‹ Le globe terrestreChapitre 1 sur 87 · PARIS LIBRAIRIE BLOUD & G · texte numérisé non relu

PARIS LIBRAIRIE BLOUD & G

4, RUE MADAME, 4 l 1908

Reproduction et traduction interdiles.

Nature des Mouvements

DE

LE FAIT d'anciennes DISLOCATIONS PROUVÉ PAR LA GÉOLOGIE

Depuis quelques années, il y a grande discnssion, parmi les géologues, pour savoir quelle est la vraie nature des mouvements qui dérangent Téquilibre de la croûte terrestre. A la vérité, cette discussion n'intéresse que le petit cercle des hommes du métier, et même le sujet en doit sembler passablement étrange aux gens du monde, pour qui Tidée d'une écorce, à plus forte raison celle d'une écorce mobile, apparaît comme une contradiction flagrante avec ce qu'enseigne l'expérience de tous les jours. Le mot de terre

ferme dit assez que personne, dans Tusage habituel de la vie, ne met en question la stabilité du sol qui sert de support à nos habitations. Et quand, après avoir été ballotté par les tempêtes, le matelot débarque sur ce qu'il aime appeler le solide plancher des vaches, on le trouverait singulièrement incrédule, si on essayait de lui persuader qu'en réalité ses pieds reposent sur une pellicule dont l'équilibre n'est rien moins qu'assuré.

Il y a bien les tremblements de terre, qui viennent, de temps à autre, nous révéler les convulsions internes de notre planète. Mais le nombre est si petit des endroits où ce phénomène affecte une allure désastreuse ! Même, là où la catastrophe sévit, les traces en sont si vite effacées ; le relief du terrain en est si peu modifié, que cela ne peut pas suffire pour faire mettre en suspicion la stabilité générale du noyau terrestre. Quant aux variations qui surviennent dans les rivages des mers, outre qu'elles sont bien peu sensibles, il est rare qu^elles ne trouvent pas une explication suffisante, soit dans le tassement progressif d'un terrain formé de matériaux meubles Ci humides, soit dans une modification éprouvée

par le régime des marées ou par celui des courants et des vents dominants. De la sorte, celui qui s'en tient strictement à l'observation des phénomènes contemporains est en droit de soutenir qu'il n'existe aucune preuve directe et irréfutable en faveur de la mobilité de la terre ferme.

Tout autre doit être la conclusion des géologues, c'est-à-dire de ceux qui étudient la composition des couches profondes du sol. La plupart des terrains accessibles à l'observation se révèlent comme formés de matériaux fragmentaires, qui se sont déposés en lits parallèles successifs, en conformité des lois de la pesanteur, exactement comme font aujourd'hui les sédiments qui ont été charriés par les rivières en temps de crue, ou ceux qui tapissent le fond des bassins d'épuration dans les ateliers de lavage des minerais. De plus, les restes fossiles mélangés à ces matériaux sont presque toujours ceux d'animaux marins, et il n'est guère de points de la surface des continents où ces témoignages de l'ancienne extension des mers n'aient été recueillis. 11 est vrai qu'on pourrait, à première vue, être tenté d'expliquer le fait par une diminution progressive du domaine maritime; et même l'alternative, souvent cons-

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tatée, de lits marins et de couches d'eau douce, ne condamnerait pas absolument cette hypothèse ; car il suffirait d'admettre que la diminution n'ait pas été régulière et que, sous Tinfluence de diverses causes physiques ou cosmiques, le volume des mers ait pu éprouver quelques variations en sens contraires.

Cependant cette explication ne peut pas se soutenir un instant, quand on tient compte de la position actuelle des anciens sédiments. En effet, la sédimentation étant Tœuvre exclusive de la pesanteur, en dehors des cas, relativement rares et d'ailleurs faciles à reconnaître, où le dépôt s'est opéré dans les eaux animées d'une certaine vitesse, l'immense majorité des form.ations'. sédimentaires a dû se faire en eau tranquille et, par conséquent, donner naissance à des couches absolument horizontales. Aujourd'hui encore, les sondages nous apprennent que des dépôts de sédiment se forment, sur une largeur de deux à trois cents kilomètres au plus, autour des rivages des mers ; à l'exception de la zone littorale, tout à fait insignifiante, qui est sujette au jeu des marées, et où peuvent se déposer, en couches légèrement inclinées, des graviers et des sables

grossiers, avec coquilles toujours brisées, le reste des dépôts se compose de sables fins et de vases argileuses avec coquilles entières ; c'est par une véritable filtration que ces matériaux ont passé, de la mince couche superficielle océanique où se fait sentir Tagitation des vagues, dans les profondeurs que caractérise un calme complet. Dès lors les matières en suspension sont tombées suivant la verticale, et leur accumulation a dû progresser sans qu'en chaque point la surface libre s'écartât sensiblement d un plan horizontal. Adressons-nous maintenant à l'observation. En une foule de points, des carrières entament les profondeurs du sol, ici pour rechercher des minerais ou de la houille, là pour extraire des pavés, des pierres de taille, des argiles ou de la pierre à chaux. Partout les traces de la stratification primitive sont aisées à reconnaître, et souvent, dans une même carrière, on suit sans peine, par le contraste des lits successifs, les changements de régime qui ont entraîné des variations correspondantes dans la composition des dépôts, sans que, pour cela, les surfaces qui limitent les assises aient cessé d'être exactement parallèles. Seulement, à côté de régions où l'horizontalité des

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dépôts ne paraît pas devoir être mise en doute, il en est d'autres où les couches sont inclinées sous des angles considérables. C'est ainsi qu'après avoir traversé le bassin tertiaire parisien, où nulle part il ne lui a été donné de voir autre chose qu'une stratification en apparence très régulière, le voyageur qui va de Paris en Belgique est tout étonné d*apercevoir, à Soignies, sous une plaine de limon, des lits de marbre carbonifère qui plongent sous un angle très sensible. C'est bien autre chose encore pour celui qui descend la vallée de la Meuse entre Givet et Namur, lorsqu'il voit les couches du même calcaire, ou celles des grès et schistes encaissants, affecter les contournements les plus bizarres, se redresser comme sous la citadelle de Dinant, en lits verticaux, parfois même se renverser en formant des plis très aigus. Pourtant, si Ton examine de près les éléments de ces accidents statigraphiques, on reconnaît que chaque lit demeure homogène, gardant la même composition et les mêmes fossiles ; de sorte qu'il est manifeste que, déposé dans l'origine en une couche horizontale, il a dû être ultérieurement dérangé de sa position, par un eflort analogue à celui qui fait onduler les feuillets

d'un livre ou d'une pile d'étcffes, quand on exerce sur les côtés une pression suffisamment considérable.

Ainsi la terre ferme, aujourd'hui si stable, a éprouvé, dans le cours des temps, des ruptures d'équilibre manifestes. La géologie nous apprend que ces ruptures, toujours localisées, ont été nombreuses et qu'elles ont dû influer notablement, à diverses époques, sur le relief de l'écorce terrestre. C'est ainsi, par exemple, que les Alpes et le Jura abondent en dislocations, de date relativement récente, tandis que les couches du même âge sont très peu dérangées sur le bord de TArdenne ; mais à peine a-t-on pénétré dans cette dernière région qu^on y trouve, à chaque pas, les traces de désordres encore plus accentués, qui se sont produits à une époque beaucoup plus ancienne, quand une mer tranquille recouvrait le pays où &e dressent aujourd'hui les cîmes neigeuses des Alpes.

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