M. J» QtJIS UT BEUs
Cher bien cher Thomoraël,
Kous voici à la fin du second mois de cette année dont l'apparition a soulevé tant de pressentiments douloureux et afïiictifs. Nos âmes se sont-elles émues comme s'émeuvent toutes celles qui, pénétrées de la mission sainte qu'elles adorent, s'élèvent au point de s'oublier elles-mêmes, et pi'éfèrent, comme saint Paul, se perdre plutôt que de ne pas être salut et lumière à leurs aveuo'les ou ignorantes sœurs? Enfants sacrés des montagnes divines, ne nous tenons-nous point trop souvent endormis dans le creux de cette vallée amère qui épuise toute force et toute ardeur pour ne plus laisser au cœur de ses esclaves que l'habitude de leur honte et l'apparente justice de leur découragement?
Non, n'est-ce pas, il n'en est pas ainsi parmi nous? notre vie est une vie de vigilance et d'activité; le dépôt du bonheur humaîn est un feu qui dévore; nos yeux ne peuvent s'appesantir, ils sont constamment ouverts sur ce monde que le danger envahit chaque jour davantage. Nous vivons aujourd'hui avec la possession de la réalité, et nous ne pouvons plus être dominés par les symboles. La montagne sainte s'est subitement éclairée, et comme aux premiers jours de la législation de Moïse, nous savons que nos âmes sont appelées à constituer elles-mêmes le buisson ardent. L'Egypte est maintenant tout le miOnde soumis à l'esclavage soit de l'esprit, soit de l'âme, soit du cœur. L'Eternel a vu de nouveau la puissance inique et barbare du nouveau Pharaon : ce grand roi qui manifeste si superbement son fastueux et omnipotent orgueil n'a plus de nom symbolique;
Tanivers le connaît, il le nonnne du non» de sa nature et de son caractère; et personne aujourd'hui n'est étonné ni surpris quand on cite, en pleurant, la progressive domination de Tk- GOÏSME. Comme au temps de la captivité des enfants d'Abraham, le Tout -Puissant s'est ému et a pris en pitié les cris de détresse et les larmes de son peuple. S'il fut si grand, si immense pour l'arracher de l'esclavage égyptien, il n'est ])as moins grand ni moins magnanime aujourd'hui.
Du foyer suprême de son indignation il a fait entendre sa voix, et il a choisi des législateurs de son Verbe et de sa volonté, afin que passionnés comme lui de compassion pour leurs frères, ils soient autant de Moïses abandonnés sans réserve à la gloire de leur délivrance! Le Sinaï n'est plus le théâtre effrayant de la manifestation des volontés de l'adorable Justice. Le Seigneur dans Tordre de sa gi^âce et dans la plénitude de ses miséricordes est descendu sur le Carniel : là il n'a point effrayé les pieds ni la tête de ceux qu'il y a appelés; il est apparu , au nombre de ses choisis, dans l'onction sacrée de sa tendresse et dans l'incombustible foyer de son amour. Il n'a pas voulu d'un seul homme, il en a réuni plusieurs; et lorsqu'ils ont été réunis, il a voulu les unir comme un seul, en les constituant, par l'auguste autorité de son pouvoir, membres les uns des autres. Il n'a pas voulu faire un plénipotentiaire de la tête, ni un roi pontife du cœur; il a consacré son choix connue indépendance, mais aussi comme dévotement, comme abnégation. — La législation de son premier consacré n'a pas été cette législation impérieuse et dominatrice nécessaire aux enfants de la loi de crainte; non, il a voulu ce qui devait être après ce que son Fils divin avait été, c'est-à-dire un Écho de sa veiîité, un
RAYON DE SA LUMIERE, ET UNE OMBRE DE SA PASSION. Il a VOulu
un membre qui lui appartînt en esprit et en vérité, un cœur qui fût à lui toujours et quand même. Puis il a voulu fundre cette tête et ce cœur avec les autres membres de son ciioix.
pour qu'il iiy eût plus qu'une seule et même justice, qu'un seul et même amour*
CVst alors que les rayons conducteurs de Moïse s'éteignirent dans Fonction consécrative d'Aaron, et que le Tout-Puissant ordonna, après la personnelle consécration de l'arche des prornÉTiES DEVOILEES, les consécrations nouvelles qui devaient faire, des hommes qu*il avait choisis, le tabei'rtacle nouveau de cette glorieuse alliance qui ouvrait à l'humanité de nos jours l'entrée de cette voie glorieuse sur laquelle doit descendre cette rosée lumineuse et féconde préparant, au sein de la vieille terre, cette terre nouvelle digne d'élever un trône au vrai Yictorieux, et de servir les facultés nouvelles des hommes régénérés*
Sagesse suprême î Dieu ne brisa pas l'arbre qu'il avait planté lui-môme sous la tutelle du Calvaire* Ayant préparé la terre dans laquelle cet arbre devait grandir, il avait fixé, au niveau de cette place où la lance romaine avait traversé son Cœur^ l'élévation qui lui convenait : sa pousse intelligente n'avait de bornes que de ce eôté; sa force et sa puissance étaient fixées dans la justice naturelle de son étendue; ses branches gigan- ^escpies devaient toujours pousser en cercle jusqu'à ce qu'ayant embrassé tout l'univers, elles se trouvassent réunies comme un anneau vivant d'honneur et de relèvement.
L'arbre s'est refusé à la forme suppliante; il a voulu s'élever au-dessus des térébinthes et des palmiers; il a eu honte de sa tutrice, il a voulu la couvrir et l'effacer; pour qu'elle ne parût plus être son appui, il a appelé les bûcherons et leur a intimé Tordre de la faire disparaître comme étant un bois mort
Le Seigneur n'est point changeant comme le sont les hommes, il aime ses ouvrages, et il traite avec une ineffable bonté les ouvriers qu'il emploie. Il a attendu avec patience, il n'a point fîiit tomber la foudre sur la cime altière qui montait de plus en plus jusqu'à ce qu'enfin elle eût acquis la triste puissance d'intercepter la lumière vivifiante, et de dominer par la
loi de son orgueilleux ombrage la plus belle partie de notre univers. Non, il n'a pas voulu sécher, comme le figuier de l'Evangile, cette fierté ni cette outrageante folie, il a dit à l'Ange de ses «"loires :
= « Descendez parmi les humains; touchez de la justice de mon nom dont brille votre front cet arbre que j'avais planté avec tant de délices; marquez-le à la hauteur que ma volonté et ma sagesse avaient fixée; — puis allez dans une humble et modeste vallée, vous prendrez un sauvageon; vous le mettrez dans la terre de mes desseins, et vous le cacherez pour que je le travaille de ma propre vivification; vous le visiterez, remuant avec la sagesse que je vous donne le terrein dans lequel il doit se développer. Quand une fois j'aurai vu ses pousses favorables, vous irez dans mon verger de haute culture, vous prendrez çà et là différentes greffes que je vous désignerai; vous les préparerez, et au temps fixé vous rapporterez le sauvageon où vous l'aurez pris; vous réunirez autour de lui ces greffes dont je connais les fruits; puis vous les laisserez se lier les unes aux autres, afin que la sève du sauvageon devenue la sève de vie s'unisse à leur sève. Alors vous grefferez, sur l'arbre de mon droit, premièrement le sauvageon, je ferai tomber sur lui la rosée onctueuse de ma vivification; vous grefferez ensuite, sur ce même arbre et autour du sauvageon, les autres greffes de mon choix, je répandrai sur elles l'onction de fécondité vivante, et cette onction tombera sur elles par le grand travail de celui que j'ai nommé le sauvageon !
" A mesure que ces greffes pousseront, à mesure la lumière reparaîtra, à mesure aussi l'ombre impie et sacrilège se rétrécira. Ces greffes deviendront de grandes branches, non en s'élevant comme se sont élevées celles qui ont violé ma sagesse et insulté ma volonté. Les hommes n'auront point de pouvoir sur elles pour leur dire : « Poussez donc en haut et
" faites de l'ombrage^ comme celles près desquelles vous vous " élevez ». Moi seul, le Seigneur et le Maître de mes oeuvres, " je mesurerai et comiaîtrai leur étendue, jusqu'à ce que je " trouve juste de les manifester comme preuve de la justice et " de la fidélité de mes promesses.
*• Les fruits de ces branches cacheront durant un temps sous " leur écorce le noyau lumineux que je découvrirai moi-même. » Mais la lumière de ce noyau ne sera favorable qu'aux aveu- » gles-nés ou victimes, et non à ceux qui se mettent eux-mê- " mes des bandeaux sur les yeux pour avoir le plaisir de vivre " en aveugles.
" Quand le temps sera venu, mon arbre bien-aimé aura tou- " te puissance. La clarté qui jaillira de ses fruits vivants sera » au-dessus des dons accordés à la bao-uette de Moïse dont les " prodiges ne purent toucher le cœur de Pharaon. II y aura une " lutte secrète entre les mages qui entoureront le dominateur " du monde, et la science démon arbre intelh'gent. La lumiè- " re qu'il produira ne convertira pas celui qui est destiné à » être scellé dans l'abîme; mais elle s'étendra sur tous les es- " claves de son pouvoir, et rongera les liens et les fers de tous » ceux qu'on lui a livrés pour se les assujétir. Les dominateurs " secondaires se mettront avec les mao;es enchanteurs : les uns '» et les autres se soutiendront; ils se riront des tentatives in- " fructueuses dont ils se sentiront être l'objet. Mais dans la " nuit qu'ils ne peuvent soupçonner et qu'ils ne croiront pas " arriver dans leur empire, tous les esclaves se lèveront, et, »' suivant le degré de justice qui leur appartient, leurs fronts >' réunis formeront cette nuée de terrible lumière qui appren- " dra à Pharaon, à ses princes, à ses officiers et à ses enchan- « teurs que leur règne est fini. Ceux qui s'étaient dit jusque « là : Leuk Dieu est moins foet que nous, et il ne peut nous » ENLEVER CE QUI EST EN NOTRE POUVOIR, chercheront à fuir; »» mais, vains efforts! ils laisseront leur vie désespérée au mi-
" lieu de la mer Rouge que leur aveugle cruauté u'aura ou- " verte que pour les engloutir.
" Dans ces jours là les fidèles à mon choix se n'jnniront d^^ " la nuée qui les aura couverts contre le dangereux jour de " mon ennemi, et ils béniront la lumière qui les aura arietés " dans la fatale alliance de leur nuit. »
Thomoraël, as-tu compris? Te souvient-il de ces jours si simples et si grands qui nous réunirent si joyeusement sous le toit de chaume de notre humble vallée? Te souviens-tu de ces prêtres appelés des extrémités de notre sol pour venir répandre sur la tête et le cœur du délivré de sa prison le chrême sacré et l'onction divine? Dis-moi, Bien-aîmé, ne vois-tu pas encore ce moment de stupéfiante grandeur où les ministres du Très- Haut, rangés devant le modeste autel de notre piété, recevaient, des mains de l'homme qu'ils avaient eux-mêmes consacré, la plus auguste et la plus majestueuse consécration dont le Ciel dans sa sagesse divine avait fait la réserve pour nos jours? Sans entrer dans aucuns détails particuliers, permetsmoi. Ami bien-aimé, de réveiller dans ta mémoire une des applications de ce chrême venu du domaine céleste et de m'arrêter avec toi à la pénétration du mystère qui ne nous permettait peut-être pas alors d'en comprendre l'esprit; je veux parler de l'onction des pieds.
Le Seigneur, après avoir consacré lui-même l'onction que j'étendis sur le front et sur la tête de ses pontifes, m'ordonna positivement et à part de consacrer également leurs pieds. Il me prescrivit la forme des signes que j'y devais tracer avec ce chrême divin dont lui seul connaissait la substance.
Avant de monter au Calvaire et de descendre chez les morts, le Rédempteur de l'humanité avait aussi rassemblé autour de lui un certain nombre de disciples. La mission qu'il leur donnait était bien certainement une mission sainte; mais, malgré toute la solennité qui la devait servir, le Sauveur ne procéda pas
ainsi envers ceux qu'il formait à ce suprême honneur. L*Historien sacré nous fait assister à la grande scène de la purification des pieds; il nous montre Jésus-Christ prenant un bassin })lein d'eau, et ceignant autour de ses reins un linge avec lequel il essuie les pieds lavés de ses apôtres; mais là point de chrême, point d'onction! ce sont des voyageurs qu'il faut préparer pour la grande traversée du monde; ce sont des hommes à qui on exprime qu'ils n'ont plus de temps terrestre à leur disposition : ils doivent partir de ce banquet pascal figuratif les pieds trempés dans l'eau amère qui signifie les pleurs et les larmes de leur long voyage; ils ne doivent se reposer et reprendre leur place au festin de la jmque réelle qu'après que l'humanité tout entière aura appris qu'elle a, pour se purifier et se rendre digne du règne adorable de la justice qui lui est p/i'omise, le sang pur et sans tache de l'Agneau divin.
Dans cette cérémonie toute symbolique il y a une grande afiirmation de pénitence obligatoire, et une grande prophétie sur le suprême et indispensable détachement des choses d'icibas. Voilà bien la préparation pour gravir le sentier brûlant du Calvaire I voilà des hommes qui doivent passer à travers l'humanité et faire à tous les hommes qui accepteront leur mission ce qui leur a été fait à eux-mêmes. Mais il y a une admirable précédence dans la vie du Sauveur : la femme pardonnée, la femme rentrée en grâce, figure de la nouvelle humanité, cette femme qui a beaucoup péché et qui a assez aimé pour que ses péchés fussent consumés et transformés en un parfum de grand prix, cette femme plus apostolique que tous les apôtres, qui lave des larmes du plus repentant amour les pieds mêmes du Fils de Dieu et qui essuie ces mêmes pieds avec les liens qui ont attaché son adultère à tant d'autres adultères, cette femme prophétise la mort du Sauveur (parole pleine de grâce et de lumière)! c'est-à-dire, elle prophétise le saint, l'adorable, l'invincible amour de Jésus-Christ qui sera seul son
bourreau et sa mortî elle prépare avant que le Rédempteur n'entre dans le tombeau, le noble et glorieux Époux de la vie! elle célèbre cette majesté ineffable qui mérite un trône entre le ciel et la terre, et des noces adorées avec l'humanité délivrée par lui et triomphante par le mérite de ses victoires et de ses triomphes! Si cette femme signifie ainsi la sépulture du Verbe fait chair, elle signifie aussi la conservation de cette nature sympathique à la nôtre et ce sommeil de patiente et de clémente Miséricorde qui nous fera retrouver un jour la plénitude de notre espérance et le plus cher objet de nos désirs.
Dès ce moment la grâce de l'humanité doit être consignée dans l'Évangile; dès ce moment les augustes fiançailles du Libérateur et de la justice sont proclamées; dès ce moment les Cieus ont accepté le grand martyre du Calvaire : ils serop.t sans courroux, ils retiendront la foudre de leur indignation; la terre à qui maintenant ils sont un mystère leur devient aussi et également un mystère; impénétrables qu'ils sont à la faible humanité, l'humanité dans Madeleine leur devient dès ce moment autant impénétrable! Le Ciel criera sur le haut du mont Calvaire, à l'heure si effrayante de l'innnolation divine : — • Laissons agir l'amour divin! tandis que la terre, ouvrant son sein pour ne rien perdre de cette semence d'espoir et de salut, s'écriera haletante sous les flots de sang qui s'échapperont des plaies du Fils de l'homme crucifié : Laissons passer les jours
DE sacrifice , puisque CE SONT EUX QUI NOUS DONNERONT LE VIN NOUVEAU POUR CÉlÉSRER LES NOCES SACREES DE l'aMOUR DES HOMMES AVEC LA JUSTICE DE DiEU !
Ami, Frère bien-aimé, le jour où tu m'as vu envelopper d'onction les pieds du nouvel apostolat, tu m'as entendu annoncer à la terre l'heure fixée pour aller au-devant de l'Époux. Ce n'était plus seulement l'appel à la pénitence et à l'expiation, mais bien le premier départ des amis de l'Époux, oints et parfuîiics pour exprimer partout sur leur jiassage la glorieuse
infssion dont ils étaient investis. Oui, cher Bien-aimé, c'étaient les Christs triomphants qui prouvaient la résurrection, en passant chaque jour eux-mêmes de la vie du sacrifice au sépulcre de la consommation pour être plus dignes de suivre leur voie entre le ciel et la terre, dissipant les atmosphères méphitiques et putrides, par les chastes parfums de cette vie d'amour qu'ils immolaient sans cesse pour la rendre plus active et plus indépendante, pour la reprendre plus pure et plus agréable, en la manifestant à toutes les créatures quelles qu'elles pussent être!
Cette glorieuse onction était le signe de la mort à soi-même et l'éclatant signal d'une véritable incorruptibilité! C'était un affermissement dans la voie de la gloire et de la parfaite royauté! C'était le cachet suprême de cette resplendissante aimantation dont parle l'Apôtre des gentils lorsqu'il dit que « nous nous enlèverons tous pour aller recevoir le Victorieux, afin d'être dignes de redescendre régner avec lui! " C'était cette solennelle assurance que, frères de la femme pécheresse, nous avions retrouvé les parfums précieux par l'effet desquels on abrège tant de siècles en tant d'années de pénitence! C'était la radieuse annonce que la vieille humanité était tout près de son Calvaire pour entrer dans les mérites et dans la gloire de sa bien-heureuse résurrection î
Ami, c'était bien le cas de s'écrier : Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui montent les consolants sentiers du Carmel ! qu'ils sont beaux les pieds de ceux qni veillant et secourant les morts, marchent néanmoins dans les plaines augustes de la véritable immortalité.
N'est-ce pas, Ami bien cher, que le monde invisible, mais instruit des plans divins, se sera glorieusement réjoui ? Oh! comme les belles sentinelles du royaume divin auront fait retentir leur Amen majestueux! comme les anges commis à Fin-
scription des faits consacrés pour l'histoire divine auront béni ce jour! L'humanité a été renouvelée: l'onction du pouvoir divin s'est étendue depuis la racine de ses cheveux jusqu'à la plante de ses pieds.
Frère, les hommes d'aujourd'hui ne nous pourraient pas croire, et que diront de nous un jour les hommes de l'avenir?
O Abîme des abîmes! O Amour des amours! O Majesté qui renverse et foudroie dans le plus simple de tes actes nos prétendues grandeurs et nos personnelles créations ! O monde! 6 terre! ô humanité! ô radieuse et palpable espérance! ô ineffable et ravissante Miséricorde! le Ciel s'est rapproché de nous, jamais nous n'eûmes autant de droits d'entonner des hymnes et des cantiques. La délivrance est proche, les amis de l'Époux le proclament. La Liberté s'avance! l'Amour va paraître! la Justice va régner! Amen! Amen! Amen!
Élie!
Du Carmel, le 27 février 1855.
Londres.
-J. M. J. QtlS UT BEUSÎ
ChEES FlŒKES BIEN CIIEES ET BIEN-AIMES,
J'ai parfaitement compris les haines que ce livre devait attirer sur nous et sur l'Œuvre divine dont nous sommes fiers d'être les a])ôtres. Ceux qui ne rugiront pas en nous vouant au désir des plus abominables tortures se feront pour le moins un devoir de nous imputer de la vengeance ou de l'exagération. Ces haines et ces reproches avaient été prévus, lorsque Celui qui éclaire les consciences nous fît entendre sa souveraine parole. Nous comprîmes que voiler le crime était naturellement en dissimuler la laideur, lui prêter la puissance et le crédit que l'on se plaît ordinairement à accorder au mystère. Nous sentîmes que le parfum de la vertu ne pouvait être compromis pour ménào-er les morbides senteurs du crime.
Le langage que j'ai été contraint d'employer était celui qui convenait à l'autorité de mon droit, comme missionné de la part de Dieu et comme investi de sa pénétrante lumière. Ce que j'ai dit n'est certes pas tout ce que je sais, tout ce que j'ai vu, tout ce que les ennemis de Dieu et de l'humanité craignent tant d'entendre.
Saint Grégoire dans sa cinquième homélie dit :
= « Si la manifestation de la vérité produit du scandale, " il est plus utile de le produire que d'abandonner la défense •• de la VÉRITÉ. "
Dans son discours sur l'histoire ecclésiastique, n** 13, l*abbé Fleury s'exprime de cette sorte : = « C'est une espèce de »' mensonge de ne dire la vérité qu'à demi. L'écrivain serait " plus répréhensible lui-même s'il dissimulait les mauvaises ^ actions qui peuvent rendre les autres sages, et les détourner •' d'en commxcttre de pareilles, du moins par la honte, suivant >» cette parole de l'Évangile : Rien n'est si CxiCHÉ qui ne soit ^ UN JOUR DÉCOUVERT. Si les désordres avaient tellement cessé » qu'il n'en restât plus de vestiges, peut-être pourrait-on les >• laisser ensevelis dans l'oubli; mais nous n'en voyons que trop >• les suites funestes : la corruption de la morale a des effets >♦ trop sensibles, et n'est-il pas utile de connaître d'où viennent » de si grands maux? . . »
Faut-il avoir l'appétit de la vengeance ou les faiblesses do l'exagération pour gémir sur une multitude de monstruosités et de sacrilèges que la plupart des chrétiens célèbrent et applaudissent parce qu'ils ne comprennent plus rien dans l'enseignement évangélique? Est-ce de la vengeance de se sentir au front la sueur de la honte en lisant dans*les mêmes feuilles et par la même presse, l'annonce archiépiscopale de M. Sibour par laquelle il prévient le public qu'il tiendra exposées, dans la sacristie de la basilique de Notre Dame de Paris, les saintes - RELIQUES DE LA PASSION, tout le temps que durera l'exposition des produits de l'industrie universelle, et cela faisant suite à l'annonce de cette autre exposition des magnifiques écuries DE l'empereur, ouvertes tous les jours au public de une à trois heures?
Est-ce sans indignation que nous pouvons lire cette blasphématoire promulgation d'une chevalerie en l'honneur de l'Immaculée Conception, élevée, dans la haute sagesse de M. Mastaï et de son consistoire, à la hauteur de cent brevets qui ne seront remis aux demandants qu'après qu'ils auront payé la
SOMME DE trois MILLE ECUS ROMAINS ?
Faut-il être exagéré pour appeler de tels actes , de honteux et cupides sacrilèges? serait-ce avoir de l'amour pour la religion si sainte, si pure, si désintéressée du Dieu de la crèche et de la croix, que de garder le silence et de s'imposer de ne pas protester contre une simonie si eifrontée et si cynique?
Est-ce être chrétien que de battre des mains et de faire chorus avec cette fraction sacerdotale qui s'intitule le haut CLEKGÉ DE Paeis, lorsqu'elle se met aux ordres de la reine papesse et qu'elle la promène dans l'église dédiée à la Mère de Dieu, comme elle y promènerait le Grand -Turc, et Sathan lai-même s'il arrivait dans la capitale de la France avec un diadème sur la tête et ayant un royaume battant monnaie derrière lui ?
Est-ce être chrétien que de ne pas renvoyer à l'archevêque de Bordeaux ses paroles anti-apostoliques et anti-chrétiennes, lorsque, parlant de nos désolations ceiméennes, il ose nommer le sang fraternel de ces boucheries sacrilécj;es un bain salutai-
EE OÙ SE EETEEMPENT ET SE EÉGÉnÈEENT LES NATIONS?
Est-ce être chrétien, selon Jésus-Christ la bonté et la douceur ineffables, de ne pas sentir le plus répulsif dégoût d'entendre un évêque français implorer des munificences impériales quelques-uns de ces tonnerres d'airain qui ont arraché la vie à ses frères, déchiré leurs entrailles, et jeté tant de deuil sur notre malheureuse patrie; et cela pour faire une image de Marie! le bronze teint d'un sang qui proteste contre les arbitraires tortures de la guerre ce symbole de la mort et de la destruction, pour composer la sainte et douce image de la Reine de la paix, de la tendre Mère du Sauveur, de Celle qui croyait que le sang du Calvaire était un baptême d'amour qui créait non seulement un peuple de frères, mais une génération aimante et bénie qui, s'élevant sur les ruines abandonnées des vieilles colères payennes, s'avouerait, à la face des siècles, heureuse et fière de son unité par laquelle ses enfants se recon-
naîtraient en tout et [:)artout pour être nieuibres les uns cU-s autres !
Ah! messieurs les monseignetjes , que vous êtes à [ùaitidre! on peut vous le dire, et même c'est un devoir, la religion de Jésus-Christ peut être partout; mais, très-certainement, elle n'est plus dans votre cœur! Ne faites pas de frais d'anathènie, car pour le peu qu'il vous reste de logique et pour l'intérêt que vous ne pouvez quitter, rappelez- vous que les damnations qtie vous envoyez à ceux qui vous appellent au tribunal des peuples qui est la barre solennelle du tribunal de Dieu, ces damnations vous reviennent avec l'odieux par lequel vous avez voulu les formuler ! — » Vous ne pouvez troubler ceux qui vous troublent! la vérité dont ils se servent est placée en sentinelle vigilante devant leur cœur; s'ils vous maudissaient, ils ne vous crieraient pas : Prenez garde à vous! s'ils vous haïssaient, ils ne vous montreraient pas l'cibîme béant qui s'élargissant chaque jour de plus en plus est tout prêt à vous engloutir. Ne comptez plus sur votre fonge ni sur votre boue pour ensevelir les voix qui arrivent jusqu'au fond de vos palais tourmenter vos consciences triomphantes ! Le Ciel vous prépare des vérités contre lesquelles vos négations, vos injures et vos souillures seront impuissantes. Nous nous adresserons aux hommes, et nous verrons combien il vous restera d'esclaves. Nous savons les ressources de votre science, la puissance de votre or et le crédit que vous donne l'ignorance que vous avez déifiée; mais la lumière de la vérité l'emportera! nous porterons sa bienfaisante clarté jusque dans les derniers recoins que vous vous êtes ménagés. Les jours de ténèbres vont prendre fin; le soleil paraîtra sur le soir; ceux qui comptaient sur la nuit seront déçus!
Frères en Jésus-Christ, suivons sans faiblesse et avec toute l'énergie qui appartient aux âmes chrétiennes, cette maxime écrite dans le livre de vie : Donnons à la vérité toute la gloire qu'elle mérite. Élevons nos devoirs au-dessus de toutes les vai-
îieâ susceptibilités des spéculateurs de l'égoïsme. Si nous nous disons a})partenir à Dieu, prouvons-le en défendant sa loi si sainte et si adorable. Si Jésus-Christ est avec nous, peut-il y être sans nous inspirer le respect et l'amour que mérite si parfaitement sa douce, sage et divine morale évangélique ? Si le roi David a juré qu'il ne prendrait point de repos que l'arche du Seigneur n'eût une demeure digne d'elle, jurons de consacrer nos jours et nos nuits à démasquer les ennemis de la vérité chrétienne, les profanateurs des trésors chrétiens, les agioteurs qui ont dressé leurs comptoirs dans la maison divine, les falsificateurs du droit chrétien, et les prêtres de l'antechrist qui se sont liés avec Hérode et Pilate, qui ont encensé le sabre et béni le couperet, qui ont adoré les richesses du monde pour arriver avec plus de vitessQ à se faire adorer eux-mêmes!
La parole du sanctuaire a servi à flatter toutes les cruautés et tous les crimes. L'économe de la bénédiction s'est publiquement fait bourreau. Les ministres du salut ont été les dénonciateurs de leurs frères. La paternité du temple a remplacé Moloeh : la tiare a un glaive; la pourpre qui se dît sainte condamne à mort; les dispensateurs de l'amour ont des prisons, des chaînes et des cachots, pour célébrer, à la face du ciel et de là terre, les fêtes de la haine, de la colère et de la vengeance !
Devant ce redoutable et menaçant appareil n'ayons aucune crainte : le Sauveur n'a point vaincu l'orgueil des prêtres d'Aaron avec le fer ni avec la flamme; il a parlé, et le temple aaronite est tombé, la vanité des pharisiens n'a plus reparu, Jérusalem s'est abîmée î II en sera de même encore : le glaive qui abat tous les glaives est. celui que redoutent particulièrement tous les hypocrites eimemis de l'Evangile, ses faux disciples, et les superbes apostats qui se couvrent de son nom pour mieux servir l'orgueilleuse cupidité de leurs passions. — Puisse ce livre les toucher au cœur et les préparer à la lecture vivante de celui qui îe doit guivrel
Vous, chers Blen-aîmés qui avez soif de la vérité, continuez-moi le précieux et fraternel concours de vos prières, et, j'en ai l'intime et glorieuse conviction, vous vous réjouirez en admirant la divine bonté du Seigneur, la toute-puissante assistance de sa lumière que vous reconnaîtrez et adorerez dans FÉvANGiLE ÉTERNEL qui VOUS cst dcstîné comme source de ces bénédictions souveraines que vous ne cessez d'implorer pour le bien-être universel des peuples et des nations^appelés à la réelle délivrance et à la divine liberté qui nous sont promises et affirmées dans ces paroles :
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, maintenant COMME AU commencement ET TOUJOURS DANS TOUS LES SIE- CLES DES SIÈCLES. Amen.
lie
Du Carmel, le 16 octobre 1855.
Londres.