EXPLICATION DE CE FAIT
Le fait de ces dislocations une fois mis hors de doute, comment doit-on expliquer le méca.Jsmed'un phénomène avec lequel les conditions dui temps présent ne nous offrent aucune analogie ? Ce ne peut être, évidemment, qu'en recourant à Thypothèse. On a commencé par remarquer que le bouleversement de la stratification était surtout manifeste dans les pays de montagnes. Les Alpes, le Jura, THimalaya en apportent la preuve. Il était donc naturel d y voir le résultat d'un soulèvement, c'est-à-dire d'une impulsion de bas ea haut, sous Teffort d'une poussée interne. Si cer-
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tains pays, comme la Bretagne et TArdenne, offraient la combinaison des mêmes apparences de dérangement avec une surface extérieure exempte d'inégalités bien marquées, on pouvait établir sans peine que cela tenait à Faction, indéfiniment prolongée, des agents d'érosion, qui avaient eu tout le temps voulu pour raboter et aplanir les montagnes de ces contrées, bien plus anciennes que celles des pays alpins.
Théorie du souJèvemenf.
C'est sous cette forme, c'est-h-dire avec la notion d'une poussée verticale directe, identique d'essence avec les actions volcaniques, que la théorie des dislocations terrestres s'est présentée à Tesprit de Léopold de Buch, le premier qui ait conçu ridée des soulèvements. Mais bientôt cette doctrine se modifiait, principalement sous Tinflucnce d'Elie de Beaumont, qui en fut le plus
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éminent propagateur, et, à la notion d'une impulsion verticale, on vit se substituer peu à peu celle d'un effort latéral de compression, dû à la contraction progressive du noyau terrestre. Notre globe, disait-on, est resté, dans la plus grande partie de sa masse, une sphère métallique liquide. Ce que nous appelons la terre ferme ne constitue qu'une écorce, assez mince, malgré son épaisseur absolue, pour garder en grand une flexibilité suffisante. Si réfractaire qu'elle soit, par sa nature pierreuse, au passage de la chaleur, la croûte n'en garde pas moins une certaine conductibilité^ par suite de laquelle l'énergie calorifique du noyau liquide se dissipe peu à peu dans l'espace. Cette perte est nécessairement accompagnée d'une contraction, puisque la grande majorité des corps se contractent en se refroidissant. Il doit donc arriver parfois que l'écorce soit mal soutenue par le noyau, dont le diamètre a diminué, et alors il faut qu'elle se disloque, en rachetant, par un ou plusieurs plis, son excès momentané d'ampleur. De la sorte, il est bien vrai que, dans V ensemble^ l'écorce doit s'abaisser, c'est-à-dire se rapprocher du centre ; mais ce mouvement centripète général se résout loca-
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lement en plis, dont la tête peut dépasser sensiblement le niveau primitif qu'atteignait la croûte avant de céder. 11 y a donc bien toujours sonJèvement^ non seulement relatif, mais peut-être même dans le sens absolu. Seule, l'idée d'une impulsion directe de bas en haut est écartée, et si Teffet de cette impulsion subsiste en apparence, c'est simplement à titre de composante verticale d'un système de mouvements, dont la cause doit être cherchée dans l'état de compression latérale d'une écorce, trop large pour le volume qu'elle doit continuer à embrasser.
Théorie de V effondrement.
Tel est l'aspect sous lequel la théorie des dislocations terrestres a été communément envisagée dans ces dernières années. Mais depuis quelque temps une autre conception tend à s'introduire dans la science, qui ferait une part prédominante,
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peut-être même exclusive, aux effondrements^ c'est-à-dire à la chute verticale de compartiments entiers de Técorce terrestre, s'abîmant, en masse, sous le seul effort de la pesanteur, en glissant contre d'^autres massifs demeurés fixes. Le principal représentant de cette idée nouvelle est M. Ed. Suess, Téminent professeur de l'Université de Vienne, auteur d'un ouvrage récent qui, sous le titre de AniliiT^ dcr Erde [La Face de la ierre)^ a iait, dans .'e monde des géologues, une sensation que légitimaient la profondeur et l'originalité des aperçus. xVI, Suess a d'ailleurs rencontré, dans son gendre et collègue MM. Neumayr, l'habile paléontologiste, un vulgarisateur aussi précieux qu'autorisé. Les idées que le premier jetait, pour ainsi dire, au jour le jour, dans les fascicules de VAntliii, à mesure qu'elles germaient dans son cerveau, le second les a résumées, avec une netteté exceptionnelle, dans un livre intitulé Erdgeschichte^ où il en a fait un véritable corps de doctrines.
M. Suess admet que les efiorts horizontaux de
refoulem.ent, qui finissent par se résoudre en plis,
concourent, en même temps que les chutes en
masse, à la formation des accidents du relief ter-
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restre ; mais il incline visiblement à réduire le rôle du premier facteur. Dans une note insérée aux Comptes rendus de Tlnstitut Géologique d'Autriche, il déclare qu' « il n y a, dans Técorce, aucune espèce de mouvements de bas en haut, à l'exception de ceux qui peuvent se produire indirectement y\oïs delà formation des plis », et il nie toute élévation en masse, en dehors des régions plissées.
De même, pour M. Neumayr, les mouvements nscendants ne sont que des phénomènes acces^ soires {^Begleiterscheinnng)^ et le savant viennois n*hésite pas à formuler la proposition suivante : <L L'effondrement le long des cassures est \q principal facteur des modifications de la surface terrestre et, en regard de son action, le plissement et le redressement des montagnes, sous Tinfluence des poussées horizontales, ne sont que des phénomènes subordonnés.»
D'après cela, l'écorce terrestre se diviserait en compartiments, limités par des cassures, et dont les uns s'effondreraient, laissant les autres en saillie. Pour ces derniers, M. Suess adopte la dénomination de Horst, empruntée à la langue des ^'liaears, et qu'on peut traduire aussi bien par les
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mots de pilier^ de 77iôle ou de butoir. Afin de mieux faire comprendre sa pensée, Téminent auteur compare ces piliers à des pilotis immergés dans un lac dont la surface gèle en hiver. Il se forme ainsi une couche de glace, qui couvre tout, y compris la tête des pieux ; mais, le plan d'eau venant par la suite à baisser, la glace se rompt, et tandis qu'il en subsiste des morceaux comme couronnement des pilotis, d'autres s'inclinent contre ces derniers, pour rejoindre le niveau auquel la masse principale est descendue. De la même façon, M. Suess imagine qu'autrefois les Vosges, la Forêt Noire et le plateau central de France constituaient une seule et même plate forme, sur laquelle se déposaient les sédiments jurassiques ; plus tard, des cassures se produisirent dans ce massif, isolant, sous formes de piliers stables les trois districts en question, tandis ^ que, dans l'intervalle, tout s'abîmait dans la profondeur, les bords seuls des cassures étant marqués par des paquets de couches inclinées. Mais le couronnement sédimentaire des piliers aurait disparu peu à peu sous Teffort de Térosion, ne laissant subsister que d'insignifiants lambeaux et mettant à découvert le substratum du terrain pri-
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«mitif, originairement baigné par les eaux jurassiques. Même, dans le massif vosgien, cet effondrement de la périphérie se serait compliqué, au centre, d'un autre effondrement linéaire, qui aurait fait naître la vallée du Rhin, isolant ainsi les Vosges de la Forêt Noire.
Au lieu donc de considérer ces deux pays, ainsi que faisait Elie de Beaumont, comme les deux reins d'une voûte de soulèvement, rompue en son milieu par PefTondrement de la clef, M. Suess dit textuellement (i) : « Les Vosges doivent leur relief actuel 7îon à un soulèvement propre y mais à rabaissement général de tout ce qui les entourait. Pour avoir la mesure exacte du mouvement de descente de Técorce ainsi que celle de l'érosion ultérieurement survenue, il faut se représenter toute l'épaisseur du trias et du jura, empilée au-dessus des Vosges, de la Forêt Noire et de leurs prolongements septentrionaux.
La thèse de MM. Suess et Neumayr demande à être envisagée à un double point de vue. Il faut d'abord chercher si elle rend compte, mieux
(i) Aniîit^, I., p. 266,
qu'une autre conception, des faits observés : ensuite, si la notion théorique des chutes verticales concorde avec l'idée qu'on peut légitimement se faire de l'état intérieur du globe. Commençons par nous maintenir sur le terrain des faits.
TTI