CONCLUSIONS
1° Si le glaucome secondaire est très fréquemment consécutif à des lésions syphilitiques de l'œil, le glaucome primitif est, dans un grand nombre de cas, en coexistence avec la syphilis.
L’infection tréponémique semble jouer un grand rôle dans la genèse du glaucome infantile, mais les études récentes paraissent donner également une large place dans l’étiologie du glaucome primitif; par contre, elle n’a aucune influence sur la production du glaucome aigu.
2° Chez les glaucomateux chroniques, on rencontre très souvent des lésions vasculaires: ectasies de la crosse et de l’aorte thoracique, aortite, rétrécissement aortique, angine de poitrine, qui, presque toujours, reconnaissent une origine syphilitique.
La fréquence de ces lésions fait que, pour plusieurs auteurs, le glaucome serait une localisation oculaire d’un processus vasculaire général. De plus, il ne faut pas oublier que le syndrome hypertensif de l'enfant est accompagné de lésions vasculaires, qui peuvent dépendre de la syphilis.
3° À côté des lésions cardio-vasculaires, il existe des troubles du système nerveux, tels que les signes de tabes, en particulier, qui ne font que confirmer la coexistence de la syphilis
chez les glaucomateux observés.
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4° La réaction de Wassermann a été trouvée positive dans le sang chez quelques malades atteints de glaucome chronique simple. Elle constitue un signe excellent de l'infection tréponémique et elle doit être pratiquée dans tous les cas.
5° Dans tout glaucome chronique primitif survenant sans cause avérée, il y a lieu d'instituer d'urgence un traitement anti-syphilitique. Les différeñts médicaments spécifiques peuvent être employés, mais la préférence doit être donnée à l’arsénobenzol, dont l’action hypotensivé a été prouvée ré-
cemment.
6° I1 semble difficile de dire, à l’heure actuelle, si le glaucome chronique primitif est une manifestation directe de la syphilis. Il faut cependant se rappeler que l’on n’a pas hésité à mettre le tabes, par exemple, sur le compte de la syphilis, alors que le traitement spécifique ne donnait aucun résultat, en raison de la proportion élevée de syphilitiques parmi les tabétiques. Pourquoi n’en serait-il pas de même du glaucome, au moins dans un grand nombre de cas? Nous n'avons nullement l'intention de dire que tous les glaucomateux sont des syphilitiques, mais nous croyons pouvoir affirmer que la syphilis se rencontre fréquemment dans le glaucome chronique et que très vraisemblablement, dans nombre de cas, il y a une
relation de cause à effet.
Ces conclusions établies, que le lecteur nous permette d'ajouter quelques lignes:
Nous avons réuni un certain nombre d'observations de glaucomateux, chez lesquels nous avons recherché les signes de syphilis, et cela pour montrer qu'un examen minutieux et systématique doit être fait par le médecin spécialiste. Peutêtre, par la recherche systématique de tous les stigmates de
spécificité, par l'examen du sang où du liquide céphalo-rachidien, pourrons-nous découvrir la syphilis chez un grand nombre de glaucomateux.
Les adversaires de la notion, que nous essayons d'établir des rapports de la syphilis et du glaucome, pourraient ne voir là qu'une simple coïncidence, sans qu'il y ait de liaison étiologique. Ils peuvent, en effet, nous demander comment il se presque tenté de classer certaines formes de glaucomes dans la foule immense de syphilitiques. À cette objection, nous en opposerons une autre: Pourquoi y a-t-il si peu de tabétiques parmi les si nombreux syphilitiques? Aussi serions-nous presque tentés de classer certaines formes de glaucomes dans le cadre des maladies para-spécifiques, au même titre que le tabes. Peut-être des recherches expérimentales pourront-elles mieux fixer les causes déterminantes du glaucome; peut-être aussi des observations et des examens anatomo-pathologiques permettront de voir, dans le glaucome chronique primitif, une manifestation plus ou moins directe de la syphilis. Mais notre seul but, dans cette étude, a été de montrer que nous avions souvent des raisons de penser qu'il pouvait exister une relation entre le glaucome et la syphilis. Il faut espérer que, dans ce domaine, aussi bien au point de vue de l’étiologie de cette affection que de son traitement, l’ophtalmologie bénéficiera des recherches faites en Pathologie générale.
Vu:
Nancy, le 18 Juin 1924.
Le Président de la Thèse, P. SIMON. : )
Vu:
Nancy, le 19 Juin 1924.
Le Doyen, L. SPILLMANN.
Vu et permis d'imprimer, Nancy, le 20 Juin 1924.
Le Recteur de l’Académie, Ch. ADAM, Membre de l'Institut.