‹ Le Glaucome: dans ses Rapports avec la SyphilisChapitre 13 sur 33 · APERÇU DES TRAVAUX SUR L'ORIGINE SYPHILITIQUE DU GLAUCOME · texte numérisé non relu

APERÇU DES TRAVAUX SUR L'ORIGINE SYPHILITIQUE DU GLAUCOME

Au cours de notre travail, nous avons signalé l'influence possible de la syphilis dans la genèse du glaucome, qu’il s'agisse de l’hydrophtalmie ou du glaucome chronique simple. Nous avons vu également que la syphilis était la cause principale du glaucome secondaire en agissant sur les différentes tuniques de l'œil. Notre but est d'essayer de mettre en évidence l'importance d’un examen minutieux de tous les glaucomateux et de rechercher chez eux les stigmates de la syphilis héréditaire ou acquise.

Nous avons écarté systématiquement, dans l'étude qui va suivre, tous les cas de glaucome secondaire pour nous borner à rechercher les rapports de la syphilis avec le glaucome primitif, affection paraissant tout à fait indépendante d’une lésion oculaire perceptible antérieure à l’hypertension. Mais nous prévoyons l’objection qui peut nous être faite: « Existet-il entre les glaucomes primitif et secondaire une démarcation nette; le glaucome primitif existe-t-il réellement sans aucune lésion antérieure de l’œil? Cette hypothèse est soutenable, mais nous respectons la classification admise par les

auteurs et nous ne publierons que des cas de glaucome survenant sur des yeux considérés comme normaux antérieurement à l’hypretension; dans quelques cas, seulement, nous étudierons tous les signes qui nous font pencher en faveur de l’origine syphilitique possible du glaucome primitif.

Ce rôle joué par la syphilis dans la production des différents glaucomes a été signalé plusieurs fois, avec beaucoup de réserves, par différents auteurs; et, si nous parcourons les très nombreuses communications consacrées, depuis une cinquantaine d'années, à l'étude étiologique de cette affection, nous sommes étonnés de voir que, somme toute, la syphilis ne tient qu’une modeste place parmi ‘es causes nombreuses signalées par les ophtalmologistes.

Samelsohn, un des premiers, au Congrès d’ophtalmologie de 1893, pense qu’il existe une forme très spéciale de glaucome, « le glaucome syphilitique ». Il se base sur huit observations de malades âgés de moins de 40 ans, tous syphilitiques et chez lesquels le traitement mercuriel a paru donner d’excellents résultats. L’auteur conclut d’ailleurs en déclarant qu’il ne se hâtera plus de faire l’iridectomie, mais il ordonnera des frictions mercurielles aussitôt que la syphilis sera constatée.

Nous avons vu, au chapitre précédent, que Panas rangeait la syphilis parmi les causes du glaucome, au même titre que la goutte, l’arthritisme, toutes ces affections entraïnant l’angiosclérose.

Gama-Pinto écrit, dans son article de l « Encyclopédie Française d'Ophtalmologie » (1905): « On a également accusé la syphilis d’engendrer le glaucome. Connor, Richez, Pfluger et Samelsohn auraient observé des cas de cette affection qui, n’aynat pas été enrayée par une intervention chirurgicale, aurait définitivement cédée au traitement anti-syphi-

litique. Dans cinq cas d’hydrophtalmie, Alexander a constaté deux fois la syphilis chez la mère. Murray attribue à la syphilis congénitale un cas d’hydrophtalmie qu’il a observé. »

Pour Abadie, il faut se méfier du passé pathologique des glaucomateux. Bien souvent, on trouve la syphilis à la base étiologique du processus. L’hypertonie et les accidents qu’elle entraîne résultent alors des lésions des membranes profondes et tout rentre dans l’ordre sans opération, sous la seule influence du traitement.

Dans son ouvrage récent « Glaucome et Glaucomateux », Morax range le glaucome parmi les conséquences possibles de la syphilis: « Le tréponème étant de beaucoup, dans l’espèce humaine, l’agent le plus habituel des inflammations vasculaires ou uvéales, il semble vraisemblable d'attribuer un rôle considérable à ce micro-organisme dans la genèse du glaucome. Le peu d'efficacité de la thérapeutique spécifique sur l’hypertonie, nous conduit à admettre que c’est surtout aux séquelles de l’inflammation tréponèmique qu’est due l’apparition du glaucome » (page 362).

[1 semble toutefois que, dans ces dernières années, la notion de glaucome syphilitique gagne une plus large place dans la pathologie oculaire: Igersheimer en parle dans son ouvrage « Syphilis und Auge » (1918); Hirschberg publie quelques observations dans son mémoire « Lues und Glaucoma » ; Carlos Charlin, étudiant l’état vasculaire de 75 glaucomateux, déclare que, pour nier l'influence de la syphilis dans les observations qu’il publie, « il faudrait faire au glaucome une place à part dans la pathologie oculaire ; il faudrait reconnaitre que, pour cette maladie, les grandes lois de la clinique ne sont pas valables » et il accepte l’étiologie syphilitique du glaucome. De plus, cherchant à mettre en évidence les lésions

cardio-vasculaires rencontrées chez les malades observés, Charlin trouve 42 glaucomateux syphilitiques contre 25 artério-scléreux. Le pourcentage des syphilitiques est donc d’environ 60 % et réparti de la façon suivante:

Glaucomateux nettement syphilitiques.............. 35 Glatcomateuxe trés tSUEDÉCIS PEN EE PMP ERP PP RCE TERRE 7

Le glaucome s'est présenté chez des malades atteints de

syphilis :

Agés de moins de 30 ans.......... I DÉS OrAMIONANSNe REC R Er Per I De AT AMEONANS SE RARE RENE 18 (dont 4 suspects) DEVETÉA OO ANS RE TETE rene 12 (dont 1 suspect) De CEA 0 FANS ME PRE MERS 8 (dont 1 suspect) Ftdé pis der Ans enr PET 2 (dont 1 suspect)

Parmi les 42 glaucomateux syphilitiques :

Avec réaction de Wassermann positive.. 23 1 nettement hérédo- Avec réaction de Wassermann positive.. 12 FRAME II antécédents non discutables.

ÉtsUSpects MEMOIRE MERE 7

En 1923, Cantonnet signale l'importance qu'il y a de rechercher la syphilis lorsque l’on a affaire à un glaucomateux jeune, et Carlotti (de Nice) publie une statistique de 26 cas de glaucome qui tend à prouver « si elle se vérifiait sur une échelle plus large, que l'infection tréponèmique peut donner lieu à toutes les formes de glaucome et que cette forme de localisation oculaire est assujettie aux mêmes règles que les autres au point de vue thérapeutique ».

La statistique de Carlotti est la suivante:

GANCOMERSOIENÉS ETC MTOLO AN I023 20.7 1. Mer eee 26 cas Etiologie non cherchée au point de vue spécifique (syphilis

HO RD RO D AD LE NE RU RP RQ LS QU io Etiologie recherchée, résultats négatifs.................... 6 — Etiologie syphilitique probable sans être certaine.......... I — Etiologie démontrée cliniquement ou par le laboratoire ou

par ÈS ÉTAT PR RE 8 —

Les statistiques de Charlin et de Carlotti sont non seulement intéressantes, mais elles sont, à notre avis, les plus complètes publiées jusqu’à présent. Elles indiquent un pourcentage élevé de syphilitiques parmi les glaucomateux observés. Nous verrons que pour prouver la spécificité, Charlin en particulier, se base non seulement sur la réaction de Wassermann, mais sur des lésions cardio-vasculaires, dont l’origine syphilitique n’est plus mise en doute à l’heure actuelle. De notre côté, nous nous efforcerons de mettre en évidence, dans le chapitre qui va suivre, tous les symptômes cardio-vasculaires ou nerveux qui peuvent, indépendamment des réactions sérologiques, confirmer l'existence de la syphilis chez les glaucomateux dont nous allons publier les observations.

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