I. — L'ŒIL GLAUCOMATEUX
La moindre résistance de la coque scléro-cornéenne des globes à la période fœtale ou à la période de la première enfance, nous explique l’accroissement de leur volume sous l’action des pressions endoculaires exercées par les composantes hydromécaniques des humeurs.
La preuve est donnée par le résultat des opérations fistulisantes ayant réussi à stabiliser la tension ocu-
laire et, par là même, l'augmentation du volume du globe.
De même, il nous semble facile de mettre sur le compte de l'hypertension oculaire les signes cornéens : vergetures, troubles trophiques et buée épithéliale.
Enfin, les signes cristalliniens : cataracte, luxation, subluxation sont indirectement conséquents - de l’hypertension par troubles de nutrition, par distension et rupture zonulaire.
Il a été décrit des buphtalmies où l'hypertension étai minime ou disproportionnée aux signes, n'est-ce pas en contradiction avec les idées précédentes ? L’explication en est facile: en effet, la buphtalmie peut s’acquérir par poussées hypertensives répétées et coupées de périodes plus calmes; d'autre part, quand le globe atteint un certain volume, on concoit qu’il puisse exister une véritable décompensation scléro-cornéenne, défaillance passive de l'enveloppe ne comprimant plus les liquides endoculaires.
Quant à la baisse d’acuité visuelle, le problème devient plus complexe; si l’hypertension a une action néfaste sur la rétine, il ne faudrait pas croire que le seul fait de la soulager amène une stabilisation de la: maladie. Le problème thérapeutique du glaucome serait en ce cas très simplifié, une bonne fistulisation et la partie serait gagnée.
La normalisation de la tension oculaire étant surveillée et effective pendant des années, nous observons l’amenuisement de l'acuité visuelle, elle ne restera
jamais telle que nous l’avions estimée au moment de la réussite chirurgicale.
Parmi nos vingt globes opérés, nous avons normalisé la tension oculaire neuf fois, malheureusement il ne semble pas que l’acuité visuelle ait été stabilisée dans une proportion identique.
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Selon BAILLIART, à l’Institution des jeunes aveugles, 55 % des opérés et 65 % de ceux qui ne l'ont pas été sont totalement aveugles. La vision reste utile tout en étant inférieure à 1/10° plus souvent (13 %) que chez les non opérés (4,6 %).
Les valeurs numériques des tensions oculaires et des acuités visuelles sont évidemment très relatives, nous en avons déjà donné l’explication, cependant nous ne pouvons pas ne pas constater la dissociation entre la normalisation de la tension oculaire sur des globes encore peu lésés et la baisse d’acuité visuelle.
Essayons d'apporter une explication.
Il faut admettre, et cela semble se confirmer, que l'hypertension oculaire du glaucome congénital est due à des anomalies du système régulateur de l’ophtalmotonus.
Les unes, les plus manifestes, en rapport avec des
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malformations évidentes de l’angle camérulaire d’ordre mécanique au sujet desquelles nous allons revenir.
Les autres, beaucoup plus mystérieuses, portant sur l’ensemble de la régulation neuro-vasculaire de l’ophtalmotonus, physiologie très complexe dépassant le cadre de l'organe sensoriel et sous laquelle s’établissent d’autres fonctions dont toute une partie des fonctions rétiniennes.
Sans vouloir trop rapprocher le glaucome congénital du glaucome chronique de l'adulte, qui sont très différents, ne peut-on rappeler que dans le second on avait tout voulu expliquer par l'hypertension oculaire ! Maintenant, s'oppose à ce dogme la forme « glaucome sans hypertension » groupant parfaitement les autres
signes.
Ces considérations, nous le verrons, ne seront pas sans importance au chapitre du traitement.
Revenons à l'étude de l'œil glaucomateux et portons notre attention aux lésions constatées par l’examen des coupes anatomo-pathologiques et l'examen gonioscopique.
Insistons pour examiner des globes où la maladie est à son début, car il faut éviter de prendre pour la cause de l’hypertension oculaire ce qui n’en est que la conséquence.