jetterez une moitié sur la partie de la terre qui renferme des « tombeaux. — Si ces sept jours se passent et qu'il soit seul " encore, vous prendrez la dernière flamme qui lui sera restée " sur la tête, vous le ferez asseoir et lui donnerez à boire du « vin conservé dans la coupe du ciel qui est près de l'urne où »♦ sont renfermés les noms des rois et des vieillards d'Israël.

» S'il vient la tête penchée sur sa poitrine, le premier jour » de la troisième septaine, vous vous enfermerez avec lui dans » le trône qui porte les sept noms de Sabaoth, de Jéhovah, » d'Adonaï, et d'^lohim. Mais s'il vient le premier jour avec " trois, avec deux, avec un, vous entourerez Faute] de mea » promesses, et vous réveillerez les sept premiers siècles qui " firent l'âge d'Adam; s'il vient avec cinq ou seulement qua^ " tre, vous ouvrirez tous les jours qui gratifièrent l'âge donné » au premier homme, mais vous ne toucherez pas à celui qui » vit ouvrir son tombeau ; s'il vieM avec dix ou seulement » sept, prenez toute la poussière de la première génération en »♦ commençant par la descendance d'Eve; si enfin, il venait » avec douze, ne vous arrêtez qu'au déluge.

" Si au premier jour de la seconde septaine vous l'entendes^ H appeler les jElohimites, passez au crible tous les sables ap- " portés par les eaux du déluge, et relevez chaque âme des * punis en ces jours. S'il dit qu'il peut monter jusqu'à ce ta- » bernacle, s'il y frappe, si la sueur de son front tombe sur 1;ï » clé qui en ferme la porte, ôtez-lui son manteau, comptez: » les noms qui en formeront l'agrafe et descendez. jus^ii*au '^ septième enfrr-

« Si le premier jour de la troisième septaine il vient avec un pain nouvellement béni, s'il le rompt en ce lieu, s'il vous convie à le manger avec lui, mangez jusqu'à ce que la dernière miette ait disparu; criez dans les échos des cieux et de la terre; criez dans les nuages, dans les airs, dans les fleuves, dans les mers; criez dans les ruisseaux qui descendent des montagnes, dans les claires fontaines, dans les lacs et dans les torrents; criez dans les canaux, dans les flaques, dans les mares, dans l'éther, dans la nuit, dans le jour, criez le jubilé! criez, mais criez-le pour que le vent, que le feu, que la neige, que la grêle, que la foudre, que l'éclair, puissent l'entendre et le redire! criez le jubilé jusqu'auprès du soleil, jusqu'au sein de la lune, dans l'orbe des étoiles, dans tout le firmament; vous le crierez trois fois, et vous ne crierez plus jusqu'à ce que je le crie moi-même. Après vous, ce cri appartiendra aux prêtres du Carmel ; après les prêtres, à celle qui est appelée la joie et l'éclat qui me précèdent. »' Cieux et univers, scellez ces nuits! je les avais promises, je les fais, je les donne. J'avais promis l'homme, je l'ai fait, je l'ai donné. J'ai promis Élie, je l'ai fait, je le donne. » Extatiques et Voyants, reconnaissez mon envoyé, la robe de mon nom, l'ancre de mes décrets, la trompette du matin qui dit Dieu et prière, la trompette du soir qui dit Grâce et liberté. Le Clairon va sonner sous l'éphod aelohimique, il va appeler les victimes, il va descendre la montagne, il va sonner l'heure des pontifes, il va chanter le saint cantique, il va ouvrir les portes de l'arche; regardez, chaque jour, ce qu'il porte à sa ceinture : si elle tombe, l'abomination et la désolation l'emportent; si elle le serre, c'est le signe d'approche du jour d'Adonaï.

" Priez et suppliez la divine Miséricorde; criez pour que le Carmel s'achève; activez toutes les forces de vos âmes et de vos cœurs; dites chaque jour, en vous tournant vers l'orient s

403 -- » =± ^Eloliiinîtes, iElohimites, quittez vos nuages et votre my- >' stère! venez, venez, sur la montagne sainte; venez devant les »' ruines poudreuses du temple profané, venez crier le grand >' vœu de l'attente; venez crier le nom de grand secours I ^lo- » himites, iElohimites, venez violenter la grâce, séduire la »' justice, rompre les chaînes, tonner Jéhovah, le rétablissement >» de toutes choses! Yenez, venez tonner la gloire, la liberté, »> la délivrance, le grand, le solennel, l'éternel jubilé ! ! »'

La voix solennelle des Prophètes dit : Amen! celle grave et majestueuse des Apôtres le dit deux fois, celle des Voyants et des Ravis en extase le dit trois fois. Je n'osai le dire; mon âme fut pleine de larmes, mon cœur terriblement déchiré. Je tombai à genoux, je sentis qu'une main se posa sur ma tête, une voix dit : « Je suis la voie, là vie, la force et la BÉNénicTioN. •»

Mon âme se rasséréna, mon cœur fut moins serré; je levai la tête et j'ouvris les yeux : j'étais seul , le sanctuaire était sans lumière, il faisait froid; je jetai encore un regard sur le tabernacle, ces mots s'y dessinèrent en lettres à demi éclairées :

« Écris cette nuit et adresses-en l'histoire au collège »> théologal du Thréasthaël. ■*> — Les lettres s'effacèrent, je fus forcé de quitter la chapelle, j'étais transi de froid; aussitôt couché, je m'endormis bénissant et adorant Dieu»

Qu'il soit vraiment béni et adoré par tous les hommes et par toute la terre, mais surtout par ceux qui habitent le Carmel et plus encore et plus souverainement par ceux qui se trouvent compris dans ce titre : Collège théologal du Thréasthaël.

A Dieu, à eux, à tous pour Dieu!

Pierre du Seigneur t Sthrathanaël

Du Carmel, le 29 novembre 1852.

Londres.

J. M. J. QTJIS UT DETJS!

Mon Fils, mon Fils, mon Feère, mon Frèee,

Je t'ai va cette nuit : ton front était radieux; tes yeux brillaient comme d'ardentes flammes. Douze vieillards que nous connaissons tous, étaient assis en demi-cercle sur un haut mont que l'Esprit du Seigneur nomme le Carmel. Un de ces vieillards, celui qu'on nomme Pierre, tenait en ses mains un livre accusateur : ce livre était ouvert, et son titre terrible faisait courber le front des onze autres. — » La grande apostasie ! » dit le chef des Apôtres. " Le livre du jugement ! « dit l'apôtre saint Jean.

L'Apôtre qui le tenait en déchira une feuille, une seconde, une troisième; il laissa tomber à terre ces trois feuilles écrites. Soudain elles s'enflammèrent, et la terre trembla. Trois feuilles encore furent déchirées de la même manière, et un nuage noir se forma dans la hauteur des cieux.

Tu m'ap}>eîas, mon Fils, et je dus répondre à ton puissant appel. = » Pierre du Seigneur, dis-tu devant le grand conseil, » devant ces saints vieillards dont le front était resté courbé, » Pierre du Seigneur, dis-tu, l'heure n'est-eîle point venue de " crier anathème? n'as-tu pas vu la hoiîte traversant les airs et " montant devant Dieu? n'as-tu pas vu le sang sur un nouvel " autel où le nom de Moioch est couvert d'une gaze, et devant « lequel est inrlint'c la croix du Rédempteur? " Tu ajoutas :

" J'ai dit L'AroiSTAbiE : il est teîDps de crier mairitenaiit l'jbo- " LÂTiUE SECiŒTE qui so veiid , qui se livre aux âmes encore " pieuses qui veulent servir l'esprit d'adoration. « Puis te reprenant, tu dis encore : " Père, ohîje t'en conjure, ne ferme " pas tes yeux avant d'avoir mesuré les crimes de la terre, >» avant d'avoir compté les aLimes noirs que creusent, chaque " jour, les hommes appelés prêtres du sanctuaire. "

Mon cœur se brisa; mon âme devint plus grande : elle mesura la terre; elle y trouva moins de crimes qu'elle ne trouva d'abîmes dans la maison dite du Seigneur! Je dis ce qui venait d'être trouvé par l'œil de la lumière.

Alors tu continuas et me dis : « Regarde, regarde encore. «

Les douze historiens de la vie rédemptrice se couvrirent le visage et tombèrent à genoux! — Je vis, le croirais-tu? une assemiblée immonde, une ligue d'hommes puissants, entretenue et présidée par des démons ; je vis des malheureux qui scellaient par des crimes ignobles un pacte devant lequel l'enfer lui-même avait presque reculé! Un grand autel noir se dressa dans une grande ville; ses bases, en (er, étaient fortement entrées dans le sol; à son centre un amas de charbon se trouvait préparé pour recevoir un feu qui, en peu d'instants, le devait embraser. Autour de cet autel étaient ménagées, de distance en distance, d'étroites cavités ayant pour plateau un large conduit dans lequel devait couler le gaz brûlant du terrible foyer que la table épaisse de l'autel cachait avec soin. Il faisait nuit, une épaisse nuit. L'autel était orné d'un grand nombre de cierges et d'un vaste tabernacle; mais là, point de croix : une haute statue foulait ce tabernacle. Elle avait une tête d'homme, les épaules et la poitrine d'un tigre; le reste du corps était semblable à celui d'un énorme serpeiît,

A la droite de cette horreur, je vis une colonne sur hiq'ielle était dessiné à jour et éclairé par le feu intérieur de l'autel tout l'arsenal d'une chambre de torture. Au-dessus de ces signes

barbares je lus : Pouvoirs et deyoies de l'église èoMaîNë,

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